Chapitre VI. Traitement du typhus
Les moyens de traitement du typhus ont varié avec les opinions prédominantes sur la cause prochaine ou la nature de la maladie ; mais ils sont pour la plupart le résultat de l'empirisme : et si l'on a prodigué les évacuans, les toniques , les irritans , les antiseptiques (anciens humoristes) , les alexipharmaques contre lesquels s'est tant élevé Sydenham et que l'on administrait autrefois dans le but de chasser ou de détruire la matière de la maladie^ si l'on a vanté comme spécifique l'action du mercure donné soit intérieurement , soit à l'extérieur, ne voit-on pas Hildenbrand se borner à une méthode indirecte, aider et favoriser la nature et l'action des crises, après avoir été atteint lui-même et guéri par le moyen d'une saignée, d'un vomitif, de limonade et de crème d'orge?
Les moyens de traitement du typhus agissent soit en prévenant son développement primitif, soit en empêchant la propagation de la maladie une fois développée, soit, enfin, en remédiant aux effets et aux accidens qu'elle détermine dans l'organisme, c'est-à-
dire que ces moyens thérapeutiques sont préservatifs ou curatifs, double distinction à laquelle on peut rapporter tous les moyens de traitement du typhus que nous étudierons cependant en suivant la même division que celle par nous adoptée pour le traitement des fièvres typhoïdes, afin de mieux faire ressortir les analogies ou les différences que pourront nous présenter ces maladies sous le point de vue thérapeutique.
SECTION I re . -Des divers moyens de traitement du typhus.
Article I. Traitement curatif général.
§ I er . Méthode des èvacuans (vomitifs, purgatifs). Les auteurs anciens, en ayant recours aux moyens èvacuans, fondaient leur opportunité sur ce qu'ils agissaient alors en expulsant du corps l'agent, la matière ou la cause première , de la maladie. Le docteur Herzog, dans le typhus exanthématique observé en 1829 et 1830 dans le duché de Posen(l),dit également s'être bien trouvé des vomitifs et des légers purgatifs dans les cas de complication gastrique. Le typhus n'étant pour beaucoup d'auteurs anciens, ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre précédent, qu'une fièvre bilioso-muqueuse grave, causée par une surabondance de bile renfermée dans la vésicule ou répandue dans le canal intestinal, d'où elle passait en partie dans le système circulatoire et donnait lieu de la sorte aux accidens typhoïdes , l'on conçoit toute la confiance qu'ils accordaient aux èvacuans.
Hildenbrand, en donnant un vomitif dès le début de la maladie, a imité Cullen, qui recourait au même moyen pour enrayer les fièvres nerveuses commençantes. On a dit que le vomitif était alors efficace parce qu'il expulsait le principe contagieux ou le poison. D'autres auteurs, croyant remarquer que la tendance à l'élimination se faisait plutôt par la peau, ont rejeté le vomitif;
(1) Gazette médicale de Paris, 1833, n* 42, p. 2S9;
mais cette raison n'e'tait sans doute pas péremptoire ; car les émétiques portent aussi à la peau ; aussi Hildenbrand donnait-il, dans la période catarrhale inflammatoire un vomitif, l'ipécacuanha à haute dose avec addition d'un grain d'émétique , qui produisait une secousse favorable sur le foie , la muqueuse digestive et la peau. Comme Pringle et Stoll, Hildenbrand recourait au vomitif le premier, le deuxième ou le troisième jour après que le frisson s'était déclaré.
Stoll, Thom, Fitze, regardaient comme nuisibles les purgatifs à l'égard desquels Poissonnier-Desperrières a porté un jugement également sévère ; Hildenbrand blâme aussi leur emploi dans la période nerveuse, et, tout en conseillant l'usage des sels doux de Glauber ou de duobus, du tamarin, pour favoriser l'éruption de l'exanthème, il admet que l'efficacité des purgatifs a été exagérée par Hamilton et autres, et s'élève en particulier contre le calomel préconisé par les Anglais, Brandis, Hecker et Santer.
