Chapitre II. Symptômes du typhus
Article I". Exposition des s ymptômes du typhusdans les diverses périodes de la
maladie.
Hildenbrand distingue huit périodes pour le typhus régulier et irrégulier: 1° de contagion; 2° d'opportunité ou de symptômes avant-coureurs ; 3° d'invasion ; 4° inflammatoire, catarrhale inflammatoire , exanthématique , d'irritation , d'ébullition (suivant les anciens médecins); 5" nerveuse ou de faiblesse; 6° de la crise; 7° de rémission ; 8° de convalescence.
Les autres auteurs admettent seulement divers degrés suivant les progrès et l'intensité de la maladie. Pringle, entre autres, distingue trois degrés ou périodes : la première période de Pringle correspond à la deuxième d'Hildenbrand(opportunitéou symptômes avant-coureurs) ; la deuxième période de Pringle se rapporte à la troisième d'Hildenbrand (invasion); enfin, la troisième période de Pringle comprend les cinq dernières admises par Hildenbrand.
Pour faciliter la recherche des analogies et des différences qui peuvent exister entre le typhus et les fièvres typhoïdes soiis le rapportdessymptômes, j'établirai pour le typhus, comme je l'ai fait
(1) Leçons sur les phénomènes physiques de la vie , etc. Paris , 1S36.
pour les fièvres typhoïdes , cinq périodes dans lesquelles je comprendrai cependant tout ce qu'a dit Hildenbrand, savoir : 1° prodromes, invasion, début ( 1", 2 e et 3 e périodes d'Hildenbrand); 2° inflammatoire ; 3° nerveuse ou de faiblesse ; 4° de rémission ou d'augmentation (la période de la crise d'Hildenbrand devant nous occuper dans le chapitre suivant en parlant des terminaisons du typhus); 5° de convalescence.
I re période. (Prodromes, préludes, symptômes avant-coureurs, invasion, début, trois premières périodes d'Hildenbrand, 1 er et 2 e de degré Pringle, périodes d'incubation du miasme et d'intoxication de M. Roche). Lassitude spontanée, douleurs dans les lombes, changement d'humeur, tremblement des mains (Pringle), vertiges; commotion soudaine , électrique et douloureuse dans les membres, haleine fétide, sensation de constriction pénible à l'épi— gastre, odeur terreuse, de paille pourrie, ou de variole confluente, exhalée par les sujets affectés, alternative de chaud et de froid, faiblesse, perte d'appétit, pesanteur et douleur de tête, langue blanche, affaiblissement d'esprit, peau pâle et bleuâtre, chair de poule , angoisses , tristesse, abattement, découragement, pouls vite et faiblissant, constipation ou diarrhée. Dans le typhusirrégulier, l'intensité, la durée et le retour du frisson et de la chaleur sont variables.
II e période. Inflammatoire (catarrhale inflammatoire, exanthématique, d'irritation ou d'ébullition, commencement du 3 e de.oré de Pringle, action du miasme sur les centres nerveux et les voies digestives et réaction de M. Roche). Après le frisson survient une chaleur fébrile fatigante, pouls accéléré, plein, déprimé, abattement, stupeur, vertiges , état analogue à celuide l'ivresse, bourdonnemens d'oreille, station verticaleimpossible, yeux plus rouges, étatcatarrhaldelagorgeet des fosses nasales, lenteur des réponses, de la parole, desmouvemens delà langue, sommeil inquiet et agité, douleurs dans toutes les articulations, sens émoussés , langue laissée hors de la bouche par oubli , malade en décubitus dorsal et immobile, soif, désir des boissons froides et acidulés, nausées et
vomissemens sans altération de la langue, déglutition pénible, douleur et tension de l'hypochondre droit, urine rare rouge et brûlante, peau halitueuse , épistaxis vers le 4 e jour, exanthème de pustules rouges avec ou sans élévation sensible, analogue au pourpre, paraissant vers les 4 e , 5 e , le 7 e et quelquefois le 14 e jour (Pringle),et qui, d'après Hildenbrand, peut manquer, rester caché ou présenter des formes variables. Dans d'autres cas , l'éruption cutanée consiste en sudamina , en de petits épanchemens ou des pétéchies non caractéristiques du typhus. Quelquefois parotides, ou tumeurs inguinales, ou gangrènes, ou charbons. Dans le typhus irrégulier, les caractères inflammatoire, bilieux ou nerveux, peuvent prédominer chacun en particulier (Hildenbrand).
