EXOSTOSE DE LA PREMIÈRE COTE GAUCHE
Le nommé P..., âgé de 34 ans, emballeur, entre à l'hôpital Bichat le 5 janvier 1891.
Blennoragie plusieurs années auparavant. Pas de syphilis.
Vers la fin du mois de novembre 1890, il a été pris d’une affection pleuro-pulmonaire ddt il ignore la. nature exacte;
ni point de côté, ni frisson. Il a cru à un gros rhume. A ce moment il souffrait du côté droit.
Au bout de trois semaines il s'aperçut qu’il portait une grosseur peu douloureuse dans la région de l'extrémité interne de la clavicule gauche. Au bout de deux ou trois Jours elle cessa de s’accroître, mais persista sans tendance à la régression. Un médecin appelé donna un coup de bistouri, il s’écoula un peu de sang mais pas de pus. Peu après, augmentation progressive, peu douloureuse, sans phénomènes généraux.
Examen local. — On constate une très petite exostose de l'extrémité interne de la clavicule gauche. La partie sternale de l'articulation est à peu près normale.
L'extrémité interne de la clavicule est légèrement reportée en avant et en haut.
L'extrémité interne de ja première côte gauche présente une notable exostose qui a produit la subluxation en avant de la clavicule. |
On sent cette exostose dans le creux sus-claviculaire ; elle a toujours été très peu douloureuse.
Le traitement syphilitique a été tenté sans résultat. Aucun commémoratif ni accident concomitant dans le sens de la syphilis.
S'agit-il d’une lésion tuberculeuse ou d’une ostéomyélite chronique?
Le malade sort le 12 janvier.
On l’a revu plusieurs fois pendant deux mois. L'état costal est resté absolument stationnaire pendant que l’état général est redevenu bon.
La nature microbienne exacte decetteostéomyélite importe peu ; il suffit de remarquer que tous les symptômes généraux ayant disparu, et Îles phénomènes locaux étant en état de régression, une intervention intempestive a eu pour résultat, non pas un
ÉPliQES réveil microbien, mais un réveil ostéogénique dont l'exostose a été l’aboutissant.
d) Formes à localisations multiples. — Les exostoses de l’ostéomyélite ne sont pas uniquement l'apanage des formes légères et atténuées ; un même micro-organisme agissant en divers points du squelette ne produit pas sur tous les mêmes ravages, et il n'est pas rare d'observer dans le cours d’une même ostéomyélite, à côté d’une localisation grave aboutissant à la suppuration et à la nécrose, d’autres localisations beaucoup plus bénignes, parfois même simplement marquées par un léger gonflement de l'os quilaisse à sa suite une exostose.
Ceci se remarque de préférence dans la forme à localisations secondaires multiples. Dans cette forme il n’est pas rare d'assister, lorsque les phénomènes aigus commencent à s'apaiser, à l'explosion d’atteintes secondaires, témoignant d'un retour offensif de l'infection générale. « Ces atteintes frappent indistinctement tous les os, tantôt l'homologue, tantôt un os différent du tronc, de la face, etc. La clavicule, le péroné, le maxillaire inférieur en sont les sièges de prédilection. Ces poussées indépendantes ne sont pas absolument semblables à l'atteinte primitive. Elles sont beaucoup moins intenses. » Sans doute, elles peuvent aboutir à la suppuration, mais, en général, leur évolution n'est nullement en rapport comme intensité avec celle de l'attaque primitive et leur résultat peut se limiter à une inflammation légère aboutissant à de l’hypertrophie osseuse.
Plus rares sont les cas où les attaques légères précèdent une localisation grave. L'observation suivante en est cependant un exemple intéressant.