S II. Moyens dits antiphlogistiques. Pringle , Bosquillon , Marcus, ont conseillé l'usage de la saignée dans le typhus, moyen contre lequel Brown s'est , au contraire , élevé. Rouppe et Poissonnier-Desperrières voulaient que l'on recourût à la saignée et même qu'on la réitérât lorsque le sujet affecté était robuste. On a pensé que la saignée a le double avantage de soustraire le miasme du sang et de remédier à l'inflammation des organes. Pringle voulait que la saignée fût modérée dans la 2 e période (inflammatoire) de la maladie. Hildenbrand a donné le précepte de recourir à la saignée dans la période inflammatoire avant de donner le vomitif et à un traitement antiphlogistique énergique lorsque le typhus est irrégulier et que le caractère inflammatoire prédomine. M. Andral pense qu'on peut employer les antiphlogistiques modérés au début (1). M. Herzog , dit aussi avoir employé avec avantage les antiphlogistiques lorsque la
(1) Dict. de méd. en 21 volumes, art. Typhu*.
maladie revêtait la forme inflammatoire (1). La saignée ayant été conseillée dans la peste par Mercatus , Massa , Forestus , et dans la dernière période des fièvres typhoïdes par Botal , Sydenham , Huxham, convient-il également de l'employer dans la 2 e période du typhus? c'est ce que nous examinerons dans la section suivante en établissant le traitement du typhus eu égard à ses différentes périodes.
Les inflammations locales prédominantes réclament l'application des sangsues : c'est ainsi que Pringle recommande leur application derrière les oreilles contre le mal de tête dans la période inflammatoire.
On a conseillé dès le début ou dans la première période le petitlait (Pringle), les tisannes acidulées et rafraîchissantes, mucilagi-» neuses ; Hildenbrand propose, pour favoriser la sortie de l'exanthème dans la 2 e période, les boissons tièdes, la limonade légère, le thé léger aiguisé avec le jus de citron ou le vinaigre , le sirop de baies de sureau.
§ III. Traitement par les toniques. On a employé très-anciennement les toniques contre le typhus : les toniques amers , le quinquina administré par diverses voies pour ne pas enflammer les organes qui le reçoivent, l'arnica (Collin, Stoll, Althof ), la racine d'angélique, les fleurs de camomille , la serpentaire de Virginie, le vin, les acides minéraux, l'alcool, l'acétate d'ammoniaque. Le huaco en décoction paraît avoir fourni des résultats assez avantageux dans le typhus de Toulon en 1832.
Beaucoup d'auteurs mettent en doute la rationnalité des toniques administrés contre le typhus, entre autres M. Andral (2), ou du moins il ne les conseillent que dans les dernières périodes de la maladie : c'est ainsi que Pringle, qui recommande, il est vrai, l'infusion de camomille, le sel d'absinthe et l'esprit de Mindéré-
(1) Gaz. médicale, 1833, n° 42.
(2) Dict. de mèd. en 21 volumes , art. Typhus.
rus dans la période inflammatoire, prescrit la poudre de serpentaire de Virginie seule ou unie à celle de quinquina, quelque cordial volatil, le vin , dans la 3 e période et le quinquina dans la convalescence. Hildenbrand, qui regarde les toniques et les excitans comme nuisibles dans la période inflammatoire , à moins qu'il n'existe une malignité réelle, conseille le quinquina dans la période nerveuse et les autres excitans si le caractère prédominant du typhus est putride. M.Broussais admet que l'on peut donner à l'intérieur le vin et les stimulans s'ils procurent une diminution des symptômes , s'ils disposent à la diaphorèse , dans le premier moment de la convalescence, s'il n'y a point de phlogose des organes des trois cavités splanchniques, et lorsqu'il n'y a presque plus d'espoir de guérison. M. Bouillaud croit de même à l'efficacité des antiseptiques ou des toniques pour remédier à l'altération du sang.
§ IV- Antispasmodiques et caïmans. Pringle conseille dans la l re période la thériaque à la dose d'un demi-gros avec addition de 10 grains de sel de corne de cerf, et dans la 3 e période si la maladie revêt la forme délirante, le nitre, le camphre et la poudre de contrayerva.
Le camphre indiqué dans la période nerveuse suivant Céra et Callisen, doit, d'après Hildenbrand, être donné à la dose de 10 à 12 grains par jour (un grain toutes les heures) par l'estomac, en lavemens et en frictions.
On a encore proposé ou mis en usage la valériane , les éthers , le musc qui convient surtout lorsque le caractère nerveux prédomine (doct. Marcus, Hecquer); l'opium préconisé par Sydenham, Cullen, Brown, Campbell, Etmûller, Stork, et contre lequel se sont, au contraire , élevés Huxham , Bursérius , Stoll , Frank , Taries et Hildenbrand qui recommande seulement son usage dans le cas d'anomalie et lorsque le caractère nerveux est trop intense.
M. Ern. Horn dit s'être bien trouvé de l'éther sulfurique , du
camphre et du castoréum contre les symptômes cérébraux dus à l'hydrocéphale.
