‹ Des études classiques et des études professionnellesChapitre 12 sur 18 · Prague, 1757.) (2) Gi-desaus, p · texte numérisé non relu

Prague, 1757.) (2) Gi-desaus, p

salut des âmes ; et.quant aux dangers qu'ils pourront rencontrer dans leurs études, le soin de garder la pureté du cœur sera leur première préoccupation (1). Du règlement de son séminaire de régents, ou d'école normale, comme on dit aujourd'hui, il passe à celui des collèges 5 et, partant toujours du même principe, qui est la gloire de Dieu, le salut des âmes et la pureté du cœur, il détermine la nature des livres qui seront la base de l'enseignement classique. Traduisons :

a Dans les œuvres littéraires du paganisme qu'on n'explique rien qui répugne à l'honnêteté. Quant au reste, la Compagnie pourra s'en servir comme des dépouilles de rEgypte. » (2)

Tout ce qui répugne à l'honnêteté doit être exclu parceque la pureté du cœur passe avant tout. Mais que faudrat-il faire pour rendre la littérature païenne honnête et par conséquent inoffensive ? Il faudra, premièrement, purifier les auteurs qui peuvent être purifiés^ secondement, s'abstenir entièrement de ceux qui, comme Térence, ne peuvent pas l'être à cause de l'immoralité de leur contexture (3). Voilà ce saint régulateur desétudes d'accord avec le concile de Latran, avec la septième règle de V Index, avec la pratique du Saint- Siège, dont nous avons déjà parlé (4). Son principe est sim-

(1) « Inprimîs animx puritatem custodire, ac rëctam studionim întentioiiem habere conentur ; nihil aliud in lUteris quam divinam gloriam et animarum fructum quxrentes.» Constit,, p. IV, c. 6, $1; InsU S. J., p. 388.

(2) Ibid., c 5, declar. E, p. 385. Remarquons que ces déclarations ou explications du texte sont de S. Ignace lui-même.

(3) «Qu'on s'abstienne , dans les universités comme dans les collèges, autant que possible, d'expliquer à la jeunesse les œuvres littéraires latines et grecques où se trouvent quelques traits qui puissent nuire aux bonnes mœurs ; à moins qu'en ne les ait d'avance purgées des choses et des mots déshonnêtes. Si quelques-unes, comme celles de Térenco, ne peuvent être absolument expurgées, il est mieux de ne pas les expliquer, de peur que la nature des sujets n'offense la pureté des cœurs.» Ibid, c. 14, S 2 et ded, D; p. 397.

(4) Ci-dessus, p. 170, 176, 178.

pie : Tapplication de sa règle dépendra de la prudence des éditeurs de classiques. S'ils se trompent, qu'on les rappelle à l'injonction dont ils s'écartent.

Nous passons de la question des mœurs à celle de la foi.

S. Ignace avait dit : Rien dans les auteurs classiques qui répugne à l'honnêteté. Parlant de la doctrine il ajoute : « Qu'on suive dans les classes la plus solide et la plus sûre ; qu'on ne touche pas aux livres dont l'enseignement ou les auteurs sont suspects. Un ouvrage bien fait attache ordinairement le lecteur à l'écrivain ^ et il peut arriver de là que l'autorité acquise à l'auteur par le bien qu'il a dit serve à persuader quelque chose du mal qu'ensuite il dira. 11 est rare qu'il ne se mêle pas un peu de poison aux productions d'un cœur que le poison remplit. » (4 )

Comment, partant d'un tel principe, ce législateur des collèges a-t-il pu admettre les classiques païens, qui sont remplis d'erreurs et d'impiétés et dont les auteurs sont à la fois suspects et séduisants? Car ce sont précisément les chefs-d'œuvre et les grands maitres de l'art antique qu'on a choisis. Comment, au moins, ordonnant, immédiatement après ce principe, de ne rien laisser d'obscène dans les livres du paganisme, n'a-t-il pas enjoint d'en retrancher aussi toutes les faussetés?

La première chose à faire avant d'étudier l'économie chrétienne de l'enseignement de S. Ignace est donc d'examiner les ditTérences qui se trouvent entre les obscénités et la doctrine fausse des écrivains du paganisme.

Or, il y a cette première différence qu'on peut retrancher de la plupart des chefs-d'œuvre de la poésie païenne tout ce qu'ils ont de contraire aux mœurs, et qu'on ne peut dissimuler tout ce qu'ils ont d'opposé à la foi. Dans ces écrivains ([uï invoquèrent Apollon et les Muses, toute idée poétique

(1) Idem. c. V, s 4 ; c XIV, S Ii d^cU A, p. 385 et 397.

