‹ des feesChapitre 14 sur 18 · PEAU D'ANE · texte numérisé non relu

PEAU D'ANE

L est des gens , de qui Tesprit guindé.

Sous un front jamais déridé ,

Ne souffire, n^approuye et n^estima

Que k pompeux et le sublime.

Pour moi, fose poser en fait, Qn'en de certains momens Tesprit le pins

parfait Peut aimer,sans rougir,jusqu'aux marionnettts.

Et qu'il est des temps et des lieux

Où le grave et le sérieux Ne Talent pas d'agréables sornettes.

Pourquoi faut-il s'émerveiller

Que la raison la mieux sensée ,

Lasse souvent de trop veiller.

Par des contes d'ogre ( i } et de fée ^

Ingénieusement bercée ,

Prenne plaisir à sommeiller ?

(0 HonuB* taurass qui mangeait l«f p«âta «afava^

FBAU d*an'B; 3 17

Sans craindre donc qu'oD-me^ condamna

D« mal employer mon loisir , Je yais^ pour contenter votre juste désir , Vous raconter aulongrhistoire de Peau d'Âne..

L ëtait une fois un roi , Le plus grand qui fût sur la terre , Aimable en paix, terrible en guerre.

Seul enfin comparable à soi.

Sas voisins le craignaient, ses États étaient calmes ; Et Ton voyait de toutes parts fleurir à Fombrede^ses palmes , Et les vertus et les beaux-arts.

Son aimable moitié , sa compagne fidelle , Etait si charmante et si belle , Ayait l'esprit si commode et si doux , Qu'il était encore avec elle Moins heureux roi qu'heureux époux»

De leur tendre et (^aste hyménée Plein de douceur et d'agrément , Avec tant de vertus une fille était née Qu'ils se consolaient aisément De n'avoir pas de plus ample lignée.

Dans $011 vaste «t riche- palaiâ«^

3i8 îïAïf d'ahb.

Ce nVtait q«e ma|pDii&cciic«; Partout y founnillait une rive aboa^M*

De coortisatift et de valets.

n avait dan» son écmrie Grands et petits cheraux de toutes les façons ,

Couverts de beaux caparaçons,

Roides d^or et de broderie; Mais ce qui surprenait tout le mondé enentrant,

Cest qu^au lieu le plus apparent, Un maître âne étalait ses deux grandes oreUles.

Cette injustice vous surprend j Mais l(nrsque vous saures ses vertus nonpareilles Vous ne trouverez pas que rboaneur fût trop grand.

Tel et si net le forma la nature ,

Qu'il ne faisait jamais d'ordasc ,

Mats bien beaux écus au soleil

Et louis de toute nature, Qu^on allait recueillir sur la blonde lîtiif».

Tous les matins à son réveil ;

Or , le ciel, qui parfois se lasse

De rendre les hommes eontens ; Qui toujours à ses biens mâe qudquo disgrâce.

Ainsi que la pluie au beau teflqw ,

Permit qu^une âpre maladie Tout à coup de la reine attaquât ka beaux jours»

Partout oE cherche dn MOOurS)

Mais ni la faculté qui le grec ëtadie.

Ni les chailatai» ajant cours ^ "Ne parent tons ensemble arrêter Tincendie Que la fièrre aUnmait en s'augmeatant tonjours.

Arrîtée à sa dernière henre ^

Elle dit au roi, son époux:

Trouves bon qu'avant que je meurt ,

J'exige une chose de tous;

Cest que s'il tous prenait eiiTie De tous remarier quand je n'y serai jdus..»

Ah ! dit.]» roi , ces soins sont superflus ,

Je n'y songerai de ma TÎe ;

Soyez en repos là-dessus.

Je le crois bien , reprit la reine, 8» j'en prends à témoin Totre amour vâiément;

Mais pour m'en rendre plus certain».

Je Teux aToir votre serment, Adouci toutef6is par ee tempérament, Que si vous rencontres une femme pins belle ,

Mieux faite et |Âus sage que moi.

Vous pourras franchemeat lui donner voue foi.

Et vous marier avec elle.

Sa confianoe en ses attraits Lui faisait regarder une telle promessa Comme nn serment, surpris avec adi«sse,^

D« n€ se macies janaii.

Sao PEAU d'ans.

Le prince juça cLonCyles yeux baignés de larmeff.

Tout ce que la reine Toulut.

La reine entre ses bras moumt ; £t jamais un mari ne fit tant de yacarmes.

A l'ouïr sangloter et les nuits et les jours , On jugea que son deuil ne lui durerait guère

Et qu'il pleurait ses défuntes amours Comme un homme piessé qui veut sortir d'affaire. On ne se trompa point. Au bout de quelques

mois Jl voulut procéder à faire un nouveau choixr

Mais ce n'était pas chose aisée ;

n fallait garder son serment.

Et que la nouvelle épousée

Eùtpjlus d'attraits et d'agrémens Que celle qu'on venait de mettre an monument;

"Ni la cour en beautés fertile , .

Ni la campagne , ni la ville ,

Ni les royaumes d'alentour ,

Dont on alla faire le tour ,

N'en imrent fournir une telle ;

L'infante seule était plus belle , Et possédait certains tendres appas

Que la défunte n'avait pas.

Le roi le remarqua lui-même ;

£t, bcùlant d'un amour eztrén^j

Alla follement s'avisec»

PEAU d'ans. Sst

Que par cette, raison il derait Tëponser $

n trouva même un casuiste Qui jugea que le. cas se pouvait proposer ^ Mais la jeune, princesse.triste D'ouïr parler d^n tel amour , Se lamentait et pleurait nuit et jonr.

