TOPOGRAPHIE
Le département de la Vendée est couvert dans sa partie méridionale et occidentale par une grande étendue de marais, autrefois occupée par la mer. Le marais de la côte ouest est assis sur un lit de sable ; celui de la côte sud sur une g'iaise compacte, dont les sondes n’ont encore pu donner la profondeur. Le premier est le produit d’atterrissements successifs; le second est une plag’e abandonnée par la mer,
Cette conquête de l’homme sur l’Océan a demandé une lutte de plusieurs siècles, et pourtant elle est loin d’être encore terminée. Combien de fois, en effet, la mer ne rompt-elle pas ses dig-ues pour reprendre ses droits et porter partout ses ravages? La mer n’est pas d ailleurs le seul ennemi que Pon ait à combattre ; car les différents cours d’eau qui sillonnent le pays amènent périodiquement des inondations qui, durant toute la saison des pluies, couvrent d’une nappe d’eau la plus grande partie de ces immenses prairies.
C’est là que vit une population nombreuse, tantôt assemblée autour de son clocher, tantôt disséminée çà et là dans des cabanes, ou échelonnée sur les rives des canaux, pour y vivre, dans des huttes, du produit de la pêche et du braconnage. Ce sont ces derniers qui constituent le véritable type de l’habitant du marais. Condamnés à l’inactivité durant une partie de l’année, et parfois emprisonnés dans leurs demeures par les eaux qui, durant l’hiver, les environnent de toutes
parts, ils vivent dans des habitations, auxquelles il serait dans certains eas difficile de donner un nom, souvent pêle-mêle avec leurs bestiaux, qui constituent la principale richesse du pays.
Mais le printemps arrive, les prairies se découvrent peu à peu, on fait la fenaison, et l’on parque dans des prés circonscrits par des fossés, les chevaux et les bœufs, qui devront y rester jusqu’au retour de l’hiver. On se prépare alors à faire la moisson des terrains assez élevés pour avoir pu être ensemencés. Le blé, le lin, le chanvre et les fèves constituent les principales productions du pays, source de sa richesse, mais aussi de maladie. Pour cueillir les fèves, en effet, il faut être debout au moins à quatre heures, afin d’en faire la récolte avant le lever du soleil, alors qu’une brume épaisse couvre la terre pour éviter l’ég^rènement des g’ousses ; métier des plus pénibles, le plus souvent confié à des femmes, qui n’ont pour résister à ces fatig-ues qu’une nourriture qui nous semblerait bien insuffisante, et pour boisson que l’eau des fossés. C’est à elles aussi, pendant que les hommes coupent les blés, rentrent les fourrag’es, qu’il appartient d’arracher le lin et le chanvre que l’on fera rouir durant les fortes chaleurs dans des cours d’eau bourbeux et à demi desséchés. Car, dans ce pays, dont l’eau pendant l’hiver couvre la plus g-rande superficie, il n’est pas toujours facile de se procurer en été de quoi étancher sa soif, et l’on a vu dans les années de sécheresse les animaux en foule succomber à cette privation, à laquelle l’homme lui-même ne peut se soustraire qu’en allant quérir quelquefois à plus d une demi-lieue, une eau croupissante, dont nous aimerions peu à nous servir pour nos usag-es domestiques.
La moisson est faite. Jetez alors un coup d’œil sur cette plaine immense, où l’on découvre à plusieurs lieues à la ronde : le soleil a tout brûlé, et vous n’y voyez qu’une herbe jaunie ou des tertres grisâtres, entrecoupés par des fossés desséchés, sans arbres qui puissent reposer la vue. Et ainsi jusqu’à l’automne. Les pluies alors ramèneront l’inondation, pendant que les vents de mer, qui, en toutes saisons, rendent la temperature de ces lieux si variable, viendront fournir leur appoint et souffleront parfois avec assez de violence, pour jeter la mer par-dessus ses digues, et transformer l’eau des canaux en eau saumâtre.
Le tableau que nous venons de dérouler sous vos yeux n’englobe pas, assurément, toutes les individualités du marais. L’homme a parfois su, par son travail, se procurer l’aisance et le bien-être, et chaque jour il lutte contre les influences pernicieuses qui l’entourent : il élève le niveau du sol, il construit ses habitations d’une façon plus confortable, il met plus de recherche dans son alimentation. Mais nous le garantissons la plus exacte image de la vérité pour ce qui concerne l’immense majorité de cette population, qui naît, vit, meurt au milieu des effluves paludéens.
Nous devons prévenir que nos données sur le marais occidental ne sont pas assez complètes pour nous permettre de lui appliquer, d’une manière rigoureuse, ce que nous allons dire du marais méridional.
Fleury.