n'est pas voluptueuse ou impure 5 mais l'idéal poétique luimême esl faux , en sorte que l'erreur tient à la conception même de leurs poèmes et s'y mêle à la contexture. Ovide ejptfr^c ne sera plus lascif 5 il demeurera le chantre des dieux et de leurs métamorphoses. Dans un choix des odes d'Horace nous ne pourrons ôler ni Jupiter, ni les Muses, ni les Nymphes, ni Bacchus^ ses épîtres et ses satires ne blesseraient plus le cœur qu'elles pourraient encore fausser les idées. On n'expliquera pas le quatrième livre de l'Enéide, parcequ'il est trop passionné; on expliquera le sixième , contraire aux dogmes chrétiens sur le ciel et sur l'enfer 5 et quand même on l'omettrait, tous les chants de Virgile sont empreints de polythéisme. On peut dire la même chose à peu près des historiens. Cornélius Nepos, Tite-Live, Tacite sont pleins de hauts faits et de maximes qui contredisent l'héroïsme et les sentiments évangéliques: pour rendre leurs tableaux chrétiens, il faudrait les refaire. Concluons donc d'abord que, sauf quelques passages faciles à enlever, il fallait, ou renoncer complètement aux poètes et aux historiens du paganisme, ou mettre leurs croyances et leur philosophie sous les yeux des enfants.

Mais il y a cette seconde différence entre le trait qui frappe l'innocence et celui qui s'adresse au jugement, que le premier est toujours dangereux et que le second souvent ne l'est pas. Le cœur est plus vulnérable que la raison. Il est rare qu'une parole impure, quand elle est comprise, ne remue pas la concupiscence ; et l'on voit tous les jours de fausses maximes atteindre l'oreille sans effleurer l'esprit: plus même on les explique, quand elles sont sagement discutées, et plus elles deviennent inoffensives. Voilà un principe fondé sur la nature de l'homme et confirmé par l'expérience. Il faut ajouter enfin que les enfants ont dans leur bon sens naturel et chrétien, dans la parole et l'autorité de leurs maîtres des préservatifs contre la fausseté des maximes qu'ils

n'ont pas contre Timmoralité des discours et des exemples. Un enfant croit un professeur qu'il respecte ^iî est longtemps sans avoir d'au 1res pensées que celles qu'il reçoit de lui: mais son cœur s'éveille et s'émancipe bien des années avant sa raison.

Ces deux premières distinctions entre les dangers de l'erreur et ceux de l'immoralité expliquent comment S. Ignace, dans son plan d'études, a pu proscrire tout ce qui est de nature à blesser les mœurs sans exclure, en vertu de la même prévoyance, tout ce qui contredit la foi. Mais il nous reste encore à dire pourquoi les fausses doctrines, dont les chefs-d'œuvre du paganisme sont pleins, furent acceptées dans un règlement qui bannit non seulement toute phrase déshonnête, mais aussi toute doctrine erronée, ou même simplement suspecte. Cette difficulté exige une troisième distinction, qui sera tirée de la comparaison des erreurs mythologiques qui ne peuvent plus tromper des chrétiens et des erreurs philosophiques ou théologiques qui les séduisent encore.

Tant que le paganisme régna, l'Eglise craignit ses dangers, réfuta ses dogmes, et ne souffrit pas qu'on lût ses théogonies sans précaution. Mais quand il eut disparu des contrées soumises à l'Evangile^ l'Eglise, n'ayant plus à redouter ses fables, devenues ridicules aux yeux de tous, tourna ses ariathèmes contre les séductions de l'hérésie et de l'incréduhté.

Le concile do Trente, assemblé en pleine Renaissance, ne crut avoir q le deux ennemis è combattre, le protestantisme et l'immoralité. Quant aux dieux, il s'en moqua, les laissant peupler l'imagination des poètes, sans rien en craindre pour leur foi. Dans ses dix règles générçiles qi|i devaient servir de préface et de base à VIndex des livres prohibés, il condamna d'avance et sans distinction tous les ouvrages des hérésiarques, quel qu'en fut le contenu, prin-

cipalement en haine de leurs auteurs. Il voulut même qu'on se méfiât des œuvres classiques éditées par les hérétiques, de leurs lexiques, de leurs concordances, de leurs recueils i'apophthegmes et de similitudes, de leurs tables raisonnées, bien qu'ils y eussent mis peu du leur -, et qu'avant de leur donner cours parmi les fidèles on y effaçât tout ce qui pouvait contredire la foi catholique. Puis, arrivant aux livres païens, il leur fit grâce en faveur de leur style élégant ; et dans la clause relative aux eâfants, où il défend Texplication des œuvres lascives du paganisme, il ne dit rien de celles où sont contenues ses fausses doctrines. {\)

Parcourez les livres prohibés par le Saint-Siège depuis la Renaissance, vous y verrez huit sentences portées contre Erasme, cinq contre Laurent Valla, onze contre Voltaire ; mais vous n'y trouverez rien contre les œuvres mêmes d'Homère, de Platon ,']d'Aristote, de Cicéron, d'Horace et de Virgile. Clément XI, ainsi que nous l'avons vu, encouragea, en 1704, la publication des Métamorphoses d'Ovide, annotées par le P. Jouvency, qui en avait retranché les images obscènes en y laissant les dogmes païens, en y ajoutant même son Appendix de Dits (2) ^ et cependant le même pape, en 1709 et 1718, condamna la traduction italienne de VArl d^ aimer d'Ovide, parceque cet ouvrage est essentiellement corrupteur, et la Théologie des gentils, où le protestant Gérard Vossius traitait de Vorigine et des progrès de ridolâtrie. Les Vicaires de Jésus-Christ, gardiens des mœurs et de la foi des peuples, ont-ils défendu Tusage de

(1) Ci-dessus, p. 177.

