‹ Des fièvres intermittentes et rémittentesChapitre 13 sur 24 · XXXV11J DISCOURS PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

XXXV11J DISCOURS PRELIMINAIRE

peu d’importance qu’on montroit. On croyoit avoir trouvé la seule et véritable cause de la maladie, parce qu’effecti veinent on ne trouvoit aucune autre lésion* ce qui est un vice de raisonnement. Que conclure de là : i°. qu’on oublioit de tenir compte des forces physiques et des forces chimiques de l’économie ; en un mot' des modifications de la vie dans l’état malade ; 2°. que les dissections anatomiques ne suffisent pas à celui qui veut acquérir des données positives pour l’explication des véritables phénomènes pathologiques, et que ce n’est pas au cadavre seulement, mais au malade luimême qu’il faut demander le secret de la vie et de la santé; 5°. enfin, que quoique toutes les maladies dépendent d’une affection organique localisée quelque part, l’état de nos connoissances ne nous permet pas toujours d’en voir les restes après la mort, surtout, ainsi que nous fa vous déjà dit, lorsque nous aurions besoin pour cela d’expliquer ce qui sera toujours inexpliquable pour nous, la vie .

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. XXX i N

H est évident que ., dans ce dernier cas, le but de l’art est rempli par l’aveu même de son insuffisance, puisque tout le monde reconnoît que celui qui a prouvé qu’un problème étoit insoluble, se distingue autant que celui qui est venu à bout de trouver la solution d’un autre, quelque difficile qu’il fût.

Toutefois notre intention n’est pas de conclure que, puisque le problème de la vie est insoluble, il faut- en respecter religieusement l’insolubilité. Nous pensons, au contraire, qu’il faut chercher à le simplifier de plus en plus en lui arrachant toujours quelque secret; on arrivera peut-être par là à déterminer le véritable point où il faut s’arrêter. Or, nous ne sommes pas encore parvenus à ce degré de précision; et, comme l’observe M. Prunelle, professeur à la Faculté de Montpellier, dans son excellent Discours sur les études du médecin , page y4 : (( Un grand nombre de phé- » nomènes physiologiques et pathologi- )) ques que nous considérons aujour-

xl DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

» d’hui comme dépendans des forces vi- )) taies , par exemple , passeront sous )) l’influence des forces chimiques et des )) forces organiques , à mesure que les ); lois de ces forces seront mieux con- )) nues,, et se généraliseront davantage. » En méditant donc sans cesse sur les phénomènes de la vie, nous devons espérer de découvrir des lois, qui, sans nos recherches, nous eussent été à jamais inconnues. Dans une machine aussi compliquée que notre organisation, le fil investigateur échappe quelquefois ; mais des regards attentifs qui le cherchent parviennent souvent à le démêler : et quel moment fut plus propice que celuici pour commencer de tels travaux!

Le siècle des Bonet , des Morgagni , des Baglivi , des Lieutaud , enfin de tous les praticiens qui ont fait servir l’anatomie pathologique à l’illustration de la médecine, ce siècle revit parmi nous, et déjà les célèbres médecins que je viens de nommeront de nos jours pour rivaux de gloire, les Bichat, les Prost,

DISCOURS PRELIMINAIRE. xî|

les Corvisart, les Pinel, .les Portai, les A li ber t, les Broussais et les Lordat; ce dernier, dans ses bons et véritables Conseils sur la manière d’étudier la physiologie de l’homme, a proclamé les avantages de l’anatomie pathologique.

Il est des points fixes d’où toutes les sciences sont d’abord parties, et un but auquel elles s’efforcent d’atteindre. La médecine n’a jamais lait exception à cette î egle : conserver et rétablir la santé voila quel a été son objet spécial. Que de connoissances diverses "il faut acquéi h pour remplir ces deux conditions! Ce qu il importe le plus d’approfondir, ce sont les ouvrages des praticiens • et puisque la théorie n’est et ne doit être que la pratique mise en préceptes (autrement elle ressemble, comme le dit Bacon, à une vierge , JDeo consecrata nihil pai tens )• c est avec ces ouvrages que nous devons nous former à bien connoître le diagnostic et le pronostic des maladies* c est avec ces ouvrages que nous devons classer nos connoissances, non comme

xlij DLSCOURS PRELIMINAIRE.

