CHAPITRE PREMIER
Des especes et des variétés des fièvres i iilcrniii—
tentes et rémittentes .
On a long-temps divisé les fièvres intermittentes et rémittentes, en quotidiennes , tierces et quartes y c est-à-dire, fièvres qui reviennent chaque jour, chaque deux et chaque trois
jours (i). Hippocrate fait mention de fièvres intermittentes qui revenaient le cinquième, le septième ou le huitième jour. Boerhaave rapporte qu’il a vu une hebdomadaire , et Van- Swieten une quarte se changer en une quintane. On a fait plusieurs observations semblables. Bursérius énumère quantité d’auteurs qui ont vu la quintane, l’hebdomadaire- et Poctave, et plusieurs qui ont rencontré des fièvres qui revenoient le neuvième, le dixième, et même le quatorzième ou le quinzième jour. Nous lisons de plus , qu’il y a des fièvres qu’on dit être revenues une fois en un mois, une fois en deux mois, etc. On a appelé ces dernières menstruelles , bimenstruales , etc. Il y a
(i) L’intervalle ou période, on doit se le rappeler, est l’espace de temps occupé par ce qu’on appelle une révolution complète de la fièvre, c est-à-dire , le temps qui s’écoule depuis l’invasion d’un accès à celle du suivant : lors donc que les médecins parlent d’une tierce, d’une quarte, ils comptent depuis le commencement d'une révolution ; ainsi dans une tierce le jour où paroît la fièvre est le premier jour, le lendemain le second , et le suivant auquel la fièvre reparoît le troisième. Pour ne s’en être pas tenu à ce mode de compter, il est survenu quelque confusion dans les mots : pour abréger, je me servirai du terme fièvre intermittente pour exprimer la fièvre intermittente et rémittente , excepté là où je spécifierai le contraire.
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même quelques auteurs qui parlent de fièvres qui revenoient chaque année, et qu'on a appelées annuelles.
Il est difficile de dire jusqu'à quel point sont justes les observations de ceux qui font mention de fièvres avec de tels intervalles : en comparant leurs observations avec celles des autres, on ne peut s’empêcher de soupçonner leur exactitude. Galien, dont la pratique fut plus étendue peut-être que celle d'aucun autre médecin , n’a jamais vu une fièvre avec un plus long intervalle qu’une quintane, et il ^ vu encore cette dernière très-rarement (i). L’état particulier de la température , en produisant la fièvre dans certains temps de l’année, chez des sujets qui y sont prédisposés, donne souvent naissance à l'apparition d'une intermittente annuelle; mais dans ces cas, la fièvre est de l’espèce continue.
Dans quelques intermittentes le retour des paroxysmes est irrégulier, c’est-à-dire que leurs révolutions ne s’effectuent pas dans des temps égaux. Le docteur Cullen considère ces intermittentes comme des variétés de la tierce et de la quarte : on les a appelées erratiques ,
(1) Des auteurs modernes ont même soupçonné la quintane d’être une variété de la tierce.
quintanes , hebdomadaires , octaves , nones et lunatiques (i).
Ou a aussi divisé chaque intermittente en bénigne, maligne, primitive, secondaire ou symplomatique-périodique, partielle, c’est-àdire affectant le corps partiellement; sporadique, endémique et épidémique. Ces divisions , autant qu’on peut l’inférer d’après l’intention des termes, sont entièrement inutiles.
On a pris certains symptômes, le coma par exemple, la syncope, les convulsions, une éruption de la peau , beaucoup de sueurs, une grande inquiétude, la nausée, le vomissement, le délire, etc., comme base d’une division des intermittentes; delà les noms, cl1 2 élodes, à’assodes , de syncopalis , etc. Cette division est aussi entièrement inutile (a).
(1) II y a un grand nombre de fièvres de cette espèce mentionnées dans les ouvrages d’Etmuller, de Van- Swieten de Haen, et de divers auteurs. In Hctller . Disp, ad morb. hist, et cur. pert. , etc.
