CHAPITRE II
Des symptômes des fièvres intermittente# et
rémittentes .
Ils sont si variés, que pour être plus clair, il sera nécessaire de les considérer dans différentes sections. Dans la première , je donnerai le détail de ceux qui appartiennent plus particulièrement aux fièvres intermittentes et rémittentes. Dans la seconde , je dirai quelque chose de ce qu’on pourroit appeler symptômes anomaux de ces maladies. Dans la troisième , j’indiquerai les symptômes qui caractérisent les différentes espèces ou types, comme on les a appelés. Dans la quatrième, la manière dont ils prennent plus ou moins la forme continue. Dans la cinquième, les maladies avec lesquelles ils se compliquent le plus souvent ; et dans la dernière, je traiterai d’une manière plus particulière du pronostic qui dérivera de tout ce qu’on aura dit dans les sections précédentes.
Section première.
Des symptômes des Jîévres intermittentes et
rémittentes.
J’ai déjà donné une description succincte de ces fièvres. Il est dit dans la définition, qu’elles consistent en des paroxysmes répétés, une apyrexie complète où il y a au moins une interposition d’une rémission évidente.
On divise un accès ou paroxysme régulier d’une intermittente , en trois périodes. Les symptômes les plus remarquables du premier période, sont un sentiment de froid et un tremblement, qui d’après cela a été appelé le période du froid ; le second, caractérisé par une augmentation de température , a été appelé le période du chaud. Le principal symptôme du dernier, qu’on a appelé le période de la sueur , consiste dans une copieuse sécrétion qui se fait par la peau.
i°. Des symptômes de la période du froid des fievres
intermittentes (i).
Le malade annonce souvent le commencement de l’accès par des bâillemens et des pan-
(i) Afin que l’exposition suivante des symptômes des
diculations qu’il éprouve. Il se plaint d’une lassitude incommode dans tout le corps; quelquefois la foiblesse est telle qu’il peut à peine se supporter lui-même. Il est inquiet, bientôt fatigué de garder la même position^ et cependant il sent de la douleur dans l’effort qu’il fait pour en changer ; ses idées se succèdent plus rapidement qu’à l’ordinaire, et il trouve qu’il est désagréable de fixer pendant quelque temps son attention sur le même objet. Le pouls est alors plus foible et quelquefois plus lent que dans l’état naturel. Au commencement de ces symptômes le malade ne se plaint pas toujours du froid ; mais sa peau, principalement celle des extrémités, est froide au toucher d’une autre personne ; ses ongles com*
fièvres intermittentes soit moins compliquée, j’en omettrai plusieurs dont je ferai mention au chapitre du Pronostic ; je donnerai ici ceux qu’on peut regarder comme constituant plus particulièrement la maladie. Pour éviter la confusion, il est nécessaire d’avoir recours à ce moyen, ou à quelque autre de cette espèce, ce qu’on ne peut pas faire lorsqu’on présente tout à la fois au lecteur une grande variété de symptômes. Nous avons une preuve suffisante de ceci dans la manière dont les écrivains étrangers systématiques, Lieutaud , Bursérjus , Frank, etc. , ont en général exposé les symptômes des maladies.
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mcncent bientôt a devenir pâles • la même chose arrive peu à peu aux doigts , aux orteils, aux lèvres , etc. La peau devient rude comme si elle avott été exposée au froid, et. est moins sensible que dans l’état ordinaire ; il se plaint, dans ce moment, d’un sentiment de froid qu’il rapporte ordinairement dans la région du dos et bientôt après il ressent dans la mâchoire inférieure un tremblement qui s’étend graduellement à tout le corps (1).
Dans quelques cas le sentiment du froid est restreint a un ou plusieurs membres, tandis cju en meme temps le reste du corps est brûlant; et tandis que le froid est intense sur la
- ij i « i l ; *<
(i) Les dents claquent les unes contre les autres sou¬
vent avec une force telle , qu’on trouve, dans l’Histoire de la Médecine, des exemples de vieillards dont les dents ont été cassées .pendant l’accès du froid d’une lièvre quarte. Le tremblement de tout le corps est queL quefois si intense, qu’après l’accès du froid le malade peut difficilement mouvoir ses membres ; la syncope même est sujette à venir pendant cette période, lorsque les forces ont été très-diminuées. Elle, survient rarement plusieurs fois sans exposer la vie du malade. Dans les accès de froid très-intenses et long-temps continués, on a observé, et en particulier chez ies personnes âgées'
que le corps devient roide comme celui cl’une personne morte.
surface, il ressent quelquefois une chaleur brûlante au dedans.
