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Chapitre IV. Analomie pathologique des fièvres typhoïdes

L'anatomie pathologique des fièvres typhoïdes comprend les altérations des organes et celles des liquides qu'on observe pendant le cours de ces maladies et sur le cadavre.

SECTION ï'°. Altérations des organes dans les fièvres typhoïdes.

Nous passerons succe si veinent en revue les altérations des organes de la digestion , de la respiration, de la circulation, de l'innervation, de la locomotion, des sécrétions, et en dernier lieu les altérations que présentent la peau et l'habitude extérieure en général.

Article I er . Altérations du conduit digestif.

Les lésions du canal intestinal , dans les fièvres typhoïdes , jouent , d'après beaucoup d'auteurs , un rôle si important, qu'une condition indispensable pour en faire une exacte appréciation est de bien conna tre l'aspect que présente la muqueuse digeslive clans l'état normal , et quelques altérations cadavériques

2g ANALOGIES ET DIFFÉRENCES

qu'il faut éviter de confondre avec ses véritables lésions pathologiques.

Ces lésions ont été observées à des époques très-éloignées de la nôtre ; ainsi , il y a déjà long-temps que Théophile Bonet a dit ; Anaiome eorum quifebre malignâ extincli sunt docet ventricules m cum inlesùnis inflammari. Van Swiéten range (1) parmi les effets fébriles qui peuvent amener la mort, ulcéra aphlhosa in primis viis.

Morgagni reconnaît (2) qu'un grand nombre de faits semblent établir que , dans les fièvres malignes, il y a quelque gangrène intérieure... Et il dit que Joseph Lanzonus a trouvé, entre autres lésions, sur les cadavres d'individus morts, en 1729 , d'une fièvre maligne épidémique , quelques taches livides dans les tuniques mêmes des intestins. Il est vrai de dire que, dans l'une des lettres suivantes (3) , cet auteur dit que ces lésions sont peut-être plutôt V effet que la cause de ces fièvres ; du reste , c'est surtout dans sa trente-unième lettre (alin. 15 et 16 ) , qu'il établit très-bien que les ulcérations et le développement des follicules de la fin de l'intestin grêle ont été observés par Brunner et autres auteurs.

La plupart de ces lésions ont été surtout bien décrites par Rœderer et Wagler lors de la fièvre muqueuse épidémique qu'ils observèrent à Goettingue de 1760 à 1762 ; on peut lire dans l'ouvrage qu'ils ont publié (4) , et notamment pages 57, 332 et 337, plusieurs passages qui prouvent , avec la dernière évidence , que ces auteurs ont observé les formes les plus remarquables de ces altérations décrites avec tant de soin dans ces derniers temps.

Ces altérations ont encore été bien notées par Sarcoue dans l'é* pidémie qui régna à Naples en 1764 ; elles existaient sans aucun

(i) Commentaire de l'aphorisme o9'], de Boerhaave.

(2) Epist. XLIX, art. 35.

;3) Epist. LXYIII , art. 3.

(4) De morbo mucoto liber singulaiis, GœuiDjjue, 1766..

doute dans la fièvre péléchiale qui ravagea Gênes en 1799 et 1800 , et dont la description a été faite par Rasori.

L'ouvrage de Prost a puissamment contribué à la nouvelle direction suivie dans l'étude des altérations des fièvres graves ; on sait que, sur 200 sujets succombés dans le cours de fièvres ataxiques, il assura avoir constamment trouvé la muqueuse intestinale enflammée ; et , bien qu'on lui ait reproché de n'avoir point assez distingué la rougeur inflammatoire de la rougeur cadavérique , on peut dire que le livre de Prost a marqué une grande époque (1).

MM. Petit et Serres , dans la monographie qu'ils ont publiée en 1813, sous le titre de fièvre entéro-mésentérique , ont parfaitement bien décrit les altérations du tube digestif dont ils ont distingué plusieurs formes ou espèces ; cet ouvrage est sans contredit le plus remarquable qui ait été publié sur cette matière; on y voit énoncé clairement de quelle manière la maladie locale , isolée, dans l'origine, peut secondairement entraîner un trouble général dans l'organisme; c'est depuis cette époque qu'on a proposé un grand nombre de dénominations , telles que dolhinentèrie , exanthème intestinal, entérite folliculeuse 3 ilécdiclidite, affection des glandes de Peyer, etc., etc., toutes dénominations plus ou moins heureuses pour rappeler le caractère des lésions propres à la fièvre entéro-mésentérique.

L'inflammation aiguë du conduit digestif est regardée comme constante par M. Broussais , qui ne distingue point cette inflammation quant à ses effets , suivant qu'elle siège dans les villosités ou les cryptes de la muqueuse : nous aurons à revenir dans le chapitre suivant, sur l'heureuse impulsion imprimée à la pyréthologie depuis la doctrine du célèbre auteur du Traité des phlegmasies chroniques.

M. Bretonneau est parvenu , par une étude attentive et minutieuse , à faire connaître la marche et le développement de ces

(1) La médecine éclairée par l'observation et l'ouverture des corps, Paris, 1804-

lésions, depuis le cinquième jour jusqu'au quarantième inclusivement; il est porté à conclure, d'après cet examen, que lecœcum est le centre de propagation de l'éruption dothinentérique (1), ce qu'avaient déjà vu MM. Petit et Serres (2).

Beaucoup d'autres personnes se sont encore occupées des lésions du canal intestinal dans les fièvres typhoïdes : telles sont MM. Andral , Bouiiiaud , Louis , Choinel , Rayer, qui a proposé le nom de papules pour l'éruption pustuleuse qui constitue la dothinentérie de M. Bretonneau (3) , Scoutetten, qui a heureusement distingué l'entérite en pilleuse et fulllculeuse (4), Hutin, Billard, Roche , etc. ; nous parlerons de leurs travaux à mesure que nous avancerons dans ces recherches.

Passons maintenant à l'exposition des altérations présentées par les différentes portions du canal alimentaire.

5 I er - Altérations présentées par la langue et la bouche. — Les changement qui surviennent dans ces parties varient beaucoup , suivant l'espèce et la période de la maladie.

La langue est ordinairement sèche , noire, effilée, brunâtre, rouge sur ses bords, racornie, couverte de fuliginosités ou d'exhalation sanguinolente , présentant des ulcérations qui ne sont sans doute souvent que des exagérations des plis naturels de cet organe. Galien avait déjà remarqué que la langue noire indique mie fièvre ardente (5). Mais c'est surtout par Rœderer et Wagler que ces divers états ont été bien notés : « Lingua indè à lertiâ •» die alba 3 sicca , aspera , squalida , cum macula fuscâ ad radi- » cem , sensim ad apicem et limbos ruberrima, dorso sicco, fusco , » nigro; post dies novem humida, muco flavescente abducta , » sordida, cum sulcis profundis ; crisi factâ, pallidior, humida,

(1) Arch. gèn. de médecine , 1826.

