‹ Des fièvres typhoides et du typhus, histoire et description de ces affections; analogies et différences qui existent entre ellesChapitre 12 sur 32 · Chapitre IV. Anatomie pathologique du typhus · texte numérisé non relu

Chapitre IV. Anatomie pathologique du typhus

Pour le typhus , comme dans les fièvres typhoïdes , nous étudierons les altérations des organes et celles des liquides ; mais , dès en commençant , nous nous trouvons dans le cas de faire remarquer que , dans l'état actuel de la science , des recherches nouvelles et plus complètes sont nécessaires , bien que quelques occasions récentes aient mis à même plusieurs observateurs de faire un assez grand nombre d'ouvertures de cadavres.

SECTION I". Altérations des organes dans le typhus. Article I". Lésions du canal intestinal.

On a dit avoir constaté l'injection, le boursoufflement et l'inflammation de la muqueuse intestinale , la suppuration ou la gangrène des intestins dans la fièvre pe stilentielle observée à Rochefort en 1694 (Chirac), la couleur grise des viscères abdominaux (Rouppe), des taches et le sphacèle des intestins ( Poissonnier-Desperrières), la mortification des intestins (Pringle).

Des gaz dans la cavité abdominale , l'inflammation , la gangrène et la putridité des intestins , sont , d'après Hildenbrand , des phénomènes communs lorsque la mort a été occasionée par la faiblesse.

M. Larrey, dans l'épidémie qui eut lieu de 1812 à 1813, après la retraite de Moscou , a trouvé les intestins rétrécis , ce qui semble devoir être attribué à la famine qui régnait alors.

Dans un cas observé en 1814 , à Paris , Pinel dit qu'on trouva une forte affection des membranes muqueuses intestinales.

D'après M. Horn, les viscères abdominaux seraient plus flasques et plus mous que chez des sujets morts de fièvre nerveuse compliquée de fièvre putride.

Dans le typhus exanthématique qui a régné en 1829 et 1830 dans le duché de Posen , le docteur Herzog dit avoir constaté (1) des traces d'inflammation dans les trois cavités splanchniques lorsqu'il y avait eu des complications , des plaques livides avec arborisations foncées dans le canal intestinal dans les cas de complications putrides.

§ 1 er . Lèvres , dénis, langue, bouche. La langue est d'abord blanche, puis sèche, dure et racornie , brunâtre, rôtie ou brûlée; les dents sont encroûtées de matières noirâtres , ainsi que cela a surtout été remarqué par Pringle.

Je ne trouve rien de particulier à dire sur l'état des lèvres et de la bouche.

S II. Pharynx, œsophage , eslornac, duodénum. Pinel dit avoir observé dans un seul cas , en 1814 , un état de congestion dans les membranes muqueuses de l' arrière-bouche. M. Fleury, dans l'histoire médicale de la maladie qui a régné parmi les condamnés du bagne de Toulon en 1829 et 1830 (1) , rapporte de même qu'il a trouvé l' arrière-bouche rouge et couverte d'un enduit épais et gluant.

Ce dernier observateur a encore trouvé la muqueuse de l'estomac le plus ordinairement blanche , saine, ridée ; le ventricule resserré sur lui-même de façon à présenter le volume d'un intestin ; sa muqueuse rosée et recouverte d'un enduit grisâtre qu'on

(1) Gazette médicale de Paris , n» 42 , p. 2S9 , année 1833.

(2) Mém. de l'Acad. roj. de mèd. Paris, 1833, tom. III , p. 501 et suiv.

en détachait facilement , lorsque ce viscère avait été affecté sympathiquement.

Je ne trouve rien de particulier à noter pour l'œsophage et le duodénum.