(2) Ci-dessuç, p. 178. Le P. Jouvency n'avait pas fait cette histoire des dieux pour les commençants, ni même pour être expliquée en classe. C'était un traité supplémentaire pour faciliter Tintelligence des poètes dans les cours de seconde et de rhétorique. Voilà pourquoi dans ses premières éditions il accompagne Horace. L'Université Ta mis en sixième : c'est une de ces innovations que quelques collèges ont cru pouvoir essayer, mais qui paraissent répréhensibles.

ces dictionnaires poétiques, de ces Gradus ad Pnmasmn qui contiennent tout ce que le paganisme a dit de ses dieux? Non, quand ces apothéoses de Jupiter et d'Apollon, éditées par des compilateurs catholiques, ne renfermèrent que les anciennes fables de Rome \ mais quand des auteurs hérétiques ou suspects s'en mêlèrent, leurs publications furent ^condamnées. On trouve dans VIndex le lexique grec de Scapula, et le Dictionnaire historique, géographique et poétique de Charles Etienne.

S. Ignace, en proscrivant de ses collèges toul ouvrage dont la doctrine est dangereuse ou dont l'auteur est simplement suspect, pouvait donc y laisser les classiques païens, malgré les erreurs qui s'y trouvent. Il suivait en cela l'esprit du concile de Trente et la pratique de l'Eglise. Cette thèse est tellement évidente qu'il faudrait passer outre. Mais nous avons à produire un monument du seizième siècle trop remarquable et trop étroitement lié à la polémique actuelle pour l'omettre.

Nous revenons au concile de Cologne, tenu en 1549 (1). De toutes les assemblées épiscopales de la Renaissance, aucune ne s'est plus occupée de la réforme des études classiques, aucune du moins n'a laissé d'explication plus étendue et plus précise des décrets déjà portés à Trente sur cette matière ou seulement projetés. Car les sessions solennelles et générales de l'Eglise furent, comme on le sait, plusieurs fois suspendues ; et les évêques, revenus dans leurs provinces ecclésiastiques, y tinrent des synodes pour hâter la réforme universelle de l'enseignement et de la discipline.

Le concile de Cologne mit en tête de tout la restauration des études sacrées et même profanes, c'està dire théologiques et littéraires. Après avoir déterminé, comme nous l'avons vu, la nature et les limites de l'enseignement des collèges ,

W Ci-dessus, p. 180 et 181.

(|tii lie doit pas empiéter sur celui des séminaires, il descend à l'examen des auteurs qu'on doit expliquer aux jeunes gens dans les classes de grammaire et de belles-lettres. (1) Nous verrons dans son décret les classiques modernes distingués des classiques anciens , la condamnation des colloques d'Erasme et l'ordre de conserver les traités de grammaire et de rhétorique où les exemples sont pris des auteurs païens. Nous allons traduire :

« Il importe à la république chrétienne de choisir les auteurs qu'on doit expliquer à la jeunesse, qui est en même temps capable de devenir impie ou pieuse; c'est pour cela que le décret de réform.e a très sagement averti de ne pas expliquer les livres obscènes, suspects ou contagieux de ces écrivains qui distillent dans l'âme tendre des jeunes gens le poison de leur perfidie et la haine de la Religion et de la piété, mais de s'en tenir aux écrivains chastes, pieux et orthodoxes...

« Répudiant les auteurs bons et adoptés par l'usage, des hommes amoureux de leur propre gloire imaginent chaque jour des nouveautés classiques, et troublent par leurs Actions les esprits des jeunes gens : c'est un abus que nous jugeons devoir défendre et empêcher. Par dessus tout nous interdisons et bannissons, sous peine d'anathème, la lecture dans les classes de ces livres qui paraissent écrits pour séduire et entraîner dans de méchantes opinions la jeunesse qui fait et cherche tout autre chose. Tels sont certains traités de grammaire, de dialectique et de rhétorique , où les exemples sont presque tous pris des mauvais enseignements des ennemis de l'Eglise , afin que la jeunesse imprévoyante boive le poison des hérésies et des sectes avec la science des beaux-arts. De ce nombre sont encore certains

(i) Voici le titre du chapitre : « Qaos authores juyentuti pnelegere et ^uosvitare oporteat d Concilia Germaniœ^ L YI, p« 587. (GolpgDe, 1765«;

dialogues familiers composés en haine des Ordres religieux et pour jeter du mépris sur les cérémonies ecclésiastiques : leur principal effet est de gâter le cœur des jeunes gens, et de les détourner, dès l'enfance , des exercices de la piété et, des règles de la vie monastique. » (1 )

