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OBSERVATION XIV

(PÉan et Corni. — Journal des Connaissances Médicales, 23 avril 1891.)

EXOSTOSES INFLAMMATOIRES DUES A DE L'OSTÉO-PÉRIOSTITE CONSÉCUTIVE A LA FIÈVRE TYPHOIDE.

Mlle M..., âgée de 19 ans, contracte, en juillet 1800, une fièvre typhoïde qui dura trente jours.

Au cours de la convalescence, il est survenu une douleur fixée à la partie médiane du tibia gauche, qui fut suivie d’une tuméfaction du périoste sur une étendue de 5 centimètres environ; on fait alors un débridement de la peau jusqu’au périoste, mais qui n’a pas empêché les douleurs ni l’augmentation de la tumeur osseuse qui faisait une saillie d'environ 2 centimètres au-dessus de la crête du tibia.

Cinq mois après, cette jeune fille présente à la jambe gauche deux exostoses, l’une à la partie supérieure du tibia, à quelques centimètres au-dessous de l’épine, comme une seconde épine du tibia. Une seconde exostose d’un volume double existait à la réunion du tiers inférieur et du tiers

moyen de la jambe. Cette dernière avait évolué rapidement ” avec une douleur très intense, elle était si douloureuse que la malade réclamait l'opération. Une troisième exostose de même nature existait au niveau du tibia du côté droit.

On a opéré d’abord l'exostose inférieure de la jambe gauche, puis l'exostose supérieure de la même jambe et enfin celle de la jambe droite. La constitution de ces trois exostoses était la même. Le diamètre de la tumeur inférieure était d'environ 4 centimètres avec 2 centimètres de saillie. Après l'examen de la peau et du périoste qui était épaissi, on a vu qu'il existait au-dessous des couches osseuses superficielles une cavité de 8 millimètres de diamètre à peu près

empiétant sur le tissu compact de la diaphyse. Cette cavité était remplie d’un tissu léger, très vascularisé, mais sans pus:ies parois étaient dures et éburnées. Elle ne communiquait pas avec la cavité médullaire de l’os qui n'était pas compromise.

La jeune malade a guéri très bien de ces trois exostoses, mais il en est survenu, depuis, une quatrième située à la partie moyenne du bord externe du cubitus gauche.

Les trois exostoses enlevées présentaient la constitution suivante : la peau était amincie, le derme légèrement enflammé était infiltré de petites cellules rondes migratrices. Le périoste épaissi, enflammé montrait aussi une infiltration analogue et au-dessous des couches osseuses périostiques était une petite cavité contenant du tissu embryonnaife.

Les fragments d'os et de tissu embryonnaire ont servi à prendre des semences qui ont été inoculées sur six tubes de gélatine. Sur un seul des tubes de culture, ilest venu une colonie de bacilles typhiques. Les autres tubes sont restés stériles.

Ces fragments ont été ensuite placés dans des tubes de bouillon contenant deux à trois gouttes d’une solution aqueuse d’acide phénique à 5 c/, et chauffée dans l’étuve à 350. Dès que les bouillons se sont troublés, une semence de la culture a été prise et transportée dans un tube de bouillon phéniqué et ainsi de suite. Au quatrième passage, toutes les impuretés avaient disparu; il ne restait qu’une espèce de microbes, qui par sa forme, sa mobilité, sa culture sur la gélatine, sur la pomme de terre, sa réaction vis-à-vis des matières colorantes, etc., présente tous les caractères du

bacille typhique.

Le contrôle bactériologique donne à cette observationunintérêt tout particulier; ilne s’agit pluseneffet, d’une exostose banale, simple produit réactionnel, mais bien d’une ostéite productive due à un microbe atténué et formant ainsi un intermédiaire entre l’os-

téomyélite chronique d'emblée et l'exostose simple.

Il semble a priori que toute affection microbienne susceptible de retentir sur le système osseux puisse à légal des précédentes et par un processus analogue aboutir au même résultat. Cependant, les monographies nombreuses qui ont paru à propos des localisations ostéo-périostiques de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, de la blennorragie, etc., en font à peine mention. Barié, dans l'excellent mémoire qu'il a consacré à l'étude des périostites varioleuses en 1888, signale incidemment leur transformation possible en périostoses; Nève (7he Americ. Journ. of the medic. Sciences, mai 1891) y fait écalement une brève allusion, et c'est tout.

Parmi les maladies infectieuses susceptibles de donner lieu à des altérations limitées au périoste et à la moelle superficielle se place, en premier lieu, la

blennorragie.

Fournier, Raymond, Ozenne, etc., ont noté l'exis-

tence d’ostéopériostites blennorragiques, mais ils n’en parlent que d’une façon incidente et les regardent comme dues à des infections secondaires, et si l’on connaît bien l'intensité des produits réactionnels causés par le gonocoque sur les séreuses articulaires, on ignore à peu près complètement ses effets sur le tissu osseux.

Or « au point de vue anatomique comme au point de vue physiologique, il n'existe pas une grande différence entre la couche externe du périoste et la couche externe des membranes séreuses articulaires ou autres. C’est toujours un tissu conjonctif plus ou

moins dense où la circulation lymphatique prend ses origines. » Lorsque la couche externe du périoste est atteinte, l’inflammation causée par l'agent morbifique retentit fatalement sur la couche interne ostéogénique. Les propriétés ossificatrices augmenteront et au bout d'un certain temps pendant lequel on ne pourra reconnaître qu'une tuméfaction légère et une couleur assez vive, on verra survenir une véritable périostose à ce niveau. On sait aujourd'hui que le gonocoque de Neisser est un agent spécifique agissant à distance, soit par lui-même, soit par sa toxine, ainsi que l'ont montré les travaux déjà anciens de Hallier et Salisbury et ceux plus récents de Christmas. Son action si tenace au niveau des séreuses articulaires, l'abondance des produits réactionnels marqués par les brides, produits plastiques, etc., semblent éminemment favorables, lorsqu'il se localise dans le périoste, à la formation d'exostoses, comparativement surtout à la rapidité d'allure, à la fugacité des manifestations du rhumatisme articulaire aiguë, aussi bien lorsqu'il agit dans les articulations que dans les couches parostales ou sur le périoste. ;

Quoi qu'il en soit l'existence d’exostoses dues à la blennorragie n’est signalée nulle part.

Peut-être faut-il chercher dans l'absence de certaines causes prédisposantes la rareté de faits qui logiquement devraient être fréquents. Ceci nous amène à dire quelques mots des états prédisposants à l'hyperproduction d’os et en particulier de l’état puerpéral.

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