(2) Ouvr. cité , p. 143.

(3) Dict. de médecine, 1" éd., art. gastro-enlérite.

(4) Journ. comp. des sciences médicales, tom. XXIX.

(5) Loc. affect., lib. 1, cl. 3, p. 6 B.

» pura fit; in aliis sub soporibus primùm quidem humida, lata»- » alba , cura macula fuscâ , muco squalida , sensim vero tremula- » sicca, fusca, globosa, ultra dentés siccos, squalidos, fuscos-* » exseri nequit (1). »

Les lèvres , les dents et l'intérieur de la bouche présentent ordinairement le même aspect que la langue : ainsi, la muqueuse buccale est d'abord sèche ou enduite d'une mucosité visqueuse collante, les aph thés ont été fréquemment observées. Lesdentssont recouvertes de fuliginosités comme la langue.

Il paraît probable que l'enduit variable des dents, des gencives , de la langue et des lèvres est dû à un mucus épaissi et desséché par le contact de l'air, et il ne faut pas perdre de vue, à cet égard, la facilité et la promptitude avec lesquelles la langue se sèche chez les individus qui ont la bouche ouverte en dormant ; il peut se faire encore que cet enduit soit formé par le sang exsudé des crevasses de la langue et des lèvres; mais l'observation de Fordyce , qui a vu dans cette croûte , en l'examinant au microscope , une foule de grains pédicules correspondant chacun à un follicule muqueux duquel sortait leur pédicule , semble donner plus de poids à la première opinion.

§ II. réitérations du pliarynx, de l'œsophage, de l'estomac et du duodénum. — On a observé des ulcérations au pharynx et à l'œsophage, mais seulement clans un sixième des cas, tandis qu'on n'en rencontre point chez les sujets qui ont succombé dans le cours d'autres maladies (Louis, Scoutetten, Baillie, Bonet, Portai).

Les lésions de l'estomac ne sont ni caractéristiques ni constantes , et la muqueuse gastrique a été trouvée saine dans les deux tiers des caspar M. Louis. Ces altérations portent 1° sur sa couleur qui a été vue jaune (à cause de la présence de la bile), rouge, bleu d'ardoise (dans le cas de gastrite chronique). 2° Sur

(1) De morbo mucoso, p. 127.

sa consistance ; la muqueuse a été trouvée ramollie 14 fois sur 42 cas, d'après M. Chomel, 14 fois sur 46 cas, d'après M. Louis 18 fois sur 49 cas d'après mes propres recherches (1). Je ne l'ai vue qu'une seule fois frappée de gangrène (observation 49), une seule fois ulcérée (observation 14) sur 49 cas. M. Louis l'a rencontrée 4 fois ulcérée sur 46 cas. 3° Sur son épaisseur; elle est tantôt épaissie et tantôt amincie, suivant la diminution ou l'augmentation de capacité de l'estomac. M. Louis, sur 46 cas, a constaté 13 fois l'état mamelonné de la muqueuse ; je ne l'ai trouvé que 2 fois mamelonnée (observations 12, 15) sur 49 cas. La muqueuse du duodénum est encore plus rarement affectée : sur 22 sujets , M. Louis l'a trouvée rose ou rouge 4 fois, grisâtre 2 fois , ramollie 3 fois , offrant un développement remarquable des cryptes dans sa portion valvulaire 3 fois , présentant 2 fois de petites ulcérations peu profondes. M. Louis a conclu que les altérations du duodénum, dans l'affection typhoïde, ne semblent point différer de ce qu'elles sont dans les autres maladies.

S III e . altération de Vintestin grêle. — Cette partie du conduit digestif est le plus fréquemment altérée, dans ses quatre cinquièmes inférieurs surtout ; et il est digne de remarque que toutes les explications qu'on a données du siège , de la fréquence et de la gravité de cette altération sont fondées sur la considération du séjour prolongé des matières intestinales à la fin de l'iléon et dans le coecum (Prost, Scoutetten, Broussais, O'Beirne de Dublin), explications dont on peut tirer plus d'un argument en faveur du traitement par les doux évacuans dans ces maladies.

Sur 46 cas, M. Louis a constaté 3 fois l'invagination du bout supérieur de l'intestin grêle dans l'inférieur , la couleur rouge de

(1) Voy. dans l'appendice les observations 8, 26, 36, 38, 40, 41, 42, 46, 47, 4S, 50, 51, 56, 57, 63, 65, 68, 73 ; el il est à remarquer que le quinquina et les toniques avaient été administrés dans treize de ces cas, savoir, dans les obs. 36, 38, 40, 41, 42, 46, 47, 4S, 50, 51, 52, 56, 57.

la muqueuse dans le tiers des cas, et son ramollissement 33 fois sur 42 cas (1) ; mais M. Louis nie que ce ramollissement fût toujours inflammatoire.

7 fois, sur 42 cas, M. Chomel a observe une infiltration sanguine de la muqueuse, c'est-à-dire que cette muqueuse, dont la couleur variait du rose un peu foncé jusqu'au rouge noir, était infiltrée d'urt fluide rouge et épaissi ; l'étendue de cette infiltration variait depuis quatre pouces jusqu'à deux et trois pieds, et occupait tout le contour de l'intestin.

D'après M. Louis, l'altération des follicules agminés , oude Peyer, serait constante et constituerait la lésion anatomique et caractéristique de l'affection typhoïde (2); quelquefois, cependant, cette altération des folliculles de Peyer n'existe point, et alors, deux cas peuvent se présenter : ou bien il existe une entérite simple ou pilleuse; c'est ce qu'a vu M. Andral 2 fois sur 30 cas (3), ce que j'ai moi-même constaté 2 fois sur 49 cas (observations 4 et 19), et ce dont M. Louis a été lui-même témoin , ainsi que le prouvent les observations auxquelles il a donné le nom d'affections typhoïdes simulées (4); ou bien, dans quelques cas, de fièvre typhoïde bien caractérisée, on aurait constaté l'absence d'altération quelconque dans le tube digestif : Andral , 2 fois sur 100 cas {Clin. méd. } t. 3, 2 e éd., p. 462), Bouillaud, Chomel, Neumann, Allison d'Edimbourg, Louis, Martinet, Dalmas, Lombard dans une prétendue fièvre typhoïde observée à Londres dans ces derniers temps ; mais ces cas doivent être regardés comme exceptionnels , eu égard à la masse des faits qui constatent un résultat opposé , ou peuvent recevoir une autre interprétation ainsi que nous le dirons dans le chapitre suivant.

Sur 49 cas, j'ai trouvé cette lésion des follicules agminés exis-

(1) Rech. sur l'affection typhoïde, tom. I , p. 191 et SUÏV.

(2) Ibidem, p. 106, 222, 223.