Après que le tremblement a duré pendant quelque temps, quoique le malade sé plaigne encore du froid , la chaleur de sa peau augmente graduellement, soit au toucher d’une autre personne, soit mesurée par le thermomètre.
Le pouls est petit, fréquent, .quelquefois irrégulier et souvent difficile à trouver pendant ]a période du froid ; la respiration est fréquente et gênée , elle est accompagnée de toux(i) , ou
(,) M. Broussais dit, tome Ier , page 107 de son Histoire des Phlegmasies chroniques : cc Ayant examine
une foule de malades au moment de l’invasion du )> froid , j’ai toujours remarqué qu’ils avoient une petite » toux. Depuis que j’ai fait cette observation , j’ai conçu » qu’il fallait avoir les poumons bien robustes , pour y> n’être pas enrhumé par la fièvre quand elle se répète » souvent; et l’expérience m’a convaincu que presque » tous les fébricitans s’enrhranoient durant la saison
i) froide. y>
Le symptôme .de la toux avoit été observé par tous les médecins ; mais Jswicui* , je pense, n’en avoit suivi les conséquences comme M. Broussais. Le lecteur lira avec plaisir l’analyse des vues de ce célèbre praticien sur le frisson fébrile dans les fièvres intermittentes. Sans en rechercher la cause, il en examine le mécanisme et les effets; il adopte l’idée des anciens (embrassée aussi par notre auteur), qui ont dit que dans la période du
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interrompue parties soupirs; il y a de plus un sentiment de pesanteur , et souvent de tension vers la région précordiale, avec un grand abattement.
Le souvenir des choses dans d’autres temps désirables, dégoûte alors , et dans les cas plus intenses le trouble de la pensée qui a^oit lien depuis le commencement du paroxysme venant à augmenter, il s’ensuit quelque degré de délire ou de stupeur. Le délire est une suite plus ordinaire de la période du chaud , etîa stupeur
froid le sang se retiroit des capillaires extérieurs , et étoit refoulé dans les viscères , pour, en être ensuite chassé avec impétuosité dans la période de chaleur; ce refoulement occasionne nécessairement une impression douloureuse dans les foyers de la vie, qui deviennent le siège d’un engorgement capillaire plus ou moins dangereux , selon l’intensité de l’accès et l’organe sur lequel il se fait ressentir à cause de sa foiblesse relative; or, de même que le froid affecte plus souvent le poumon, qui est le plus foible vicaire de la peau , de même le frisson fébrile enrhume plus souvent qu’il ne donne d’autres maladies, à moins toujours qu’il n’y ait une prédisposition particulière. Or , si maintenant on calcule les effets de ce balancement alternatif des mouvemens de la périphérie au centre et du centre à la périphérie, on sera moins étonné des suites mortelles des fièvres intermittentes. M. Broussais en a observé plusieurs cas avec une sagacité rare. (Ao/e du Trad.)
ou le coma, de celle du froid. La stupeur paroît souvent presque tout-à-fait au commencement du paroxysme.
Quoique ni le délire ni le coma n’accompagnent l’accès du froid , il n’est pas rare de voir que quelque sens s’est considérablement affoL bli. Le jnalade se plaint souvent d’engourdisse* mens dans les membres, et dans quelques cas on a observé la perte de l’usage de la vue et de l’ouïe (i). Lorsque cela arrive, l’estomac est ordinairement chargé de bile (a).
(i) Dans son excellent Mémoire sur les fièvres inter ~ 7 nittentes, page 41 , Youllonne dit que les fièvres intermittentes présentent à cet égard des bizarreries peutêtre absolument inconnues clans les fièvres continues. Il rapporte avoir vu une fièvre tierce dont les accès étoient accompagnés d’une cécité parfaite cpii se jïissipoit avec eux, et fut guérie avec eux. (JVo/e du Trad.')
- (2) Nous savons que l’estomac en est chargé lorsqu’il y a un gout d’amertume dans la bouche , lorsque l’hajeine est fétide, que la langue est jaunâtre et recouverte d’un mucus épais. Lorsque le malade est fatigué par des éructations avec anxiété et un sentiment d’oppression , par la douleur ou la chaleur vers la région cîe l’estomac, par les nausées , le vomissement , la pesanteur ou la douleur de la tête , par le vertige , la soif et la diarrhée spontanée*, lorsque ces symptômes ou une partie existent à un degré considérable, iis forment une de ces divisions inutiles de la fièvre intermittente, auxquelles
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Des douleurs des membres du dos et des lombes, ou bien une sensation pareille à celle qu’on éprouveroit si le corps a voit été meurtri , accompagnent fréquemment cette période.