M. Herzog vante de même la valériane, l'éther, l'arnica, les préparations ammoniacales , les bains , lorsqu'il y a prédominance du caractère nerveux (1).
On a recommandé les lotions vinaigrées sur les pieds et les mains dans la première et la troisième période (Pringle); les lotions d'eau vinaigrée sur tout le corps ; les bains , les affusions et les lotions froides dans la première période ou période inflammatoire (Currie, J. Frank, Giannini, Brandrath de Lipervol, Brunninghausen , Fizes ) ; Hildenbrand conseille aussi , dans la période d'opportunité, le froid constant et soutenu, l'immersion et les bains d'eau froide , les frictions à la neige ; mais il préfère l'aspersion générale à l'immersion d'eau froide.
§ V. Répulsifs. On a conseillé, dès le début de la maladie, les vésicatoires pour expulser le principe contagieux ; on a encore regardé les cautères comme préservatifs.
Pringle regarde les vésicatoires comme peu favorables dans la période inflammatoire ; ce n'est que dans la troisième période qu'il recommande leur application ou celle de sinapismes aux jambes.
On a regardé comme avantageux de panser d'abord les vésicatoires avec un mélange de digestif et de suppuratif ordinaire , et plus tard avec l'emplâtre de diachylon composé ; on a conseillé aussi de les appliquer au gras de la jambe, à la nuque et sur toute la tête (Campbell).
Hildenbrand rejette l'application du vésicatoire sur la tête ; il croit seulement utiles ces moyens révulsifs , lorsque le caractère nerveux est trop intense , et recommande l'usage du raifort sauvage de préférence à celui des cantharides.
(1) Relation du typhus exanth. observé dans le duché de Posen. (Gaz. médic. y 1833 , n° 42.)
M. Roche dit avoir observe aux armées les bons effets des vésicatoires appliqués successivement dans diverses régions du corps.
Les larges vésicatoires appliqués aux cuisses , aux jambes à la nuque et à l'occiput , paraissent avoir été très-avantageux dans l'épidémie de Toulon, en 1832.
M. Andral n'approuve l'emploi des révulsifs cutanés qu'après la première période.
§ VI. Moyens dits spécifiques. Les substances réputées spécifiques dans le traitement du typhus, et qui agiraient en chassant au moyen des sueurs la matière de la maladie , en expulsant le principe contagieux , en suspendant la marche du typhus , ou bien, enfin , en neutralisant les miasmes typhiques, sont les suivantes : les alexipharmaques, les antiseptiques , les sudorifiques, le mercure administré, soit intérieurement (calomélas préconisé par les Anglais, Brandis, Hecker, Sauter ) , soit à l'extérieur (onguent mercurielen frictions), les acides végétaux ou minéraux, le quinquina , l'esprit de Mindérérus ou acétate d'ammoniaque que Pringle donnait dans la période inflammatoire , le chlorure mis en usage il y a plus de vingt ans dans les grandes épidémies de typhus, les chlorures conseilles par MM. Réveil lé-Parise (1) et Herzog (2).
S VII. Méthode dite expectante. Hildenbrand admet que la maladie a une durée fixe, et qu'il peut y avoir guérison spontanée ; aussi conseille-t-il une méthode indirecte qui consiste à aider et à favoriser la nature et l'action des crises par les sueurs , l'urine et les selles.
(1) Bulletin gcn. Je thérapeutique , tom. \I, 1834, 1" et 2' livraisons.
(2) Gaz. méd. de Paris , 1833, n. 42.
Article II. Traitement local ou des accidens et complications.
Lorsqu'il existe des inflammations locales , on doit , d'après Hildenbrand, recourir à la saignée, aux sangsues, en un mot, au traitement antiphlogistique modifié suivant que l'inflammation occupe les organes encéphaliques , thoraciques ou abdominaux.
L'inflammation nerveuse du cerveau requiert le vésicatoire sur la tête, le camphre, l'arnica ( Hildenbrand) ; suivant M. Broussais, il faut recourir, lorsque le cerveau est affecté et congestionné , à la saignée du pied , aux applications des sangsues à la tête et aux pieds , aux stimulans sur les membres , aux affusions d'eau froide sur la tête, les pieds étant dans l'eau chaude; et, s'il y a état apoplectique , au vésicatoire appliqué sur la tête et aux drastiques. M. Horn, recommande, contre les accidens cérébraux dus à l'hydrocéphale, les excitans volatils (tels que le camphre, le castoréum , l'éther sulfurique ) , les fomentations et les affusions froides sur la tête, les purgatifs.
