OBSERVATION XII
(Personnelle.)
E... M.,24 ans,étudiant, est porteur, àla partie moyenne de l’humérus droit, d’une exostose survenue dans les circonstances suivantes. [l a été atteint, à l’âge de 10 ans, d’une fièvre typhoïde très grave, qui fut traitée par la méthode des bains froids; aucune localisation osseuse ne se produisit pendant toute la période fébrile. Au cours de la convalescence, le malade qui était apyrétique depuis une dizaine de Jours, ressentit à la partie moyenne de l’humérus droit, une douleur assez aiguë pour gêner sensiblement les mouvements ; pas de roûgeur de la peau; mais, à la palpation, on sentait une tuméfaction profonde, diffuse, très douloureuse à la pression. Le malade fut alors visité par Verneuil qui conseilla l'intervention. Celle-ci ne fut cependant pas pratiquée. Peu à peu, la douleur s’amenda, mais la tuméfaction persista. Six mois après, tout empâtement ayant disparu, on constata l'existence d’une petite tumeur ronde comme une bille, indolore au repos, mais toujours douloureuse à la pression.
Le malade eut une nouvelle rechute de fièvre typhoïde un an après, qui fut suivie de plusieurs autres. À chaque nouvelle attaque, la tumeur osseuse devenait douloureuse et augmentait de volume. Elle est restée stationnaire depuis l’âge de 15 ans.
Actuellement, cette exostose prend attache à la partie moyenne de l’humérus droit et descend en ligne droite sur une longueur de 3 centimètres à peu près et se termine par une portion nettement saillante, bien indépendante, renflée en une sorte d’apophyse de la grosseur d’une petite bille située bien en dehors des fibres du biceps ; cette exostose est à cheval entre ce muscle et le brachial antérieur sur un plan plus profond.
La palpation ne révèle aucune douleur.
Le bras est aussi fort que l’autre ; les deux humérus ont la même longueur. Ce jeune homme qui n'a aucune hérédité exostosique, ne présente pas d'exostoses en d’autres parties du squelette, ni aucune malformation.
Il est inutile d’insister sur le diagnostic différentiel avec une exostose ostéogénique. Il s’agit évidemment là d’une production osseuse consécutive à une périostose typhique.
Dernièrement J. Tapie (Arch. prov.de Méd., 1901) a publié deux cas intéressants d'hyperostoses posttyphiques, dont le second est particulièrement intéressant ; il concerne un jeune homme de 24 ans qui fut atteint d’une ostéomyélite à foyers multiples au cours de la convalescence d’une fièvre typhoïde.
Il eut trois localisations ; l’une sur le cubitus,caractérisée au début par une hypérostose qui, au bout de quelques semaines, donna issue à un peu de pus;une seconde au niveau du radius qui ne suppura pas et disparut en quelques semaines ; une troisième enfin
sur le tibia qui persisté encore sous la forme d’une volumineuse exostose. |
La radiographie a montré que ces lésions n’ont que des rapports de voisinage avec les épiphyses ou les régions juxta-épiphysaires ; ce sont des lésions diaphysaires différant en cela totalement de l'ostéomyélite aiguë des adolescents ; en second lieu, la lésion suppurée du cubitus est superficielle, limitée au périoste très épaissi, et aux couches superficielles du tissu compact.
Le pus a été examiné directement et ensemencé dans un bouillon de culture. Il a été trouvé dépourvu de microbes, entièrement stérile.
Si l'ostéomyélite post-typhique avait eu pour agent un parasite autre quele bacille d'Eberth, lepus n'aurait pas été stérile et le microbe aurait poussé abondamment sur les cultures ; tandis que le bacille d’Eberth épuise son action, perd sa virulence et peut disparaître dans les vieux foyers osseux enflammés.
Lorsque la lésion persiste ainsi sous forme d’exostose, l’analogie est grande avec les exostoses syphilitiques ; Fournier l’a signalée, ayant eu à soigner quelques-unes de ces exostoses typhiques qu'il diagnostiquait des exostoses syphilitiques parce qu'elles demeuraient insensibles au traitement spécifique.
Les cas analogues ne doivent certainement pas être rares, mais lorsque Îles signes fonctionnels manquent, ils échappent souvent à l'investigation clinique.
Nous terminerons par la relation d’une observation de MM. Péan et Cornil, véritable type d’exostose
éberthiène, observation d'autant plus intéressante qu'elle est revêtue du contrôle bactériologique.