3 e Période (nerveuse ou de faiblesse, de prostration ou de délire, d'adynamie ou d'ataxie, dernière période de Pringle). Soubresauts des tendons ; perte ou affaiblissement du sentiment et des sens ; idée dominante et fixe; réponses rarement justes ; indifférence du malade pour tout ce qui l'environne ; stupeur comme dans un état d'ivresse avancée; position immobile sur le dos; rougeur de la sclérotique ; quelquefois forme délirante (délire gai et bruyant) ou stupeur et coma ; carphologie ; perte de la mémoire à une époque variable ; typhomanie ou rêves sans sommeil ; narines obstruées ; dents encroûtées ; langue sèche ; noire et racornie ; déglutition plus difficile ; hoquet ; diarrhée fétide et cadavéreuse ; météorisme ; douleur abdominale à la pression due à l'inflammation des intestins (Hildenbrand); rétention d'urine; urine claire et abondante , rarement trouble et sédimenteuse ; chaleur de la peau plus acre et plus sèche , ardente et mordicante (comme l'avait remarqué Galien dans les fièvres putrides) ; ou bien sueur douce, générale, d'odeur fétide et insupportable; disparition de l'exanthème ; persistance des pétéchies ; séparation, dessèchement, chute de l'épiderme; pouls variable, modérément vite, peu contractile, jamais petit ni extrêmement faible, donnant au doigt la sensation d'une agitation particulière et irrégulière, semblable au mouvement de l'eau qui bout. — Des inflammations nerveuses
ou septiques des organes des trois cavités splanchniques, des anomalies de l'exanthème, des complications diverses, caractérisent , d'après Hildenbrand , le typhus irrégulier dans cette période.
4 e Période ( de rémission ou d'augmentation ). Si la maladie marche vers une terminaison heureuse, 1 edélire disparaît, le malade semble sortir d'un songe ; retour à des sentimens affectueux, pour les personnes environnantes, le sommeil et l'appétit reviennent ; il reste de la faiblesse d'intelligence , des bourdonnemens d'oreille ou de la surdité , faiblesse de la mémoire ; ces symptômes sont précédés de ceux de la crise dont nous p arleronsdans le chapitre suivant (terminaisons du typhus). — Si, au contraire, les symptômes s'aggravent et annoncent une mort prochaine, il y a aspect livide de la peau, plaies gangreneuses au sacrum et aux trochanters, tendance à la désorganisation des tissus , sueurs visqueuses et fétides, urine ammoniacale , crachats fétides et grisâtres, pouls filiforme, refroidissement progressif des membres, hoquet , incontinence d'urine, selles involontaires et cadavéreuses, marmottement entre les dents, embarras delà respiration, déglutition comme dans un tube inerte , mort.
5 e Période (convalescence). Peau flasque et flétrie ; dessèchement de l'épiderme qui tombe par écailles , chute des cheveux , renouvellement des ongles ; retour des sensations, de l'appétence, des désirs, surtout de l'appétit vénérien ; surdité ; éclat ou luisant tout particulier des yeux d'après M. Rochoux ; vue pervertie, affaiblie ou complètement perdue ( il y a eu quelquefois amaurose dans l'épidémie de Toulon, en 1832). On a cité le fait d'unmembre de l'Académie royale de médecine qui, atteint de typhus en 1791, ne peut découvrir l'horizon entier, qui voit seulement un cercle et ne distingue que ce qui est compris dans cette surface ; perte de la mémoire ; on a vu des malades ne pas reconnaître leurs pareils ni leurs amis. La convalescence est quelquefois contrariée par des accidens', mais les rechutes arrivent plutôt dans la période de rémission (Hildenbrand).
Article. II. Exposition des symptômes du typhus dans leurs rapports avec les
diverses fonctions.
5 I". Symptômes fournis par les fondions digesiwes. Soif plus ou moins ardente ; désir des boissons froides et acidulées; appétit nul; langue d'abord blancbe puis sèche, dure, racornie, couverte d'enduits que nous signalerons dans le chapitre de l'anatomie pathologique ; membrane muqueuse du pharynx rouge, engorgée ; déglutition plus difficile , se faisant quelquefois comme dans un tube inerte lorsque la maladie doit se terminer d'une manière funeste ; souvent nausées et vomissemens opiniâtres; sentiment de constriction dans la région épigastrique; hypochondres tendus et sensibles à la pression ; fétidité de l'haleine s'il y a tendance à une terminaison funeste ; l'abdomen se météorise ; constipation ou diarrhée au début et dans une période plus avancée, selles fétides, involontaires, cadavéreuses, jaunes, verdâtres , noirâtres , quelquefois sanguinolentes et dysentériques ; la diarrhée est quelquefois un symptôme favorable dans la période de rémission , c'est-à-dire , lorsque tous les symptômes se dissipent graduellement et s'accompagnent de quelques unes de ces évacuations qu'on a appelées critiques. La douleur et la tension dans la région des hypochondres dont il a été parlé plus haut, ont plus particulièrement lieu dans l'hypochondre droit. Langue tremblante, souvent oubliée hors de la bouche ; douleur abdominale à la pression due à l'inflammation ( Hildenbrand ) dans la troisième période ou nerveuse. Retour de l'appétit dans les périodes de rémission et de la convalescence.
