‹ des feesChapitre 3 sur 18 · PRINCESSE · texte numérisé non relu

PRINCESSE

de me faire trois quenouilles de verre 1

pour mes filles, qui soient faites aivec »

un tel art, que chaque quenouille na manque point de se casser sitàt que celle à qui elle appartiendra fera quel-^ que chose contre sa gloire.

Comme cette fée était des plus lia* biles, elle donna à ce prince trois que^ noulllesenchantées, et travaillées avec tous les soins nécessaires pour le des-> «ein qu'il avait. Mais il ne fut pas content de cette précaution ; il mena les princesses dans une tour fort haute , qui étoit bàtié dans un lieu bien désert. Le roi dit à ses filles, qu'il leur ordonnait de faire leur demeure dans cette tour pendant tout le temps de son absence, et qu'il leur défendait d'y recevoir aucune personne que cç fàt. Il leur ôta tous leurs officiers de l'un et de l'autre sexe 5 et après, leur

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avoir fait présent des quimowlies enchantées, dont il leur expliqua les qualités , il embrassa les princesses , et ferma les por^tes de la tour, dont il prit lui-même les cle& , puis il partit.

Vous alle^ peut-être croire , Madame, que ces princesses étaient là en danger de mourir de fidm. Point du tout : on avait eu soin d'attacher une poulie à une des fenêtres de la tour , et on y avait mis une corde à laquelle les prineesses attachaient U9 corbillon qu'elles descendaient chaque jour.

Dans ce corbillon on mettait leurs provisions pour la journée^ et quand elles l'avaient remonté ^ elles retiraient avec soin la corde dans la chambre.

Npnchalante et Babillarde menaient dans cette solitude une vie qui les désespérait : elles s'ennuyaient à un point qu'on ne saurait exprimer^ mais il

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fallait pi^etkdre patience, car on leur avait fait la quenouille si terrible , qu'elles craignaient que la moindre démarche un peu équivoque ne la fit casser.

Pour Finette , elle ne s'ennuyait point du tout : son fuseau, son aiguille \ et ses instrumens de musique lui four^ Hissaient des amusemens; et outre cela , par Fordre du ministre qui gou^ remait l'état, on mettait dans le cor^ billon des princesses , des lettres qui les informaient de tout ce qui se passait âu-dedans et au -dehors du royaume : le roi Favait permis ainsi ; et le ministre , pour faire sa cour aux princesses, ne manquait pas d'être exact sur cet article. Finette lisait toutes ces nouvelles avec empressement, et s'en divertissait. Pour ses deux sœurs, elles ne daignaient pas y

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prendre la moindre part; elles di-* paient qu'elles étaient trop chagrined pour avoir la force de s'amuser de si peu de choses ; il leur fallait au moins des cartes pour se désennuyer pendant l'absence de leur père.

' Elles passaient donc 'ainsi tristement leur vie en murmurant contre leur destin ; et je crois qu'elles ne manquèrent pas de dire : Qu'il vaut mieux être né heureux ^ que d'être né fik de roi. Elles étaient sourent aux •fenêtres de leur tour , pour voir du moins ce qui se passait dans la campagne. Un jour, comme Finette était occupée dans sa chambre à quelque )oli ouvrage, ses sœur», qui étaient à la fenêtre , virent au pied de leur tour une pauvre femme vêtue de haillons déchirés , qui leur criait sa miéère fort pathétiquement *, elles le«

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priait k mains jointes de la lais$er en<* trer dans leur château, leur représentant qu'elle était une maUxeureuso étrangère qui savait mille sortes dm choses y et qu'elle leur rendrait service avec la plus exacte fidélité. D'ar bord les princesses se souvinrent de l'ordre qu'avait donné le roi leur père , de ne laisser entrer personne dans la tour ; naais Nonchalante était si lasse de se servir elle-même, et Babillarde si ennuyée de n'avoir que ses sœurs à qui parler, que l'envii^ qu'eut Tune d'être coiffée en détail, et l'empressement qu'eut l'autre d'à* voir une personne de plus pour jaser, les engagea à se résoudre de laisser entrer la pauvre étrangère.

Pensez-vous , dit Babillarde à sa soeur, que la défense du .roi s'étende sur des gens comme cette malheu* n. 17

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reuse ? Je crois que nous la pouyons recevoir sans conséquence. Vous ferez ce qu'il vous plaira^ ma sœur, répondit Nonchalante. Babillarde qui n'at-> tendait que ce consentement, descendit aussitôt lé corbillon : la pauyre femme se mit dedans , et les princesses la montèrent avec le secours de la poulie.