Voilà un concile tenu au plus fort de la Renaissance,, lorsque depuis un siècle l'enseignement classique jetait, diton, les générations chrétiennes dans le moule du paganisme 5 et, avisant au salut des générations, ce concile oublie de proscrire ce moule païen; il [fait plus, il recommande les anciennes grammaires , les anciennes rhétoriques, celles d'Aristote, de Cicéron, de Quintilien, de Martianus Capella, de Cassiodore, de Despautère alors en vogue (2) 5 et tous ces traités s'appuyaient sur la litté-

[i) Interest quoque reipublicae christianae quales authores juventuti, impietatis jaxta acpietatis capaci, praelegantur, ut rectissime reformationis formula monuerit, ne libri obscœni, suspecti aut cootagiosi eorum qui perfidiaç suae virus, religionisque et pietatis odium tenerœ juventuti suis scriptis instiUant ; sed tantum casti, pli et ïlcligioni orthodoxae consentientes authores praelegantur... Quod vero, bonis et receptis aulhoribus repudialis, quidam, gloriae aucupandx studio, uova quotidie grammatica comminiscuntur, et adoleseentium ingénia suis figmentis oonfundunt, omnino prohibendum et \etandum censemus. Maxime vero omnium sub anathemate interdicimus et prohibemus lectionem eorum librorum in triviis qui ad seducendam in pravas opiniones juventutem aUud agentem et quxrentem scripti videntur : quales sunt quorumdam grammaticx, dialecticœ et rhetoricae institutiones, in quibus exempta fere e pravis adversariorum dogmatis petuntur, quo juvenlus incauta hxresum et sectaruoD dogmata simul cum artibus irabiberet. Quales item quxdam familiarium colloquiorum Tormulae, in odium monastici instituti et catremoniarum ecclesiasticarum contemptum composi^ atque effictaç, qyarum prxcipua vis est animos juvenum corrumpere^ et jam a teneris eos ab hujusmodi pietatis exercitiis ac vite monaslicx institutis alienare. » Ibid, Cent évidemment aux colloques familiers d'Erasme que le concile de Cologne fait allusion.

(2) Le concile de Malines, tenu en 1570, n'admet que la grammaire de Despautère dans les colk^ges. « Auctores probali tantum et pro lingua lalina sola Despaulerii grammatica pnelegantur. 9 Carranza, Summa ConciL, U lY» p. 26a. (Augsbou^, 1778.)

rature des païens. Il fait plus encore, il cite lui-même un vers des Métamorphoses d'Ovide sans craindre de se compromettre ou d'augmenter Tautorité classique des chefsd'œuvre de Rome idolâtre. « Il arrive, dit-il, à presque tous les mortels ce qu'un poète a prononcé : Video meliora proboque, détériora seqmr-'i» et parlant, ailleurs, de certains théologiens ignorants, il les montre présomptueux comme s'ils étaient montés sur le trépied d'Apollon. (1)

Ce concile et tous les conciles provinciaux de cette époque mémorable , d'accord avec le concile œcuménique de Trente, conservèrent donc Tusage des classiques païens malgré la fausseté de leur doctrine. Mais afin d'élucider davantage cette difficulté, distinguons deux dangers différents dans leur explication : celui de l'idolâtrie et celui des sentences philosophiques ou morales contraires à l'esprit de TEvangile. L'idolâtrie n'est plus à craindre, mais la sagesse des païens a des maximes et des leçons redoutables encore. Un enfant chrétien rira des dieux, tout en admirant leurs descriptions poétiques; mais il peut se prendre d'enthousiasme pour les héros et pour les philosophes de l'antiquité. L'Eglise n'a donc pu admettre dans les collèges les philosophes, les orateurs, les poètes et les historiens remplis des doctrines du paganisme sans les avoir rendus complètement inoffensifs.

Il fallait opposer à ces erreurs l'action d'un puissant et continuel antidote. L'Église l'a trouvée dans l'enseignement chrétien, qui doit prévenir tout autre enseignement et neutraliser d'avance tout poison contraire à l'Evangile. Elle veut que la doctrine chrétienne précède toute doctrine, même simplement profane ; que la première pensée des enfants soit la pensée de la Religion et du salut éternel ; que l'enseignement du Christianisme s'empare de leur esprit

(4) a Velut e tripode Apollinfs. » Concilia Germ,, p. 53A et 5d6,

avant tout, et de telle sorte que tout enseignement con^ traire trouve la place occupée ; en d'autres termes, c'est par le catéchisme et par Thistoire sainte, qui nécessairement l'accompagne, que commence son instruction littéraire. Cette injonction de l'Église apparaît dans tous les conciles du seizième siècle ; celui de Bordeaux, célébré en 4583, s'exprime ainsi : « Que les élèves n'apprennent rien avant de savoir par cœur le sommaire du catéchisme catholique sa répétition ne sera jamais interrompue dans le cours de leurs études; mais elle aura lieu deux fois par semaine. Qu'aux élèves plus avancés on recommande la lecture du Catéchisme Romain (1). » Le concile de Cologne, déjà deux fois cité, porte avant tout son attention sur la doctrine catholique des professeurs chargés d'expliquer les classiques païens qu'il autorise. De tous ses règlements pour la réforme des collèges, celui-là est le premier. (2)

Tel fut le plan de S. Ignace. Il fit de la doctrine chrétienne la base de tout enseignement littéraire pour les maîtres comme pour les élèves, et ce n'est qu'à la condition absolue de neutraliser d'avance et perpétuellement l'action des fausses doctrines du paganisme qu'il admit l'explication de ses écrivains.

