CHAPITRE IV
Des causes des fièvres intermittentes .
En parlant des causes éloignées, je ne traiterai pas toujours séparément de ce qu’on a appelé causes prédisposantes et excitantes , de ce qu’on a appelé circonstances qui rendent le corps sujet à la maladie, et circonstances qui l’établissent malade, puisque dans plusieurs circonstances il est impossible de dire à laquelle de ces classes appartient une cause particulière quelconque.
Cette division des causes éloignées est moins sujette à objection dans les fièvres intermittentes que dans la plupart des autres maladies* car diverses observations semblent prouver que ces fièvres viennent principalement, sinon uniquement, d’une cause excitante, des effluves des terres • marécageuses , appelés par les médecins, miasmes des marais.
Section première.
Des causes prédisposantes des fièvres intermittentes, •
Des diverses circonstances qui favorisent l’action de la cause excitante des fièvres inter-
1 Ip DES FIÈVRES INTERMITTENTES
inittentes , il y en a quelques-unes qui agissent en rendant le corps plus impressionnable à son action ; d’autres qui paroissent agir en augmentant le pouvoir de la cause elle-même , et quelques-unes qui agissent des deux manières. Pour avoir un plan beaucoup plus régulier et éviter des répétitions , nous considérerons les deux au chapitre des Miasmes des marais , parce que ce sont là les circonstances qui favorisent faction qui produit la fièvre intermittente.
Section IL
Des causes excitantes des Jîevres intermittentes .
Nous avons plusieurs exemples des effets étonnans d’une atmosphère chargée de vapeurs malfaisantes. On dit que les femmes naturellement blanches, et qui ont résidé constamment dans les plus bas districts de la province de la Géorgie, vivent rarement jusqu’à fâge de quarante ans; les hommes approchent quelquefois de cinquante. On a fait des observations semblables dans quelques parties de l’Égypte sur les bords du Nil (j). On trouve dans la Caroline et la Virginie des situations
(0 Voyages de Bruce dans V Abyssinie , etc .
ET
REMITTENTES.
marécageuses qui détruisent la vie encore plus promptement. Je suis informé, avec assez de vraisemblance , dit le docteur Jackson (i), qu on na pas un exemple d'une personne qui, née à Péterborougli dans la Virginie, et ayant constamment habité le même lieu , ait vécu jusqu'à l’âge de vingt-un ans.
L’influence d es miasmes marécageux, comme produisant les fièvres intermittentes , fut observée pour la première fois par Lancisi vers
le milieu du dix-septième siècle. Elle est maintenant si généralement reçue, qu’il n’est pas nécessaire de rapporter des faits pour la soutenir (2).
C’est donc une observation presque universelle, que les fièvres intermittentes régnent
(1) Relation des Maladies de la Jamaïque du docleur Jackson.
(1 2) On peut consulter à ce sujets si on désire connoî tre plusieurs faits sur cette matière , l’excellent Mémoire sur l influence des marais , par le professeur Beaumes ; la Stastistique du 'département de V Ain , par Fodéré ; la Relation d’ une Épidémie des fièvres intermittentes qui régna à Bordeaux en i8o5 , par M. Coutanceau ; ainsi que l’épidémie décrite par M. Chavassieu d’Audebert, laquelle ravagea, en 1806, le petit village d’Ercole dans le royaume de Naples, etc, (. Note du Trad. y
dans les pays bas et marécageux; on peut au surplus regarder notre climat comme favorable à la production de ces fièvres. Dans le Lincolnshire et dans d'autres pays pleins de marais , il y a peu de maladies aussi fréquentes. Près des étangs stagnans, spécialement lorsque la saison est chaude, elles sont souvent épidémiques.
Dans d’autres contrées nous avons des preuves plus frappantes des effets des miasmes des marais. En Égypte , après que le Nil s’est retiré laissant après lui la terre humide couverte d’une grande quantité d’animaux et de substances végétales en putréfaction , ces fièvres commencent à dominer. On nous informe que les Arabes, lorsqu’ils veulent se venger des Turcs de Bussarah, rompent une partie des rivages de l’Euphrate par laquelle il inonde les déserts voisins de cette ville. L’eau stagnante et les poissons morts se putréfient bientôt; et des fièvres mortelles, généralement de la forme rémittente, en sont la conséquence. On a estimé que les fièvres amenées par une seule inondation de ces déserts, font périr environ douze à quatorze mille habitans de Bussarah (i).