Quand cette femme fut devant leurs yeux , rhorrible malpropreté de ses habits les dégoûta, elles youliurent lui «n donner d'autres; mais elle leur dit qu'elleen changerait le lendemain, et que, pour l'heure qu'il était, elle allait songer à les servir. Comme elle achevait de parler , Finette revînt de sa chambre. Cette princesse fut étrangement surprise de voir cette inconnue avec ses sœurs ; elles lui dirent pour quelles raisons elles l'avaient ùàt

monter ; et Finette qui vit que c'était une chose faite , diasimula le chagria qu'elle eut de cette iiuprudeuee.

Cependant la nouyelle oificière de»

princesses fit cent tours dans le ch&« teau, sous prétexte de leur service ^ mais en eâèt pour observer la disposition du dedans ; car, Madame, je ne sais si vous ne vous en doutez point déjà, mais cette gueuse prétendue était aussi dangereuse dans le château que le fut le comte Ory dans le oou^ vent o& il entra déguisé en ahbesse fugitive.

Pour ne pas vous tenir davantage en suspens, je voua dirai que cette créa-^ ture couverte de haillons était le fila aîné d'un roi puissant , voisin du père des princesses. Ce jeune prince, qui était un des plus artificieux esprits de son temps, gouvernait entièrement le

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voi son père^ et il n'avait pas besoin de beaucoup de finesse poiH* cela ^ car ' ce roi était d'un caractère si doux et si facile, qu'on lui avait donné le sur- Bom de MouU-benin, Pour le jeune prince , comme il n'agissait que par artifice et par détours, les peuples l'avaient surnommé Riche-en-^autèle; «t pour abréger, on disait Rkhecautèlâ.

U avait un frère cadet qui était aussi rempli de belles qualités que son aîné rétait de défauts : cependant, malgré la différence d'humeurs , on voyait entre ces deux fi:^res une union si par&ite, que tout le monde en était suipris. Outre les bonnes qualités de l'ame qu'avait le prince cadet , la ^beauté de son visage et la grâce de sa personne étaient si remarquables , qu'elles l'avaient &it nommer Bel^à-

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voir, C*était le prince Riche - cautéle qui avait inspiré à Fambassadeur du roi son père ce trait de mauvaise foi que l'adresse de Finette avait fait tomber sur eux. Riche-cautèle y qui n'aimait déjà guère le roi , père des princesses , avait achevé par-là de le prendre en aversion ; ainsi, quand il sut les précautions que ce prince avait prises à Fégard de ses filles , il se fit un pernicieux plaisir de tromper la prudence d^un père si soupçonneux.

Riche-cautèle obtint permission du roi son père d'aller faire un voyage , sous des prétextes qu'il inventa; et il prit des mesures qui le firent parvenir à entrer dans la tour des princesses , comme vous avez vu.

En examinant le château , ce prince remarqua qu'il était facile aux princesses de ^e Eure entendre des pas ^

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sans, et il en conclut qu'il devaft rester dans son déguisement pendant tout le jour^ parce qu^elles pour-»

raient bien y si eUes s'en avisaient , appeler du monde et le faire punir de son entreprise téméraire. Il conserva donc, toute la }oumée, les habits et le personnage d'une gueuse de profession ; et le soir, lorsque les trois sœurs eurent soupe, Riche-cautèle jeta les haillons qui le couvraient, et laissa voir des habits de cavalier tout couverts d'or et de pierreries. Les pauvres princesses furent si épouvantées de cette vue , que toutes se mirent k fuir avec précipitation» Finette et Babillarde, qui étaient agiles , eurent bientôt gagné leur diambre; mais Nonchalante , qui avait k peine l'usage de marcher, fut en un ins« tant atteinte p«r le prince.

