‹ Des fièvres typhoides et du typhus, histoire et description de ces affections; analogies et différences qui existent entre ellesChapitre 10 sur 32 · Chapitre I er . Causes du Typhus · texte numérisé non relu

Chapitre I er . Causes du Typhus

On peut rapporter à deux chefs principaux les causes du typhus, suivant qu'elles concourent à son développement primitif, suivant qu'elles favorisent sa transmission. Nous rangerons sous le premier chef les conditions d'âge , de sexe, de constitution et de tempérament , des lieux et habitation, des saisons et de la température, de la nourriture , des professions, des affections morales ; nous exposerons ensuite ce qui a trait à la contagion. On pourrait encore diviser ces causes en prédisposantes et occasionelles , prochaine ou matérielle.

§ I er . Age. — Nous manquons d'une série de faits nombreux et bien observés pour apprécier l'influence de l'âge sur le développement du typhus 5 on sait seulement , d'après Hildenbrand , que l'âge jeune ou moyen est une condition de l'efficacité de la contagion médiate.

§ II. Sexe. — Hildenbrand indique le sexe féminin comme concourant à une disposition nécessaire à l'établissement de la contagion qu'il appelle médiate.

§ III. Tempérament, , constitution. — Nous dirons avec Hildenbrand que les conditions des sujets faibles , à peau fine, débilités par des privations ou par des affections morales antérieures, n'ont, comme les précédentes , c'est-à-dire celles relatives à l'âge et au sexe, qu'une part prédisposante dans le développmeent primitif du typhus.

§ IV. Professions. — Les auteurs ne nous ont absolument rien laissé touchant l'influence des professions comme condition de développement du typhus.

§V. Lieux ; habitation, acclimatement. — L'air vicié par les émanations d'hommes sains entassés dans des lieux étroits , par les exhalaisons d'individus entassés et atteints de fièvres continues , ardentes , par la putréfaction des cadavres en plein air, par l'exhumation de cadavres dans un état de putréfaction avancée , par les émanations des marais ou eaux croupissantes , par les exhalaisons de substances animales et végétales en putréfaction, d'un sang corrompu, du fumier, des excrémens, la malpropreté, le défaut de ventilation, l'habitation dans les villes peuplées et basses , dans les maisons petites et sales , dans les prisons et les hôpitaux surchargés de malades , telles sont t d'après Mindérer, Monro, Rouppe, Loew, Pringle, Lind, Hildenbrand, les causes qui favorisent principalement le développement du typhus. Ainsi on l'a vu occasioné par des cadavres corrompus sur un champ de bataille (Galien, Forestus); par la putréfaction d'une baleine abandonnée sur le rivage (Forestus) ; c'est ainsi encore que , suivant M. Keraudren (1) , le typhus de Toulon en 1829 était dû à l'encombrement, puisqu'il cessa lorsqu'on eut dispersé 600 forçats entassés sur un bagne flottant; que le typhus \ qui régna dans la même ville en 1830 et 1832 était, d'après MM. Keraudren (2) et Bally (3), le résultat, soit de la stagnation des eaux , soit du curage et du pilotage , travail qui met en mouvement des masses considérables d' une boue infecte. On a remarqué que la maladie frappe d'abord les sujets nouvellement arrivés à bord des navires infectés.

§ VI. Saisons, température. On a noté encore l'influence de

(1) Communication à l'Académie royale de médecine. Archives de médecine, tom. XXII , p. 266.

(2) Discussion à l'Académie de médecine, séance du 26 février 1833.

(3) Rapport fait à l'Académie, le 15 octobre 1833, sur le mémoire de M. Fleury, médecin en chef de la marine à Toulon (Historique médical de la maladie qui a régné parmi les condamnés du bagne de Toulon, dans les Mémoires de l'Académie royale de Médecine. Paris, 1833, t. III, pag. 501 et suiv.).

l'humidité froide ou chaude qui favorise l'action des corps putrescibles et des principes délétères; aussi a-t-on souvent observé le développement de la maladie dans les pays marécageux après une saison chaude.

