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des États Pontificaux en particulier. Mais tout le monde sait que la tactique du socialisme en Piémont est la même qu'ailleurs. J'ai professé trois ans au collège royal de Chambéry, qui comptait près de quatre cents élèves; et j'apprends qu'il çat aujourd'hui à peu près vide.- A Home la chute du Collège romain a devancé de quelques moia L'humi* liation du Vatican et la fuite du vicaire de Jésus-Christ, Rome se relève , et le Collège romain se relève avec elle. Le royaume de Naple^ a chancelé, et la moitié de ses collèges sont toiubéa. te Catholicisme s'y est ratfermi avec l'autorité politique qui lui est dévouée, et les professeurs ont été rappelés de l'exil.
Mais comme dans ces ruines récentes des edléges oatho* liques on pourrait séparer la cause des études classiques de celle du Catholicisme, remarquons, en finissant, que le socialisme et Timpiété, dans leurs projets de régénération italienne et helvétique, ont voulu triompher par la prépon* dérance donnée aux études professionnelles sur les études classiques, aux langues modernes sur les langues anciennes. Dès les premiers éclairs d^ l'orage qui a ivwppé les cantons catholiques do la Siùsse , et qui menace eiicore de les anéantir, le souffle révolutionn^re commença par des uiur« mures contre l'enseignement du latin et du grec, par des vœux pour l'essor rapide de l'enseignement scientifique, par des projets de classes encyclopédiques. J'ai sous les yeux un méi^oire du collège de Frihourg, fait en 1833, où l'on plaide ehaleureusement pour le maintien des études elassiques attaquées par le Conseil if MtfcdftM , auquel l'anarchie transmettait déjà ses mots d'ordre. (1)
(I) LêBMêmttBdu49UégêéeSûinUme^URHbourg in Swêêê; Mé^ ntoirô prétenU par 1$ rtû^eur eu êoUigê SainUMkikei (U Si déâimër^ i833) au Conseil d- éducation eu canton, de Fribourg , «n r4pon$fi à un rapport (du 21 octobre) sur l'enseignement du Collège, pages 5 %i suiv* (Lausanne, iS9&). ^ -
Nous avons vu raffaiblissement des études latines dans trois contrées catholiques^ en France, en Espagne et en Portugal, et cet affaissement date du triomphe de Tincrédulité. Jetons maintenaut un coup d'œil sur la patrie de Luther et sur les autres contrées qui ont secoué l'autorité et les traditions de Rome. Là, de nos jours, le latin, langue dé PEglise romaine , semble avoir ses plus florissantes écoles, ses philologues les plus renommés. N'est-ce pas une anomalie digne d'attention sérieuse?
Je commence par la Hollande. Oui, toute calviniste, toute froide, toute commerçante, toute petite qu'elle est, cette patrie d'Erasme fut autrefois la mère et la protectrice de philologues nombreux et célèbres, et de nos jours encore ses gymnases sont au premier rang de l'enseignement classique.
Souvenons-nous, en effet, qu'à Leyde, à Utrecht, à Amsterdam, à La Haye, à Deventer, ont écrit, ont professé Juste-Lipse, Scaliger, Heinsius, Perizonius, Grotius, Graevins, Grùter, les deux Yossius, les trois Burmann, les sept Gronovius ^ que là s'immortalisa, au dix-septième siècle, la famille des Elzevirs, parmi lesquels six ont rempli le monde des chefs-d'oeuvre de la typographie classique 5 que c^est encore des ateliers et des écoles de la Hollande que sont sortis les immenses Trésors des antiquités grecques et romaines^ et la plus grande partie de ces doctes collections dites Variorum, où vont puiser tous nos modernes éditeurs.
Souvenons-nous surtout du mouvement Uttéraire renouvelé ou , pour mieux dire, redressé au milieu du dix-huitième siècle par Tibère Hemsterhuys mort en 4766, après soixante années de professorat. Ce restaurateur des études classiques de la Hollande chercha les secrets du latin
dans ses origines grecques, purifia, retrempa la latinité moderne dans sa source antique; et ses disciples, fidèles à sa méthode, tout à la fois latinistes et hellénistes ardents, sont encore célèbres de nos jours par la propriété des termes et par la pureté du goût.