(3) Cours de médecine à la faculté, en 1831.

(4) Ouvr. cilé, tora. II, chap. 5, p. 'ilO.

tant 16 fois isolement (1), 20 fois accompagnée d'entérite vil- Ieuse (2) 5 on sait que cette altération des plaques de Peyer a son siège dans le côté de l'intestin opposé à l'insertion du mésentère.

M. Louis a vu 12 fois les glandes de Brunner saillantes ; je ne les ai trouvées que deux fois dans ce cas ; une fois la saillie de ces follicules existait sans aucune autre lésion (observation 68); une autre fois, il y avait en même temps entérite simple ou villeuse (observation 70).

J'ai déjà dit, au commencement de cette section, que l'état des follicules, soit agminés , soit discrets, a été constaté, dans ces maladies, par un grand nombre d'observateurs parmi lesquels on doit surtout citer Brunner, Peyer, Morgagni , Rœderer et Wagler, Sarcone, Prost, Petit et Serres, Bretonneau, etc.

MM. Petit et Serres ont reconnu deux formes principales à cette espèce d'éruption intestinale : 1° par plaques ; 2° par boutons qui ressemblent quelquefois à ceux de la variole , comparaison d'abord faite par Lecat, qui avait même proposé la dénomination de petite-vérole mésentérique, ensuite par MM. Petit et Serres , Scoutetten , Bretonneau , etc.

M. Andral a admis quatre degrés dans l'état des exanthèmes intestinaux : 1° élévation, injection; 2° formation d'escliare au sommet des élevures ; 3° ramollissement , chute imminente de l'cschare ; 4° enfin ulcération (3).

Voici quelles sont les diverses formes admises par M. Cruveilhier : 1° granuleuse etgauffrée ; 2° pustuleuse; 3° ulcéreuse; 4° gangreneuse ; 5° mésentérique ou ganglionnaire ; 6° pseudomembraneuse (4).

(1) Voy. dans l'appendice les obs. 12, 14, 15, 20, 29, 34, 40, 4S, 59, 63, 64, 66, 69,71,72,73.

(2) Obs. 1,2,6,8, 17,24,26, 27,30,32,42,44, 45/46,49, 50,51,57, 58, 65.

(3) Clin, méd., 1" éd., tom. I.

(4) Anatomie pathologique du corps humain, in-fo!., fig. col., 7 e livraison , p. 2.

Outre ces diverses formes, qui sont souvent reunies ou combinées , ainsi que cela a eu lieu pour quelques unes d'entre elles dans les obs. 17 et 47, il en est une autre , non moins remarquable , dans laquelle la muqueuse présente une multitude de petits points noirs, rapprochés, de façon à offrir l'aspect d'une barbe récemment faite. Cette forme d'altération, qui existait dans les obs. 2 et 31, a été observée et très-bien décrite par Rœderer et Wagler, ainsi qu'on peut en être convaincu par le passage suivant : « in fine ilei , ad omnem superficiem valvulœ Bauhini , in » cœco, et sub ipsum coli dextri initium, copiosissimi conspiciun- » tur folliculi , coagmentati , in capitula non elevali, sed «simpliciter orificiis nigricantibus , confestim congregatis , » distendu... (1).

Doit-on voir dans ce dernier état de la muqueuse intestinale un des effets de la résolution de la maladie ou de l'éruption (Andral), ou bien admettre que c'est une forme particulière d'éruption? Je suis porté à admettre cette dernière opinion : M. Leuret pense de même que c'est une maladie particulière aux villosités intestinales ; MM. Cbomel et Genest semblent regarder (2) cette disposition comme représentant un état normal.

Les diverses formes d'altérations intestinales , que nous venons de passer en revue, subissent , comme toutes les altérations organiques en général , des changemens , ou plutôt de véritables transformations qui ont été bien décrites par MM. Bretonneau, Andral, Cbomel, depuis le 5 e jour jusqu'au 40 e , depuis le simple développement des follicules jusqu'à leur ulcération et leur complète cicatrisation ; mais cette marche n'est pas toujours uniforme et régulière, et la perforation des parois de l'intestin est une des plus redoutables complications qui viennent l'entraver dans quelques cas.

(1) Ouvr. cité, p. 332.

(2) Leçons sur la fièvre typhoïde, p. 156 et 180.

Cette perforation a été observée 8 fois sur 80 cas par M. Bretonneau , 8 fois sur 55 par M. Louis , 2 fois sur 42 par M. Chomel , 5 fois sur 49 par l'auteur de ce travail (obs. 1, 29, 63, 64, 65) ; elle peut avoir lieu lors même qu'il n'existe qu'une seule ulcération dans l'iléon , ainsi que cela a été vu deux fois par Cruveilhier, une fois par M. Chomel ; siégeant le plus souvent dans le dernier pied de l'iléon, elle peut être unique , double (obs. 1), triple même (Louis) ; son ouverture est le plus souvent arrondie et présente de une à trois lignes de diamètre ; elle peut être la suite , soit de l'extension de l'ulcération au péritoine, soit d'une eschare gangreneuse siégeant primitivement dans cette membrane, soit de la distension de l'intestin par des gaz, soit, enfin , de la précipitation du mouvement péristaltique du canal mtestinal par l'administration d'un purgatif ainsi que M. Cruveilbier en a vu un cas. Péritonite partielle ou générale, épanchement des matières contenues dans l'intestin, formation de pus, adhérences albumineuses , telles sont les altérations consécutives qu'on rencontre dans le voisinage de la perforation.

§ IV. Altèi citions dit gros intestin. Cette partie du canal intestinal est d'ordinaire moins fréquemment et moins gravement affectée que l'iléon ; mais il faut bien remarquer que le cœcum et les colons sont, au contraire, gravement altérés, lorsque les lésions de l'intestin grêle sont nulles ou légères ( comme dans les obs. 2, 19, 23, 30, 51, 70); en sorte qu'on peut dire, d'une manière générale , que les altérations sont en rapport inverse dans les petits et les gros intestins, eu égard à leur intensité.

Il y a très-souvent météorisme (dans un peu plus de la moitié des cas d'après M. Louis) ; la couleur qu'offre la muqueuse est variable , mais la couleur rouge prédomine et a lieu dans le tiers des cas environ (15 fuis sur 43 d'après M. Louis) : cette rougeur peut être universelle , diffuse , ou exister par plaques. Quelquefois de consistance naturelle, la muqueuse colique est très-fréquemment ramollie (obs. 2, 19,23, 26, 30, 40, 42,44, 46, 57, 70).

On a rencontré, dans un petit nombre de cas seulement, les cryptes isolés élevés et présentant la forme de lentilles, ou bien encore des plaques dures, gauffrées , semblables à celles que nous avons vues exister à la fin de l'intestin grêle : l'obs. 27 nous offre de ces plaques jusqu'au colon descendant, tandis que dans lobs. 17, nous trouvons réunies sur le même sujet, la lésion des plaques de Peyer dans les gros intestins , la même lésion et celle des glandes de Brunner dans l'iléon.