Pouvait-il en être autrement dans la pensée d'un homme qui commença son apostolat par renseignement du catéchisme ; qui fit des catéchistes de tous ses premiers compagnons, de Xavier, brillant docteur à Tuniversité de Paris, de Laynès, de Salméron, de Le Jay, de Canisius, orateurs célèbres du concile de Trente; qui voulut que le premier livre im*

(1) c Nihil aliud prius discant quam memorla teneant catechismi catholici compendiam , cujas repeUlio postpa nunquam dibet intermitli, sed bis in hebdumuda iostUui : provectioribus commendetur Cutechismi Romani lectio. » Carranza, Summa ConciL, t. IV, p. 3^1. (EdiUon de Schiam Aug^bouiy 1778.)

(2) Concilia Gtrmamef^ t VI, p. 536. (Cologne, 1765.)

primé par sa Compagnie fût un catéchisme; qui obligea ses profès, par un vœu spécial, à Tinstruction des enfants, et enjoignit aux recteurs de ses collèges de commencer leur mission littéraire par quarante jours de catéchisme, afin de leur rappeler la première de leurs obligations ?

Parcourons son Institut,, et nous y verrons la doctrine chrétienne en tête de tout, recommandée partout; le reste est accessoire. Le quatrième livre de ses Constitutions renferme, comme nous Tavons dit, ses règlements pour les collèges *) il le commence par déclarer que le but de sa Ccùnpagnie étant le salut des âmes, elle n'enseigne les belleslettres que pour aider le prochain à mieux connaitre Dieu, notre Créateur et Seigneur, et à mieux le servir. (1)

Mais sa Compagnie fut-elle fidèle à ses injonctions ? Hord des collèges c'est évident, puisque le catéchisme de P. Canisius, imprimé en 1554, douze ans avant celui de Trente, quatre ans après la fondation du Collège Romain, est la plus andenne méthode de ce genre-, puisque de 1554 à 1675, en cent vingt et un ans, nous trouvons cent trente-huit Jésuites auteurs de catéchismes différents dans toutes les langues et dans toutes les contrées; puisque dès 1540 Paul III parle du zèle des premiers Jésuites qui enseignent le catéchisme aux enfants et aux ignorants, et qu'en 162121, quatre-vingtdeux ans plus tard, Grégoire XY fait une bulle tout exprès pour louer et récompenser Tardeur que les fils d'Ignace ^ mettent à remplir le vœu qu'ils ont fait d'enseigner le catéchisme à l'enfance ; puisque les disciples d'Ignace imprimèrent un tel mouvement religieux à renseignement du dixseptième siècle, que leurs catéchismes, répandus partout, eurent d'innombrables éditions. Celui de Canisius, dès 1686, en avait eu plus de quatre cenls.

Tirons de là deux conséquences , la première, qu'il serait

(1) Cotutit, pm% IVfpnmmktm^ p 378. (Pfs^ae 1757.;

injuste d'accuser plus longtemps la fin du seizième siècle et Je dix-seplième tout entier d'avoir négligé l'enseignement chrétien 5 la seconde, que si la Compagnie de Jésus se préoccupa avant tout de l'instruction chrétienne dans ses missions, elle dut agir de même dans ses collèges. De cette induction qu'on acontestécpassousaux faits qui la prouvent.

On a répondu d'avance que jamais on ne douta du zèle apostolique de ces instituteurs de la jeunesse-, mais que, dans la polémique actuelle, il s'agit de leur programme classique, où l'étude du catéchisme n'avait par semaine qu'une demi^heure asssignée, le vendredi ou le samedi. En étudiant un peu mieux ce programme, on verra que d'un bout à l'autre il est dominé par l'enseignement chrétien. Mais tenons-nous dans la difficulté présente. Il y a une double réponse à faire.

En premier iieu^ on s'est étrangement mépris sur le sens de la règle qîii prescrit une demi-heure, le vendredi ou le samedi, pour \di récitation du catéchisme. (1) Il s'agit ici spécialement d'un exercice de mémoire qui obligeait les élèves à apprendre, par cœur et mot à mot, les formules de la doctrine chrétienne^ etl'on doit comprendre que cet exercice hebdomadaire, répété pendant cinq ou six ans, devait suffire au but qu'on s'y proposait. La règle, au reste, dit de ne pas s'en contenter, dans le cas où quelques mémoires exigeraient davantage. {2>) Outre cet exercice de simple récitation, il y en avait un autre pour l'explication de la lettre du catéchisme, qui se faisait en classe aussi, sans parler des instructions religieuses et caléchistiques du dimanche et des jours de fêtes.