(1) V oyez les Observations sur la Fièvre de Bussa -
ET RÉMITTENTES. Îi5
[Nous rencontrons rarement des fièvres intermittentes lorsqu il existe une cause si puissante. Les fièvres intermittentes et rémittentes proviennent des différens degrés de la même cause. Dans la Jamaïque ( observe le docteur John Hunter) , les fièvres sont généralement intermittentes dans les saisons les plus saines : dans les autres saisons pluvieuses et malsaines ce sont les rémittentes (i).
On observe généralement que pendant les saisons plus tempérées les fièvres intermittentes régulières dominent, et cèdent facilement pour la plus grande partie aux moyens ordinaires. A mesure que la saison devient plus chaude et plus humide, on voit paroître un redoublement et un prolongement des paroxysmes, tel qu’à la longue la maladie ne diffère que peu de la fièvre continue. C’est dans les saisons les plus chaudes que la rémittente pernicieuse de Bussarah est toujours le plus à craindre. Dans les latitudes plus élevées, même lorsque les fièvres automnales
rah> dont nous avons parlé, dans les Transactions d’une société pour l’accroissement, etc. année 1793.
(i) Voyez les Observations de J. Pringle sur les
Maladies de la Flandre ; et voyez d’autres ouvrages sur ee sujet.
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sont de la nature la plus continue, si elles tirent leur origine des miasmes des marais, elles commencent à devenir intermittentes; lorsque l’hiver commence , etavant qu’il soit fort a%rancé, elles se terminent souvent en simples tierces ou en quartes,
C’est pourquoi la véritable fièvre intermittente est une maladie qui n’est ni des climats très-chauds ni des clknats très-lroids. Bontius (i), Lysons (2), Clarck (3), et autres, remarquent qu’on la, rencontre rarement près de l’équateur. On peut regarder la fièvre rémittente comme endémiqup dans les climats brûîans. Au surplus , parmi les climats qu’on peut appeler tempérés , les plus chauds sont le plus favorables à la production des fièvres intermittentes; dans ces climats, comme en Angleterre , elles dominent généralement , suitout lorsque la saison a été pendant quelque temps extraordinairement chaude, particulièrement lorsque la pluie tombe soudainement après un été chaud.
Les changemens subits de temps, soit du
[\) De Medicma Indorum.
(2) Essay on Fevers . (Essai sur les Fièvres, etc.)
(5) On the Diseases in long voyages to hot climates. (Sur les Maladies des longs voyages dans les climats, chauds.)
ET RÉMITTENTES. ' j x5
thaucl au froid , ou du froid au chaud , favorisent ]a production des fièvres intermittentes, il est constant, dit Raymond (i) en parlant des fièvres intermittentes de Mettleburgh, que si le temps froid et humide de l’automne succède subitement à une sécheresse et à une chaleur d’été extraordinaire , ces fièvres sévissent plus généralement, et montrent une plus grande tendance à devenir malignes.
Les médecins d’armée ont de plus particulièrement observé que les fièvres intermittentes sont fréquentes, si à un jour chaud succède une nuit froide et humide. Ceci arrive souvent dans les contrées marécageuses; car les exhalaisons qui s’élèvent pendant le jour, étant condensées , lorsque l’influence du soleil vient cà manquer, la terre se couvre pendant quelques heures d’un brouillard épais.
L humidité appliquée sur le corps favorise pai ticuliei ement 1 action des miasmes marécageux. On observe que ceux qui vivent sur des monticules, quoique également exposés aux miasmes des marais, sont moins sujets aux fièvres intermittentes ; et que ceux qui habi-
(i) Raymond, On the Intermittents of Mettleburgh, (Sur les Intermittentes de Mettleburgh) ; dans le Sylloge Opusculorum de Bcildinger.
tent au rez de chaussée y sont plus sujets que ceux qui habitent les parties plus élevées des mêmes maisons, John Pringle observe que de deux bataillons en quartier l’un près de l’autre , et sur le terrain de la même hauteur , l’un dans une ville , l’autre dans les maisons des paysans de la contrée , le dernier fut plus sujet aux fièvres intermittentes à cause de l’humidité des cabanes. Nous trouvons de semblables observations dans les ouvrages du docteur Donald Monro, du docteur Brocklesby , et autres médecins d’année.
