‹ Des ExostosesChapitre 42 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Exostoses puerpérales

La production d'ostéophytes au cours de la grossesse est une constatation de date déjà ancienne. En 1838, Rokitansky écrivait que plus de la moitié des femmes enceintes présentent entre la table interne des os du crâne et la face interne de la duremère des dépôts osseux saillants constituant de véritables ostéophytes.

Ducrest, le premier en France, étudia ces productions nouvelles. Sur deux cent trente-une femmes mortes en couches dont il examina la surface interne du crâne, il rencontra quatre-vingt-dix fois des ostéophytes, soit par conséquent dans plus d’un tiers des cas. L'examen d'un nombre égal de crânes appartenant les uns à des hommes, les autres à des femmes mortes hors de couches ne montra aucun ostéophyte; la relation de cause à effet, avec

l'état puerpéral est donc hors de doute. M. le pros fesseur Poncet nous a dit avoir plusieurs fois fait lui-même des constatations semblables.

Moreau continua les recherches de Ducrest et examina le crâne de quatre-vingt-dix-huit femmes mortes en couches; quarante-deux présentaient des exostoses ou des concrétions osseuses à différents degrés de leur développement ; il en donna une description complète dont nous reproduisons les principaux traits.

1° Les ostéophytes crâniens liés à l’état puerpéral se présentent sous trois états différents qui, d’après Moreau, correspondent chacun aux étapes successives d'un même processus.

Le premier degré est caractérisé par la présence en certains endroits de la surface interne du crâne, de plaques de couleur blanchâtre, arrondies et pouvant faire une saillie d’un centimètre à un centimètre et demi; on les rencontre sur le frontal et sur les pariétaux, quelquefois aussi sur l’occipital. Elles manquent en général au niveau des sutures.

Les plaques du deuxième degré diffèrent des précédentes surtout par leurs dimensions ; elles peuvent atteindre jusqu’à 3 centimètres de diamètre. Si on les détache pendant qu'elles sont encore fraîches, on voit qu'elles sont composées d’un tissu osseux spongieux, enfermé entre deux lames de tissu compact, représentant parfaitement la structure d'un os plat.

Dans le troisième degré enfin, ces plaques ne sont plus isolées : eïles se réunissent par leurs bases en formant parfois une véritable calotte bosselée, cha-

que bosselure correspondant à un des ostéophytes primitifs. A l’état frais, on voit, si on les détache, que celle de leur surface qui correspond aux os présente une série de filaments allant de l'os normal à l’ostéophyte.

Parfois, des exostoses analogues existent à l’extérieur du crâne; Moreau en aobservé douze cas et elles étaient d'autant plus nombreuses queles ostéophytes internes étaient plus abondants. Il est à remarquer qu'on ne signale aucun cas où leur présence ait provoqué des troubles dans les fonctions cérébrales.

Kühn a pratiqué l’examen clinique deces ostéophytes et il a trouvé peu de différence avec les os du crâne dont elles émanent; d’une façon générale elles sont plus riches en chaux et en acide carbonique et plus pauvres en acide phosphorique et en parties animales susceptibles d’être détruites par la calcination.

20 D'après Ducrest, ces productions liées à l'état puerpéral seraient indépendantes de tout état pathologique.Cette dernière assertion est peu fondée, car des exostoses analoguesont été retrouvées ailleurs. Virchow a rencontré des productions semblables sur des crânes de tuberculeux et même sur des crânes atteints d’atrophie sénile. Il ajoute que, dans ces divers cas, les ostéophytes peuvent occuper non seulement la table interne des os du crâne, mais encore la table externe et même les os de la face (maxillaire supérieur et os nasal).

Il est à remarquer néanmoins que l'état puerpéral semble avoir une certaine influence sinon sur la pro,

duction des exostoses au moins sur leur développement en tant que cause prédisposante. Hauft (Wurtemb. Med. correspondenz. blatt., t. XVI) raconte qu'une femme âgée de 38 ans vit se développer après sa septième délivrance une petite tumeur dans la fosse temporale. Chacun des accouchements suivants (quatre) amena une augmentation de la grosseur et la femme mourut au bout de sept ans avec des accidents de compression cérébrale. L'autopsie révéla dans la partie latérale de l'os frontal la présence d’un noyau osseux d'un pouce d'épaisseur sur lequel s’étendait vers l’intérieur une masse poreuse.

M. le professeur Poncet nous a communiqué à ce sujet une curieuse observation d'exostoses sousunguéales qui paraît se rattacher nettement à la grossesse, mais dont l'interprétation n'est pas moins fort délicate.

Page 1