En second lieu, les catéchismes des Pères Caoisius et Auger étaient en latin et en grec, à l'usage des collèges*, et

(1) BeguUe comm, profess, claiiium infer., Reg, k; JnstiL S» J,, L II, p. 208. (Prague, i757.) i2)Jbi4L

c'est par eux que commençait l'étude des langues anciennes. Nous en avons la preuve dans l'Institut même des Jésuites, où cette somme des vérités chrétiennes est un des premiers ouvrages donnés aux élèves pour les initier à la langue de Démosthène et de S. Jean Chrysostome(l). Or, on peut juger de l'usage de ce catéchisme grec dans les classes par le débit qui s'en fit chez les libraires. Celui du P. Edmond Auger parut à Paris, pour la première fois, en 4569; et l'éditeur, en huit ans seulement, en vendit trente-huit mille exemplaires dans la seule capitale du royaume (S). L'auteur, dans sa préface, déclarait ainsi son dessein : « Ce catéchisme, qui parut d'abord en français il y a quelques années (3), puis en latin, paraît enfin en grec, pour que le premier usage des langues profanes soit consacré par les jeunes gens à la doctrine céleste et au culte divin. Quel langage plus pur et quel discours plus utile peut-on mettre dans l'esprit et dans la bouche des enfants qui apprennent les premiers éléments des belles-lettres que ceux où retentit le nom de Jésus-Christ, où la doctrine du salut est comprise et résumée? Le principal effort des maîtres qui de nos jours instruisent la jeunesse dans les- écoles doit être de lui faire commencer ses études par la piété et la Religion , de lui faire acquérir par là l'éloquence et la poésie des arts humains, de telle sorte que son cœur, comme un vase pur rempli de liqueur sacrée, retienne constamment et toujours l'odeur et le parfum de la sainteté dont il fut d'abord imprégné (4). » Ainsi dans le programme de S. Ignace, qui eut tant d'influence au dix-septième siècle, l'enseigne-

(1) Ratio itudiorum; Reg.prof, mediœ claaiê gramm,, Reg, I; p. 215.

(2) Bibliotheca icriptorum 5. J. du P. Sotwel, p. 182. (Rome, 1676.)

(3) Lyon, 1563.

(4) KoLTX'^tfffjLoç , etc.. Catechxsmuê , hoc est summa doetrinœ eatholicœ, ex gaUico in latinum aique grœcum sermonem iranslatuif M. Emondo Augrrio, S. J. theolrgo, autore. (Liit6tis, apud Sebast Niveliium» in via Jacobœa» sub Giconiû, 1569.)

ment chrétien passa avant tout et domina tout. Là fut Taction perpétuelle et forte qui rendit les maximes du paganisme inoffensives. Mais dans la polémique actuelle on a quelquefois considéré autrement cette difûculté. Qu'on nous permette une dernière distinction pour résumer tout ce qu'on a pu dire sur le danger des doctrines païennes et sur la manière d'y pourvoir avec plus ou moins d'efficacité.

Il y a trois espèces d'antidotes : celui qui prévient le mal, celui qui l'accompagne et le neutralise, et celui qui le suit et le répare.

Aucun maitre chrétien ne voudra du troisième antidote : il serait absurde de commencer par l'enseignement païen pour le réfuter ensuite. Remarquons cependant que le système de rUniversité, qui dans ses classes négligea l'enseignement catholique, ne fut pas étranger à cette méthode; il faudrait en dire autant de tous les collèges où l'on nous montrerait les élèves arrivant dans les hautes classes sans connaître le catéchisme, les Evangiles, les Epitres et les Actes des Apôtres (1). C'est dans ce système encore qu'on a mis VAppendix de Diis avant ïEpilome historiœ sacrœ.

Le second antidote est préférable, puisqu'il neutralise le mal au moment même de son action. Il est dans l'explication du maitre qui réi'ute les erreurs à mesure qu'elles se pré-

(4) « Ils connaissent parraitement, a dit un témoin oculaire, les grands et les moindres dieux, les Nymphes, les Satyres, les Faunes; i!s en savent les absurdes^ les scandaleuses historiettes : mais de nos grands saints, de nos héros chrétiens, ils n*en savent pas même les noms. Dans les meilleurs collèges à peine les enfants apprennent-ils par cœur un fietit nombre de passages des Évangiles. Un jour, en parlant à mes élîives des plus hautes classes de littérature, je nommai S. Luc, auteur des Acte< des Apôtres; aussitôt Tun d^eux s'écrie tout ébahi : Comment , Monsieur^ S. Lue est l'auteur des Actes des Apôtres f Un second se lève et me demande : Que sont-ee donct Monsieur^ les Actes des Apôtres? Une autre fois, ayant cité un passage des Rpltres de S. Paul en le qualifiant de parole de Dieu , j^entcndis sur-le-champ un des élèves exprimer suu 6tonnement : Comment, Monsieur^ les Épttres de 5. Paul sont la parole

sentent (4); On Ta fait dépendre encore de la mesure inégale des classiques chrétiens et des classiques païens. Si le nombre des explications chrétiennes remporte, c'est le Christianisme qui dominera et qui détruira le mauvais eltet du paganisme.