§ III. Intestin grêle. Pringle dit avoir vu dans un cas les intestins grêles fort enflammés (1). Le gonflement des plaques de Peyer aurait été observé dans le typhus par M. Réveillé-Parisse (2). D'après ce que rapporte le docteur Forget (3), M. Cruveilhier aurait de même constaté l'altération des glandes ou follicules de Peyer dans le typhus de 1814.11 paraît, au contraire, que, dans la dernière épidémie de typhus à Toulon, les lésions intestinales étaient légères et variables (Keraudren); on a très-rarement trouvé à la fin de l'iléon des ulcérations de peu d'étendue et disséminées , mais jamais l'exanthème de la dothinentérie , ou, en d'autres termes, la lésion des plaques de Peyer ou de Brunner (Fleury et Pellicot médecins de la marine à Toulon). Les taches, le sphacèle, la mortification , l'inflammation gangreneuse et la putridi té des intestins , dont parlent Poissonnier-Desperrières , Pringle et Hildenbrand , la couleur grise des viscères abdominaux ( Rouppe ) , la suppuration et la gangrène des intestins observés à Rochefort en 1694 par Chirac , l'affection forte des membranes muqueuses intestinales observée une fois en 1814 (Pinel) , les plaques livides avec arborisations foncées du canal intestinal et observées dans le typhus qui a régné en 1829 et 1830 dans le duché de Posen (4) , telles sont des altérations que nous mentionnons encore , moins parce qu'elles constituent à nos yeux des recherches exactes et satisfaisantes que parce qu'elles prouvent tout ce qu'il reste à faire pour cette partie importante de l'anatomie pathologique du typhus.

(1) Loc.cit., tom. II , p. 107.

(2) Bull, de thèrap., tom. VI, 2° livr.

(3) Médecine navale. Paris, 1832, t. H, p. 168 et suiv.

(4) Gazette médicale de Paris, 1833, n° 42, p. 289.

S 4. Gros intest in. La corruption des gros intestins observée par Pringle dans un cas, leur distension par des gaz (Fleury) : à cela se réduisent les altérations notées par les auteurs pour cette dernière portion du conduit digestif.

Article II. Lésions des organes de la respiration.

s Poissonnier-Desperrières a constaté diverses altérations et, dan

quelques cas, l'engorgement et la suppuration gangreneuse des poumons. Hildenbrand parle aussi de la suppuration du poumon. M. Fleury a quelquefois rencontré une congestion sanguine séreuse , qui pouvait , dit-il , être regardée comme un commencement d'hépatisation grise. Quelquefois, enfin, suivant d'autres auteurs, il existait une pneumonie bien caractérisée.

M. Larrey, dans l'épidémie de 1812à 1813a trouvé la muqueuse du larynx et des bronches d'un brun noirâtre dans quelques points. Dans les cas où il y avait complication de bronchite , observés à Toulon par M. Fleury, la muqueuse bronchique était rouge et couverte d'un enduit épais et gluant.

Au dire des auteurs, on aurait quelquefois constaté des taches rouges ou livides sur les plèvres.

Article III. Lésions des organes de la circulation.

Nous n'avons que des connaissances imparfaites sur cette partie importante de l'anatomie pathologique du typhus. On a constaté dans le cœur une couleur rouge (Rouppe), une flaccidité remarquable, la distension de ses cavités droites par du sang noir en partie coagulé (Fleury).

Les auteurs ne nous ont rien laissé sur l'état des artères et des veines.

Article IV. Lésions des organes d'innervation.

Poissonnier-Desperrières dit avoir vu 2 fois sur 20 cas les vaisseaux du cerveau engorgés. Chirac, dans la fièvre épide'mique observée à Rochefort en 1694, annonce avoir trouvé le cerveau enflammé. Pringle mentionne, dans quelques cas seulement (1), tantôt l'inflammation de la substance du cerveau sans pus, tantôt la présence de pus, soit dans les ventricules et à la surface du cervelet, soit dans le cerveau ou dans le cervelet.

Voici, d'après Hildenbrand, en quoi les altérations du système nerveux ont consisté : quelquefois rien , ou mollesse du cerveau assez difficile à bien déterminer lorsque la mort avait eu lieu par apoplexie nerveuse ou avait été précédée d'un état nerveux d'érétbisme ou d'affaissement ; engorgement des vaisseaux du cerveau et de ses enveloppes, si la mort avait été prompte et précédée d'abolition des facultés musculaires et intellectuelles ; véritable inflammation du cerveau ou des membranes , ou bien simple congestion, non inflammatoire, active ou passive ; engorgement peu considérable du cerveau sans épancbement dans le cas de métastases sur le cerveau ; quelquefois des abcès dans le cerveau et sur les méninges lorsque la maladie avait été longue et dans le cas de passage des inflammations locales à des suppurations internes ; otorrhée dans quelques cas.