Lorsque le caractère nerveux est trop intense, on doit recourir aux excitans les plus forts , musc , camphre , angélique , ammoniaque, éther, vésicatoire (Hildenbrand). Les spasmes et les convulsions réclament la valériane, la camomille, l'huile empyreumatique animale, l'assa-fcetida (Hildenbrand), et lorsque l'exacerbation est périodique, le quinquina (Hildenbrand) .
Dans le cas d'inflammation nerveuse du poumon, Hildenbrand donne le conseil de recourir aux saignées modérées exploratrices, mais d'abord ou en même temps au traitement tonique, aux vésicatoires sur la poitrine, à l'ammoniaque, au camphre, aux antimoniaux, à l'anis, au fenouil. Suivant M. Broussais, dans les cas où la poitrine est affectée, on ne doit pas recourir à la phlébotomie, mais bien aux saignées locales et aux stimulans appliqués sur les membres inférieurs.
Il convient, d'après Hildenbrand, de recourir aux évacuans contre l'embarras gastrique et contre 1 inflammation nerveuse des intestins, de mettre en usage les petites saignées, le vésicatoire
ou mieux les fomentations toniques sur le ventre , la camomille, le camphre, l'arnica préconisé par Collin et Stoll. On doit, suivant le même auteur , dans le cas d'inflammation nerveuse du foie et d'ictère, employer le calomel, suivant la méthode anglaise, et les frictions excitantes volatiles sur l'hypochondre droit.
La diarrhée , ou la dysenterie , doit être combattue parl'opium, les mucilagineux, le lichen d'Islande, le vin (Hildenbrand). Il faut donner l'alcali volatil dans le cas de météorisme et de hoquet contre lesquels il n'existe pas de spécifique (Hildenbrand). Les verset en particulier les strongles, réclament l'administration de la valériane et du camphre (le même).
Pringle recommande de prévenir la disparition trop brusque et de combattre la trop forte inflammation des parotides, qu'il conseille d'ouvrir de bonne heure. Hildenbrand donne le même précepte après avoir indiqué , dans le but de les prévenir ou de les résoudre dès le début, les applications d'eau froide, les minoratifs, et, si cela ne réussit pas, les topiques excitans.
La rétention d'urine doit être combattue par le camphre et les fomentations sur la région de la vessie avec une dissolution alcaline chaude (Hildenbrand).
Il faut beaucoup de soins et de propreté dans le pansement des plaies qui sont consécutives au décubitus prolongé sur une même partie du corps (Hildenbrand).
Pringle recommande de faire usage, le soir, d'un opiat composé de quinquina et d'élixir de vitriol contre la surdité qui persiste.
Il faut faire usage de la limonade minérale et des topiques acidulés contre les hémorrhagies. Les excitans volatils, le vin, conviennent lorsque, dans la convalescence , il y a une faiblesse considérable (Hildenbrand).
Article III. Traitement diététique , hygiénique et préservatif du typhus.
§ I er . Traitement diététique. Voici à cet égard ce que prescrit Hildenbrand : 1° dans la période inflammatoire : crèmes
d'orge avec jus de citron , du vinaigre , du vin , des crèmes de riz , des panades légères ; 2° dans la période nerveuse : consommés nourrissans , soupes de bière ou de vin avec jaunes d'oeufs , vin vieux et spiritueux donné par cuillerées dans la journée; 3° régime sévère dans la période de la crise ; 4° dans la période de la terminaison , alimens nourrissans et de facile digestion , vin; 5° dans la convalescence , consolider la guérison par le régime, augmenter successivement les alimens.
5 Iï. Traitement hygiénique. Les préceptes que donnent à ce sujet les auteurs sont fort nombreux ; on peut, en les résumant, les réduire à ce qui suit : tenir les malades dans une grande propreté; s'abstenir de leur couper les cheveux (Hildenbrand); nettoyer la langue, la bouche, les narines, avec de l'eau, du vinaigre ou de la limonade (Hildenbrand); tenir pendant la période d'invasion le malade dans un état de chaleur modérée au lit ; dans la convalescence, changer de chambre ou de lit et ne pas user de bains avant que l'ancien épiderme ne soit tombé (Hildenbrand); donner des alimens choisis ; permettre un exercice modéré , faire promener ou asseoir le malade sur son lit, l'égayer, agir sur ses sens, ne pas occuper trop tôt l'esprit dans la convalescence (Hildenbrand) ; prodiguer au malade les soins les plus affectueux ; le placer dans une chambre spacieuse , bien aérée , où l'on puisse renouveler l'air sans produire de courant, qui soit bien éclairée, dont l'air soit sec et frais (10° R ) dans la période inflammatoire et moins frais de 3 à 4 degrés dans la période nerveuse , suivant Hildenbrand ; ne pas laisser les sujets dans les lieux où ils ont contracté la maladie ; disséminer les malades placés dans un hôpital, ce dont Lind a vu de bons effets ; en un mot, les changer de place, ainsi que cela a eu lieu en 1829 dans l'épidémie de Toulon qui cessa lorsqu'on eut disséminé les forçats entassés au nombre de 600 sur un bagne flottant (1); éloigner
(1) Keraudren, communication à l'Académie royale de médecine. {Arch. gèn. de médecine, tom. XXII , p. 266.)