On a objecté que nous ne saurions supposer que l’humidité favorisât la production des fièvres intermittentes, puisqu’elles sont plus fréquentes lorsqu’il n’y a que peu d’eau restant sur la surface de la terre , que lorsque toute une contrée en est couverte; les habitans de l’Ëgypte , par exemple , ne sont que peu affligés par des fièvres intermittentes pendant que leur pays est couvert d’eau ; c’est surtout lorsque le Nil se retire dans son lit, qu’elles dominent : et dans les Indes occidentales on observe que, pendant que les étangs sont profonds, les fièvres sont ou en petit nombre ou de nature bénigne ; c’est lorsque leurs fonds se montrent que les fièvres lés plus pernicieuses commencent à sévir.
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Mais lorsque la contrée est submergée, il y a naturellement moins de miasmes des marais que lorsque la terre humide est exposée à Taction du soleil. D’ailleurs nous savons que la rapidité de l’évaporation est proportionnée à la température et à l’étendue de la surface. Lorsque la terre est entièrement inondée elle présente une surface unie, et par conséquent la plus petite possible ; et l’eau étant presque transparente , les rayons du soleil ont fort peu d’action pour augmenter sa température (i). Lorsque l’eau a été absorbée, la surface en est augmentée, et par cela meme rendue inégale. Le soleil porte alors son action non sur une eau transparente, mais sur une terre humide, et il en augmente extrêmement la température, qui est encore augmentée par la putréfaction qui, dans ces circonstances, arrive rapidement. Nous observons fréquemment un brouillard épais sur une terre humide, mais rarement sur la surface de l’eau.
Il paroi t que l’humidité produit en si grande partie les fièvres intermittentes , qu’à
(0 II paroît d’après les expériences de M. Melvil , dans les Essais littéraires dé Édimbourg , que la lumière augmente la température en raison qu’elle est obstruée , réfléchie ou réfractée.
I i 8 DES FIÈVRES INTERMITTENTES
la première pensée nous sommes portés à attribuer Penlière action des miasmes des marais à l’humidité qui l’accompagne. Le docteur Moseley fait l’observation que les fièvres intermittentes sont fréquentes pendant la saison pluvieuse dans les climats chauds ou il n’y a pas de marais ; et le docteur Lind observe qu’un individu peut être pris d’une fièvre intermittente dans le lieu le plus sain de l’Angleterre. Ce n’est pas une objection raisonnable à faire à celte opinion, que de dire qu’on n’a pas remarqué qu’une atmosphère chargée d’h umidité produisît des fièvres intermittentes en mer, car dans un vaisseau lout est beaucoup plus exempt d’humidité que ne le sont les situations humides sur terre.
Toutefois il y a plusieurs observations qui semblent prouver que , quelque effet que puisse avoir riiumidité pour produire les fièvres intermittentes , elle n’est pas la seule et probablement la principale circonstance à laquelle on doive les effets des miasmes des marais. Le docteur Lind remarque que les vaisseaux qui se trouvent à une distance considérable d’un rivage marécageux évitent les fièvres intermittentes ; tandis que d’autres qui en sont plus près, à la distance d’un mille environ, y peuvent être sujets. Nous ne pou-
ET RÉMITTENTES. 119
Von s , dans ce cas, les attribuer à l’humidité de la brise de terre, puisque les brouillards les plus épais qui tombent sur un vaisseau ne les produisent pas. Plusieurs ont douté si 1 humidité même produit les fièvres intermittentes, indépendamment des miasmes des marais. 11 n’y a pas de doute que ceux-ci les renouvellent.
Il paroît que c’est par l’humidité qu’ils occasionnent que l’étendue des bois favorise l’action des miasmes des marais ; ils répandent une humidité constante sur la terre, et empêchent les rayons du soleil de tomber dessus i et le vent de passer sur la surface.