(2) Ce n’est pas sans raison que M. AVilson trouve que toutes les divisions des fièvres qu’il cite sont inutiles ; j’ajouterai qu’elles ne servent qu’à jeter l’esprit du médecin dans le vague et l’incertitude. Si nous voulions énumérer ici toutes les variétés de fièvres qu’on a inventées ^ nous pourrions facilement en citer jusqu’à trois cents. Nous le demandons, quelle est la mémoire
ET RÉMITTENTES.
On peut dire la même chose de la division des intermittentes, fondée sur ce qu’elles accompagnent d’autres maladies, le scorbut, la syphilis, les vers, la dysenterie, l’épilepsie, la goutte , etc. , et de celle sur la nature de la cause éloignée. Toutes ces divisions, comme nous le verrons, sont de peu d’importance.
Quant aux différentes espèces d’intermittentes , il sera nécessaire de traiter seulement de trois en particulier : la quotidienne , la tierce et la quarte* car on n’a pas exactement observé les autres. Elles surviennent très-rarement , et même plusieurs médecins supposent, non sans raison, qu’elles ne sont que des variétés des trois dont nous venons de parler.
Section première.
Des variétés de la fièvre tierce.
En parlant des différentes fièvres intermittentes , il convient de commencer par la tierce, parce qu’on a mieux observé ses variétés, et qu’elles sont plus nombreuses que celle de la
et le jugement capables de retenir et de différencier toutes ces diverses nuances? Félicitons-nous de ce que la médecine revient aujourd’hui à la simplicité de la nature : l’ère de la science des mots est passée. ( Note du Trad,)
quotidienne et de la quarte. Elle se présente en effet si souvent, que le docteur Fordyce , et quelques autres auteurs, pensent que toutes les fièvres soit continues, soit intermittentes, n’en sont que des variétés (i).
Le docteur Cullen définit la tierce : P a roxysmi similes , intervallo quadraginta octo circiter horarum accès sionibus meridianis .
On appelle la tierce dont le paroxysme ne dure pas plus de douze heures , tierce légitime ; et tierce bâtarde , celle dont le paroxysme dure plus de douze heures. La première arrive souvent vers le milieu du jour, et cesse vers le soir ; l’autre arrive beaucoup plus tôt, et dure souvent pendant dix-huit heures. C’est une observation aussi ancienne qu’Hippocrate, que les paroxysmes des tierces comme des autres intermittentes, se prolongent moins fréquemment lorsque le malade est jeune, qu’il n’a pas de vice dans le corps , et particulièrement qu’il n’est point incommodé par des obstructions des viscères.
La tierce varie dans la fréquence de ses retours aussi-bien que dans la longueur de ses paroxysmes : au lieu de chaque deux jours
(i) Foyez le docteur Fordyce , First Dissertation on simple fever . (Première Dissertation sur la fièvre.)
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elle revient quelquefois chaque jour; on la distingue alors de la quotidienne par des paroxysmes alternés qui se ressemblent , niais q ui sont plus ou moins intenses dans tous , ou dans quelques-uns de leurs périodes , et qui font leur invasion à une époque du jour plus avancée ou plus tardive, que les paroxysmes des jours intermédiaires. Lorsque les paroxysmes reviennent ainsi, on a appelé la lièvre , fièvre double-tierce ; et on pourvoit faire icL une division de la fièvre double-tierce, en celle dans laquelle le paroxysme le plus intense arrivèrent dans le jour pair, et en celle dans laquelle il arriveroit le jour impair, en comptant depuis le commencement de la maladie. Cette division est quelquefois de quelque utilité, comme nous le verrons , pour former le pronostic, particulièrement dans les doubles-tierces rémittentes (i). On a observé que le paroxysme le plus rigoureux étoit suivi de Papyrexie la plus complète. Si l’accès des doubles-tierces ne passe pas douze heures , on les appelle doubles-tierces légitimes ; lorsqu’il passe douze heures, doubles tierces bâtardes .