les uns des autres les malades couches dans un même hôpital ; changer les conditions qui ont fait naître ou favorisé la maladie; suivant les circonstances, répartir les habitans dans des baraques construites avec soin et sur une hauteur, disséminer les malades dans des granges à l'air libre; établir pour les armées des hôpitaux volans ou fixes, chauffés dans l'hiver au moyen des cheminées et non par les poêles ; rafraîchir l'air des prisons et des hôpitaux par des courans ; tenir ouverts sur les vaisseaux les sabords et les écoutilles ; agiter l'air des lieux circonscrits soit avec des vans ou le moulin appelé Tarare (Percy), soit au moyen du manche à vent pour renouveler l'air de la cale des vaisseaux (Kéraudren) , soit en se servant de grands soufflets tels que le ventilateur de Haies, soit par le moyen de la déflagration de la poudre à canon (Réraudren), soit en établissant des feux dans l'atmosphère, soit en pompant l'air intérieur vicié (roue centrifuge de Désaguliers), soit en employant des tuyaux aspirateurs dont l'action est favorisée parla chaleur (Salmon, Duhamel, Sutton, Forfait, Wuettig, etc.) ; enfin désinfecter l'air par les fumigations et les autres moyens dont il va être question dans le paragraphe suivant.
§ III. Traitement préservatif. Le traitement prophylactique du typhus consiste dans les moyens propres soit à prévenir son développement primitif, soit à prévenir ou empêcher sa transmission , le foyer typhique étant une fois établi : on parvient au premier but [en observant les règles hygiéniques tracées dans le paragraphe qui précède, en prévenant les causes du typhus , en s'opposant , en un mot , à l'établissement des foyers d'infection. Quant aux moyens à l'aide desquels on tâchera de prévenir la propagation de la maladie déclarée , on peut les rapporter aux suivans :
1° Détruire le foyer du 'mal. Recourir aux moyens désinfectans ou neutralisateurs des miasmes : fumigations avec le vinaigre, le genièvre, les substances aromatiques brûlées et vaporisées, le benjoin, le camphre, la poudre à canon, la chaux et les alcalis
fixes (Mitchill) , le soufre , le gaz nitrique ou nitreux (Carmichaël et J.-G. Smyth dans les prisons de Winchester), les acides nitrique et hydro-chlorique qui arrêteraient les épidémies de typhus suivant M. Billeray(l), le chlore (Fourcroy etGuyton-Morveau), les chlorures de MM. Masuyer et Labarraque , dont on a retiré de bons effets dans le typhus nautique qui régna à Marseille en 1826 et qui ont aussi été employés contre la peste d'Egypte (2) ; désinfecter les effets qui ont servi aux malades, soit en les brûlant, les exposant au froid , ou les lavant à l'eau bouillante, suivant Hildenbrand , soit en les exposant aux vapeurs sulfureuses et chlorurées.
2° Isoler et éviter les sujets et les lieux infectés; précautions hygiéniques pour se prémunir contre la contagion. Les cordons sanitaires sont nuisibles en ce qu'ils favorisent l'entassement (3) ; les lazarets , qui pourraient empêcher la propagation du typhus contagieux , sont , d'après Hildenbrand , des moyens décourageans et affreux ; isoler promptement les typhiques dans les grands établissemens ; les diriger sur un même établissement comme cela a eu lieu en 1814 pour l'hôpital de la Pitié; éviter le vent des foyers d'infection ; ne pas envoyer les matelots à bord près des côtes malsaines (Lind); tenir éloignés des foyers d'émanations les prisons et les hôpitaux -, on doit d'après Hildenbrand , transporter les malades à l'hôpital sur une chaise à porteur, empêcher toute communication entre les personnes du dehors et les malades auxquels seraient spécialement attachés des infirmiers, des prêtres, des médecins et des chirurgiens qui se désinfecteraient après le service ; ne pas laisser sortir les convalescens s'ils n'ont été désinfectés , se rendre moins sensible à l'influencede la maladie en évitant les excès et les causes d'affaiblissement et de fatigue , en recourant aux lotions savonneuses , en nettoyant les
(1) Journ. des connaissances médico-chirurgicales , 1835.