M. Larrey, dans l'épidémie del812àl813, a trouvé une couche blanchâtre albumineuse sur la surface du cerveau, sans qu'il y eût un seul point de suppuration de la substancecérébrale, qui était, au contraire, plus dense que dans l'état ordinaire, affaissée, et dont les vaisseaux étaient remplis d'un sang noirâtre; du sang coagulé remplissait également les sinus de la dure-mère. M. Breschetademême constaté des traces évidentes d'inflammation dans les veines encéphaliques et dans les sinus veineux du crâne,

(I) Ouvr. cité, tom. II, p. 107.

D'après M. Horn, il y aurait inflammation, épanchement et suppuration dans le cerveau , dans les cas où la mort a lieu par apoplexie. M. Fleury a trouve' les enveloppes du cerveau injectées et le plus souvent en même temps une infiltration séreuse sousarachnoïdienne , les plexus choroïdes rouges et injectés , la substance cérébrale pointillée de rouge dans sa substance médullaire, le système veineux de l'encéphale plein d'un sang noir et non coagulé (1).

Les auteurs ne disent rien de l'état de la moelle et des nerfs. Reil a trouvé, chez un sujet qui avait éprouvé de vives douleurs le long du trajet des nerfs à la suite du typhus, ceux-ci très-colorés par le sang jusque dans leur substance médullaire.

Article V. Lésions des organes de la locomotion.

M. Fleury, dans les ouvertures qu'il a faites à Toulon, a toujours trouvé le tissu musculaire dense et rouge ou d'un brun foncé, ce qui ne semble pas s'écarter sensiblement de l'état normal.

Article VI. Lésions des organes d'absorption et de sécrétion.

5 !• Ga/?glions mèsentèriques. Ils ont été trouvés quelquefois engorgés par M. Fleury; mais on ignore le rapport entre cet engorgement et les diverses périodes de la maladie.

g II. Rate. Elle a présenté , à M. Fleury , les mêmes altérations que le foie, c'est-à-dire qu'il l'a trouvée volumineuse, contenant beaucoup de sang noir à peine coagulé et peut-être moins consistante que dans l'état normal.

§ III. Foie. On y a constaté de l'inflammation et de l'engorgement sanguin (Chirac), des altérations diverses ( Poissonnier- Desperrières) , de la suppuration ( Hildenbrand ). M. Fleury

(1) Mém. de l'Acad. roy. de méd., tOffl. III.

l'a trouvé volumineux, peut-être moins consistant que dans l'état normal et contenant beaucoup de sang noir à peine coagulé.

§ IV. Organes génitaux et urinaires. Nous n'avons aucune donnée sur l'état des voies urinaires et des organes de la génération.

Article VII. Lésions offertes par la peau et l'état extérieur du corps.

Les abcès cutanés sont rangés par Hildenbrand au nombre des affections locales par lesquelles le typbus peut se terminer. On observe aussi souvent des parotides, soit au début où elles sont graves, soit à la fin comme crise.

Des différentes éruptions qu'on observe à la peau, les unes sont communes au typbus et à d'autres maladies , par exemple , les eccbymoses et les pétécbies (Pringle, Hildenbrand!, les sudamina. L'éruption propre au typbus , qu'on a appelée aussi exanthème morbilliforme (Drogart, Biett, Rochoux), paraissant le 4 e , le 5 e , le 7 e jour et quelquefois le 14 e jour d'après Pringle, qui la regarde comme constante, consiste en de petites taches rouges, avec ou sans élévation sensible au dessus du niveau de la peau, et peut, d'après Hildenbrand , manquer, rester inaperçue, ou présenter des formes variables.

D'après Hildenbrand, il y a quelquefois gangrène sèche aux pieds ou aux mains; on observe des taches gangreneuses ou de véritables gangrènes locales à la place des vésicatoires, par suite du décubitus prolongé et surtout dans les parties qui ont été comprimées pendant long-temps avant la mort : aussi y a-t-il fréquemment plaies gangreneuses au sacrum. Quelquefois la gangrène partielle a lieu aunez (Callisen, Storck, Hildenbrand), de véritables charbons existent à la peau (Hildenbrand); M. Desgenettes a observé dans un cas un véritable anthrax.

Il y a ramollissement des parties molles , tendance à la désorganisation des tissus, relâchement général de toutes les fibres ani-

maies (Hildenbrand). Les vergetures, les taches rouges ou brunâtres de la peau , ont été moins fréquemment observées à Toulon en 1832 que dans l'épidémie de 1829.