M. Louis a trouvé des ulcérations dans le tiers des cas. Siégeant sur les cryptes ou dans leur intervalle , ces ulcérations sont ordinairement petites et faites comme avec un emporte-pièce , disposition qui était bien manifeste dans les obs. 27, 30, 54, 65. J'ai constaté l'existence de ces ulcérations dans un peu moins du tiers des cas ( 14 fois sur 49 cas : obs. 23 , 26 , 27, 29 , 30 , 41, 44, 45, 46, 50, 54, 56, 65, 72).

Je n'ai observé qu'une fois l'épaississement et des végétations de la muqueuse colique (obs. 23). La perforation de cette partie du canal intestinal est extrêmement rare, ^wsque MM. Chomel et Genest sont les seuls , parmi tous les auteurs que nous avons cités , qui l'aient observée, et encore dans un cas unique où elle avait lieu à la réunion du rectum et de l'iliaque.

Article 2. Altérations des organes de la respiration.

On rencontre assez souvent des ulcérations à l'épiglotte (Louis, mais l'ouverture de la glotte , le larynx et la trachée ne présentent ordinairement pas de lésion notable.

Les poumons offrent, dans la majorité des cas, plusieurs altérations remarquables : leur partie postérieure est presque constamment le siège d'un engorgement livide, passif ou cadavérique (obs. 1,2,12, 14, 24) , depuis long-temps observé dans ces maladies par Bonel, Lieutaud, Frank , Bayle, etc.

Dans d'autres circonstances, on observe un état iXespléjiisul'ioii (obs. 19, 26), qui n'est cependant point la pneumonie, que M. An-

dral regarde comme une lésion propre aux fièvres graves (1), et que M. Louis a rencontrée clans un peu plus du tiers des cas ( 19 fois sur 46 cas). L'emphysème pulmonaire est très-rare (obs. 17, 30). Le ramollissement pultacé du parenchyme pulmonaire ne semble pas essentiellement différer de l'inflammation ordinaire des poumons ( Andral ).

La pneumonie existe fréquemment. Je l'ai observée 12 fois sur 49 cas (obs. 3, 7, 8, 12, 15, 30 , 40 , 57, 58 , 59 , 68 , 69); M. Louis l'a rencontrée encore plus fréquemment ( dans un peu plus du tiers des cas). On a cherché à expliquer la fréquence de la pneumonie, dans ces maladies, en attribuant à la distribution d'un même nerf (le pneumo-gastrique ) dans l'estomac et les poumons, cette espèce de solidarité pathologique entre les inflammations pulmonaire et gastro-intestinale. Nous reviendrons dans le chapitre suivant sur cette explication.

On a souvent encore constaté la rougeur des bronches à leurs ramifications (obs. 4, 6, 17, 20, 27), Pépanchement d'un liquide séreux dans la caviïj^ pleurale , l'adhérence des plèvres pulmonaire et costale (otds78 et 26); mais comme ces altérations se rencontrent très-fréquemment chez les sujets succombés dans le cours d'autres maladies , elles n'ont ici qu'une importance fort secondaire.

Article III. Altérations des organes de la circulation.

Le ramollissement du cœur dans les fièvres graves ou typhoïdes, a été constaté par Sénac , Portai , Laënnec , Bouillaud , Barbier (d'Amiens), Andral, Louis, etc.; ce dernier auteur l'a observé dans à peu près la moitié des cas, et toujours il était d'autant plus considérable que la mort avait été plus rapide. Outre le ramollissement, le cœur présentait alors une teinte livide et violacée, ou couleur pelure d'ognon. J'ai trouvé le cœur flasque plutôt que ramolli dans les obs. 1, 2, 24, 27, 29, 30;

(1) Clin, méd., tom. III, 2 e éd., p. 570.

mais en même temps le sang était très-fluide. Dans l'obs. 23, au contraire, le cœur était dur et contracté, et il est digne de remarque que le sujet de cette observation avait succombé, dans la convalescence , à des complications.

La rougeur de la face interne du cœur et de l'aorte a de même été constatée par un grand nombre d'auteurs, J.-P. Frank, Reil, Schmuk, Bouillaud, Louis, Andral , etc.; M. Bouillaud a exposé avec soin les diverses nuances de cette altération de couleur qu'il regarde comme l'un des caractères de X angiocardile ( 1 ). Il résulte des recherches de M. Louis que la rougeur de l'aorte, en rapport avec le ramollissement du cœur, est d'autant plus marquée que la maladie a duré moins long- temps. Quelle importance faut-il attribuer à ces rougeurs du cœur et des gros vaisseaux? C'est ce que nous chercherons à établir dans le chapitre suivant. Frank dit avoir vu les artères et les veines enflammées (2); M. Magendie a trouvé du pus dans les veines autour des ulcérations intestinales (3) ; M. Gendrin aurait aussi observé depuis l'intestin jusqu'à la veine mésentériqu'e une veinule pleine de pus (4) ; enfin , chez presque tous les sujets morts de fièvre adynamique, M. Ribes aurait trouvé des traces d'inflammation dans le tronc et les branches de la veine-porte ventrale, et même dans la cavité de la veine-porte hépatique etjusqu' à l'oreillette et au ventricule droits (5). Tous ces faits viennent à l'appui de l'opinion de M. Ribes, savoir : quel'adynamie dépend de la phlébite, opinion fondée sur ce que l'inflammation veineuse doit jouer un grand rôle dans ces maladies , parce que les villosités intestinales sont en très-grande partie constituées par des ramuscules veineux, et que , dans les phlegmasies intestinales , la rougeur existe presque exclusivement dans ces villosités. Mais ces considérations

(1) Traité clinique des maladies du cœur, Paris, 1825, t. II.

(2) Epitome, lib. 1.

(3) Journ. de pkysiol. exp., toml, p. 9.

(4) Rech. sur les causes et la nature des fièvres.

(5) Mêm. de la société méd. d'émulation, Paris, 1816, t. VIII, p. 604 , et 1825.

nous ramènent aux altérations du sang, dont nous nous occuperons plus bas.

Article 4. Altérations des organes de l'innervation.

Les membranes du cerveau ont été trouvées rouges , opaques , épaissies, infiltrées de sérosité. La substance cérébrale a été aussi trouvée imbibée d'une sérosité qui distendait quelquefois les ventricules (Willis, Lancisi, Desbois de Rochefort, Prost, Serres). On a constaté l'inflammation, l'injection, l'état piqueté, la couleur rose, des substances médullaire et corticale (Louis). Morgagni, dans sa 7 e lettre, rapporte des cas de fièvre ataxique dans lesquels il y avait inflammation des méninges et du cerveau , et dit que cette fièvre est une phrénèsie. Tommasini a trouvé 90 fois sur 100 sujets morts de fièvres nerveuses (1), des traces d'inflammation cérébrale. Sur 36 sujets réputés morts de fièvre ataxique , M. Tâcheron a constaté 31 fois l'inflammation du cerveau (2). Le plus souvent de consistance naturelle, le cerveau a été vu tantôt induré, tantôt ramolli, soit partiellement , soit dans sa totalité (Récamier, Louis).