De plus , ils enferment l’air humide si bien , que ceux qui habitent les lieux pleins de bois sont constamment exposés à une atmosphère chargée d’humidité.
Les soldats campés dans les bois évitent rarement les fièvres intermittentes; il y a une preuve bien évidente de cette observation dans les ouvrages de John Pringle, du docteur Cleghorn et autres. Toutefois il paroît, d’apres d’autres observations, en particulier d’après celles du docteur Jackson et du docteur Rush, que des bois dispersés çà et là préviennent les fièvres intermittentes chez ceux qui vivent, dans des contrées découvertes; un moyen ties-
évident, et d’après lequel ils peuvent avoir cet effet, c’est d’empêcher que les miasmes des marais ne se répandent. C’est pourquoi les médecins d’armée recommandent d’avoir, s’il est possible , un bois entre les terrains marécageux et le campement.
Si les observations du docteur Rush sont justes, ce n’est pas le seul moyen par lequel les bois tendent à empêcher ces fièvres , il faudrait entrer dans une discussion très-longue pour considérer ce sujet à fond. Le lecteur peut consulter les observations sur les causes du surcroît des fièvres intermittentes dans la Pensylvanie (i).
Les bords des rivières, si elles ne sont pas marécageuses , ont été recommandés pour camper les troupes dans la vue de prévenir les fièvres intermittentes ; parce que le cours de l’eau occasionne une circulation constante de l’air, et tend ainsi à entraîner les vapeurs malfaisantes. Peu de causes élèvent à un degré plus grand l’action des miasmes des marais, que l’exposition à l’air de la nuit (2). 11 paraît , d’après les observations de M. Badi-
(1) Voyez le vol. II des Recherches et Observations méd. de Rush.
(2) Lancisi nous apprend que des voyageurs ont con~
ET RÉMITTENTES. 12 1
nock (i), qu’il est la principale cause de la fièvre rémittente bilieuse des latitudes brûlantes; et c’est à la même cause que Bontius attribue entièrement les plus mauvaises fièvres de Batavia (2) : c’est une chose bien connue
que dans les Indes , soit Orientales, soit Occi-
dentales; le peuple est souvent pris de fièvres intermittentes pour avoir passé une nuit dehors, et spécialement dans les bois.
Dans le premier volume du Muséum médical, le docteur Haies propose de mouiller le corps avec de l’eau salée pour prévenir les mauvais effets de l’exposition aux rosées de la nuit dans les pays chauds (3); et il allègue à son
tracté des maladies mortelles en allant de Rome à Florence , et bien plus encore en allant de Naples à Rome pour avoir voulu profiter de la fraîcheur de la nuit. On ne sera pas étonné de ce phénomène lorsqu’on se rappellera que les campagnes qui avoisinent ces villes et d’autres contrées de l’Italie, sont couvertes de marais. IJSote du Trad. )
(1) Voyez le vol. IV des Obs . et Recherch. méd.
(2) Le docteur Lind rapporte une preuve frappante des effets funestes de l’air de la nuit à Batavia.
(3) L’observation du docteur Haies s’accorde trèsbien avec celle de M. Beaumes, professeur à Montpellier, dans son excellent Mémoire sur V influence des marais , etc. Il dit, page 21 : ce Frontignan, Mirevai ,
appui quelques faits heureux dus à cette pratique.
Quant aux causes prédisposantes des fièvres intermittentes en général , on peut observer que tout ce qui tend à affaiblir le corps y prédispose, soit une excessive chaleur ou une atmosphère froide et humide, un régime pauvre et pas assez copieux, ou la gloutonnerie et l’abus des liqueurs fermentées ; beaucoup trop d’exercice ou d’indolence habituelle , de mauvais vètemens , les passions fortes, de longues veilles, l’usage habituel de médicainens irritans, particulièrement les forts cathartiques, et tout ce qui de plus tend à mettre le désordre dans les premières voies; l’usage intempestif du bain chaud ou froid, des suppressions de sueurs ou d’éruptions, et la cessation ou l’augmentation d’une évacuation habituelle quelconque. En un mot, ceux qui
)) Vie et d’autres lieux, qui formoient jadis de petites » villes florissantes sur les côtes de la Méditerranée , » dans le déparlement de l’Hérault, ne sont plus auy> jourd’hui que de mauvais villages, que la misère et y) l’abandon gagnent de plus en plus. )) Il attribue ces changemens à 1a. suppression des marais salans , qui eut lieu en 1694 ; ce qui occasionna le croupissement des eaux et la formation des marais dans les lieux circon— voisins, {A o te du Trad.)
