CHAPITRE
Des apparences morbides découvertes par V autopsie de ceux qui meurent des fièvres intermittentes .
Plusieurs maladies sont mortelles, sans laisser après elles aucune trace qu’on puisse découvrir par l’autopsie. Cela, strictement parlant, est vrai de la fièvre intermittente aussi-bien que de la continue. On observe, à la vérité, différentes apparences morbides dans ceux qui meurent de fièvres intermit-
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lentes ; pas une de ces apparences, cependant , ne peut être regardée comme essentiellement liée avec la fièvre ; pas une ne semble entièrement liée avec sa cause, et il n’y en a aucune qu’on puisse regarder comme sa conséquence immédiate (i ). Les fièvres intermittentes sont souvent la cause d’autres maladies , d’indurations des differens viscères; et sous ce rapport elles peuvent être regardées comme cause des apparences morbides qui leur appartiens
(1) Lorsque M. Wilson écrivoit ces réflexions sur l’anatomie pathologique , il ne connoissoit pas toute l’influence qu’on veut donner aujourd’hui h cette partie dans la théorie et la pratique de la médecine ; il auroit sans doute disserté sur le degré de confiance qu’on doit ajouter aux traces des lésions qu’on trouve dans les cadavres j et surtout sur les cas où elles peuvent rendre raison de la cessation de la vie- Ne porte-t-on pas trop loin le désir de tout expliquer lorsque, sur une simple rougeur, des granulations, ou une légère ulcération d’une partie du tube intestinal (surtout de 1 ileum qui est le plus souvent affecté) , on se flatte de posséder la véritable cause du mal auquel a succombé le malade? Tous les médecins avouent qu’ils ont rencontré des cas dans lesquels on n’a pu trouver à l’autopsie aucune altération qui correspondit aux symptômes de la maladie qui avoit eu lieu. Voyez* M. Broussais, au bas de la page 7 du vol. II de X Histoire des Phlegmasies chroniques. ( Note du Trad.)
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nent. Mais nous devons prendre garde de confondre ces fièvres avec leurs conséquences ; ce qui a donné naissance à l’opinion des fièvres intermittentes dépendantes de certains états de la bile, et à d’autres hypothèses mal fondées. J’ai eu occasion d’énumérer les maladies le plus fréquemment compliquées avec les fièvres intermittentes. Nous trouvons que les écrivains font mention de leurs effets dans les différentes cavités du corps , comme étant les suites des fièvres intermittentes.
On trouve fréquemment l’estomac, les intestins, le péritoine et le mésentère enflammés , ou d’une couleur brunâtre et quelquefois sphacélés. L’épiploon et le mésentere paroissent quelquefois usés; dans d’autres cas , avoir des tumeurs formées dans leur substance. L’estomac et les intestins sont souvent dilatés par suite de l’air qui les a distendus; et dans différentes portions des derniers, on observe fréquemment des constrictions surnaturelles , la vésicule du fiel est souvent gonflée, et on trouve dans l’estomac et les intestins une quantité extraordinaire de bile. Le foie est fréquemment durci et plus développé, quelquefois il est diminué de volume et d’une couleur blanchâtre ; on l’a trouvé de temps en temps , six ou sept heures seulement après la mort %
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mou, et comme on dit , en putréfaction. Dans quelques cas il semble engorgé de sang, la veine des portes se trouvant très-dilatée ; dans d’autres , il est teint de bile. On trouve de plus le pancréas quelquefois ulcéré , plus fréquemment dans un état d’induration. Dans les intermittentes, la rate est particulièrement sujette à s’affecter; elle est souvent augmentée, et pèse fréquemment plusieurs livres. Quelquefois sa structure a été si complètement détruite, qu’elle présente l’apparence d’un sang coagulé , enveloppé dans une membrane. Plus fréquemment elle est dans un état d’induration ; dans cet état , elle a reçu le nom de Gâteau de la fièvre intermittente : elle est sensible au toucher du malade à travers les tégumens de l’abdomen. Cette affection de la rate est particulièrement sujette à survenir dans les fièvres rémittentes bilieuses des climats des tropiques. Strack pense que les enfans y sont plus sujets que les^adultes. On a trouvé aussi le mésentère et d’autres petites glandes de l’abdomen dans un état d’induration.