Voilà un remède que nous avouons n'avoir jamais bien compris. S. Ignace n'admet les auteurs païens que dans le cas où ils seront inoffensifs sous Faction du maître e^t par Finsensibilité des enfants eux-mêmes, que la doctrine oatho-^ lique a prévenus contre les maximes erronées du paganisme et contre la séduction de leurs auteurs. Si Ton suppose le mauvais effet de ces poisons, il n'en faut ni beaucoup ni peu< Nous ne voulons pas d'autre enseignement que celui où le Christianisme nofi seulement domine, mais est tout. Les auteurs païens sont-ils essentiellement nuisibles à l'enfance, il faut tous les exclure : c'est la seule logique possible à des maîtres catholiques.

Ne demandons donc pas dans quelle mesure les auteurs chrétiens et les auteurs païens sont employés dans le programme que nous analysons. Il suppose le premier des antidotes, celui qui prévient le mal. 11 admet bien aussi le second, qui neutralise par Taction incessante du maître, mais en s'appuyant toujours sur la supposition d'une littérature païenne inoffensive. Car, suivant l'expression de S. Jérôme, Vexpurgotion de ses saletés et l'enseignement de ta doctrine chrétienne ont rogné les ongles à cette esclave du Christianisme employée à Tinstruction de ses enfants \ et si ces ongles repoussent, le maître est là pour les couper.

de Dieu! Jamais je n'avais entendu pareille chose, » Lettre de M. Fabbé Antoine Bansa, professeur au collée de Malgra:ige, près de Nancy. (Voyei VUnivers du 13 aoikt 1852.) L'auteur de celte lottrc ajoute que cest une lioQte et un scandale, et nous Tavouons avec lui ; mais nuus avons iieliie k croire qu'aucun évêque de France ait souilert fiareille ignorance dans les eefUges chrétiens les mieux réglés.

(i) Vuy^ pièces Jn$(îfic<viwe9i^ n'^ 3.

En passant à l'étude des classiques chrétiens adoptés dans les collèges de S. Ignace, rappelons-nous donc qu'ils n'y figurent pas comme antidote ; ils s'y trouvent comme complément nécessaire à la littérature d'un enfant chrétien.

La littérature classique d'un jeune homme qui sort du collège aura dépendu de deux choses, de ses livres et de ses maîtres.

Si l'on n'a offert à son^enthousiasme que des chefs-d'œuvre païens , à son imitation que des modèles païens; si ses professeurs n'ont eu d'admiration et d'éloges que pour les écrivains du paganisme, il faudra bien que son savoir et son goût littéraires soient païens, quand même sa doctrine et ses mœurs seraient chrétiennes.

Mais si, premièrement, on lui fait admn*er les monuments littéraires du Christianisme à ses plus beaux siècles; si, se* condement, pour mieux les faire comprendre, on les réserve à l'âge où il pourra les comparer à ceux du paganisme; sh troisièmement enfin, ses maîtres sont pleins de la littérature chrétienne et beaucoup plus que de celle des païens, il faudra bien que sa pensée littéraire soit chrétienne.

Dans les projets actuels de réforme on n'a guère tenu compte que des Uvres; s'ils sont chrétiens, le goût des élèves sera chrétien; donc, ont dit les uns, il faut que le nombre des classiques chrétiens dépasse celui des Glassi4{iies païens; donc, ont ajouté quelques autres, il est essentiel de préoecuper le sentiment littéraire des petits enfants eux-mêmes en tirant du Christianisme les premiers objets de leur admiration classique.

Telle ne fut pas la pensée de S. Ignace; il crut que la principale influence venait des maîtres , et ^ pre^iière sollicitude fut pour eux. En traçant la partie de son. plan d'$^

tudes qui regardait les mœurs et la doctrine, il s'était dit : Si les professeurs mettent la foi et la sainteté au dessus de tout, ils se préoccuperont par dessus tout de la religion 'et de l'innocence de leurs élèves. De même il se dit, en traçant les règles qui regardaient la science littéraire : Si cette science dans les maitres est toute chrétienne, celle de leurs élèves le sera nécessairement aussi. En partant de ce principe, il fonda des séminaires de professeurs avant d'ouvrir des collèges, et dans le programme d'éludés qu'il leur donna il mit la science sacrée au dessus de la science profane^ la première fut essentielle, et la seconde accessoire.

Aujourd'hui on commence par ouvrir des collèges*, et c'est dans renseignement que les professeurs acquièrent leur savoir, et se forment le goût. Si tous les livres classiques y étaient païens, il y aurait effectivement grand danger de n'en voir sortir que des lettrés païens, maitres et élèves. Car dans ce cas tout est étudiant : le professeur, qui prépare sa science de chaque année, de chaque jour, l'est quelquefois presque autant que l'écolier qu'il forme avec lui. Mais ne raisonnons point dans cette hypothèse^ ce n'est pas celle de S. Ignace. Son professeur est un homme dont la science nécessaire est acquise, dont le goût littéraire est fixé, bien qu'il puisse se perfectionner encore.