ET 11ÉMITTEMTES. 125
prennent de bonnes nourritures , qui sont à leur aise, qui ne s’adonnent pas aux excès dans le boire et le manger , qui ne sont pas en butte à des passions fortes , et qui usent d’un exercice modéré et régulier; ceux-là sont le moins sujets aux fièvres intermittentes.
On a pensé que des alimens d’une nature particulière prédisposent à ces fièvres. Àurivillius soutient que ceux qui vivent de porc frais et de poisson y sont plus sujets que les autres hommes ; cela est du moins vrai pour ceux qui vivent d’ali men s de mauvaise qualité et de difficile digestion.
Indépendamment de la cause qui les a d’abord produites, presque toutes les circonstances qui ont été mentionnées comme favorisant Faction des miasmes des marais, sont capables de renouveler les fièvres intermittentes.
Une circonstance curieuse qui , comme la doctrine des jours critiques, n’a pas obtenu l’assentiment général , semble mériter une place parmi leurs causes prédisposantes ; et, comme cette doctrine, cette circonstance curieuse semble appuyée sur l’observation d’une grande étendue; le docteur Lind , le docteur Jackson , et d’autres , ont fait quelques observations relatives à l’influence que les change-
Ï2L\ EES FIÈVRES INTERMITTENTES
mens de la lune sont supposés avoir pour déterminer l’invasion ou Je renouvellement des fièvres, particulièrement de celles des climats chauds (/).
(i) Je transcrirai ici les observations que le célèbre Fouquet * ancien professeur de clinique à l’Ecole de Montpellier , faisoit à ses élèves sur cet acticle : « Il » faut savoir que, quoiqu’il semble prouvé contre Keil , )) que ni la conjonction ni l’opposition des planètes , )) n’influe en rien sur l’origine et sur la propagation des :» maladies soit vraiment épidémiques, soit autrement )) populaires ; quoique le jésuite Belgrado ait opposé aux » observations et aux assertions de R. Mead, que la 5) cause du retour des accès épileptiques n’est rien » moins qu’en raisoil de certaines phases de la lune, ou D) des rayons plus lumineux que cet astre nous réfléchit; » quoique enfin , plus anciennement, Fracastor aitcom- )) battu avec avantage le système de Galien , qui subordonne la marche des crises aux différens aspects de la » lune , on ne peut néanmoins se refuser à l’authenli- » cité des faits ou aux témoignages de plusieurs méde- » cins célèbres , qui prouvent, de la part des astres, une » action plus ou moins vive sur l’atmosphère , laquelle s’étend jusqu’à nos corps, d’ailleurs organisés de ma- )) nière à entretenir la relation la plus intime avec l’air, » et d’autant plus que ces corps se trouveront dans des y > circonstances particulières, qui les rendront plus senyy sibles à cette action.
>) Sans parler ici des observations d’Hippocrate sur » les équinoxes et les solstices , et sur le lever et le cou-
ET REMITTENTES. Ï2»5
Après avoir brièvement déterminé ce qui avoit été fait par d’autres sur ce sujet, le der- — - - - - - — - - - — .
» cher de certains astres , aucun observateur n’ignore )> que l’état du ciel influe , non-seulement sur les dispositions du corps, mais encore sur celles de l’esprit; » vérité bien connue des anciens , et qui se trouve ex- )) primée dans ces vers traduits du grec, qu’on lit dans y ) Cicéron de [incerta) :
» Tales sunt hominurn mentes , quali pater ipse v Jupiter auctifera lustraait lampade terras.
y> Ceci rappelle le beau passage des Géorgiques de » Virgile :
» V erùm ubi tempestas et cœli mobilis humor ,
» Ddutavere vias , çtc.
