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CHAPITRE PREMIER

Considérations générales

Entendue dans son acception la plus générale, l’épithète d’inflammatoire s'applique aux exostoses qui résultent de l'exagération des propriétés ostéogéniques des cellules de la moelle ou du périoste, sous l'influence de l'excitation produite par un agent irritatif quelconque, local ou général.

Elles diffèrent des exostoses ostéogéniques, car, sans relations directes avec l'accroissement du squelette, elles apparaissent à tout âge et sur toutes les parties de l'os, aussi bien sur les diaphyses que sur les épiphyses et sans aucune symétrie. Elles ne sont pas héréditaires, et n'occasionnent aucun raccourcissement de l'os ni aucune malformation secondaire. Enfin il n'existe ordinairement pas de cartilage dans leur structure.

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Les exostoses inflammatoires sont désignées par beaucoup d'auteurs sous le nom d’exostoses symptomatiques ; ce qualificatif ne saurait leur convenir car « l'irritation du périoste et de la moelle est tou jours la même, que l'agent irritant soit un trauma ou un microbe pathogène, l'irritation physique ou chimique, et la distinction des variétés d'après la cause, le plus souvent impossible ».

La liste des exostoses inflammatoires est longue, elle comprend : les exostoses professionnelles, les ostéo-périostoses produites par certaines infections générales (syphilis, infection puerpérale, fièvre typhoïde, rhumatisme, etc.); les exostoses parenchymateuses de l’ostéite raréfante, les ostéophytes de la table interne du crâne pendant la grossesse; les ostéomes parostaux de Virchow, un certain nombre d’exostoses sous-unguéales, les exostoses séniles du rachis (ostéophytes par arthrite sèche de Ferré), les exostoses spongieuses des ostéo-arthrites tuberculeuses de Gluck, les exostoses expérimentales de Dor par injection intra-veineuse de bacillus cereus citreus, etc.

Bien que très variées en apparence, toutes ces productions ont une cause précise : l'inflammation.

Elles se développent aux dépens du périoste et de la moelle « comme les bosses des arbres aux dépens du hber irrité par la piqüre d'un insecte »; l'expérimentation a montré depuis longtemps le mécanisme de leur production :

« En irritant le périoste et la moelle par des piqüres, des dilacérations ou une action traumatique quelconque, on produit des effets différents suivant

orne le degré et la nature de l’irritation. .Si l'irritation est modérée, on amène des hypérostoses au niveau du périoste irrité, ou provoque l'hyperplasie de la couche ostéogène qui augmente de consistance, se cartilagénifie et se transforme en tissu osseux.» (Ollier.)

L'irritation indirecte du périoste, continue Ollier, c'est-à-dire l’irritation qui lui est transmise à travers la couche osseuse périphérique, dans les cas de suppuration de la moelle, est généralement la plus féconde, au point de vue de l'ossification.

L'irritation de la moelle produit des résultats analogues à ceux de l'irritation du périoste. Lente et modérée, elle est suivie de la production d’un tissu osseux plus ou moins compact. Vive et prolongée, elle amène la suppuration ou la destruction des cellules médullaires et la nécrose de la couche osseuse périphérique.

Appliquées à la question des exostoses inflammatoirés, ces données expérimentales ont permis depuis longtemps de les diviser en deux groupes : les exostoses par irritation directe et les exostoses par irritation indirecte.

Article |. — Exostoses par irritation directe

On peut lesdéfinir : des productions osseuses consécutives à une irritation localisée dès le début, à l'endroit même où se fera l'exostose, et qui n'intéressent à aucun moment l'organisme en général.

Suivant la nature de l'agent irritant, rentrent dans

RS ULE ce groupe: 10 les exostoses traumatiques, dont le mécanisme se rapproche de celui du cal;20 Îles exostoses par irritation périostique, dues soit à une action de frottement, de compression, soit à une propagation inflammatoire directe.

10 ExXOSTOSES TRAUMATIQUES

Rentrent dans cette catégorie :

a) Les exostoses consécutives aux contusions, dont une belle observation a été présentée, par Delorme, à la Société de Chirurgie de Paris, 1900.

b; Les ostéomes dus à l’arrachement, par contraction musculaire d'un fragment périostique ou d'un copeau osseux, avec productions osseuses consécutives.

Les expériences de Berthieront montré que l’arra- chement périostiaue était fréquemment l’origine de ces formations. Ayant détaché au bistouri, sur des lapins, le périoste adhérent aux insertions desadducteurs, il vit les fibres musculaires se rétracter en entrainant le lambeau de périoste. Il laissa ensuite les lapins en tiberté et vit se former rapidement des ostéomes.

Cette théorie admise par Sieur, Orlow, Berger, Reynier, etc., est appuyée sur des faits cliniques.

Depaze (Archives de Bruxelles, 1898) vit, après un traumatisme, un petit fragment d'os incomplètement détaché former, quinze jours après. un véritable ostéome. Il est à remarquer, du reste, que les ostéomes se forment en des points où il peut y avoir des arrachements du périoste, au niveau du brachial

RSR antérieur, par exemple, dont les fibres les plus profondes s'incrustent dans l'os et, qui étant intimement

unies au périoste, en détachent aisément un lambeau étendu.

