‹ Des ExostosesChapitre 30 sur 50 · A MES · texte numérisé non relu

A MES

Le malade entre à l’Hôtel-Dieu pour se faire enlever ses exostoses.

Examen du squelette. — Il existe, disséminées sur les différentes parties du squelette, une vingtaine d’exostoses environ, mais ce chiffre est forcément approximatif, car, duraut son séjour à l'hôpital, il s’en produisit plusieurs autres ; la plus ancienne date de trois mois environ.

Des volume est très variable, la plus grosse atteint à peu près les dimensions d’une noix, d’autres, très petites, sont comparables à des têtes d’épingles en verre.

Elles ont une forme à peu près identique; sessiles, elles adhèrent à l'os par une base élargie et se terminent en pointe plus ou moins effilée; la peau glisse mal sur elles et, même en quelques endroits adhère complètement. Tout autour de chaque exostose, l'os est absolument normal, sans gonflement ni hyperostoses.

Les os porteurs d’exostoses au moment de l’examen sont : les deux tibias, le fémur gauche, les deux humérus, la clavicule gauche, les premières phalanges du médius et de l'index droit. Quelques-unes siègent au voisinage des épiphyses, mais le plus grand nombre est disséminé le long des diaphyses. On distingue facilement les cicatrices consécutives à l’ablation des premières exostoses; ces cicatrices,au nombre de quinze, sont éparses le long des deux membres inférieurs et du membre supérieur gauche.

La pression au niveau des exostoses actuelles est douloureuse, mais le malade n’en souffre pas au repos; par contre certains mouvements sont extrêmement gênés.

À part de ces multiples exostoses le squelette ne présente rien d’anormal ; pas d’incurvation, pas de déformations autres que les exostoses.

La mensuration des os est pratiquée avec soin; les proportions avec la taille du sujet concordent avec les conclusions d’'Et. Rollet. Il n'existe également aucune différence de longueur appréciable entre les os symétriques, quel que soit le nombre d'exostoses dont ils soient porteurs.

Examen de l'appareil respiratoire. — L'auscultation des poumons indique des signes indubitables d'infiltration tuberculeuse des deux sommets, au 2° degré.

Le malade crache beaucoup; sueurs nocturnes abondantes.

La séro-réaction tuberculeuse pratiquée par M. le profes seur agrégé Courmont donne un résul:at positif.

Rien d’anormal n’est constaté sur les autres organes.

On note un peu d’exagération des réflexes rotuliens, quelques troubles vagues de la sensibilité, mais ces symptômes sont trop peu accentués pour que l’on puisse conclure à l'existence d’une maladie du système nerveux systématisée.

Sur la demande du malade, M. le Dr Delore pratique l’ablation de l’exostose la plus douloureuse, qui est située sur l’humérus, à l'union du tiers supérieur avec le tiers moyen de cet os.

L'opération est faite sous anesthésie ; après l’incision de la peau, on met assez facilement à nu la tumeur qui est située au-dessous du biceps qu’elle soulève légèrement, mais dont elle est complètement indépendante. L'ablation est faite à l’aide de la gouge et du maillet, sans difficulté.

La base d'implantation humérale, de trois centimètres carrés à peu près, dépourvue de périoste, montre un os dur, presque éburné qui nécessite l'emploi de la gouge et du maillet.

L'exostose enlevée, cunéiforme, haute d’un centimètre à peu près, présente une surface lisse, recouverte d’une légère membrane périostique; on la partage facilement en deux parties, au moyen d'un trait de scie; la surface de section montre de l'os peu dur, mais assez dense et régulier, dans * uel il est impossible, à l’œil nu, de distinguer le moindre signe d’ostéite.

Examen histologique. — Aucune trace de cartilage. Le périoste est conservé, mais épaissi. Ses fibres viennent se perdre directement dans l'os.

La moelle esttout-à-fait au repos et presque exclusivement

graisseuse.

Et

La table externe esttrès épaisse, avec des systèmes de Havers réguliers, très proches les uns des autres.

Les systèmes de lamelles osseuses intermédiaires, avec système de Havers, n’affectent aucune disposition spéciale.