(2) Mémoire sur les causes de lapeste, par M. Pariset , 1837, in-. 18 ~
(3) Andral (art. Typhus duDict. de méd., 1" éd.)
parties qui ont été en contact avec les matières contagieuses; se rincer le nez et la bouche en quittant le lit des malades , changer d'habits ou fumiger ceux que l'on vient de quitter , ne point porter d'habit de laine pendant la visite, ne pas rester long-temps auprès des malades, les toucher peu , éviter leur haleine, se bien nourrir et fumer du tabac avant la visite (Hildenbrand), purifier l'air impur avant son entrée dans les poumons en appliquaut sur la bouche et les narines un linge ou une éponge imbibée de vinaigre ou de chlorure de soude en solution , etc.
3° Détruire le miasme au moment même de son action sur l'économie animale. Par le vomitif et le vésicatoire , le séton, le cautère, les sudorifiques , les frictions mercurielles , l'application du froid en bains, enaffusions, en lotions, en aspersion, d'après Currie, J. Frank, Giannini, Brunninghausen, Fizes, Brandrath de Lipervol , Hildenbrand ;
4° Inoculer la maladie. Serait-ce une pratique utile ou dangereuse? Les faits manquent pour résoudre cette question , dit Hildenbrand.
SECTION II. Traitement du typhus hase sur la valeur des altérations et sur les diverses formes et périodes qu'il peut présenter.
Nous avons vu dans le chap- 2 et dans le chap. 3 que Pringle ne distinguait que trois périodes dans la fièvre des prisons : dans la l re les fonctions du malade ne sont encore que troublées ; la 2 ! période se rapporte à l'invasion proprement dite, et la 3' est caractérisée par la stupeur et les pétéchies; nous avons dit qu'Hildenbrand admettait, au contraire, jusqu'à 8 périodes pour le typhus : de contagion, d'opportunité , d'invasion , inflammatoire , nerveuse, de la crise , de la rémission , de la convalescence. Pour mieux comparer les symptômes des fièvres typhoïdes avec ceux du typhus , nous avons dans le chap. 2 réduit les 8 périodes admises par Hildenbrand aux cinq suivantes : 1° invasion ou début (comprenant les trois premières périodes d'Hildenbrandj ; 2° période inflammatoire; 3° période nerveuse ou de faiblesse , de dé-
lire ou de prostration; 4° de rémission ou d'augment; 5° de convalescence. Or, pour mieux e'tablir les analogies et les différences qui peuvent exister entre le typhus et les fièvres typhoïdes sous le rapport du traitement , comme nous avons tâché de le faire pour ce qui est de la description des autres parties de ces maladies, nous exposerons ici dans trois articles distincts, ainsi que nous l'avons fait pour les fièvres typhoïdes, les moyens thérapeutiques auxquels il nous paraît rationnel de recourir dans les différentes périodes du typhus. Ces divisions paraîtront au premier abord un peu forcées; cependant elles ont pour but de faciliter la recherche des analogies et des différences qui rapprochent ou différencient le typhus et les fièvres typhoïdes : or , ce but est, au terme du programme de l'Académie, celui vers lequel doivent tendre les travaux soumis à son jugement dans ce concours. Ces divisions ne sont donc ni inutiles ni arbitraires.
Article. I". Du traitement du typhus dans les périodes de contagion , d'opportunité, d'invasion ou intoxication , et inflammatoire.
Nous avons établi précédemment (chap. 1 et 5) que le typhus semble consister essentiellement en un empoisonnement miasmatique , dans lequel les premiers symptômes observés annoncent que le miasme agit primitivement sur le système nerveux et le sang : c'est donc contre cette impression première sur les centres nerveux et le sang qu'il faut réagir, soit en excitant la peau et les muqueuses, soit en modifiant le système nerveux, soit, enfin, en combattant les inflammations locales prédominantes , division multiple à laquelle peuvent , en effet, être rapportés les moyens thérapeutiques mis en usage dans les premières périodes de la maladie.