Aussitôt il se jeta à ses pieds, lui déclara <{ui il était, et lui dit que la réputation de sa beauté et ses por- 4raits rayaient engagé à quitter une cour délicieuse pour lui venir oiIri£ ses vœux et sa foi. Nonclialante fut d^abord si éperdue, qu'elle ne pou-> vait répondre au prince qm était toujours à genoux ; mais conune , en lui disant mille douceurs et lui faisant mille protestations, il la conjurait avec ardeur de le recevoir pour époux des ce moment^la même, sa mollesse naturelle ne lui laissant pas la force de disputer,, elle dit nonchalam'* ment à Ricbe - cautèle qu'elle le croyait sincère, et qu'elle accep* tait sa foi. Elle n'observa pas de plus grandes formalités que celles-là dans la conclusion de ce mariage^ mais aussi elle en perdit sa que*»

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nouille y qui se brisa et mille morceaux

Cependant Babillarde et Finette étaient dans des inquiétudes étranges :

elles avaient gagné séparément leurs chambres , et elles s'y étaient enfermées. Ces chambres étaient assez éloignées Tune de l'autre ; et, comme chacune de ces princesses ignorait entièrement le destin de ses sœurs, elles passèrent la nuit sans fermer Tceil.

Le lendemain, le pernicieux prince ftiena Nonchalante dans un apparte- Inent bas qui était au bout du jardin; et là cette princesse témoigna à Riche-cautèle l'inquiétude où elle était de ses sceurs , quoiqu'elle n'osât se présenter deyaiït elles, dans la crainte qu'elles ne blâmassent fort son mariage. Le prince lui dit qu'il sa chargeait de le leur ùwe approuver ;

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et après quelques discours il sortit j et enferma. Nonchalante sans qu'elle s'en aperçût ; ensuite il se mit à cher^ cher les princesses avec soin. Il fut quelque temps sans pouvoir découvrir dans quelles chambres elles étaient enfermées. Enfip l'envie qu'a-* vait Babillarde de toujours parler, étant cause que cette princesse parlait toute seule en se plaignant, le prince s'approcha de la porte de sa chambre, et la vit par le trou de la serrure.

Riche^csLUtèle lui parla au travers de la porte, et lui dit, comme il avait dit à sa sœur , que c'était pour lui offrir son cœur et sa foi qu'il avait fait l'entremise d'entrer dans la tour, n louait avec exagération sa beauté et son esprit; et BabiUarde, qui était très -persuadée qu*elle possédait ua

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mérite extrême y fut assez folle pour croire ce que le prince lui disait :

elle lui répondit un flux de paroles qui n'étaient pas trop désobligeantes.

Il fallait que cette princesse eût une étrange fureur de parler, pour s'en acquitter comme elle faisait dans ce»

momens : car elle était dans un abattement terrible, outre qu'elle n'avait rien mangé de la journée, par la raison qu'il n'y avait dans sa chambre rien de propre à manger. Comme elle était d'une paresse extrême, et qu'el-^ le ne songeait jamais à rien qu'à toujours parler, eUe n'avait pas la moindre prévoyance : quand elle araitbè-* soin de quelque chose, elle arait re-< cours à Finette ; et cette aimable priacesse, qui était aussi laborieuse et prévoyante que ses soeurs l'étaient peU; avait toujours dans sa chambro

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une infinité de massepains^ de pâtes , 1 et de confitures sèches et liquides qu'elle avait &ites elle-même. Babillarde donc, qui n'avait pas le même avantage , se sentant pressé par la &im et par les tendres protestations que lui fidsait le prince au travers de la porte, l'ouvrit enfin à ce séducteur \ et quand elle eut ouvert , il fit encore pariai tement le comédien auprès d'elle : il avait bien étudié son rôle.

Ensuite ils sortirent tous deux de cette chambre, et s'en allèrent à l'office du château, où ils trouvèrent toutes sortes de rafratchissemens; car le corbillon en £Dumissait toujours les princesses d'avance. Babillarde continuait d'abord à être en peine de ce qu'étaient devenues ses sœurs; mais eUe s'alla mettre dans l'esprit, sur

i§ft ^'adroits

je ne sais quel fondement y qu^elIes étaient sans doute toutes deux enfer-« mées dans la chambre de Finette^ où elles ne manquaient de rien. Riche* cautéle fît tous ses efiorts pour la confirmer dans cette.pensée,et lui dit qu'ils iraient trouver ces princesses vers le soir : elle ne fut pas de cet avis ^ elle répondit qu'il fallait les aller chercher quand ils auraient mangé.