SECTION II. Altérations des liquides dans le tjphus. Article I". Altérations du sang dans le typhus.

Chirac, dans l'épidémie de Rochefort observée en 1694, a trouvé le sang alléré et plus ou moins caillé, en grumeaux , dans les ventricules du cœur, la veine-cave, la veine-porte , ainsi que dans ses divisions.

Pringle a vu le coagulum dissous dans un état avancé de la maladie : quelques auteurs ont cependant trouvé le sang couenneux dans la période inflammatoire (Lind, Milman).

Rouppe (de morbis in portubus) s'étend longuement sur les al térations du sang ; mais ce qu'il en dit est plutôt basé sur l'induction et le raisonnement que sur l'inspection cadavérique : il a trouvé le sang noir et dissous dans les ventricules du cœur.

Poissonnier-Desperrières relate exactement le même état du sang que Rouppe.

Dans le typhus de Brest en 1757, le sang a été trouvé grumeld, noir, dissous et dénaturé dans le foie.

Dans le typhus avec inflammation on a vu le caillot difïluent, le sérum trouble, vert ou jaune, semblable à de lasanie(Stoker).

On a dit encore que ce sang avait une odeur mauvaise, était sanieux et pouvait laisser déposer une poudre noire comme de la suie.

Hildenbrand rapporte que le sang veineux était plus fluide ou plus aqueux , sans consistance et comme décomposé, surtout dans les intestins.

M. Horn dit aussi avoir trouvé le sang comme dissous.

Enfin , M. Fleury a rencontré ce qu'avaient observé la plupart des auteurs déjà cités et en particulier Rouppe et Poisson-

nier-Desperrières , le sang noir et en partie coagulé dans les cavités droites du cœur.

On ne trouve dans les auteurs absolument rien sur les altérations des principes immédiats ou constituans du sang dans le typhus.

Article II. Altérations de la bile.

Les auteurs ne nous ont rien laissé sur ce point de l'anatomie pathologique du typhus, bien que quelques auteurs anciens aient fait jouer un rôle important aux altérations de quantité de ce liquide dans la production des symptômes du typhus.

Article III. Altérations de l'urine.

Elle a été trouvée claire et abondante , rarement troublée et sédimenteuse, dans la période nerveuse ; abondante, trouble, colorée, avec dépôt blanchâtre ou nuage muqueux , dans la période de la crise; fétide et ammoniacale dans le cas de terminaison funeste.

Article IV. Altérations des matières intestinales.

Diarrhée abondante dans la période de la crise ; selles fétides, cadavéreuses et involontaires dans les cas où la mort est imminente. Poissonnier-Desperrières a trouvé, dans le canal intestinal , tantôt des vers , tantôt des excrémensj délayés d'une puanteur insupportable.

Article V. Altérations du mucus.

Les crachats sont fétides et grisâtres dans le cas de terminaison funeste.

Article VI. Altérations de la transpiration cutanée.

Diaphorèse d'une odeur particulière dans la période de la crise (Hildenbrand). Sueur d'odeur fétide et insupportable dans la dernière période (Priogle). Sueur visqueuse , collante et froide lorsque ia mort est imminente.

Article VII. Altérations de la sérosité céphalo-spinale.

Chirac, dans l'épidémie de Rochefort, en 1694, a trouvé la sérosité sanieusc entre les membranes du cerveau. Pringle a constaté, dans un cas, l'existence d'une matière purulente dans les ventricules du cerveau et à la surface du cervelet. [M. Horn a vu un épanchement séreux (hydrocéphale) dans les cas où la mort avait été causée par apoplexie. M. Fleury a rencontré fréquemment de la sérosité dans les ventricules du cerveau, dans les fosses occipitales et dans le canal rachidien.

RÉSUMÉ

Tous les organes solides , tous les liquides ont également subi des altérations. Dans l'état actuel de la science, et jusqu'à ce que de nouvelles recherches viennent confirmer ou infirmer l'analogie qui semble exister entre la lésion des follicules intestinaux dans le typhus et dans la fièvre typhoïde, on peut admettre que, dans le typhus, ces altérations portent plus particulièremen sur le sang et \ encéphale*

Page 1