Je pourrais ici, comme pour les fièvres typhoïdes, établir la triple distinction du typhus inflammatoire, bilieux et muqueux , puisque, d'après Hildenbrand lui-même, l'une de ces trois formes symptomatologiques peut prédominer dans le typhus : toutefois, pour ne rien hasarder dans une matière où l'observation des auteurs
ï$0 ANALOGIES ET DIFFÉRENCES
m'a jusqu'ici servi de guide, je suivrai la division tracée par eux, en recherchant quels sont les moyens thérapeutiques qui conviennent dans les premières périodes :
A. Périodes de contagion et d'opportunité. Le traitement de ces deux périodes consiste dans l'usage des moyens propres à étouffer la contagion ou à détruire l'impression du miasme sur l'économie animale, et rentre évidemment dans le traitement prophylactique auquel nous renvoyons (art. 3 de la section qui précède).
B. Période d'invasion. Les moyens recommandés par Pringle dans cette période sont le vomitif, la thériaque à la dose d'un demi-gros, le petit-lait, les sudorifiques, les lotions vinaigrées sur les pieds et les mains. Hildenbrand recommande la chaleur modérée au lit, les boissons tièdes d'infusion de sureau, de tilleul , d'oranger, de camomille.
C. Période inflammatoire. Sans doute dans cette période l'altération du sang (que nous avons dit être primitive) existe déjà; mais si l'on remarque que cette période inflammatoire ou catarrhale, exanthématique, d'irritation ou d'ébullition , comme l'appelaient encore les auteurs anciens, est, comme l'a dit fort heureusement M. Roche , une période de réaction , n'est-ce pas ici le lieu d'aider et de favoriser cette réaction de l'organisme contre la première impression de l'agent ou de la cause miasmatique? c'est vers ce but que nous semblent dirigés les moyens suivans .
1» Porter ci la peau. Vomitif, ipécacuanha à haute dose avec addition d'un grain d'émétique , qui donneraient alors , suivant Pringle, Stoll et Hildenbrand, une secousse favorable, mais que Pringle recommande cependant de donner avec précaution ; sudorifiques et acétate d'ammoniaque d'après le conseil de Pringle; boissons acides ou mucilagineuses , tièdes ; sels doux de Glauber ou de duobus, tamarin, sirop de baies de sureau , limonade légère, thé léger avec vinaigre ou jus de citron , recommandés par Hildenbrand pour favoris erl'éruption de l'exanthème.
2o Agir sur la muqueuse gastro-intestinale. Au moyen du vomitif et des doux minoratifs (Hildenbrand) , des lavemens laxatifs dans le cas de constipation (Pringle). On sait, en effet, que les auteurs anciens employaient les évacuans pour chasser ce qu'ils appelaient, la matière de la maladie , et que pour eux le vomitif avait une action spéciale sur le foie et la bile , auxquels ils faisaient jouer un rôle important dans la production des phénomènes typhoïdes. (Voir le chapitre 5, valeur des altérations du foie et de la bile, et le traitement par la méthode évacuante, dans la section qui précède.)
3o Combattre ou modérer les inflammations locales prédominantes. En recourant à la saignée, que l'on peut réitérer si les sujets sontfortset robustes (Rouppe et Poissonnier), et qu'Hildenbrand conseille également s'il existe quelque inflammation forte , à la saignée modérée et aux applications de sangsues derrière les oreilles contre le mal de tête (Pringle) , aux antiphlogistiques modérés au début (Andral).
4o Imprimer une perturbation salutaire au système nerveux. Au moyen des applications froides sur la peau en bains , lotions, frictions, affusions ou aspersions, d'après Rrandrath de Lipervol, S. Currie, J. Franck, Fitze, Giannini, Rrunninghausen , Hildenbrand ; ou bien agir dans le but de modérer l'impression morbide portée sur le système nerveux , en égayant les malades et en excitant favorablement les sens, etc.
Du reste, on devra , d'après les conseils d'Hildenbrand , faire en sorte que le lit de chaque malade soit dans un local spacieux et sans rideaux , et que l'air respiré par les malades soit pur et suffisamment renouvelé , donner des crèmes d'orge avec du jus de citron ou un peu de vinaigre, des crèmes de riz, des panades légères ; on devra en outre recourir aux moyens que pourront réclamer les accidens et les complications mentionnés dans la section précédente (article 2).
Article II. Traitement du typhus dans les périodes nerveuse , de délire ou de faiblesse, d'ataxie ou de prostration.