Enfin le prince et la princesse mangèrent ensemble de fort bon accord ^ et après qu'ils eurent achevé, Riche-cautèle demanda à aller voir le bel appartement du château : il donna la main à la princesse , qui le mena dans ce lieu ; et, quand il y fut , il recommença à exagérer la tendresse qu'il avait pour elle , et les avantages

flu'elle trouverait en l'épousant. Il

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lai dit , comme il avait dit à Nonchalante, qu'elle. devait accepter $a foi au moment' même ^ parce que si elle allait trouver ses sœurs avant que de l'avoir reçu pour époux ,* elles ne manqueraient pas de s'y opposer , puisqu'étant sans contredit le plus puissant prince voisin, il paraissait plus vraisemblablement un parti pour l'aînée que pour elle; qu'ainsi cette princesse ne consentirait jamais à une union qu'il souhaitait avec toute l'ardeur imaginable. Babillarde, après bien des discours qui ne signi»

fiaient rien , fut aussi extravagante que l'avait été sa sœur ; elle accepta le prince pour époux , et ne se sou-> vint des effets de sa quenouille de verre qu'après que cette quenouille se fut cassée en cent pièces.

Vers le soir, Babillarde retourna II. 18

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dans sa chambre avec le prince ; et la première chose que vit cette prin-* cesse ;^ ce fut sa quenouille de verre en morceaux. Elle se troubla à ce spectacle : le prince loi demanda le sujet de son trouble. Comme la rage de parler la rendait incapable de rien taire, elle dit sottement à Riche-cautèle le mystère des quenouilles ; et ce prince eut une joie de scélérat, de ce que le père des princesses serait parla entièrement convaincu de la miauvaise conduite de ses filles.

Cependant Babillarde n'était plus en humeur d'aller chercher ses sœurs :

elle craignait avec raison qu'^dles ne pussent approuver sa conduite \ mais le prince s'offrit de les aller trouver, et dit qu'il ne manquerait pas de moyens pour les persuader de l'approuver. Après cette assurance , la

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princesse, qui n'avait point dormi la nuit, s'assoupit; et pendant qu'elle dormait, Riche- cautèle l'enferma à la clef, comme il ayait fait Nonchalante.

N'est •* il pas vrai, belle comtesse, que ce Riche-cautéle était un grand scélérat, et ces deux princesses de lâches et imprudentes personnes ? Je suis fort en colère contre tous ces genslà , et je ne doute pas que vous n'y soyez beaucoup aussi ; mais ne vous inquiétez point : ils seront tous trai« tés comme ils le méritent. Il n'y aura que la sage et courageuse Finette qui triomphera.

Quand ce prince perfide eut enfer^ mé BabiUarde, il alla dans toutes les chambres du château les unes après les autres ; et, comme il lés trouva toutes ouvertes , il conclut qu'une

igfi t'ADROlTR

seule 9 qu'il voyait fermée par dedans, était assurément celle où s'élait retirée Finette. Comme il avait com^ posé une harangue circulaire , il s'en alla débiter h la porte de Finette les mêmes choses qu'il avait dites à ses sœurs. Mais cette prindesse, qui n'était pas une dupe comme ses aînées , Fécouta assez long -temps sans lui répondre. Enfin, voyant qu'il était éclairci qu'elle était dans cette chambre, elle lui dit^ que s'il était vrai qu'il eût une tendresse aussi forte et aussi sincère pour elle qu'il voulait le lui persuader, elle le priait de descendre dans le jardin, et d'en fermer la porte sur lui ; et qu'après elle lui parlerait , tant qu'il voudrait, par la fenêtre de sa chambre, qui donnait sur le jardin.

Jlicbe-cautèle ne youlut point ac«

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cepter ce parti; et, comme la princesse s'opini&trait toujours k ne point vouloir ouvrir , ce mécliant prince , outré d'impatience, alla quérir une bûclie et enfonça la porte. Il trouva Finette armée d'un gros marteau , qu'on avait laissé par hasard danTtîhd garde-robe qui était proche de sa chanoibre. L'émotion animait le teint de cette princesse ; et , quoique ses yeux fussent pleins de colère, elle parut à Riche-cautéle d'une beauté à enchanter. Il voulut se jeter à ses pieds; mais elle lui dit fièrement, en se reculant : Prince, si vous approchez de moi , je vous fendrai la tèt^ avec ce marteau. Quoi! belle princesse, s'écria Riche-cautèle de son ton hypocrite, l'amour qu'on a pour vous s'attire une si cruelle haine ! Il se mit à lui prôner de nouveau, mais d'utt