5 IL Lésions de la respiration. Quelquefois douleur au larynx ou dans les côtés de la poitrine ; oppression ; toux fatigante ; crachats fétides et grisâtres, parfois mêlés de sang; respiration plus élevée et plus fréquente , embarrassée ; hoquet ; gémissemens ; soupirs involontaires ; état catarrhal de la gorge et des fosses nasales. Quelquefois inflammations nerveuses ou septiques
des organes de la cavité thoracique (Hildenbrand). La pleurésie et la pneumonie ont été souvent observées, comme complications, dans l'épidémie de Toulon en 1832.
g III. Lésions de circulation. Pouls variable, accéléré, déprimé, plein , dans la première période ou la période inflammatoire; il est fréquent, petit, irrégulier, filiforme, dans la dernière période ; on a comparé la sensation qu'il produit au toucher au mouvement de l'eau qui bout; il offre 100, 120, 130 pulsations et même plus par minute. — Quant à l'état du sang , il en sera parlé dans le chap. 4 e (altérations des liquides).
§ IV. Nutrition, calorijication , sécrétions. Frisson , tremblemens entremêlés de bouffées de chaleur, au début de la maladie ; chaleur de la peau sèche, acre et brûlante , ou douce et halitueuse à la fin ; il survient quelquefois un ictère, plus tard une desquamation de l'épidémie ; très-rarement gonflement inflammatoire des ganglions lymphatiques ; dans certains cas, taches gangreneuses et charbons (Hildenbrand); M. Desgenettes , dans l'épidémie de ïorgau , a vu survenir une fois un anthrax ; hémorrhagies des membranes muqueuses et particulièrement des épistaxis ; rougeur et injection des membranes muqueuses là où elles sont apparentes comme aux yeux , dans les fosses nasales et dans la bouche ; odeur terreuse, de paille pourrie ou de variole confluen te exhalée par les maladies, rétention d'urine ou excrétion involontaire de ce liquide et des fèces ; refroidissement des membres. Tendance à la désorganisation des tissus. Chute des cheveux.
§ V. Fonctions de relation. Céphalalgie ; étonnement , stupeur ou visage qui offre l'apparence d' un état d'ivresse ; suintement, bourdonnement d'oreilles ; pesanteur de tête , vertiges ; délire obscur et taciturne ; assoupissement ; indifférence , réponses lentes ; quelquefois délire frénétique ; sommeil inquiet , rêvasseries, malaise général, lassitude et brisement dans les membres et les
lombes; alternative d'exaltation et d'affaiblissement de l'action des cinq sens ; tremblement des mains ; commotion soudaine et douloureuse dans les membres ; soubresauts des tendons ; typhomanie, carphologie-, abattement, tristesse, découragement, prostration des forces , décubitus en supination , parole lente et faible ; les malades ont de la peine à montrer la langue qu'ils oublient de rentrer dans la bouche, etc.
Chapitre III. Marche, durée, pronostic, complications, crises et terminaisons du typhus.
% I er . Marche et durée du typhus. Dans l'état actuel de la science, les faits manquent pour décider la question de savoir si la durée du typhus varie suivant qu'il revêt, dans la période nerveuse, la forme adynamigue, la forme ataxique, ou la forme ataxo-adynamique en même temps.
La durée du typhus varierait, d'après Pringle, de un à deux, à trois et même à quatre septénaires.
Hildenbrand admet une durée fixe de 14 jours lorsque la maladie se termine favorablement ; mais il a observé des anomalies dans les périodes de la crise , de la rémission, et dans la période nerveuse qui peut, au lieu de durer 14 jours , se prolonger jusqu'aux 17%2l e ,28%et même 34 e jour. Le relevé de la durée des différentes périodes, admises par ce dernier auteur , donne pour maximum de durée, 50 j., et pour durée moyenne, 20 à 25 j.
Nous manquons de renseignemens positifs sur la gravité relative du pronostic du typhus dans les divers âges ; il paraîtrait cependant qu'il fait plus de ravages dans l'âge moyen.