Mais la réaction manifestée par les symptômes de la période inflammatoire , a-t-elle été incomplète on insuffisante , l'altération du sang et des centres nerveux prédomine-t-elle ; alors s'établissent des inflammations secondaires et des symptômes d'élimination. Voici la conduite thérapeutique qu'il nous semble alors le plus rationnel de suivre.
1° Neutraliser l'état sep tique du sang et des autres liquides par des réactifs ou des spécifiques ; mais , il faut bien l'avouer, ces moyens réellement spécifiques nous sont inconnus ou sont insuffisans ; voici quels sont, dans l'état actuel de la science, les moyens qui possèdent peut-être en partie cette propriété : les toniques , les antiseptiques, lesstimulans internes, les cordiaux, les excitans diffusibles ; le vin vieux ( Pringle , Hildenbrand , Broussais ) ; le quinquina, les acides étendus, la serpentaire de Virginie, le calomel, le chlore et ses composés.
2° Diluer l'agent septique par une abondante introduction d'eau dans l'économie animale, au moyen des tisannes acidulés ou mucilagineuses, tièdes et abondantes.
3° Eliminer l'agent septique pi* divers émonctoires: par la peau au moyen des révulsifs cutanés (Pringle, Hildenbrand, Andral), de la chaleur modérée, d'une boisson tiède légèrement excitante (Hildenhrand) , des sudorifiques , du vin et des stimulans s'ils disposent à la diaphorèse (Broussais), de l'acétate d'ammoniaque ; en agissant sur les muqueuses au moyen du vomitif (Hildenbrand) et des purgatifs, qui sont cependant regardés, en général, comme nuisibles, par Stoll, Thom, Fitze, Hildenbrand.
4° Extraire l'agent septique avec le sang par la saignée , les auteurs ne sont pas d'accord sur l'opportunité de la saignée dans cette période du typhus ; nous avons exposé le pour et le contre en parlant de l'opportunité de la saignée dans la même période des fièvres typhoïdes, et nous y renvoyons.
5° Abandonner la maladie à elle-même , combattre seulement les accidens consécutifs et les inflammations prédominantes \ cas dans lequel il pourra être donné d'observer des pbénomènes vraiment critiques.
6° S'il y a prédominance du caractère putride et de la forme adsynamique, que nous avons dit être plus particulièrement liée à Y altération du sang, on recourra de préférence au quinquina , aux acides minéraux , au camphre à haute dose, à l'alcool, aux rubéfians et aux autres moyens toniques indiqués précédemment, en particulier aux chlorures.
7° Si le caractère nerveux est trop intense, si le typhus revêt la forme alaxique qui nousja semblé devoir être rapportée à la lésion prédominante du système nerveux, on pourra recourir aux révulsifs cutanés (Pringle , Hildenbrand), au musc (Hecker, Mardis), au camphre, à l'angélique, l'éther, l'alcali volatil, la camomille, l'huile empyreumatique animale, l'assa-fœtida, au mélange denitre, de camphre et de poudre contrayer va (Pringle), aux bains, à l'opium (Hildenbrand et autres ).
Du reste , dans ces diverses périodes du typhus , on suivra les règles thérapeutiques relatives au régime , à l'hygiène et aux complications précédemment indiquées : c'est ainsi que l'air qui entourera les malades devra être moins frais de 3 à 4 degrés que dans la période inflammatoire (Hildenbrand); que l'on changera souvent le malade de position ; qu'il sera tenu dans la plus grande propreté ; qu'on lui prodiguera les soins les plus affectueux , et qu'on le soutiendra par des consommés nourrissans, des soupes, etc.
Article III. Traitement du typhus dans les périodes de rémission ou d'exacerbation
et de la convalescence,
Soit qu'il y ait rémission , soit , au contraire , qu'il y ait augmentation dans la gravité des symptômes au point de ne plus laisser d'espoir, c'est le cas de recourir aux toniques les plus actifs ,
à l'infusion d'angélique avec la liqueur minérale anodyne (Hildenbrand ), au vin et aux stimulans internes (Broussais).
Dans la terminaison favorable et la convalescence marquée par une grande faiblesse , on devra encore recourir au vin , aux excitans volatils, au quinquina (Pringle, Hildenbrand, Broussais), donner des alimens de facile digestion et dont on augmentera successivement la quantité ; le malade devra changer de chambre et de lit , ne pas reprendre trop tôt les occupations d'esprit , se livrer à un exercice modéré ; on devra, en outre, combattre les accidens consécutifs et les complications de la manière qui a été indiquée dans la première section de ce chapitre, art. 2.