On trouve souvent des traces d’inflammation dans les poumons et dans les plèvres ; on a quelquefois trouvé les premiers mollasses et gangréneux. Le cœur aussi est souvent dans un état de flaccidité et de dilatation , les vais-
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seaux des poumons sont engorgés et renferment du sang noirâtre. Cet état du cœur et des vaisseaux sanguins est la suite de la circulation qui avoit été difficile dans les poumons quelque temps avant la mort; si bien que cela est le plus remarquable dans le.s cas où la dyspnée a été la plus grande. Lorsque la peau est teinte en jaune, le sérum est par conséquent de la même couleur dans le thorax et les autres cavités où il circule. Dans les fièvres intermiltentes , on observe moins fréquemment des apparences morbides dans la tête( i). On trouve
(i) J’en ai observé un cas très-curieux à 1 Hôpital des Enfans malades, à la clinique de M. Jadelot. Le nommé J.-bf Astre , âgé de dix-sept ans, est admis dans l’hôpital le i5 novembre 1818; il se plaignoit depuis plus d’un an de fréquens maux de tête, l’ouïe étoit dure surtout à gauche ; il avoit eu un mois avant son entree un écoulement par le conduit auditif externe dumêmecoté, et les maux de tête étaient devenus plus forts. Vingt jours plus tard il éprouva une céphalalgie violente , pulsative, des étourdissemens, une roideur douloureuse à la partie gauche de l’occiput, avec difficulté de mouvoir le cou, et avec tumeur, une lièvre forte, des lassitudes générales et des nausées ; tous ces symptômes furent en augmentant jusqu’à la mort , qui arriva neuf jours après son entrée, et présentèrent dans leur cours des paroxysmes fébriles irréguliers , qui avoient les dehors d’une fièvre intermittente pernicieuse, dont
quelquefois des polypes dans les sinus; mais on les y rencontre fréquemment de quelque maladie que le malade soit mort. On trouve de temps en temps dans le cerveau des traces d’inflammation et même des abcès.
Si le malade meurt dans l’accès du froid, on dit qu’on observe une accumulation extra-
on calma les accès par l’administration du quinquina. A 1 autopsie , on trouva, outre de légers phénomènes qui ne rendoient pas compte des symptômes qu’avoit éprouvés le malade; on trouva, dis-je, que la duremère étoit décollée dans les fosses temporales et occipitales gauches ; elle étoit épaissie surtout dans la portion correspondante au rocher où elle étoit ulcérée , fongueuse , et couverte de végétations brunâtres, surtout a la face externe. Tout le rocher étoit carié et baigné d’une sanie brunâtre, extrêmement fétide et mêlée de débris d’os. La suture qui unit la partie postérieure de la paroi mastoïdienne du temporal à l’occipital, étoit détruite , et donnoit passage à la sanie. L’occipital lui-même dans ses points de contact avec le temporal etoit carie. Toute la partie de la base du cerveau, qui reposoit sur le lieu du décollement de la dure-mère , étoit couleur de feuille morte , et comme en putrilage dans 1 épaisseur de deux lignes environ; cette altération 11 alloit pas jusqu’à la substance médullaire. La face inférieure des deux lobes du cervelet offroit une couleur analogue, mais moins prononcée, sans altération de tissu et de la dure-mère correspondante.
On reconnut que la tumeur extérieure, observée pen*.
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ordinaire de sang dans les parties internes. C’est la seule apparence morbide, si nous en exceptons un état général de flaccidité , qui existe lorsque les forces ont été extrêmement épuisées; ce qu’on peut regarder comme essentiellement lié avec la fièvre. On a sans doute exagéré cet état dans le dessein de le faire servir à appuyer quelques hypothèses.
dant la vie , étoit formée par une vaste collection de
sanie rougeâtre, qui avoit passé à travers les ouvertures du rocher par l’écartement de sa suture temporo-occipitale, et s’étoit rassemblée profondément sous les muscles qui s’attachent aux apophyses styloïde et mastoïde. Vers l’occiput ce foyer étoit plus superficiel, et commençoit à se prononcer sous la peau au haut du bord externe du muscle trapèze. On remit au lendemain l’examen plus exact des pièces osseuses ; mais le cadavre fut enlevé et enterré dans la journée.
Le premier et le second jour, M. Jadelot avoit cru que les symptômes de la tête dépendoient par sympathie d’une affection de l’abdomen ; mais le troisième , il annonça qu’il y avoit une altération grave du cerveau , ou quelque abcès profondément situé dans les vertebres du cou, et qu’il ne croyoit pas que les secours de 1 art pussent y remédier. (. Note du Trad.)
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