Cette alliance des lettres grecques et latines est si forte et si familière en Hollande que nous voyons, presque de nos jours, un pharmacien d'Amsterdam, Vaiidenbosch, éditeur de l'anthologie grecque, donner à la science les loisirs que lui laissait son laboratoire.
Voilà des travaux vigoureux , une méthode digne des plus beaux temps du latin moderne.
L'Allemagne protestante cultive aussi le grec et le latin avec un zèle égala celui des Pays-Bas, mais non pas généralement avec autant de savoir et de fermeté. L'étude profonde du latin dans ses étymologies y est peut-être moins bien entendue. Quand M. Cousin visita, en 4834, les universités de Francfort, de Weimar, de Saxe et de Prusse, il écrivit que le fameux séminaire philologique d'Iéna était encore aujoui^'hui, comme à son origine, plus célèbre par le latin que par le grec. (2) Rappelons^nous cependant que Schûtz, l'éditeur d'Eschyle, a la fin du siècle dernier y professa.
Ne pouvant, dans les limites d'un article, parcourir toutes les université» germaniques, bornons-nous à Tune des moins connues parmi nous, à celle de Zurich, patrie des Gesner, qui l'ont remplie de leurs noms scientifiques et littéraires pendant trois siècles ; et , par une seule citation , montrons
(i)Davidi$ RuhnheniiEloffium JUeriiBemêterkuHi^ SAS-50. (Lrtpdck, 1822.) Son biographe, le docte humaoîste Ruhdken, moarul profesBenr à Leyde en 1798 ; et Daniel WytlenlMich, héritier de la chaire et de ses ta* ients, fut désigné par M. de Fontanes à Napoléon ponr la croix d*hoiiiiear, et n'est mort qu'en 1820.
(2) Rapport iur Véiat de tinêtruetion pubtiqw dan» quetquei pmif» d^ Allemagne, et paHiculiérement en Pru$9e^ première partie, page 60»
Tattitude sérieuse de ses philologues. Le grave Orell disait^ en 18218, dans la préface de son Mecueil AHmcripUws hr Unes, qu'il avait souvent vu avec grande tristesse les professeurs enseigner la langue latine sans avoir sous la main les travaux, non seulement de Gruter, mais de Fleetwood, de P.olcastro et de Moroelli, le prince de tous ceux qui ont écrit sur Tépigraphie. {\) Les gymnases du Portugal, de l'Espagne et de la France songent-ils encore à Fétude du latin dans ses monuments antiques; et ce savant ami des lettres classiques aurait-il éprouvé plus de consolation eh parcourant les bibliothèques dé nos professeurs?
Nulle part aujourd'hui, l'Italie exceptée, on ne parle le latin, on ne l'écrit çivec plus de facilité que dans les contrées germaniques. M. Cousin fut témoin à Leipsick, dans une classe de seconde, d'un exercice d'improvisation. Le professeur dictait en allemand, les élèves écrivaient en lar tin : ces thèmes, dit-iU n'avaient presque pas de fautes contre la grammaire. Us ne valaient pas mieux, ajoute-t-il, que ceux de nos classes de seconde : mais nos élèves ne les font pas avec la même faciUté; (2)
J'ai excepté l'Italie , et f aibesoin d'interrompre cet affli géant parallèle des contrées protestantes et catholiques « pour remarquer en passant que l'étude et la science du latin, langue de TÉglise, se conservent au centre de l'uiiiié et des croyances catholiques. J'ai entendu, et beaucoup d'autres Français ont entendu à Rome comme moi, les professeurs de théologie et de philosophie , de mathématiques même et de physique, parler latin avec une élégance qui allait quelquefois jusqu'à la recherche. Les élèves soutenaient leurs thèses en latin sans jiamais balbutier, comme font habituellement les nôtres -, ils étaient même fidèles aux
(1) Vol. 1, page 8.
(t) /Wrf., poge 06,
réglée de l'accent prosodique autant qu'à celles de la syntaxe. Cette facilité m'explique tes merveilleuses improvisations en vers latins de ce Faustino Gagliuffi, né à Raguse et mort à Novî en 1834, qui recueillit tant d'applaudissements dans les villes d'Italie, à Paris même, où sa verve parut tenir du miracle.