§ VII. Nourriture. Hildenbrand range au nombre des causes du typhus originaire les alimens insalubres , altérés , insuffisans ; l'usage de viandes sans légumes, de chairs corrompues ou provenant d'animaux malades , de poissons pourris , d'œufs gâtés , de pain mauvais, de végétaux altérés, d'eaux insalubres.

g VIII. Affections morales. La nostalgie, les passions tristes, les chagrins, la peur, sont encore des causes qui favorisent le développement de la maladie en diminuant l'énergie vitale.

§ IX. Contagion. La. contagion, admise par Pringle, Houppe, Poissonnnier , Hildenbrand , semble constituer le caractère fondamental du typhus qui a reçu de quelques observateurs le nom de fièvre contagieuse.

Mais quel est le mode de transmission du typhus une fois développé? Est-ce par le contact ou par l'atmosphère? Suivant quelques auteurs, il serait communiqué par infection, puisque , disent-ils, on n'a jamais vu des individus affectés transmettre la maladie à des sujets sains hors du foyer de Yinfection ; d'après d'autres auteurs , au contraire, le typhus se gagnerait par le contact des typhiques ou de leurs effets , tandis que sa transmission par des miasmes ou l'atmosphère ne serait pas prouvée.

D'après Pringle, le typhus se transmet plus ou moins vite suivant la distance du foyer d'infection.

Suivant Hildenbrand , il est contagieux soit immédiatement, par contact, par une sorte d'atmosphère animale ; soit médiat ement par le moyen des corps plus ou moins conducteurs du miasme typhique qui conserveraitsapropriété contagieuse pendant trois mois et qui aurait probablement une activité d'autant plus forte et plus longue que les effets dont il provient ont séjourné

davantage dans un lieu prive d'air. Quant au principe contagieux du typhus , il acquiert vraisemblablement , d'après Hildenhrand, sa propriété contagieuse au moment de l'apparition de l'exanthème.

Cornais exem pies remarquables de la contagion du typhus, je me contenterai de rapporter les suivans tirés de l'ouvrage de Pringle et qui ont été cités par la plupart des auteurs qui ont écrit sur le typhus. En 1750, aux assises d'Old-Baily , où furent traduits beaucoup de criminels dont quelques uns étaient atteints de la fièvre des prisons, quatre des six juges composant le tribunal moururent; deux à trois avocats , plusieurs jurés, et divers autres assistans au nombre de quarante , succombèrent dans la quinzaine qui suivit la session. — Des tentes , qui avaient servi de couverture à des malades atteints du typhus , furent remises à un ouvrier de Gand pour les réparer : vingt-trois individus employés à ce travail furent affectés, dix-sept succombèrent.

Ce qui complique singulièrement la question de savoir si c'est par contact ou par X atmosphère qu'a lieu la transmission du typhus une fois développé, c'est que l'on trouve , en y regardant de près, que ces deux modes de transmission ont entre eux la plus grande analogie : aussi , sous ce rapport, a-t-on avec raison distingué 1° une infection organique ou contagion vive, qui a lieu lorsqu'un individu affecté devient lui-même un foyer d'infection pour l'air environnant et les personnes qui se trouvent dans sa sphère d'activité ; 2° une infection inorgajiique ou contagion morte, lorsque l'infection provient de substances inanimées (Hufeland).

Maintenant sur quel appareil de l'organisme le miasme typhique porte-t-il d'abord son action? que ce soit sur la peau ou sur la muqueuse pulmonaire, ou sur les deux à la fois, toujours estil que l'innervation et le sang paraissent être les premiers à en ressentir l'atteinte, ainsi que nous le verrons en parlant de la nature du typhus.

La surface absorbante gastro-pulmonaire semblerait cependant

recevoir la première l'action du miasme typhique; car, ainsi que cela résulte des recherches et des expériences de M. Magendie, sur l'imbibition et la perméabilité aux gaz des membranes vivantes (1), la peau, dans les maladies miasmatiques du moins, ne permet que difficilement l'imbibition et par suite l'absorption si elle n'a été privée d'épiderme.

Nous terminerons ce qui a trait à la contagion du typhus en faisant observer que le typhus communiqué n'attaque le plus souvent qu'une fois le même individu , d'après Hildenbrand , tandis que, suivant Pringle, la fièvre des camps et des prisons est sujette à rechute.

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