Comme cette thèse est essentielle à la partie litigieuse et beaucoup plus encore à la partie pratique du débat, on me permettra de m'y arrêter.

Un professeur formé par l'Institut de S. Ignace sort du collège, sa rhétorique achevée, pour passer ordinairement par douze autres années d'études sacrées et profanes. Il a deux ans de noviciat, où tout livre profane lui est interdit : c'est le temps des études ascétiques, et là il connaît les auteurs qui ont écrit sur la perfection chrétienne, depuis S. Basile et Cassien jusqu'à S. Bernard et S. Bonaventure. Suivent cinq années d'étudeà littéraires et philosophiques.

où Homère et Virgile, Démosthène et Cicéron, Platon et Âristote ont une large part , mais à côté de Moïse et de David, de Chrysostome et de Grégoire de Nazianze, d'Augustin, de Jérôme et de Thomas d'Aquin (i). Là commence son cours de régence, et l'obligation d'étudier les Pères de rÉglise continue. De crainte qu'il ne les néglige, il est obligé, par une loi spéciale, de leur donner une partie de sa matinée tous les jours qu'il communie, c'est à dire plusieurs fois par semaine. Après cinq ou six ans de professorat, son Institut le rappelle pour quatre ans aux études sacrées; la théologie' positive le force à se familiariser avec tous les saints Pères grecs et latins ; et quand toutes ces études sont achevées, un nouveau noviciat les couronne par une dernière année de méditations ascétiques.

Est-il possible qu'un professeur qui a passé par une école normale ainsi conçue ne soit pas rempli de la littérature chrétienne, et ne voie pas, ne montre pas partout l'Évangile? Quand il expliquera les chefs-d'œuvre de Rome et d'Athènes, se fera-t-il violence pour accomplir ces conseils du P, Jouvency dans son Traité sur la manière d'enseigner ? « Que l'interprétation des auteurs se fasse de manière que les écrivains, même païens et profanes, deviennent tous des prédicateurs de Jésus-Christ; c'est à dire qu'il faut tout ramener à la louange de la vertu et au blâme du vice; faire valoir ce qui est conforme à l'honnêteté, et condamner ce qu'on lui trouvera contraire . » (â)

(1) Le programme littéraire des écoles normales de la Compagnie de Jésus nous rappelle celui des Bénédictins de la congrégation de Salnt- Maur. Rapprochons-les, puisque Tun et Tautre regardent les éludes des jeunes religieux. Le célèbre Mabillon, voulant perfectionner ses jeunes frères dans la connaissance du latin, leur prescrit la lecture de S. Jérôme, des vers de Prudence, de S. Paulin, de Sedulius et des meilleurs écrivains ecclésiastiques, tels que Lactance et S. Cypricn. Trailé des Etudes mo' nastiquesy partie II, ch. 11, page 273, (Paris, 1691.)

{f) JUaiio docendif c. i, art. 3. Voyei dans nos Pièces JusiifiCt n* S»

Nous ne passerons pas le temps à compter dans le programme de S. Ignace combien de foi^ il parle de Fétude des saintes Écritures et des Pères de rÉglise; il nous suffira de dire que la littérature chrétienne y est le fondement de tout, y est recommandée à chaque page; que la littérature profane n'y parait que comme un accessoire dont on se passerait s'il n'était nécessaire à la gloire de Dieu et au salut des âmes. En voici la preuve : ce fondateur des premières écoles normales qui aient paru dans le monde veut qu'on étudie et qu'on enseigne la doctrine chrétienne; il le répète en cent endroits différents, et quand it arrive aux auteurs païens, changeant d'expression, il dit qu'après avoir purifié ces dépouilles de l'Egypte, sa Compagnie pourra s'en servir, utipoterit. (1)

Ce n'est que la conséquence du principe qu'Ignace a mis en tête de son plan d'études. Puisque, dit-il, le but de la doctrine qu'on acquiert dans cette Compagnie est de procurer son propre salut et celui des autres , c'est là qu'il faut chercher la mesure qui réglera le nombre des étudiants, le temps et la nature de leurs études (2). Or, comme dans l'ordre du salut la science chrétienne passe avant tout, c^est par elle qu'il commence et finit toutes ses recommandations. Après avoir ordonné, conséquemment à son principe, de se livrer avec plus d'ardeur, dans ses collèges, à ce qui pro^ cure plus directement et plus efficacement la gloire d|e Dieu et de son Église, et par conséquent à l'étude de la théologie, de l'Écriture sainte et des saints Pères, il ajoute, dans une note, que si le temps avait manqué à certains esprits pour lire les décrets des conciles et du Saint-Siège, les ouvrages

un passage de Mgr Pévêque de Viviers, qui a parfaitement développé cette pensée.

(1) Ci-dessus page J 92.

(2) ConsfiL, Pars IV, c. 5; ïnstit, Éoe, /«su^page 385. (Prague, 1757.)

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