On a dit que le fer et le feu font moins de victimes que le typhus (Poissonnier-Desperrières ) : on sait que l'épidémie décrite par cet auteur fit périr en cinq mois 10,000 personnes dans les hôpitaux de Brest; que Desgenettes a vu périr à Torgau , après la déplorable retraite de Moscou, 13,448 individus sur une population de 25,000 âmes, depuis le 20 octobre 1813 jusqu'aux derniers jours de janvier 1814. Disons toutefois que le pronostic
du typhus n'est plus aussi grave, absolument parlant, aujourd'hui que l'hygiène a jetë tant de lumières sur les moyens propres à prévenir sinon sa transmission, du moins son développement primitif. Quelquefois tous les symptômes du typhus sont trèslégers (Hildenbrand).
Des faits nombreux et bien observés seraient nécessaires pour savoir si la gravité du pronostic varie suivant les sexes et les différentes formes symptomatiques de la période nerveuse : tout ce qu'on sait, c'est que le sexe masculin et un délire continuel et violent ont été placés par Hildenbrand au nombre des signes défavorables.
Le typhus offre plus de gravité dans la période nerveuse "que dans toutes les autres.
Le typhus serait plus grave dans les pays et les temps chauds : l'humidité prolongée ajoute aux symptômes du typhus quelques uns des phénomènes de la peste (Desgenettes) .
Signes favorables d'après Hildenbrand : vomissement spontané au début, épistaxis vers le 5 e ou le 7 e jour, péripneumonie faible, diarrhée spontanée et légère vers le début, surdité à la fin et non dès le commencement , soif modérée et supportable , langue humide de sèche qu'elle était.
Signes fâcheux suivant le même auteur : décomposition des traits de la face au début, délire continuel et violent, apparition précoce de pétéchies , parotide double , cécité , hoquet , paralysie de la langue, mussitation continuelle, inflammation abdominale, inefficacité des vésicatoires, tristesse, nostalgie chez des sujets à tempérament nerveux, sexe masculin.
Signes défavorables d'après Pringle : soubresaut des tendons, yeux enflammés et égarés , parole brève , voix altérée , faiblesse incessante du pouls, froid des extrémités, tremblement de la langue, efforts pour sortir du Ut , selles ichoreuses et cadavéreuses , parotides dès le début.
§ III. Complications du typhus. Le typhus peut se compliquer avec les maladies suivantes : encéphalite ; péritonite î flux
de ventre ; dysenterie ; éruption d'aphthes dans l'intérieur de la bouche (Rouppe); symptômes cérébraux ; surdité; putridité (Charbons) ; d'après Hildenbrand dans la période nerveuse : vers (Strongles) , accidens nerveux '(trismus , hydrophobie , catalepsie observée par M. Gasc sur un jeune homme); pleurésie et pneumonie qui ont été souvent constatées dans la dernière épidémie de Toulon en 1832; entérite; parotide; diarrhée; hoquet; plaies et gangrènes ; hémorrhagies ; météorisme ; rétention d'urine j apoplexie, etc.
§ 1Y. Crises et terminaisons du typhus. A. La guérison n'est pas toujours franche; elle peut être retardée par quelqu'une des complications mentionnées, il n'y a qu'un instant , telles que les eschares; c'est alors qu'on observe les accidens dont nous avons parlé à l'occasion de la convalescence (chap. 2, symptômes), c'est-à-dire la surdité prolongée; l'affaiblissement , la perversion, quelquefois même la perte complète de la vue ainsi que cela a été constaté dans l'épidémie de 1832 à Toulon, la perte de la mémoire , etc. Cette terminaison favorable est précédée ou accompagnée de phénomènes remarquables regardés comme critiques par les auteurs et dont l'apparition signale la période dite de la crise par Hildenbrand, savoir : une diaphorèse d'une odeur particulière (Hildenbrand), humidité au nez ou épistaxis, diurèse, urine trouble , colorée , avec dépôt , blanchâtre ou nuage muqueux, diarrhée copieuse, parotides qui ont été signalées connue crise favorable dans l'épidémie de Toulon en 1832.
B. La mort qui peut survenir dans des circonstances et pour des causes variables : 1° promptement et primitivement dans la période d'intoxication, sous l'influence du miasme producteur sur le système nerveux et le sang ; 2° d'après Hildenbrand par faiblesse par suite d'hémorrhagies, de diète ou de jeûne prolongé, de fièvre hectique ou d'épuisement de la force vitale, de malignité inflammatoire et gangreneuse des intestins , d'apoplexie humorale ou d'apoplexie nerveuse.
3° Par d'autres maladies : métastases internes , affection locale ou suppuration interne des viscères des trois cavités splanchniques, métastases externes, affections cutanées, abcès, gangrènes locales extérieures, eschares et ulcérations, gangrène sèche aux pieds ou aux mains. D'après M. Horn , professeur de clinique à l'hôpital de la Charité de Berlin , la mort survient par paralysie ou bien par apoplexie.