(i) Voyez le docteur C leghorn , sur la tierce, clans son Traité, on the Diseases of Minorca. (Des Maladies de Minorque.)
o DES FIÈVRES INTERMITTENTES
Lorsque les accès se prolongent au point que l’un recommence presque aussitôt que l’autre Unit, on a appelé la lièvre, subintrante ou sous-continue. Les ilevres su bin Iran tes sont presque toujours rémittentes , car l’apyrexie complète y a rarement lieu.
La tierce revient quelquefois deux fois chaque deux jours , et il n’y a pas de paroxysme dans le jour intermédiaire; on Pappelle alors tierce doublée.
Elle revient quelquefois deux fois chaque deux jours , et un seul paroxysme a lieu le jour intermédiaire; on 1 appelle alors triple-tierce . Tulpius rapporte un cas de quadruple-tierce qui a sans doute échappé aux observations de la plu part des auteurs , et dans lequel deux paroxysmes ont lieu chaque jour (i). II ne faut pas perdre de vue que le type tierce se reconnoît a ce que les paroxysmes sont semblables les jours alternes. Lorsque nous traiterons de la manière dont les intermittentes éprouvent un redoublement de leurs paroxysmes, nous veirons que toutes les fois qu’il survient un paroxysme additionel , les deux paroxysmes .
(0 Le cas dont Tulpius fait mention , survint à une
double-tierce, t ' oyez ses Gbservationes medic œ , 1. rv c. 46.
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le nouveau et le primitif, se prolongent davantage que les derniers ne Tétaient avant Farrivée de 1 additionnel. Si on fait attention à cette circonstance et à la fréquence des paroxysmes dans une quadruple-tierce, on trouvera que les rémissions doivent être extrêmement courtes , et que par conséquent la maladie doit ressembler beaucoup à une lièvre continue.
Lorsqu’un simple paroxysme a lieu chaque jour , mais que la rémission entre le premier et le second est plus considérable que celle entre le second et le troisième , et ainsi de suite , on a appelé la tierce hémitritée , ou semi-tierce ( i ); toutefois les auteurs n’emploient pas ces ternies dans le même sens (2).
(1) C’est ce qui arrive en général clans la doubletierce ; mais lorsque c’est plus remarquable qu'à l’ordinaire, cela a donné lieu à une division particulière de cette fièvre.
(2) Dans sa définition de l’hémitritée, Celse ne dit pas un mot de la rémission qui a lieu, suivant la définition donnée plus haut, entre les jours pairs et impairs : le sens dans lequel d’autres auteurs emploient le terme d 'hémitritée, diffère encore beaucoup plus de la définition, et se rapproche de très-près de celle qu’on a donnée de la triple-tierce; elle est employée dans ce même sens par Lomnius, de Qbserv. med. libri 1res , pag. 22; et dans Eller, de Cog. etcur. morb. sect. 4, pag, 83.
Comme on l’a observé, l’intervalle de la tierce est de quarante-huit heures ; mais quelquefois il est un peu plus court, l’accès étant plus avancé, et quelquefois il est plus long, l’accès étant plus tardif. Lorsque le premier cas a lieu , on appelle la fièvre une tierce anticipée $ ( tertiana prœ verte ns ). Lorsque le second a lieu , on l’appelle une tierce tardive ( tertiana tardans). Le docteur Cleghorn a observé, à propos de la double- tierce , que souvent 1 accès le plus fort vient un peu plus tôt à chaque période, tandis que l’accès revient plus faible quand il revient à la même heure , ou même qu’il revient plus tard.
On doit remarquer dans les fièvres intermittentes tardives , que si l’accès du paroxysme est retarde à huit heures du soir, ces fièvres ont fréquemment leur accès suivant de bonne heure dans la matinée du jour qui suit celui dans lequel la fièvre doit avoir son accès ; et pareillement, que si le paroxysme qui anticipe est survenu à huit heures du matin, l’accès suivant vient souvent le soir du jour qui précède celui dans lequel elle devroit arriver. L’intermittente qui retarde est plus salutaire que celle qui anticipe (r).
(i) Fouquet, professeur de l’École de médecine de
ET RÉMITTENTES.
Section II.
Des variétés de la fièvre quarte et de la fièvre
quotidienne .