Pont fait jusqu’ici les classificateurs; car il est bien reconnu que ces divisions purement scolastiques > dans lesquelles on représente la science comme notée à la manière de la musique, ne sont d’aucune utilité, mais comme la position des organes nous les indiquent, c’est la meilleure méthode à suivre ; on y trouve une classification toute simple, toute faite, elle est dans ce peu de mots, la tête , la poitrine , et V abdomen. 11 importe d’autant plus de le rattacher à cette espèce de trinitè , qu’au lieu d’occuper l’esprit à des rapprochemens plus ou moins ingénieux, elle nous conduit naturellement et d’un pas assuré vers le siège du mal.

Une fois ce siège bien déterminé, il est essentiel de connoître les moyens à mettre en usage pour opposer, suivant les indications, les ressources de l’art, ou bien l’expectation aux divers cas qui se présentent. On a pu observer, et au reste ceci est de tous les temps, que toutes les fois qu’il s’élève quelque discussion sur un point de médecine , loin

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xlüj

que les deux partis qui discutent posent les questions comme elles doivent être entendues , ils les posent réciproquement comme ne les entendent pas les adversaires; il est facile alors de faire survenir des* contradictions , des ridicules, des épigrammes. C’est ainsi que, si on n’écoutoit que les partisans trop zélés, sans doute, d’un médecin célèbre de nos jours, on pourroit croire que jusqu'à aujourd’hui tous les livres de médecine n’étoient remplis que de préceptes toni ficateurs ; il suffit d’en lire un pour se convaincre du contraire : d’un autre côté, on croiroit, à n’entendre que les partisans aussi trop zélés, sans doute, d’un autre médecin célèbre de nos jours, que toutes les pages de Y Histoire des Phlegmasies et de Y Examen de la Doctrine médicale , etc. , ne sont remplies que de précep tes vénésecleursj et il suffit encore d’en parcourir quelques pages pour s’assurer du contraire. On voit aisément que ce n’est pas l’esprit de vérité qui dicte tous ces jugexnens, et qu’il ne serait pas plus

xliy DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

juste de dire des uns qu’ils ont prétendu que la périodicité étant reconnue dans les fièvres, il faut prescrire les toniques, le quinquina (ce qu’on leur a déjà attribué), que de dire des autres, que la périodicité étant aussi reconnue , il faut prescrire les saignées et les délayans. Ce

n’est pas en s’accusant d’etre exclusifs

qu’on trouvera la bonne médecine, le véritable art de guérir, mais bien plutôt dans une sage fusion des meilleures doctrines , et dans la proscription de toutes les opinions exagérées.

Au reste, si on désiroit rechercher la cause première de tous ces débats, on la trouveroit peut-être dans la position respective des deux médecins dont nous venons de parler : l’un traite habituellement à la Salpêtrière des personnes d’un âge avancé, peu irritables, etc. , et il a raisonné et raisonne d’après les bons effets, bien constatés, qu’il retire de sa pratiq ue ; l’autre traite habituellement au V^al-de- Grâce de jeunes militaires, qui, par leur profession même, sont censés être ro~

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xîv

bustes et très-irritables, et il raisonne aussi d’après les bons effets bien constatés qu’il retire de sa pratique. La meilleure conclusion a tirer de ces deux manières d/exercer la médecine est qu’il faut selon les âges, et j’ajoute selon les lieux, etc., varier le traitement des maladies.

Un des grands vices de l’enseignement dans les anciennes écoles de médecine, étoit d’apprendre aux élèves qui les fréquentoient l’art de théoriser , avant qu’ils eussent acquis des connoissances d’anatomie et de physiologie qui sont indispensables pour comprendre la théorie.