Revenons à la supériorité des collèges germaniques sur ceux du Portugal, de l'Espagne et de la France. C'est un fait reconnu, un fiait qui ressort de toutes les pages du rapport publié par M. Cousin, sur les universités d'Allemagne et de Prusse en 1831. Les travaux de philologie grecque et latine sont journaliers dans cette patrie du savoir laborieux, qui fut illustrée au siècle dernier par les doctes ftimilles des Walchius et des Ernesti, espèces de dynasties littéraires , par des éruditâ tels que Fabricius, dont les bibliothèques grecques et lalines sont sous la main de tous les savants , tels que Heyne, éditeur à la fois de Pitidare , d'Homère et de Virgile, tels que WincKelmann, l'un des fondateurs de l'archéologie classique. Chez nous, tîes grands travaux seraient nuls sans quelques rares apparitions, comme le Spicilegium de Solesmes, qui vient de nous donner un nouveau gage de la résurrection des Bénédictins. Mais cette œuvre est unique en son genre depuis un siècle-, mais la presse catholique de M. Tabbé Migne, toute féconde qu'elle est en reproductions patristiques et théologiques', mais les grands travatix actuels desBoIlandisies, nos voisins et nos frères, peuvent- ils nous sauver d'une infériorité alarmante? Londres et Leipzick réimpriment aujourd'hui les saints Pères et les vieux monuments de l'Eglise avec une ardeur et une science que nous n'avons plus.
Ce contresens déplorable me rappelle des regrets exprimés dans une notice inédite sur le célèbre Petau, ce prodige d'érudition classique, qui édita SynéslUs a dix-htiit
ans, qui s&vait la langue d'Homère comme la sienne, et traduisit en vers grecs les psaumes de David, par délassement, en montant et descendant les escaliers du collège de Clermont. En faisant l'éloge de ce grand homme, fauteur disait qu'il ne voyait jamais sans chagrin un docte protestant, en quelque genre que ce fût, qui n'eût pas son égal dans les rangs des catholiques, pour pouvoir se mesurer avec lui. Catholiques, pourrions-nous voir avec indifférence l'hérésie s'efforçant de donner des successeurs aux Scaliger et aux Grotius, et nos écoles laisser refroidir l'ardeur classique des Fronton du Duc, des Petau et des Mabillon?)
Exoriare aliquis.
Mais il est pour nous, défenseurs du Catholicisme, une infériorité plus alarmante encore. En comparant les études classiques dans les régions du Nord, ou y trouvera les universités catholiques, en Autriche par exemple, moins célèbres de nos jours que les universités protestantes. Ce second trait du parallèle que nous étudions a cela de plus frappant qu'ici les rivaux sont en présence. Enfants de l'Eglise romaine, héritiers de ses dogmes et de ses traditions, allons-nous abandonner à d'autres le soin de garder notre Mère et le patrimoine de sa foi ! Il est dans ses monuments , et ces monuments sont latins. ^Yoilà ses ennemis chargés, par notre incurie classique, de conserver ses bibliothèques et sa langue ! La philosophie de l'Allemagne nous fait peur : sa philologie est-elle moins dangereuse et moins menaçante? L'une attaque la foi par la raison, l'autre l'attaque par ses monuments mêmes, bases de nos traditions et de nos dogmes. Le Seigneur loua réconomemnfidèle, et ajouta : Les enfants de ce siècle sont plus sages dans leurs intérêts temporels que les enfants de lumière. (4)
(1) s. Luc, 16, 8
Dieu me garcTe d'outrer le reproche : il y a dans ces accents d'amour pour l'Église plus de regret que de plainte. Non, nous ne sommes pas coupables autant qu'on pourrait le dire. Si les études classiques dans les contrées protestantes se sont mieux maintenues que chez nous, c'est que les gymnases protestants n'ont pas été fermés , abattus ou livrés* à des réformes, comme il est arrivé en France, en Espagne , en Portugal et dans les provinces soumises à l'Autriche. Une ère nouvelle s'ouvre à nos espérances. On nous permet enfin de raviver, nous aussi, la langue du Catholicisme. Notre zèle n'avait besoin que de la liberté.