‹ des feesChapitre 2 sur 18 · IL · texte numérisé non relu

IL

ir-f

ïRiNesssK. 167

Non , Famour ne tnoihptte gaéres Que des coeurs qui n^ont point d^afiaires.

Voas,qui craignez que d^un adroit vainqueur 0-; Votre raison ne devienne la dupe ,

Beautés, si tous voulez conserver votre cœur^ n faut que votre esprit s^occupe.

' Mais si, malgré vos soins,votre sort est d'aimer.

Gardes du moins de vous laisser charmer, j Sans connaître

Celui que votre cœurveut se donnerpour mattre. Craignez les blondins doucereux ' Qui fatiguent les ruelles,

£t , ne sachant que dire aux belles , Soupirent sans être amoureux.

Défiez-vous des conteurs de fleurettes ; Connaissez bien le fond de leurs esprits :

Auprès de toutes les Iris Us débitent mille sornettes.

Défiez-vous enfin de ces brusques amans , Qui se disent en feu dès les premiers momens, •Et jurent une vive flamme ; Moquez-vous de ces vains sermens :

Pour bien assujétir <^e ame, n faut qu'il en coÀte du temps.

Garder qu^un peu de complaisance Ne désarme trop tôt votre austère fierté ;

.l68 x'ADROrTB

De Totre juste défiance Dépend votre repos et votre sûreté.

Mais je n'y songe pas, madame; j^ai fait des vers : au lieu de m'en tenir au goût de M. Jourdain , j'ai rimé sur le ton de Quinault. Je reprends le ton simple au plus vite^ de peur d'à* voir part aux vieilles haines qu'on eut pour cet agréable moraliseur , et de peur qu'on ne m'accuse de le piller et de le mettre en pièces, comme tant d'auteurs impitoyables font tous les jours.

\jv temps dés premières croisades^ un roi de je ne sais quel royaume de l'Europe, se résolut d'aller faire la guerre aux infidèles dans la Palestine.

Ayant que d'entreprendre un si long

voyage , îl mit un si bon ordre aux affaires de son royaume , et il en confia la régence à un ministre si habile , qu'il fut en repos de ce côté-là. Ce qui inquiétait le plus ce prince , c'était le soin de sa famille. Il avait perdu la reine , son épouse , depuis assez peu de temps : elle ne lui avait point laissé de fils \ mais il se voyait père de trois jeunes princesses à marier. Ma chronique ne m'a point appris leur véritable nom^ je sais seulement que, comme , en ces temps heureux , la simplicité des peuples donnait, sans façon, des surnoms aux personnes éminentes , suivant leurs bonnes qualités ou leurs défauts , on avait surnommé l'aînée de ces princesses Nonchalante, ce qui signifie indolente en •tyle moderne; la seconde, Bahillarde; et la troisième, Finette : noms IL i6

170 l'adroite

qui avaient tous un juste rapport aux caractères de ces trois sœurs.

Jamais on n'a rien vu de si indolent qu'ëtait Nonchalante. Tous les jours elle n'était pas éveillée à une heure après midi : on la traînait à Té* glise telle qu'elle sortait de son lit , sa coiffure en désordre^ sa robe détachée j point de ceinture , et souvent une mule d'une £acon et une de l'autre. On corrigeait cette différence durant la journée ) mais on ne pouvait résoudre cette princesse à être jamais autrement qu'en mules : elle trouvait une fatigue insupportable à mettre des souliers. Quand Nonchalante avait diné, elle se mettait à sa toilette ^ o& elle était jusqu'au soir : elle em- . ployait le reste de son temps^ jusqu'à minuit y à jouer et à souper ; ensuite on était presque aussi lopg-temps à la

:princessb. 171

déshabiller qu'on avait été k l^bil- 1er : elle ne pouvait jamais parvenir à aller se coucher qu^au grand jour.