» Piquer assure s’être convaincu, dans sa pratique, » de la vérité de ce qu’avance P. Martian , savoir : que » la marche des maladies chroniques suit les mouve- :» mens du soleil ; en sorte que ces maladies s’irritent , » s’exaspèrent , aux époques où le soleil passe , de son » mouvement propre, d’un signe du zodiaque dans » l’autre signe, en parcourant l’écliptique, pour la for- » mation de l’année ; ce qui répond au 20 de chaque i) mois ( obf'cts d’Hippoc. illustradas ). Cardan croit aux )) influences lunaires. P. Martian prétend que l’action » du soleil détermine l’heure de la crise, et l’action de y* la lune le jour de celte crise ( virtus soils est crisim » hâc vel ilia hard excitare ; virtus lunœ autem , hâc » vel illâ die). Les livres des épidémies et des éphéméy> rides de Baillou , sont pleins de faits intéressans qui » déposent de l’influence de la lune et des éclipses , sur
nier observe : « Dans le dessein d’assurer la » vérité de celte conjecture que je considérois
:» les altérations cle l’atmosphère, et conséquemment sur » les maladies. Ramazzini, dans son Histoire des Fièvres » malignes pourprées qui régnèrent à Modène en 1692, » p3 et 94 , observe que la fièvre devenoit plus violente )) et plus meurtrière dans les pleines lunes , et que ses » ravages augmentaient au temps de l’opposition ou de » la disparition de cet astre. Il ajoute qu’une éclipse de D) lune étant survenue dans la nuit du 21 janvier i6g3 , )) la plupart des malades moururent au moment même » de l’éclipse. J’ai rapporté quelque part , d’après Lind, )) qu’une éclipse totale de lune étant arrivée , en 1762 , y> sur les côtes de Coromandel, les Anglois établis dans )> le pays , qui avoient actuellement les fièvres intermit- » tentes ou qui étaient guéris depuis peu , éprouvèrent » tous le même jour de l’éclipse le retour du paroxysme. » Balfour , docteur en médecine et chirurgien de la » compagnie anglaise des Indes orientales , a consigné » dans une dissertation plusieurs observations qu’il a }) faites dans le Bengale , et particulièrement sur les sol- » dats d’un régiment de Cipaïes , dont il était chirur- » gien, lesquelles attestent l’influence la plus marquée )) de la lune ou de ses différentes phases sur la marche » et le retour des accès des fièvres intermittentes bi- )) lieuses qui régnent très-communément dans ces con- :» trees. Aubri, dans ses Oracles de Cos , confirme, par )> des faits dont il a été témoin , cet influx de la lune sur x» les maladies. Il prétend même avoir observé plusieurs fins que les crises sont toujours plus salutaires vers le
ET REMITTENTES. T 27
n comme une matière de quelque importance , y> je me munis de l’almanach de l’an 1776, et
3) temps de la première quadrature de cette pianette , v et celui de l’opposition suivante, ainsi que l’avoitobï> serve Galien. Chamseru rapporte une foule d’exemy> pies de celte même influence lunaire sur quelques :» affections de la vue, dans un Mémoire inséré parmi
V ceux de la Société de médecine de Paris , où il cite » souvent les expériences de Wilson sur V influence des x> climats sur les animaux et sur les végétaux. On doit
V encore lire sur cette matière , outre l’ouvrage très-
connu de R. Mead , de imperio soils et lunæ , et ceux
y> des divers auteurs qui y sont cités, une dissertation » de Sauvages, soutenue dans la ci-devant Université y> de médecine de cette ville , et qui a pour titre , de » astrorum influxu inhominem , et l’art. Astre de l’Enï> cyclop. in-l±.
» Mais, pour revenir aux éclipses, on lit, dans la vie » de l'illustre chancelier Bacon, que dans les éclipses de » lune, ce grand homme, soit qu’il en fût prévenu ou
non, tomboit dans une espèce de syncope qui duroit » tout le temps de leclipse , et ne lui laissoit aucune » incommodité (. Analyse de la Philosophie du chance- )) lier Bacon , avec sa vie). Tout le monde connoît la )) fameuse histoire de la femme de Varades, qui, au }> moment d’une éclipse totale du soleil, tomba dans x> l’asphyxie la plus alarmante , dont elle ne revint » qu’après que l’éclipse fut entièrement finie. (Ballon, )) epidem. et ephem. lib. 1.)