Les extrémités se resserrent au point qu’un, anneau qui auparavant serroit, s’échappe du doigt ; sou vent des ulcères se dessèchent , et des t u m e u r s s ’alfa i ss e n t ( i ) .
Il y a un grand dérangement dans les fonctions naturelles : l’appétit cesse, il survient des nausées et souvent un vomissement de bile. Dans les intermittentes, et plus encore dans les rémittentes des climats chauds et même des saisons chaudes des climats tempérés , la bile se répand en prodigieuse quantité dans l’estomac et les intestins. Quelquefois la matière rejetée par le vomissement est un fluide visqueux et transparent, presque insipide, qui est de plus secrété en grande quantité.
Lorsqu’il y a beaucoup de bile dans l’estomac
cai a fait allusion ci-dessus , et qu’on a appelée intermittente gastrique. Voyez une Description détaillée de cette espèce d’intermittente dans le premier volume de l'excellent ouvrage de Frank, qui a pour titre : Epitome de cur. hom. morb.
(i)Ces effets ne sont que temporaires, car pendant la période du chaud, ou après le paroxysme, les tumeurs et les ulcères reviennent à leur premier état.
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et les intestins , il arrive fréquemment ( particulièrement vers le commencement de l’accès de chaud) qu’elle est rendue par les selles aussi-bien que par le vomissement. En effet la bile prédomine souvent à un tel degré dans ces fièvres , que le malade semble être atteint de l’ictère, et que le sérum du sang'et l’urine sont teints en jaune.
Il y a toujours soif ; la bouche et l’arrièrebouche sont sèches et pâteuses ; si l’urine n’est pas teinte par la bile, elle est presque sans couleur et sans nuances ou sédiment; s’il n’y a pas de bile dans les premières voies , les selles sont rares dans ce période.
Tels sont les symptômes du période du froid; toutefofs ils sont très- variés suivant les cas. Ils ne sont pas toujours également bien marqués, et on ne peut pas toujours les observer tous; même les principaux, le sentiment du froid et le tremblement, etc.,* peuvent être si peu prononcés, qu’il nous seroit difficile de dire s’ils ont existé. <
La durée dé ce période varie beaucoup, quelquefois il dure quatre ou cinq heures ou davantage, particulièrement dans les intermittentes qui ont de longs périodes ; d’autres fois il ne dure pas plus d’une heure et demie ou même moins, particulièrement dans les rémif-
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tentes et surtout dans celles qui se rapprochent de la forme continue. La durée moyenne est entre une ou deux heures (i).
La période du froid devient en général plus courte à mesure que la maladie augmente en intensité ; et surtout , comme nous le verrons , à mesure qu’elle éprouve un prolongement ou un redoublement de ses paroxysmes. I oyez la Section III de ce Chapitre.
a °. Des symptômes des périodes du chaud et de la sueur .
Il paroît que la période du chaud est quelquefois amenée par le vomissement qui accompagne la période du froid, ou bien le froid et le tremblement après avoir alterné pendant quelque temps avec des accès de chaleur de peu de durée , ce froid et ce tremblement, dis-je, diminuent par degrés, et il se répand enfin une chaleur plus permanente sur tout le corps; à la pâleur et au resserrement de la peau succèdent une rougeur et une plénitude générale, qui toutefois a plutôt l’apparence d’une turgescence que d’un relâchement; car la peau reste toujours sèche.
(i) Voyez M. Bride, Introduction to the Theory * and Practise of Medicine. (Introduction à la Théorie et la Pratique de la Médecine.)
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La clialeur s'élève souvent dans ce période de six ou huit degrés du thermomètre de Farenheit, au-dessus de la température naturelle. Le docteur Ford y ce dit que le degré le plus haut qu’il ait observé , est le cent cinquième ; d’autres auteurs font mention de degrés plus élevés. Le pouls devient alors régulier, fort et plein; et cet état augmente en général jusqu’à ce que la sueur se déclare. La respiration est plus grande et plus libre, et le sentiment de roideur dans la poitrine est un peu adouci ; cependant dans la plupart des cas, la respiration continue à être plus fréquente et plus gênée que dans l’état de santé. La sensibilité, qui é toit altérée dans la période du froid , s’augmente d’une manière alarmante dans celle du chaud : le malade ne peut pas souffrir le bruit, et l’impression de la lumière lui est à charge ; les douleurs des membres continuent „
le mal de tête survient ou. augmente, il est fréquemment accompagné d’un battement des artères temporales et du tintement des oreilles : la confusion des idées est surtout plus grande ici que dans le premier période , et elle amène plus fréquemment le délire (1).
(1) Il n est pas rare de voir à ce période le malade se plainure de douleur, de chaleur , et de tension accom-