En somme, os régulier de nouvelle formation due uniquement à une édificatinn du périoste et de la moelle, sans adjonction de cartilage. Aucun caractère spécifique.

L'inoculation d’un fragment au cobaye n’a donné aucun résultat.

Les conditions étiologiques et pathogéniques qui ont présidé à l'éclosion de ces exostoses méritent-d'être métudiées et Ldiscutées. WLPthypothèse d'exostoses ostéogéniques vraies doit être immédiatement écartée ; leur siège sans relation aucune avec les cartilages de conjugaison, le manque de raccourcissement des os et de toute espèce de malformations, l'absence de toute hérédité exostosique et surtout enfin les caractères microscopiques, sont des raisons suffisantes que vient appuyer d'une façon irréfutable l'âge du malade,31 ans,lors de la seconde POUSSE

Tout, au contraire,indique qu'untravail inflammatoire local, coïncidantavec un état infectieux de l’organisme a présidé à leur apparition ; les deux fois l'état général était mauvais, la fièvre, l'inappétence, la faiblesse, l'amaigrissementindiquaient une perturbation profonde de la santé ; localement elles ont été précédées de douleurs vagues qui se sont accentuées pendant leur accroissement, tandis que les parties molles environnantes étaient le siège de phénomènes inflammatoires manifestes.

La syphilis devait attirer longuement l'attention. Le mode d'apparition des exostoses syphilitiques est assez fréquemment analogue à celui des exostoses que nous avions sous les yeux ; les douleurs, l’inflammation des parties molles précèdent et accompagnent souvent les ostéo-syphiloses ; leurs caractères macroscopiques et microscopiques, lorsqu’ilne s’agit pas d'ostéite gommeuse n’ont aucun caractère spécifique ; d'autre part, si les exostosesde la syphilis sont surtout fréquentes dans la période secondaire, il n’est pas très rare d’en rencontrer au cours de la période tertiaire. Malgré ces ressemblances cliniques évidentes, certaines particularités devaient éveiller le doute ; les douleurs qu'a ressenties notre malade consistaient en des sensations superficielles, localisées dans les parties molles dont elles traduisaient l’état irritatif, bien différentes par conséquent,des douleurs profondes,intra-osseuses,diffuses qui précèdent les exostoses syphilitiques. Il est à remarquer aussi que les sièges d'élection habituels des ostéo-syphiloses étaient précisément indemnes; les os du crâne, les fosses nasales, la voüte palatine, le sternum étaient absolument respectés, les crêtes tibiales ne présentaient aucune érosion suspecte

Enfin, constatation plus sérieuse, il fut impossible de déceler aucun indice de vérole héréditaire ou acquise. Le malade affirme n'avoir jamais eu ni chancre, ni plaques muqueuses ; l'examen le plus minutieux, pas plus que l’interrogatoire, dont il comprit fort bien l'importance, ne put soulever le plus léger doute. Néanmoins, il fut soumis à un traite-

ment intensif dont nous surveillämes nous-même l’exécution (4 grammes d'iodure de potassium et frictions mercurielles journalières). Ce traitement n'amena aucure modification. Non seulement Îles exostoses déjà formées restèrent ce qu'elles étaient, mais il s'en produisit de nouvelles.

Seule la tuberculose pouvait donner la clef de l'énigme. Le malade a des antécédents héréditaires tuberculeux, sa mère et un de ses frère sont morts phtisiques. Lui-mêème est tuberculeux avéré et ses deux poussées exostosiques ont coincidé chacune avec une poussée pulmonaire caractérisée, la première, par une pleurésie, la seconde, par une infiltration tuberculeuse des deux sommets, arrivée maintenant au deuxième degré. Pour ces raisons péremptoires, à notre avis, nous n'hésitons pas à considérer ces exostoses comme les produits réactionnels de l'os en présence de lirritation produite en différents points du squelette par une infection bacillaire atténuée.

L'observation que nous venons de rapporter est la seule qu'il nous ait été donné de suivre par nousmême, mais la lecture attentive de cas semblables nous a donné la certitude qu'il ne s’agit pas là d'un fait absolument exceptionnel. L'observation suivante communiquée par L. Boiteux à la Société anatomique, en 1888, est assez analogue.

tee

Page 1