Ce vice n’existe plus aujourd’hui , où l’on sent que les connoissances venues par les sens sont bien au-dessus de celles venues en partie par des notions abstraites. Boerhaave considéroit la chirurgie comme une sorte de médecine externe qui , présentant au dehors l’image exacte des maladies dont les viscères sont atteints au dedans , doit en conséquence être enseignée. la première:

Internos morhos extemis reapse con-

xlvj DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

gruere; externos chirurgicos primo periractandos ; nec aliter ordinati quid , vel veri , in praxi medicâ fieri posse aut doceri . Aphorisme 55y. Cette pensée du génie de Boerhaave doit s’appliquer, de nos jours, autant à la médecine qu’à la chirurgie , puisqu’il est bien démontré que la médecine est une chirurgie interne, et que la chirurgie est une médecine externe ; ce qui est dire que ce sont deux parties d’un même tout , ou, pour mieux nous exprimer encore, un même tout. Aussi les premiers pas dans la carrière sont laits dans les domaines de l’anatomie et de la physiologie , non de cette physiologie spéculative qui a retardé de tout temps les progrès de notre art, mais de la physiologie qui s’applique soit pendant la vie , soit après la mort, à la recherche des fonctions des organes, et qui sert à déterminer, toutes les fois que c’est possible, le siège des maladies.

Puisqu’on doit juger de l’excellence d’une méthode par les découvertes

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xlvij

qu’elle a fait faire , il faut convenir que celle dont nous venons de parler , qu’on suit assez généralement dans ce moment , mérite tous nos éloges. La percussion de la poitrine , dont on peut dire que le docteur Corvisart s’est approprié à juste titre l’invention; l’exploration plus sévère de l’abdomen dans les diverses affections des viscères qu’il renferme; le pectoriloque , qu’on doit au docteur Laenec ; enfin l’impulsion donnée aux praticiens de chercher toujours à préciser leurs idées en localisant les maladies.

et surtout l’inappréciable avantage de ne point traiter inutilement des maladies que leur siège et leur gravité prescrivent de ne point combattre dans l’intérêt même du malade, dont un traitement actif et imprudent hâteroit les jours , en sont les heureux résultats. Il est évident , d’après tous ces moyens d’investigation dont l’adoption générale ne date pas de bien loin , que la médecine marche vers un but qui lui fournira bientôt des règles incontestable-

xlvfij DISCOURS PRELIMINAIRE.

ment mieux basées et mieux raisonnées qu’elles ne l’ont été jusqu’ici. Comme c’est à l’anatomie pathologique que nous devons ces précieux avantages, on peut prédire que , si on continue d’étudier cette partie, la médecine françoise prendra une nouvelle splendeur : nous faisons ce voeu avec d’autant plus de confiance, que le dix-neuvième siècle lit et s’éclaire, et que, si jamais la pédanterie n’a été si décriée, jamais aussi l’instruction n’a été plus répandue , et le désir de s’instruire plus universellement senti.

Nous terminerons ce’ discours par l’analyse de notre traduction. M. Wilson définit ainsi les fièvres intermittentes et rémittentes : Febres idiopathicœ , niias mate pcdudum ortœ> paroxysmis pluribusy a pyrexi a, s a U em remissione évidente interpositâ , cum exacerbatione notabili et plerumque cum hoirore redeuntibus , constantes. Il les place dans le premier ordre des fièvres idiopathiques de sa clas-

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xllX sification des maladies fébriles et des affections locales qui caractérisent certaines espèces d’entre elles. Nous ne communiquerons pas cette classification au lecteur, nous la réservons pour l’époque où paroîtra toute la traduction ; mais nous donnerons ici en abrégé les idées de l’auteur sur les fièvres en général, car ces idées rentrent dans ce que nous publions sur les fievres intermittentes et rémittentes. Il cherche à établir , par des expériences et par des raisonnemens, que l’inflammation provient de la foiblesse des vaisseaux capillaires, et que la distension qui en résulte provient d’une force qu’il appelle à tergo , d’une force interne. On peut, dit -il, ainsi qu’il l’a expérimenté , produire à volonté 1 inflammation en affoiblissant ces vaisseaux, et la diminuer en augmentant leur action. Il en tire la conclusion que partout où on rencontre des

symptômes d’inflammation,telsquel’aug-

mentation de température, la rougeur et la tuméfaction ; les vaisseaux capil-

Page 1