Ainsi que le fait remarquer Loison (Société de Chirurgie, 1898), toutes les fois quel’ostéome siège et adhère au point d'insertion du brachial antérieur surlacoronoïde, ou du quadriceps sur la rotule, la lésion devrait être appelée exostose traumatique.

c) Les productions dues à un arrachement périostique par fracture ou luxation.

Pierre Delbet a prouvé expérimentalement que si on produit sur le cadavre des luxations du coude en arrière, on constate que, dans la majorité des cas, la partie antérieure de la capsule arrache un lambeau de périoste ou même un fragment osseux de l’apophyse coronoïde. Ce lambeau reste très loin de l'os tant que la luxation persiste ; lorsqu'on pratique la réduction, il peut ne pas reprendre son rapport intime avec Île cubitus et devenir le point de départ d’un ostéome.

Yvert, Orlow, Charvot et Favier ont étudié la structure de ces conformations. Lorsque l’ostéome existe depuis longtemps, il est constitué comme un os véritable formé de tissu compact périphérique, de tissu spongieux central, avec canaux de Havers, etc. Si l'ostéome est jeune, iln’ya pas encore de canalicules de Havers, mais des cellules osseusesen voie de formation.

ART RE Tous ces productions sont des exostoses traumatiques. | Pierre Delbet a présenté à la Société de Chirurgie de Paris (28 mars 1901) une très intéressante observation d’exostose périostique, consécutive à une fracture.

OBSERVATION {P. DezBer. — Soc. de Ch., 1901.)

EXOSTOSE PÉRIOSTIQUE CONSÉCUTIVE A UNE FRACTURE SOUS- PÉRIOSTÉE DE L'EXTRÉMITÉ SUPÉRIEURE DE L'HUMÉRUS.

U s’agit d’un enfant de trois mois bien constitué, n'ayant jamais rien présenté d’anormal, qui fit une chute en jouant. Lorsqu'on le releva, l'épaule gauche était douloureuse et le bras impotent. Un médecin appelé diagnostiqua une luxation, la réduisit et appliqua une écharpe. Au bout de vingt jours, le bras fut libéré et très vite après quelques massages, l'enfant en recouvra l'usage intégral. Quatre mois aprés, le même accident se reproduisit à deux reprises différentes.

Examiné après ce dernier accident, on constata que l’intégrité fonctionnelle était complète. Il n’y avait aucune limitation des mouvements, aucune atrophie musculaire; l'enfant se servait de son bras gauche aussi bien que du droit.

Cependant, la tête humérale n'était pas à sa place normale. Elle était déplacée légèrement en avant, occupant la situation qu'elle a souvent dans les cas de luxations sous-capsulopériostées. Il suffisait, d’ailleurs, d'une légère pression pour la faire rentrer dans la plèvre, maïs, dès qu'on cessait la pression, elle reprenait la position vicieuse.

En palpant l'extrémité supérieure de l’humérus, on constatait qu'elle était notablement augmentée de volume, sans qu’il soit possible de déterminer la nature exacte de cette augmentation.

Se

La radiographie montra les particularités suivantes. L'épiphyse ne présente aucune altération, elle a la même forme et les mêmes dimensions que celle du côté sain. L'augmentation de volume porte sur la diaphyse. Celle-ci est renflée en massue de manière à former une volumineuse tumeur qui commence un peu au-dessus de la partie moyenne de l’humérus par un élargissement progressif de l'os et se termine brusquement au niveau du cartilage de conjugaison. La masse est entourée d'une mince coque de tissu compact et, dans son épaisseur, demi-transparente aux rayons de Rœntgen, on distingue quelques lignes plus sombres, irrégulièrement entrecroisées,

Six mois après, nouvel accident, moins grave que les précédents en ce sens qu'il paraît avoir été moins douloureux. Il existe un déplacement permanent de l’humérus dont la tête est en subluxation. Un légère pression la remet en place, mais elle reprend aussitôt sa position vicieuse.

Des mensurations soignées, faites au compas, ont montré que l’'humérus est raccourci d’un centimètre et demi. Il est de plus légèrement incurvé en avant. Mais il n'existe sucune atrophie musculaire, aucun trouble fonctionnel.

Une nouvelle radiographie donne des résultats à peu près identiques à ceux de la première. La, tumeur a conservé le même volume.

Le traitement spéciique n'avait donné aucun résultat, on peut éliminer la syphilis. L'hypothèse de sarcome devait être éliminée également car uns tumeur maligne, surtout chez un enfaut, n2 reste pas stationnaire pendant sept mois.

Le diagnostic auxquel s'arrêtèrent MM. Jalaguier, Routier, Delb:t, etc., était : exostose périphérique produite par un> exagération du travail ostéogénique du périoste décollé, à la suite d’une fracture itérative sous-périostée avec gros cal.

Ces productions exubérantes ne tissu osseux ne 7 M

sont pas très rares. à la suite des fractures chez

l'enfant.

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