igS l'a D R O I T E

bout de la chambre à Tautre^ l'ardeiu:

violente que lui avait inspirée la réputation de sa beauté et de son esprit merveilleux. Il ajouta qu'il ne s'était déguisé que pour venir lui offrir avec respect son cœur et sa main, et lui dit quf elle devait pardonner à la violence de sa passion la hardiesse qu'il avait eue d'enfoncer sa p(H:te.Il finit en lui voulant persuader , comme il l'avait fait à ses sœurs, qu'il était de son intérêt de le recevoir pour époux au plus vite, n dit encore à Finette qu'il ne savait pas où s'étaient retirées les princesses ses sœurs, parce qu'il ne s'était pas mis en peine de les chercher^ n'ayant songé qu'à elle. L'adroite princesse, feignant de se radoucir , lui dit qu'il fallait chercher ses sœurs , et qu'après on prendrait des mesures tous ensemble ^ mais Ri-

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che-cautèle lui répondit qu'il ne ■povH vait se résoudre & aller trouver les princesses qu'elle n'eàt consenti à récuser, parce qtie ses sœurs ne manqueraient pas de s'y opposer , à cause de leur droit d'ainesse.

Finette, qui se défiait avec rai|^n de ce prince perfide, sentit redoubler ses soupçons par cette réponse r elle trembla de ce qui pouvait être arrivé à ses sœors, et se résdint de les ven* ger du même coup qui lui ferait éviter un malheuir pareil à celui qu'elle jugeait qu'elles avaient eu. Cette jeune princesse dit donc à Riche-cautèle qu'elle consentait sans peine à l'épouser, mais qu'elle était persuadée que les mariages qui se faisaient le soir étaient toujours malhèareux ; qu'ainri elle le priait de remettre la cérémo* nie de se donner une foi réciproque

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au lendemain inatin:elle ajouta qu'elle l'assurait de n'avëttir les princesses de rien , et lui dit qu'elle le priait de la laisser un peu.de temps seule pour penser au ciel, qu'ensuite elle le mènerait dans une chambre où il trouverait un fort bon lit , et qu'après elle reviendrait s'enfermer chez elle jusqu'au lendemain.

Riche-cautèle , qui n'était pas un fort courageux personnage , et qui voyait toujours Finette armée d'un gros marteau dont elle badinait comme on fait d'un éventail ; Riche-cautèle , dis-je, consentit à ce. que souhaitait la princesse, et se retira pour la laisser quelque temps méditer. Il ne fut pas plutôt éloigné, que Finette courut faire un lit sur le trou d'un égoùt qui était dans une chambre du château. Cette chambre était aussi

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propre qu'une autre ; mais ou jetait dans le trou de cet égoùt, qui était £»t spacieux, toutes les ordures du eMteau. Finette mit sur ce trou deux bâtons croisés très-faibles ; puis elle fit bien proprement un lit par dessus, et s'en retourna aussitôt dans sa chambre. Un moment après , Ricbe-cautèle y revint, et la princesse le conduisit où elle venait de faire le lit, et se retira. Le prince, sans se déshabiller, se jeta sur le lit avec précipitation -, et sa pesanteur ayant ùit tout d'un coup rompre les petits bâtons^ il tomba au fond de l'égoÀt, sans pou-* voir se retenir^ en se faisant vingt bosses à la tête, et en se fracassant de tous ràtés. La chute du prince fit un grand bruit dans le tuyau : d'ailleurs il n'était pas éloigné de la chambre de Finette ; elle sut aussitôt que son ar*

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tifice arait eu tout le succès qu'elle s'était promis , et elle eu ressentit une joie secrète qui lui fut extrêmement agréable. Ou ne peut pas décrire le plaisir qu'elle eut de l'entendre bdrr r\ h^fit dans Tégoùt II méritait bien cette punition y et la princesse avait raison d'en être satisfaite.

Mais sa )oie ne l'occupait pas si fort qu'elle ne pensât plus à ses sœurs. Son premier soin fut de les chercher. ^ Il lui fut fiicile de trouyer Babillarde.

Riche-cautèle , après avoir enferma cette princesse à double tour, avait laissé la clef à sa chambre. Finette entra dans cette chambre avec empressement, et le bruit qu'elle fit réveilla sa sœur en sursautEllefutbienconfuse en la voyant Finette lui raconta de quelle manière elle s'était dé&ite du pnnce fourbe qui était venu pour les outra-

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