J'ai trouvé les membranes encéphaliques saines dans tous les cas où je les ai examinées (obs. 1, 2, 6, 8, 12, 14, 15, 17, 19, 24, 27) ; le cerveau m'a de même paru sain dans la majorité des cas : l'état piqueté ou l'injection de la substance cérébrale sont les altérations que j'ai le plus constamment observées ; les autres lésions signalées par les auteurs existaient quelquefois, mais ordinairement elles m'ont semblé être , ou accidentelles , ou complications, ou secondaires, ainsi que nous le dirons dans le chapitre suivant ; ou bien, enfin, elles m'ont paru appartenir à des cas de méningite ou d'arachnitis que naguère encore il était si facile de confondre avec la forme ataxique des fièvres typhoïdes.

(1) Précis de la nouv. doctrine médicale italienne, 1822. '

(2) Recherches anatomico-pathologiqucs sur la médecine pratique, Paris, 1823, t. II.

J'ai observé que la couleur rose et la diminution de consistance du cerveau étaient le plus souvent cadavériques.

On a dit encore avoir trouvé des épanchemens sanguins autour de la moelle , ou son ramollissement , des engorgemens ou ecchymoses à la surface du cordon rachidien, ou à l'origine des nerfs, à la suite des maladies adynamiques ( Ghaussier ) ; l'inflammation des enveloppes et du tissu de la moelle chez deux sujets morts d'une fièvre pétéchiale (Brera et Rachetti ) , la lésion de la moelle dans quelques fièvres dites malignes ( Abercrombie) , etc., etc.

Il est important d'insister sur ces altérations de la moelle ; on sait, en effet, que, d'après M. Serres (1), la région dorso-cGstale de la moelle épinière a une influence marquée sur les fonctions de l'intestin grêle dont elle est excitateur ; d'où Ton pourrait inférer que les altérations intestinales ( les ulcérations en particulier ) ont leur point de départ dans la lésion de cette portion de la moelle, de même que , dans quelques cas de ramollissement du cerveau et du cordon rachidien , on a vu différentes régions de la peau s'ulcérer, de même encore que nous voyons la cornée s'enflammer et s'ulcérer lorsque le nerf de la cinquième paire est altéré (Magendie, Serres).

Mais plusieurs faits viennent à l'encontre de cette manière de voir d'abord , la destruction du cerveau et de la moelle n'aurait , d'après les expériences de Wilson Philipp , aucune influence sur les mouvemens de l'intestin grêle ; et , d'après Krimer, cette influence s'exercerait seulement sur les gros intestins (2). On remarquera, d'un autre côté, que ces altérations de la moelle , chez les sujets succombés dans le cours des fièvres typhoïdes, sont loin d'être constantes ; ainsi , sur 6 cas, M. Louis n'a vu qu'une fois le ramollissement de la moelle; sur 15 cas, dont 10 sont consignés dans l'appendice ( observ. 1 , 2, 6, 8, 12 ,

(1) Anat. comp. du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés tom II p. 716.

(2) Ollivier, sur les maladies de la moelle épinière, 1827, lom. 1, p. 118.

14, 15, 17, 19, .27), je n'ai rencontré, dans quelques uns de ces cas , que des altérations cadavériques : la moelle était saine dans tous les autres.

Les nerfs ont été peu étudiés : du moins on ne possède que peu de notions sur les altérations qu'ils peuvent éprouver dans les fièvres typhoïdes. M. Andral dit n'avoir rien constaté d'anormal dans le grand sympathique ; cependant, dans deux cas, consignés dans sa Clinique médicale, les ganglions semi-lunaires lui ont paru plus rouges. Dugès dit aussi avoir vu les plexus et les ganglions du nerf interscostal plus gros et plus rouges (1). Ces nerfs et ces ganglions m'ont toujours semblé présenter l'état sain; ils étaient quelquefois rouges , mais, en général , l'intensité de cette rougeur était en raison directe de l'élévation de la température et du temps écoulé depuis la mort.

Article. 5. Altérations des organes de la locomotion.

Les muscles sont ordinairement sains ; cependant ils ont été trouvés pâles , amaigris , ramollis , violacés , contenant quelquefois de petits abcès dans leur épaisseur, comme dans l'observ. 34.

La plupart de ces altérations semblent peu différer de celles que la putréfaction fait développer dans ces organes; pourquoi , dans ce dernier état , le tissu musculaire prend-il une teinte verdâtre ?

M. Matteucci, ayant trouvé (2) que, pour empêcher ou retarder la putréfaction des tissus animaux, due à l'action de l'air, il faut neutraliser l'action de l'oxygène ( qui est électro-négatif) en constituant ces parties dans un état électrique semblable ou négatif peut-on conclure de là que , dans les fièvres typhoïdes , les solides et les muscles en particulier ont perdu de leur électricité négative , puisqu'ils sont dans un état voisin de celui de putréfaction? Rossi n'a-t-il pas dit encore que , dans ces maladies , le sang a des

(1) Essai physiologieo-pathologique sur la fièvre, Paris, 1821, tOIÏl. I p. 206.

(2) Annales de chimie et de physique , tom. XL1I , p. 310.

propriétés électriques différentes de celles qu'il possède dans l'état normal? On voit, la fibre musculaire étant principalement composée de fibrine, que ses altérations nous ramènent à celles du sang lui-même.

Article 6. Altérations des organes d'absorption et des sécrétions.

§ ï". Ganglions du mésentère et des épiploons. L'état de ces ganglions a été noté avec beaucoup de soin par MM. Petit et Serres, qui ont regardé leurs altérations comme assez constantes et caractéristiques pour les faire entrer dans la définition de la fièvre enlèro-m ésen tèriq ue.

Ces altérations varient avec la durée de la maladie. Voici, d'après M. Louis , comment elles apparaissent et se succèdent : volume d'une aveline , couleur rose et ramollissement (du 8 e au 16 e jour); couleur d'un rouge brun, indices de suppuration à leur centre (du 16 e au 20 e jour); couleur bleuâtre ou grisâtre, rétrogradante (du 20 e au 30 e jour); couleur bleue tout-à-fait rétablie (après le 30 e jour). Les ganglions correspondans à l'estomac présentaient des altérations en rapport le plus souvent avec celles de la muqueuse gastrique.