» Voilà des détails qui ne doivent pas être nouveaux
» je marquai sur le feuillet blanc de cet aima- )) nach la date précise de l’invasion de toutes
» pour les élèves à qui je les ai communiqués à diverses )) reprises , dans mes conférences cliniques sur l’in- ■» fluence des astres dans les maladies, et sans y joindre » d’autre explication. Quoique longs, j’ai cru devoir les » rappeler ici , afin qu’ils puissent les méditer et en )) éclairer leur opinion sur cet objet. L’auteur d’un ou- » vrage plein d’érudition qui vient de paroître sur V hyy> giène (le professeur Tourtelle), semble porté à faire » dépendre, du moins en partie, les phénomènes rela- 5) tifs à l’influence des éclipses sur nos corps, de la pri- » vation de la lumière. On peut croire que ces phéno- » mènes tiennent encore à une autre cause , si l’on fait y) attention aux angoisses et aux autres accidens dont )) quelques personnes très -nerveuses se sentent agitées la » veille d’un orage ou d’un grand changement dans la y> constitution atmosphérique, qu’il leur arrive souvent » de prédire. Deux ou trois jours avant le tremblement j) de terre de Lisbonne, qui s’étendit jusqu’à Cadix et » bien au-delà, les habitans de cette dernière ville se » plaignirent tous d’un sentiment de foiblesse et d’acca- » blement qu’ils ne pouvoient définir. ( J’ai parlé de ce y> fait dans mon mémoire sur le climat de Montpellier .) » Mais , pour avoir là-dessus des preuves encore plus )) directes , il n’y a qu’à lire dans Baillou ce que ce » grand praticien rapporte des changemens subits qui » se firent remarquer, avec des accidens terribles , inex- » plicables et inouïs, dans les maladies (indépendam- » ment des apoplexies et des morts subites , précédées
ET RÉMITTENTES» 13^
)) les fièvres qui étoient
confiées à mes soins ».
En relisant ces memoranda à la fin de l’année , il irouva qu’il avoit mis par écrit trente cas
» de symptômes d’une espèce de suette angloise qui sur- » vinrent dans le même temps), aux approches de 1 eclipse » mémorable dont nous avons parlé à l’occasion de la )) Varades. Les médecins de Paris en étoient tout dé- 5) concertés. Les personnes même non malades , torn- )) boient tout à coup dans une sorte de langueur, et sans )) cause manifeste sembloient près de fendre l’âme )) comme s’il y eût eu quelque démon pour agent. C07- » pora sana penè languebant jam jam derepente , et )) sine causa manifesta , quasi quodcLm agente dœino— » monio , agere videbantur animavn. (Epidem. et ■° epnem. lib. i , constitutio 41.) Je n’aurois jamais cru , )) ajoute Baillou , que de si grands troubles eussent pu » être l’eflet de ces affections du soleil, de la lune et du >' ciel- Il paroît donc qu’il doit y avoir, dans ces sortes » de cas , comme des symptômes précurseurs ou des )) espèces de terrentia (si on peut s’exprimer ainsi) dans » l’atmosphère, lesquels consistent dans une sorte d’agi- » talion sourde ou d’affection tacite quelconque, cor- » respondante au météore qui s’avance et arrive plus tôt » ou plus tard. En effet, ce ne fut pas seulement la nuit * de la veille de l’éclipse, mais encore quelques jours » auparavant que ces phénomènes surprenans se décia* » rèrent subitement dans les maladies régnantes. » (Obs. sur la Const, des six premiers mois de L’an v. Montpellier, an vi.)