De mOle chagrins Famé pleine»

-Elle alla trouver sa marraine^^ Loin dans une grotte à Fëcart, De nacre et de corail richement étoffée ; C'était une admirable fée,.

Qui n'eut jamais de pareille ea son art.

Il n'est pas besoiii qi^'on vous die Ce qu'était une fée en ces bienheureux temps y. Car je suis sur que votre mie Vous l'aura dit dés vos plus jeunes ans.

Je sais , dit-elle , en voyant la princesse»

Ce qui vous fait venir ici ^ Je sais de votre cœur la profonde tristesse ^ Mais avec moi n'ayez plus de souci :

U n'est rien qui vous puisse nuire , Pourvu qu'à mes conseib vous vous laissiez

conduire.

Votre père, il est vrai , voudrait vous épouser •. Ecouter sa folle demande Serait une faute bien grande ) Mais y sans le contredire , on le peut refuser.

323 FXAU d'ans.

DkMhliii qu'il Touft donne ,

Pour rendre Tot dwin csontettft , Avant qu'à son «nonr Totie ceturs^abtndonti^ Une robe qni soit de la conlcnr du temps.

Malgré tout son pounroir et tonte sa ridiesse , Quoique le ciel en tott^ farorise ses voraz , Il ne pourra jamais accomplir sa promesse.

Aussit^ la jeune princesse L'alla dire en tremblant à son père amoureux»

Qni dans le moment fit entendre

Aux tailleurs les plus importans, Que s'ils ne lui faisaient , sans le trop (aire ^t -

tendre, Une robe qui f&t de la eonleur du temps , Ilspouvaient s'assurer qu'il les ferait tous pendre. Le seecmd jour ne luisait pas encor , Qu'on apporta la robe désirée;

Le plus beau bleu de Fempirée ITestpaSylorsqn'il est ceint d'un beau nuage d'or.

D'une couleur plus azurée.

De joie et de douleur nnfante pénétrée»

Ne sait que dire , ni comment Se dérober à son engagement.

' Princesse, demandes-en une y

Lui dit sa marraine tout bas y Qui , plus brillante et moins commune i

Soit de la couleur de la Im^ «

jPBAu d'aux. 3a3

Il ne TOUS U 4<»iin«F« pas.

A peine la pri|M)e86e en eut &it la demande ,

Que le toi dit à «on brodeur :

Que rastredeUnuit n'ait p^ {dvs de sjdeodeur, £t que dans quatre jours » sans faute , 4» me la

rende.

Le ricbe bd^Usment f«t fait au jour marqué ^ , Tel que le roi s^'en était expliqué.

Dans les deux où la nuit a déploya saa Todes^ La jlune est moins pompeusecnsa robed'argent. Lors mâme qu'au miUeu de son cours diligent Sa plus rire c}atté fait pâlir les étoiles* La princess^admirant ce merveillenx habit , Etait à consentir presque délibérée ^

Mais par sa marraine inspirée ,

Au prince i^noureux elle dit :

Je ne saurais être contente Que je n'aie une robe encore plus briflanta ,

Et de la couleur du soleil.

Le prince qui l'aimait d'un amour sans paieil Fit Tenir au$sit6t un riehe lapidaire ,

Et lui commanda de la Êiire D'un superbe tissu d'or et de diamans , Disant que s'il manquait aie bien satis&lre^ Il le ferait mourir au milicn des tonrmens.

Le prince fiit «unnpt de s'en donner la pmt î

§24 VKAU D^Alt<4

Car FouTrier industrieux , Avant la fin de la semaine.

Fit apporter Touvrage précieux , Si beau , si yif , si radieux , Que le Uond amant de Climéne , Lorsque sous la yoùte des cieùx , Dans son char d'or il se promène , OW plus brillant éclat n'éblouit pas les yeux» L'infante, que cessons achéyent de confondre, Jk, son père, à son roi ne sait plus que répondre» Sa marraine aussitôt la prenant par la mai^ : Il ne faut pas , lui dit-elle à l'oreille , Demeurer en si beau chemin.

£st'Ce une si grande merveille Que tous ces dons que vous en recevez y Tant qu'il aura Fane que vous savez , Qui d'écus d'or sans cesse emplit sa bourse ? Demandezrltti la peau de ce rare animal :

Comme il est toute sa ressource , Vous ne l'obtiendrez pas, on je raisonne mal. Cette fée était bien savante , Et cependant elle ignorait encor Que l'amour violent, pourvu qu'on le contente^

Compte pour rien Fargént et l'or.

La peau fut galamment aussitôt accordée' <^e Fi&fante l'eut demandée.

pxAt; d'à NX. 325

Cette peau , qoand on Tai^orta >

Terriblement Tépouvanta, Et la fit de son sort amèrement se plaindre.

Sa marraine survînt , et lui représenta Que quand on fait le bien on ne doit jamais craindre ;

Qu^il faut laisser penser au' roi

Qu'elle e$t tout à fait disposée A snbir avec lui la conjugale loi ; Mais qu'au même moment, seule et bien déguisée, Il faut qu'elle s'ep aille ea quelqn'État lointain. Pour éviter un mal si proche et si certain.

Voici , poursuivit-elle , une grande cassette

Où nous mettrons tous vos habits ,

V^tre miroir, votre toilette.

Vos diamans et vos rubis.

le vous donne encor ma baguette :

En la tenant en votre main , La cassette suivra votre mdme chemin ,

Toujours sons la terre cachée ;

Et lorsque vous voudrez l'ouvrir, A peine mon bâton la terre aura touchée , Qn'aussit^ à vos yeux elle viendra s'offrir.

Pour vous rendre méconnaissable , La dépouille de l'Âne est un masque admirable:

Cachc»-vous bien dans cette peau j

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