Après avoir parlé assez au long des variétés de la tierce , il suffira de peu de mots pour celles de la quarte et de la quotidienne. Le docteur Cullen définit la première : Paroxjsmi similes
Montpellier, très-connu dans la science par plusieurs bons ouvrages, a rendu la même idée en ces termes dans son Discours sur la clinique : « 3’ajoute que lorsque » dans les maladies aiguës ou les fièvres des autres sai- » sons , dont les paroxysmes surviennent dans le cou- )) rant de la journée, à différentes heures du matin, » ou vers midi ou à peu près; que lorsque, dis -je, ■» ces accès viennent à anticiper au point de se montrer y> de très-grand matin , ou la veille dans la nuit, ce dé- » placement des accès est le signe d’un changement y> dans la constitution de la maladie, et que cette dery> nière marche rapidement vers sa terminaison; tandis » que c’est un signe que la maladie s’achemine au con- :» traire lentement vers sa fin , lorsque par des retards » successifs les redoublemens qui se déclaraient le matin ou peu après midi , surviennent aux heures ciu soir. y> C’est du reste, au commencement de la maladie, ainsi que le prescrit le père de la médecine, que de y> pareilles observations doivent être faites, » ( Nota du Trad.)
la DES FIÈVRES INTERMITTENTES
intervalle septuaginta duarum circiter ho varum accessionibus pomeridianis .
Comme la tierce , ia quarte varie dans la longueur de ses paroxysmes, et dans la manière et la fréquence de leurs redoublemens. Il y a quelquefois deux paroxysmes chaque quatrième jour : on appelle alors la fièvre quarte- doublée ; quelquefois il y en a trois chaque quatrième jour; on Fappelle alors quarie-triplée ; quelquefoi s sur les quatre jours le troisième seulement est sans paroxysme. Un seul paroxysme a lieu les premier, second et quatrième jours, et chaque paroxysme ressemble à celui qui survient le quatrième jour avant lui ; on a alors appelé la lièvre , quarte -double. Le paroxysme revient quelquefois chaque jour : on l’appelle alors triple- quarte .
Yoici la définition de la quotidienne par le docteur Cullen : Paroxysmi similes intervalle xiginti quatuor circiter horarum , paroxysmis matutinis. Cette fièvre varie principalement dans la longueur de ses paroxysmes, et dans l’état où est le malade entre ces paroxysmes. Voilà 1 es seuls cas dans lesquels Ceîse regarde la Quotidienne comme variant. Toutefois, selon Bursérius , elle varie aussi en ce qu’elle a un , deux , ou même trois paroxysmes dans le jour ; et il appelle ces variétés, simple- double
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ou triple- quotidienne» Mais on ne peut pas distinguer une quotidienne qui à deux ou trois paroxysmes , qui au reste 11e peuvent jamais être très-distinctement marqués, d’une fièvre continue : on emploie les termes anticipant , retardant \ subintrant , etc. , dans le même sens que dans la fièvre tierce.
On peut observer qu’on dit de toutes ces fièvres , qu’elles font leur invasion dans le jour. La quotidienne le matin , la tierce à midi , et la quarte dans l’après-midi (1). Il est remarquable que dans toutes les fièvres, neuf peutêtre sur dix font leur invasion entre huit heures du matin et huit heures du soir. Cette observation s’éclaircit admirablement par ce
(1) Lorsque les observations sont fondées sur les faits bien observés, il faut les regarder comme étant des vérités. Mais comment se rendre raison de cette prédilection pour telle ou telle heure du jour? que les théoriciens nous donnent une explication raisonnable de ce phénomène. Parmi les problèmes insolubles de la médecine , je crois qu’on comptera toujours en particulier l’intermittence des fièvres et faction de certains virus , celui de la petite-vérole, par exemple. L ou vient qu un sujet , affaibli par la petite-vérole qu’il vient déprouver, vit au milieu des causes qui produisent cette maladie sans la contracter de nouveau , d’où vient qu il ne la contracte ordinairement plus? ( Note du Trad.)
qu’on a dit plus haut des fièvres intermittentes qui anticipent et qui retardent.