Nous ajouterons à ces idées de Eouquet , l'opinion de M. de La Place, dans son Essai philosa-
l3o DES FIÈVRES INTERMITTENTES
(le fièvre rémittente propre, dont vingt-huit tirent leur invasion à l’un ou l’autre des sept
phique sur les probabilités : ce Les phénomènes singuy> tiers qui résultent de l’extrême sensibilité des nerfs » dans quelques individus, dit ce savant, ont donné )) naissance à diverses opinions sur l’existence d’un nou- » vel agent, que l’on a nommé magnétisme animal , » sur l’action du magnétisme ordinaire, et sur l’in- » fluence du soleil et de la lune dans quelques afîec- :» tions nerveuses ; enfin sur les impressions que peut » faire éprouver la proximité des métaux ou d’une eau » courante. Il est naturel de penser que l’action de ces » causes est très-foible, et quelle peut être facilement )) troublée par des circonstances accidentelles. Ainsi y> parce que dans quelques cas elle ne s’est point mani- :» festée , on ne doit pas rejeter son existence. Nous » sommes si loin de connoître tous les agens de la nay> ture et leurs divers modes d’action , qu’il seroit peu yy philosophique de nier les phénomènes, uniquement » parce qu’ils sont inexplicables dans letat actuel de nos y ) connoissances : seulement nous devons les examiner y) avec une attention d’autant plus scrupuleuse , qu’il » paroît plus difficile de les admettre ; et c’est ici que le 5) calcul des probabilités devient indispensable pour déterminer jusqu à quel point il faut multiplier les y> observations ou les expériences, afin d’obtenir, en » faveur des agens qu’elles indiquent , une probabilité i) supérieure aux raisons que 1 on peut avoir d ailleurs D de ne pas les admettre. »
M. Virey , dans l’article faune du Diction
ET RÉMITTENTES. j5x
jours qui précèdent immédiatement la nouvelle ou la pleine lune.
Il continua la même expérience l’année suivante, le résultat fut semblable. Outre les cas de lièvre rémittente propre, il marqua aussi dans l’almanach plusieurs désordres fiévreux passagers. Pour la plus grande partie, leur invasion fut aussi dans le second ou le dernier quartier de la lune. Le plus grand nombre de
des ^Sciences medicales , en parlant de 1 empire (ju^n a attribué à la lune sur les l'etours des fièvres intermittentes surtout, dit : cc Quoique dans nos cJi- » mats ces correspondances soient très- peu remarqua- » files ou même insensibles en général , nous ne nierons » point qu’on n’ait pu les observer quelquefois plus )> manifestement. Nous pensons que l’influence luniy> solaire peut même être fort active sous les tropiques » à cause que la lune et le soleil y doivent concourir » simultanément, surtout aux équinoxes ou lorsqu'ils )) se trouvent ensemble aux points solsticiaux. Nous » croyons donc qu’on doit admettre les observations des 5) médecins qui en rapportent tant d exemples dans l’Inde , et entre les régions équatoriales. Ainsi, sans D) ajouter une aveugle croyance à tous les récits popu- » laires et à ceux que recueillent des savans tant de fois » semblables au bas peuple à cet égard, il y a des circonstances dans lesquelles le médecin doit avoir égard :» à la lune , et surtout aux points équinoxiaux et solsti- » ci aux, principalement entre les tropiques. » {Note du Trad.)
1 oTt DES FIÈVRES INTERMITTENTES
ces invasions eut lieu dans les troisièmes ou quatrièmes jours de la nouvelle ou pleine lune; car plus les périodes étoient près, plus les attaques étaient fréq tient es. Le docteu r Jackson appuie ces observations par d’autres, et d’après la manière dont il les faisoit, il n’y avoit guère lieu à tomber dans l’erreur. Le docteur Lind explique la fréquence des fièvres dans la nouvelle ou pleine lune par le degré plus haut des marées à ces périodes. Toutefois, le premier croit qu’on ne peut pas admettre cette opinion, puisque l’influence c}e la lune sur les fièvres, s’observe autant dans l’intérieur d’une contrée que sur ses côtes. Touchant ce sujet, au reste une expérience future et très-étendue en décidera (r).
Nous savons d’après les lois de la gravitation, que dans la nouvelle et dans la pleine lune tous les corps terrestres changent de pesanteur. Quel effet cela peut avoir sur le corps humain ; c’est ce que nous ne pouvons déterminer, et
c’est ce que probablement nous ne deterim-
(i) Le lecteur peut consulter, pour plus ample information à ce sujet, l’ouvrage dont j’ai extrait tout ce que je dis ici , Traité des Fièvres de la Jamaïque du docteur Jackson ; il peut encore consulter la Thèse du docteur Lind , et le docteur Balfour sur les fievres putrides.