JE N'ATTAQUE POINT NOS COLLÈGES
Il n’y a pas un mot dans mon discours qui ait cet objet ou cette tendance. Le mot est aussi loin de mes lèvres que la pensée l’est de mon âme.
Non, je n’attaque point nos collèges. Je les respecte, je les admire, je les aime. En toute occasion, je rends hommage aux services qu'ils ont rendus et qu'ils ne cessent de rendre. Ils sont l'honneur de notre race comme le meilleur rempart de notre nationalité. Je les défends quand ils sont l’objet d’attaquesinjustes. J elesexcusequandilsfournissent l’occasion de quelque reproche mérité. N'en déplaise à mes critiques, c'est moi qui disais, à Montréal, au cercle Ville-Marie, le 5 juin 1893 :
«Il ny à quune munière de juger l'œuvre de “ nos collèges : c’est d'en considérer les résultats. “ Dire qu'ils n'ont pas fourni à la religion et à la “ patrie les hommes qu'il leur fallait pour faire tri- “ ompher une cause que tant de prévisions humaines
“ avaient crue désespérée, c’est infliger- un démenti “à l’histoire et calomnier nos historiens. A moins
“que ces derniers ne soient desimposteurs, on est for- “ cé d'admettre que les Bédard, les Taschereau, les “ Papineau ne sont pas des personnages imaginaires, “ Est-il possible de prétendre que La Fontaine, Mo- “ rin, Cartier, Chauveau, Cauchon, Garneau, Ferland, # Crémazie, Duval, Dorion et toute cette pléiade qui “ honore le Canada et illustre la province de Québec, “n’ont jamais été que des héros de la fable ? Je “ vous le demande, avons-nous à rougir des Cana- “ diens-Français qui siègent à la Société royale ? Ne “croyez-vous pas que MM. Chapleau, Laurier et “ Routhier peuvent figurer à côté des orateurs for- “ més dans les high schools ? ”
C'est moi qui disais à Ste-Thérèse même, le 3 novembre 1892 :
“Nos collèges ont rempli leur mission : il:
“s'étaient chargés de former un clergé pour ce “pays, Je dirai même pour une grande partie de “l'Amérique du Nord ; et là où notre clergé réside “et domine, les intérêts catholiques ne rétrogadent ‘pas.
“Ils s'étaient chargés de donner à la société ‘“ des hommes de volonté et de pouvoir pour guider “la nation, au Banc de suines et fortes têtes, à toutes “les professions des membres honorables. Rien de “tout cela ne nous manque; tant pis si, par mal- “heur, le vent desséchant de la passion politique “ou l’'ardeur des affaires, tant pis si les appétits “d'une civilisation assoiffée de jouissance ont passé
“ par là comme un courant malsain pour flétrir un “ordre de choses jadis admiré. La faute ne saurait « en être attribuée à nos maisons d'éducation, mais «y ja mollesse des carctères, à la dépression du “ sens moral, aux exigences d'un monde insatiable “ qui se targue du triste privilège de jeter aux orties «es vestiges de cette douce et pieuse philosophie « qu collège qui enseigne à chacun à vivre content &« de son sort, non à se livrer à toutes sortes d'aven- “tures ambitieuses au risque de bouleverser le “ monde pour assurer le soin de sa personne et l'a- “ vancement de ses intérêts particuliers.”