BabiHarde menait une autre sorte de vie. Cette princesse était fort vive y et n'employait que peu de temps pour sa personne ; mais eQe avait une envie de parler si étrange, que depuis qu'elle était év^Uée jusqu'à ce qu'el* le fôt endormie, la bouche ne lui fermait pas. Elle savait l'histoire dea mauvais ménages , des liaisons tendres , des galanteries , non-seulement de toute la cour, mais des plus petits bourgeois. Elle tenait regi^re de toutes les femmes qui ex^çaient certai* nés rapines dans leur domestique , pour se donner une parure plus écla^ tante, et était informée précisément de ce que gagnait la suivante de la comtesse une telle, et le maître-d'hôtel

Î7* t*ADROITB

du marquis un tel. Pour être instruite de toutes ces petites choses, elle écoutait sa nourrice et sa couturière avec plus de plaisir qu'elle n'aurait écouté un ambassadeur, et ensuite elle étourdissait de ces belles histoires, depuis le roi son père jusqu'à ses valets-depied ; car, pouvu qu'elle parlât, elle ne se souciait pas à qui. La démen* geaison de parler produisit encore un autre mauvais effet chez cette princesse. Malgré son grand rang , ses airs trop familiers donnèrent la hardiesse aux blondins de la cour de lui débiter des douceurs. Elle écouta leurs fleurettes sans façon , pour avoir le plaisir de leur répondre; car, à quelque prix que ce fut , il fallait que , du matin au soir, elle écoutât ou caquetât Babillarde, non plus que Non* châlisuite y ne s'occupait jamais ni k

PKINCESSB. 173

penser, ni à faire aucune réflexion, jxx.k lire ; elle s^embarrassait aussi peu d'aucun soin domestique, ni des amusémens que produisait l'aiguille et le fuseau. Enfin ces deux sœurs, dans une éternelle oisiveté, ne faisaient jamais agir ni leur esprit ni. leur»

mainSh

Jjsl sœur caéCette de ces deux princesses était d'un caractère bien différent. . £11^ agissait incessamment de l'esprit et de sa personne : elle avait nne vivacité surprenante, et s'appliquait, à en faire un bon Jisage. Elle sav^ait parfaitement biendanser, chanter, )ouer des instxuniens , réussissaitk avec une adresse admirable à tous les^.

petits travaux de la main qui amusent d'ordinaire les personnes de son sexe, mettait l'ordre et la règle dans la ouûson du roi,, et empêchait, par se»»

it4 l^adRoitx

soins, lespilleries des petits officiers; car, dès ce temps-là, ils se mêlaient de voler les princes.

Ses talens ne se bornaient pas là ; ell^ avait beaucoup de jugement , et une présence d'esprit si merveilleuse, qu'elle trouvait sur-le-champ des moyens pour sortir de toutes sortes d'aÔaires. Cette jeune princesse avait découvert, par sa pénétration, un piège dangereux qu'un ambassadeur de mauvaise foi avait tendu au roi son |>ère, dans un traité que ce pi^ince était tout près de signer. Pour punir la perfidie de cet ambassadeur et de son maître, le roi changea l'article du traité ; et en le mettant dans les termes que lui avait inspirés sa £lle, il trompa à son tour le trompeur même. La jeune princesse découvrit encore ua tour dé fourberie qu'uB

PKINCS5SS. 175

ministre voulait jouer au roi ; et par le conseil qu'elle donna à son père, il fit retomber Tinfidélité de cet Hommelà sur lui-même. La princesse donna ^ dans plusieurs autres occasions ^ des marques de sa pénétration et de sa finesse d'esprit; elle en donna tant , que le peuple lui donna le nom de Finette. Le roi Fa^nait beaucoup plus que ses autres filles ; et il disait un si grand fonds sur son bon sens, que s'il n'avait point eu d'autre enfant qu'elle, il serait parti sans inquiétude :

mais il se défiait autant de la conduite de ses autres filles , qvi'il se reposait sur celle de Finette. Ainsi, pour être sur des démarches de sa famille , cornme il se croyait sAr de celles de ses sujets, il prit les mesures que je vais dire. Vous qtu êtes si^avante dans toutes

176 i'adroitb

sortes d'antiquités , je ne doute pas*^ comtesse charmante, que vous n'ayez cent fois entendu parler du merveilleux pouvoir des fées. Le roi dont je vous parle, étant ami intime d'une de ces habiles femmes, alla trouver cette amie, et lui représenta l'inquiétude ou il était touchant ses filles. Ce n'est pas^ lui dit ce prince , que les deux aînées dont je m'inquiète aient jamais fait la moindre chose co^ntre leur devoir; mais elles ont si peu d'esprit, elles sont si imprudentes 9 et vivent dans une si grande désoccupation , que je crains que, pendant mon absence, elles n'aillent s'embarquer dans quelque folle intrigue pour trouver de quoi s'amuser. Pour Finette, je suis sûr de sa vertu; cependant je 1^ traiterai comme les autres, pour faire tout égal :

c'est pourquoi, suge fée, je vo^^prie-

Page 1