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L'on a pu voir par la lecture de ces différentes pièces combien la Compagnie se montre minutieuse, combien détaillés se trouvent les questionnaires auxquels doivent répondre principalement le contractant et le médecin qui l’examine. Et pourtant, l’on a reproché aux Compagnies de se montrer trop faciles pour accepter les propositions d'assurance et ensuite, au moment du règlement des comptes, de chercher à chicaner, alors qu’elles ne devaient s’en prendre qu’à elles si l’assurance avait été faite à la légère.
Il y a quelque chose de fondé dans ces reproches. On voit des médecins pressés passer des examens tout superficiels sans se douter qu'ils engagent tout au moins moralement leur responsabilité, des agents peu scrupuleux qui, pour toucher leur commission, n’hésitent pas à conseiller à leur Compagnie l’assurance de gens formant pour elle un risque très douteux, d’autres pour qui le désir de réaliser des affaires et d’aligner en fin d'année un chiffre respectable de productions a fait plus d’une fois négliger les garanties dont un assureur prudent doit toujours s’entourer.
La véritable garantie, celle qui est réellement efficace, c’est le zèle et la vigilance des agents.
L'examen médical est, certes, une mesure utile, indispensable même pour signaler les risques mauvais ou médiocres ; mais combien de causes d’aggravation du risque peuvent être dissimulées à l'examen, nécessairement assez rapide du médecin; sans parler du cas que nous voulons croire excessivement rare, où une personne bien portante, nous le verrons dans
un chapitre ultérieur, se substitue à celle qui doit passer la visite quand elle en est par trop manifestement incapable. Il en est ainsi pour la plupart des maladies d’estômac, pour celles des organes génitaux et pour tout ce qui concerne la santé antérieure du proposant, son hygiène et ses antécédents héréditaires.
La sincérité de la personne examinée est ici le seul gage, nous le savons, de la valeur de l’examen médical; le médecin ne peut pas entreprendre une enquête pour contrôler la vérité des déclarations qui lui ont été faites; il ne peut que les prendre telles qu’on les lui donne.
Mais ce que le médecin ne peut pas faire, l’agent soucieux de son devoir peut et doit le faire. Or, la proposition d'assurance qui se présente est le fruit de longues et nombreuses sollicitations et alors, l’agent a pu suffisamment observer le proposant pour connaître l’état habituel de sa‘santé, sa manière de vivre et ses antécédents; ou bien l'affaire est enlevée dès la première visite et il est du devoir strict de l’agent, s’il ne connaît pas bien le proposant, de faire, même avant la visite médicale, une enquête sommaire sur la manière de vivre de la personne assurée et d’en communiquer le résultat au médecin.
L'agent, qui a connu quelques motifs de refus chez un proposant et ne l’a pas signalé, ne peut se disculper en rejetant la responsabilité sur le proposant ou sur le médecin. Comme nous l'avons dit, il faut élargir autant que possible les moyens d'investigation nécessairement limités du médecin, en apportant tous
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les renseignements qu’il ne peut aller chercher luimême et qui lui sont d’une grande utilité.
Après les décès suspects, des enquêtes ont été faites sur les conditions dans lesquelles les assurances avaient été acceptées. Il a été presque toujours constaté que les mauvaises affaires auraient pu être évitées si l’agent avait consacré seulement quelques instants pour s'informer des conditions de vie du proposant. Ici, c’est un homme criblé de dettes et adonné à la boisson, qu’un créancier faisait assurer, certain que sa fatale passion le conduirait bien vite au tombeau; là, c’est un estomac délabré, ne supportant plus d'autre aliment que le lait et, cependant, le médecin ne peut découvrir aucun symptôme de maladie; une autre fois, l'assuré est épileptique et personne de son entourage ne l’ignorait; une autre fois encore, l’assuré a eu, peu de temps avant son assurance,une congestion cérébrale. S’il faut en croire le langage d’un « assureur auquel nous empruntons « les lignes qui suivent, la véritable garantie des « Compagnies est le zèle et la correction des agents. « Quand une Compagnie possède dans une ville un « agent qui étudie soigneusement ses affaires, et sail « au besoin renoncer à sa commission, elle n’a rien à « redouter des entreprises de la mauvaise foi. Si, « au contraire, l’agent fait passer avant toute autre « considération le désir, bien légitime d’ailleurs, « d'accroître son portefeuille, ou s’il est assez simple « et assez négligent pour accepter sans contrôle les « déclarations des personnes qu’il ne connaissait pas « la veille, c’est alors que la Compagnie a tout à
« craindre de gens peu scrupuleux qui désirent « réparer à ses dépens les brèches de leur fortune. »
C’est donc le devoir des agents de préparer soigneusement et conseiencieusement leurs affaires; ils arriveront ainsi à enrayer la multiplication des mauvais risques. :
Mais, sera-t-on peut-être tenté de nous dire, si la vraie garantie d’une Compagnie est dans un choix éclairé de ses agents, et si, quand ce choix est bien fait, la Compagnie n’a rien à redouter des entreprises de la mauvaise foi, pourquoi alors se montrer si minutieux dans les questionnaires, si rigoureux envers le proposant : la Compagnie n’a qu’à s’en prendre à elle, si elle a accepté un mauvais risque et recourir contre son agent ? |
Répondons tout d’abord que, pour ce qui est de l'affirmation que nous reproduisons plus haut, nous sommes loin d’en partager l’opinion; sans doute, elle renferme beaucoup de vrai, et l’agent est à même d'éliminer nombre de mauvais risques, mais il ne peut en savoir sur le compte de son client plus que ceux à qui il s'adresse, à moins d’être ami particulier du proposant; pour tout ce qu’il y a d’intime dans sa vie, et beaucoup de renseignements portent sur des choses que l’on cache jalousement à tout le monde, le proposant seul peut renseigner la Compagnie.
D'ailleurs l’agent, par lui-même, serait-il encore en mesure de fournir les détails les plus complets, puisque la Compagnie s'adresse au proposant, c’est qu’elle a ses motifs pour cela et puisque le proposant