Il ne faut pas perdre de vue que les ganglions du mésentère qui sont le plus affectés, correspondent précisément à l'endroit de l'intestin le plus gravement altéré , c'est-à-dire à la fin de l'iléon ; ce qui ne permet pas de douter que ce n'est que consécutivement à l'entérite que ces ganglions s'altèrent.

3 IL Rate. L'augmentation de volume de la rate a été observée, dans les maladies dont il s'agit, dès la plus haute antiquité par Hippocrate , Polybe et Morgagni , ainsi qu'on peut le voir dans ses lettres 20 e , 31 e et 36 e . Le passage suivant prouve que ces lésions n'étaient pas moins bien connues de Rœderer et Wagler : « Lien maximus, oclo poil, longus, quinque latus, et ter saltem crassus, obscure lividus, mollis, resolutus, atque friabilis est.... (1) » .

(1) De morbo mucoso, sect. VI, p. 339.

M. Louis a trouvé de même la rate brune , bleue , rouge , noirâtre, augmentée de volume, ramollie; ces deux dernières altérations existaient dans plus des trois quarts des cas, et toujours en raison inverse de la durée de la maladie.

Sur 18 cas, dans lesquels j'ai noté l'état de la rate et de l'estomac, 6 fois la rate n'était ni augmentée de volume, ni ramollie (observations 4, 23, 27, 30, 54, 56), et il est à remarquer que, à l'exception de deux (observations 27 , 56) , ces 6 cas n'ont point offert de lésion de l'estomac; 12 fois la rate était tuméfiée et ramollie (observations 1, 2, 8, 12, 19, 24, 26, 57, 58, 64, 65, 70), et il est encore à remarquer que, à l'exception de trois (observations 2, 19, 64), nous trouvons dans ces 12 cas, des altérations plus ou moins graves de la muqueuse gastrique , d'où l'on pourrait inférer que les altérations de la rate sont en rapport avec celles de l'estomac, comme aussi les lésions des ganglions mésentériques correspondent à celles de l'intestin.

5 III. Foie. J^èdcule biliaire. Pancréas. Glandes saliv aires ~ Le volume du foie , d'après M. Louis, est presque toujours naturel; voici dans leur ordre de fréquence quelles sont ses altérations de couleur : Pâle, décoloré, rouge, jaunâtre. Sa consistance est assez généralement diminuée.

Dans trois cas , la vésicule biliaire a présenté à M. Louis la rougeur et un épaississement de trois quarts de ligne de sa tunique interne ; ces altérations étaient , en général , d'autant plus marquées que la maladie avait duré moins long-temps.

Le pancréas, presque toujours dans son état naturel, offrait , tantôt une couleur rose ou d'un rouge livide avec augmentation de volume, tantôt une couleur gris-bleuâtre ou jaune, avec augmentation de consistance.

Le tissu de la parotide n'est ordinairement pas altéré ; deux fois seulement M. Louis a observé son inflammation : dans l'un de ces cas il y avait inflammation du tissu cellulaire environnant

les granulations glandulaires , qui étaient elles-mêmes affectées dans l'autre.

3 IV. Reins, f^essie. Organes génitaux. Les reins étaient ordinairement dans leur état naturel ; ils étaient quelquefois tuméfiés , ramollis et d'un rouge violet ; cette rougeur et ce ramollissement étaient , en général , en rapport avec la courte durée de la maladie (Louis).

La cinquième partie des sujets avaient la vessie distendue par l'urine ; presque toujours dans son état normal, la muqueuse vésicale était plus ou moins injectée dans six cas , une seule fois ulcérée (Louis).

Les organes génitaux n'ont rien présenté à noter chez les hommes. Chez les femmes les ovaires étaient, dans le tiers des cas, plus ou moins rouges (Louis).

Article 7. Altérations présentées par la peau et l'état extérieur du corps.

La face présente un aspect qui varie suivant la période des fièvres typhoïdes : elle est vultueuse ou terreuse ; les yeux sont injectés, larmoyans, chassieux; le nez s'effile et les narines semblent obstruées par une poussière grisâtre.

Il survient souvent à la peau, mais presque toujours au déclin (ce qui les a fait regarder comme critiques), des abcès qui siègent quelquefois à la paroi abdominale antérieure (obs. 5), mais plus ordinairement dans les endroits où le tissu cellulaire abonde, par exemple, aux parotides.

La peau présente encore le plus communément des éruptions variées qui disparaissent après la mort, et dont les unes, communes à plusieurs maladies différentes de celles que nous étudions , sont les vibices, l'éruption miliaire, les sudamina (obs. 3) , les pétéchies qui sont quelquefois si abondantes qu'on a donné à certaines fièvres un nom tiré de ce symptôme {fièvre pétéchiale observée à Gênes en 1799 et 1800) ; d'autres, parmi ces éruptions cutanées, semblent, au contraire , appartenir exclusivement aux

fièvres typhoïdes : telle est , en particulier , l'éruption de petites taches roses, lenticulaires, formant une légère saillie au dessus de la peau , se montrant principalement à l'abdomen , à la poitrine et au cou, survenant chez les trois quarts des sujets du 8 e au 36 e jour de la maladie, passant quelquefois, comme celle du typhus, sans qu'on l'aperçoive.

On observe la gangrène de la peau dans les deux tiers des cas (Louis); cette tendance de la peau à s'ulcérer et à se gangrener survient dans trois circonstances différentes : 1° spontanément ou à la suite d'érysipèle , et c'est le plus souvent aux extrémités inférieures que cette gangrène apparaît ; 2° dans les endroits du corps où s'exerce une pression presque continuelle, aux malléoles, aux coudes, aux trochanters, mais surtout à la partie postérieure du bassin : on a vu, dans quelques cas , des eschares énormes se détacher de cette partie, et l'os sacrum être mis à nu; 3° à la surface des vésicatoires et aux piqûres de sangsues.

Toutes choses étant égales d'ailleurs , la putréfaction est plus rapide dans les cadavres des sujets morts de fièvres typhoïdes que chez ceux des sujets emportés par d'autres maladies. C'est ainsi qu'on observe des vergetures aux parties déclives , une couleur livide et violacée à la région abdominale surtout , quelquefois un emphysème général , le ramollissement de tous les tissus , etc.

SECTION II. Altérations des liquides dans les fièvres typhoïdes.

L'histoire des altérations des liquides ne doit pas occuper une place moins importante , dans la question qui nous occupe, que celle des lésions des solides. Existe-t-il, en effet, une ligne de démarcation bien tranchée entre les solides et les liquides dans l'économie animale ? Tout solide , primitivement liquide , ne nous représente-t-il pas dans la composition de l'organisme une trace sans cesse parcourue en mille sens divers par des courans sanguins (1)? Le sang n'est-il pas une chair coulante, suivant

(1) Andral, Cours de pathologie, 1833.

l'expression d'Hippocrate adoptée par Galien(l), Borde(2),Capiluppi, Bordeu, etc.? Faut-il rappeler ici les paroles deBichat dont l'ajpparition a signale une époque si féconde en résultats? « Sans

• doute les solides, auxquels les forces vitales sont toujours inné- Tentes, se trouvent spécialement affectés dans les maladies; mais » pourquoi les fluides ne le seraient-ils pas aussi ? Pourquoi n'y » chercherions-nous pas des causes de maladies comme dans les

• solides?»

