OBSERVATION XII
(Résumée.) in Th. LEMoINE (Paris, 1885).
OSTÉOMYÉLITE DE L'ÉPIPHYSE SUPÉRIEURE DU TIBIA DROIT, PRÉCÉ- DÉE D'UNE SÉRIE D'EXOSTOSES INFLAMMATOIRES SURVENUES SUR LE MÊME OS PENDANT LES TROIS MOIS PRÉCÉDENTS.
Femme de 53 ans, entrée à l'hôpital de Chiari pour des douleurs dans la jambe datant d’un mois environ.
Antécédents héréditaires non indiqués.
Antécédents personnels : fatigues, misère dans l'enfance.
À 20 ans a souffert d’une affection utérine.
Examen à l'entrée à l'hôpital : augmentation de volume de la partie supérieure du tibia droit, pas de chaleur locale, douleurs profondes, rénitentes d’abord, continues ensuite, articulation coxofémorale saine.
Symptômes génitaux très bénins. On pense à un ostéosarcome.
Au bout de 15 jours, douleurs intermittentes le long de la diaphyse du tibia, avec gonflements œdémateux disséminés le long dela crête.
Plusieurs accès douloureux coïncidant avec des poussées inflammatoires locales: chaque accès durant 3 ou 4 jours et étant suivi d’une période de rémission.
Deux mois après, nouvel accès fébrile, beaucoup plus violent que les précédents, avec frisson initial de longue durée.
Sueurs consécutives, température 400,6.
Le lendemain : tuméfaction considérable de l'articulation du genou qui devient œdémateux, douleur excessive.
Le diagnostic d’ostéomyélite est fait et on pratique l’am-
putation.
A l'autopste du membre on voit : pus dans le genou; à côté de la tubérosité externe se voit une perforation par laquelle je pus d'un foyer ostéomyélitique s’est épanché dans la cavité articulaire.
A la surface du tibia, néoformations d’origine périostique localisées en plusieurs points.
Malgré ces quelques exemples, il est de toute évidence que très rarement l’ostéomyélite aiguë vraie limite ses effets à une simple production d’exostoses.
I n’en est plus de même dans certaines ostéites dont il nous reste à dire quelques mots, en particulier de l’ostéomyélite post-typhique.
Article I!.
ExOSTosEs TYPHIQUES.
L’infection typhique donne aux os qui sont en voie d’accroissement une suractivité qui se traduit anatomiquement par une prolifération exagérée de la moelle de los et dela couche sous-périostique (Dieulafoy). Cet état irritatif, qui se produit même chez l'adulte, rend le tissu plus apte à s'enflammer sous l'influence des agents pathogènes. De là, les différentes ostéites post-typhiques.
L'inflammation du tissu osseux produite par le bacille d'Éberth est parfois assez intense pour donner lieu à toutes les altérations osseuses qui caractérisent les ostéomyélites les plus graves. Le plus souvent il n’en est pas ainsi. Contrairement à ce que
l'on voit dans l'ostéomyélite staphyloccocienne, dans l'ostéite à bacille d'Eberth, la lésion osseuse est presque toujours très limitée. Elle prend la forme de périostose et d’hyperostose plutôt que celle d'inflammation suppurative ; elle reste limitée de préférence à la moelle sous-périostique. Ce sont ces formes limitées et superficielles qui se terminent quelquefois par exostoses.
Ces formes torpides surviennent aux époques les plus variables : on en a signalé au treizième jour de la fièvre typhoïde (Ebermaier), au début de la maladie ou à la fin de la convalescence (Achalme, Ebermaier). Après une rechute mal caractérisée (Colzi) et même, dans un cas de Orloff, plusieurs mois après la maladie.
Cliniquement, le début est tellement insidieux, qu'il peut passer inaperçu. La réaction fébrile est légère ou même tait complètement défaut. On constate en quelques endroits, un gonflement limité avec un peu de rougeur de la peau et une douleur légère exaspérée par la pression.
Cette inflammation si modérée se termine souvent à assez brève échéance par la résolution complète. Parfois, au contraire, elle passe à l’état chronique et évolue pendant des mois sous le masque d’une ostéopathie syphilitique ou d’un abcès froid (Chantemesse et Widal). Sans doute, le retour à l'Integrum est encore possible ; cependant, le travail inflammatoire prolongé, chez les jeunes sujets surtout, a de grandes chances d’aboutir à une hyperproduction d'os; à la périostose succède l'exostose, par ua mécanisme
absolument analogue à eelui qui transforme la périostose syphilitique en exostose.
En résumé, les exostoses typhiques sont une terminaison relativement fréquente de certaines localisations osseuses, produites par le bacille d'Eberth, remarquables par leur début insidieux et leur évolution chronique, ainsi que par les lésions superficielles et peu étendues qu'elles occasionnent.
Voici une observation qui nous a été fournie par M. le professeur Poncet et qui est un bel exemple d'exostoseconsécutive àuneostéo-périostitetyphique.