L'étude des altérations des liquides, devrait pour être complète, porter sur leurs propriétés physiques et chimiques. Mais cet examen est hérissé des plus grandes difficultés; car, 1° cette étude devrait être successivement appliquée à des parties examinées pendant La vie , après la mort , dans la série des âges, suivant les sexes et les tempéramens; 2° le sang tiré de ses vaisseaux n'est plus le même que dans l'état de vie, et , en le soumettant à l'analyse , les résultats doivent varier encore suivant qu'on agit sur des sujetsdont l'état moral est lui-même variable, au point que De Haen, qui s'est le plus occupé à rechercher les altérations du sang dans les fièvres, a renoncé à tirer aucune conclusion rigoureuse; 3° ces deux moyens d'investigation , la physique et la chimie , n'ont pas encore été appliqués d'une manière assez satisfaisante aux fluides du corps humain , dans l'état de santé , pour servir de point de départ et de comparaison avec les analyses de ces mêmes fluides faites dans l'état de maladie; 4° on n'a pas toujours été d'accord sur la nature et l'espèce de maladie de laquelle provenaient les fluides à examiner; c'est ce qui fait que quelques personnes infirment les résultats publiés dans le mémoire de MM. Deyeux et Parmentier à la fin du dernier siècle; ces altérations ne peuvent donc être bien appréciées que par des hommes à la fois habiles chimistes et médecins consommés , qualités qui sont rarement réunies dans la même personne.

Les liquides, dont nous allons étudier les altérations , sont : le

(1) De nat. facilitât. , lib. I, Cap. X.

(2) John, Tableaux chimiques du règne animal, p. 34.

sang, la bile, l'urine, les matières intestinales, le mucus, la sueur et la sérosité' du cerveau et du rachis.

Article I er . Altérations du sang dans les fièvres typhoïdes.

Beaucoup de travaux, soit en France, soit à l'étranger, ont été publiés sur le sang , non seulement par des chimistes , mais encore par des médecins. On a cherché à déterminer sa composition, à faire connaître ses diverses modifications dans l'état de santé et celui de maladie ; malheureusement ce genre de recherches est bien loin d'être épuisé. Nous en avons donné les raisons dans les considérations qui précèdent sur les altérations des liquides en général.

Une des plus grandes difficultés provient de ce que ces altérations du sang sont quelquefois insaisissables, alors même que nous sommes assurés de leur existence; ne sait-on pas, en effet, que le sang peut paraître à l'état normal , bien qu'il contienne un agent nuisible? D'un autre côté, son altération ne peut-elle pas être sensible quoiqu'on n'y puisse pas constater la présence matérielle de l'agent perturbateur? MM. Coindet et Christison ont, en effet, expérimenté que l'acide oxalique, introduit dans les veines, produit des altérations appréciables du sang, quoiqu'on ne puisse retrouver ensuite cet acide dans le sang (1).

§ I". altérations du sang dans ses propriétés physiques. Presque toujours il a été trouvé d'un rouge clair ou vermeil, offrant la couleur de vin de Bourgogne , de coraline, de gelée de groseilles (Huxham), de vermillon (Grant) ; M. Andral, dans la même fièvre typhoïde, l'a vu rosé, couleur lie de vin, grisâtre, noir.

On l'a trouvé encore plus liquide, et comme dissous, incoagulable (Chirac, Morton, Cullen, Grant, Pringle, Haller, Morgagni, Stocker, Alibert, Laënnec, Andral, Bouillaud, Louis, Piorry). D'après les observations de M. Louis, cette fluidité du sang était, en général, en rapport avec le ramollissement du cœur.

(i) Journ. htbd. de médecine, lom. II , n° 22, 1834.

La coagulation, lorsqu'elle a lieu , est lente et imparfaite; le caillot est mou , diffluent , noirâtre et contient quelquefois un sédiment noirâtre et pulvérulent (Lauer , Gendrin) ; la couenne , lorsqu'elle se forme, est molle, mince, diffluente, verdâtre. Le sang, dans les fièvres typhoïdes, a cependant quelquefois été trouvé inflammatoire par MM. Deyeux et Parmentier, ce qui tient évidemment à ce qu'on n'avait point assez spécifié la période de la maladie dans laquelle ce sang avait été examiné (Lobstein).

Huxham dit lui avoir constaté une odeur putride au sortir de la veine. Richard Morton a de même rapporté que le sang, tiré du bras d'une femme affectée de fièvre maligne, fit tomber le chirurgien et les assistans en syncope à cause de sa fétidité.

D'après Rossi et Bellingeri (1), le sang , dans ces maladies, aurait des propriétés électriques différentes de celles qu'il possède à l'état normal. C'est ainsi encore que, s'il faut en croire Tissot (1), Viridet se sentit le bras engourdi en touchant le pouls d'un homme qui avait une fièvre maligne ; aussi quelques auteurs ontils classé les fièvres putrides dans les maladies par défaut ou par diminution d'électricité, ce que semblerait confirmer le grand nombre de ces maladies dans les saisons et les climats froids et humides , chez les individus d'un tempérament phlegmatique , toutes ces circonstances concourant, d'après ces auteurs, à dépouiller le corps humain du fluide électrique (3).

§ IL A II èrations du sang dans ses propriétés chimiques. La fibrine a été trouvée dissoute et comme putrilagineuse (Bouillaud), décolorée (Andral) ; l'albumine offre moins de solidité que dans l'état sain (Deyeux et Parmentier); les globules sont moins nombreux (Lecanu); la sérosité est rougeâtre (Andral); Morgagni

(1) Bulletin de la soc. d'émulation, nov. 1833.

(2) Maladies des nerfs, toin. II, part. 1, p. 189

(3) De l'élect licite du corps humain, par l'abbé Bertliolon, 17S6, tom. II , p. 384.

a vu Je sérum blanc dans quelques cas de fièvres malignes (1). M. Gendrin a publié une observation semblable dans laquelle on voit que le sang provenait d'un homme atteint de vertiges (2). On sait que l'explication de ce fait, donnée par M. Raspail (3), repose sur la présence d'un acide d'origine inconnue qui , en favorisant la coagulation de l'albumine, produit l'aspect lacté du sérum. D'après M. Bonnet de Lyon, le sang, dans les affections putrides et dans les fièvres typhoïdes , contiendrait de l'hydro-sulfate d'ammoniaque (4).

Est-il vrai , comme l'a soutenu le docteur Clanny de Sunderland , que le sang, dans les fièvres typhoïdes, a perdu l'acide carbonique qu'il contient dans l'état de santé ? On connaît toute l'importance qu'on a voulu attacher à cette altération du sang sur laquelle on a fondé, en Angleterre, une méthode de traitement, dite spécifique, par l'eau gazeuse; mais il n est pas certain que le sang contienne de l'acide carbonique dans l'état normal ; il y a plus; les derniers travaux entrepris à ce sujet tendraient à démontrer le contraire.

Si , en effet, la présence du gaz acide carbonique a été constatée dans le sang humain à l'état de santé, par Vauquelin , Brande, Vogel, sir E. Home, Scudamore, Reid, Magnus, Collardde Martigny, Edwards, etc., qui pensent, les uns, qu'il y existe à l'état libre et qu'il circule avec lui , les autres , que ses élémens seulement sont contenus dans le sang ; nous opposerons , comme opinion contraire, l'idée de John Davy, qui admet que l'acide carbonique ne peut être extrait que du sang qui a été tiré de la veine depuis quelque temps (5) ; d'où il suivrait que la présence de cet acide dans le sang dépendrait, « ou de la réaction de ses » parties (du sang) dans un commencement d'altération spon-

(1) Eyist.M, art. 22.

(2) Jonm. gén. de médecine de Paris, 1829.

(3) Nouveau système de chimie organique, 2 e éd., Paris, 4S38, t. III, p. 199 et SUIV.

(4) Gaz. médicale, 1837, lom. III, p. 601.

(5) Ji'limburg medic. and. surgir . journal, avril 1828.

« tanée, ou de l'absorption de l'air, ou enfin de l'influence de « l'oxygène atmosphérique sur sa matière colorante (1). »

D'après Nysten (2) , l'air expiré , dans les fièvres aiguës , contiendrait plus d'acide carbonique que dans l'état de santé. Y a-t-il quelque rapport entre ce résultat présenté par Nysten et l'opinion des auteurs anglais qui prétendent que , dans ces mêmes fièvres, le sang ne contient pas d'acide carbonique?

Nous pourrions en terminant cet article, faire remarquer l'analogie qui existe entre les altérations du sang que nous venons d'exposer et celles qui résultent de diverses expériences pratiquées sur les animaux vivans ; mais comme les données qui ressortent de ces expériences sont plutôt applicables à la cause ou à l'origine , qu'à l'espèce même de ces altérations du sang , ce n'est que dans le chapitre suivant que nous leur consacrerons toute l'attention qu'elles commandent.

Article 2. Altérations présentées par la bile.

La bile, au rapport des auteurs, a été trouvée avec les qualités les plus diverses : aqueuse, surabondante, rousse, jaune-verdâtre, trouble, grisâtre, rougeâtre, couleur d'urine, semblable à de la matière purulente , transsudante dans les parties voisines , etc.

Les anciens croyaient que la couleur verte des matières fécaies est due à son âcreté ; on connaît l'histoire consignée dans Morgagni , de ce jeune homme de Forli mort de fièvre grave : dans le ventricule existait une bile si corrosive, est-il dit, qu'elle donna la mort à deux pigeons à qui on l'avait inoculée par la lancette et qu'un coq mourût après en avoir avalé dans de la mie de pain. M. Orfila , dans un cas de fièvre grave avec ulcération de la muqueuse intestinale , a trouvé de même que la matière résineuse

{\)Rech. exp. sur le sang humain, par M. Denis, p. 82.

(2) John, tahl. chim. dn règne animal , irad. par Robinet, p. 32.

avait une âcreté telle qu'un seul atome mis sur les lèvres produisait des ampoules très-douloureuses (1).

Dans le cas dont il vient d'être question , M. Orfila a trouvé sur 100 parties de bile : matière résineuse 96 , soude 3 , un atome de sels, dans un cas de fièvre ataxique , M. Chevalier n'a pu s'assurer de la présence du picromel , la bile se trouvant en trop petite quantité dans la vésicule ; mais dans un cas de fièvre bilieuse avec complication de syphilis, le même chimiste a trouvé 8 décigrammes de picromel sur 42 grammes de bile (2). Je n'aurais pas insisté sur cette dernière analyse si l'on ne savait que le picromel , constaté par MM. Laugier et Orfila dans les calculs biliaires n'existe pas, d'après John (3) , dans la bi!e humaine, contrairement à ce qui a lieu dans la bile du bœuf et autres animaux.

Article 3. Altérations de l'urine.

L'urine a été trouvée trouble , fétide , exhalant une odeur de souris, sauguinolente , jumenteuse (Landré-Beauvais), et même noire dans quelques cas de fièvre pétéchiale putride et maligne ( Huxham , Double ).

Elle contiendrait, dans les aifections fébriles qui marchent vers la guérison , un dépôt blanc , homogène , sons odeur désagréable (Hippocrate) ; de petits graviers friables, de couleur brune , surnageant ou se collant aux parois du vase ( Joubert , Gardi, Morgagni); des sels neutres (Tichy).

On y a trouvé (dans les fièvres putrides) de l'ammoniaque (Deyeux et Parmentier , Baume, Orfila); et alors elle était alkalescenie , verdissant le sirop de violettes au moment de son excrétion , tandis que dans l'état normal , elle est acide : ces caractères ont été confirmés par les recherches de M. Bouillaud à la clinique de la Charité. L'urine étant souvent retenue à cause

(1) Traité de chimie médicale, tom. II, 1824, p. 493.

(2) Ann. de chimie et de physique, tom. IX , p. 36 et 41.

(3) Tableaux chimiques du règne animal , trad. de l'anglais par Robinet, p. 3.

de la paralysie du réservoir qui la contient , on a dit que l'ammoniaque provenait de la décomposition d'une partie de l'urée dans la vessie même, puisque cette urine contenait moins d'urée que celle du même individu dans l'état de santé (Orfila) ; sa putréfaction dépendrait aussi, suivant Fourcroy et Vauquelin , de la plus grande proportion d'albumine et de gélatine.

M. Orfila a constaté encore, dans un cas de fièvre nerveuse ou ataxique (1), un dépôt rouge ou rose, formé d'acide rosacique et d'acide urique , sédiment rosacé qui a aussi été observé à la fin des inflammations et sur la composition duquel Schéele, Brugnatelli, Thompson, ont publié des analyses.

Article 4. Altérations des matières contenues dans le canal intestal.

Ces matières varient en couleur , en quantité , en consistance et en composition. Elles ont été vues noires, fétides, colorées par la bile, sanguinolentes , verdâtres ( couleur que les anciens attribuaient à l'âcreté de la bile).

Quelquefois très-abondantes (jusqu'à 15 ou 20 selles et plus dans les vingt-quatre heures ) , elles peuvent alors être constituées par de l'eau colorée en rose, espèce de suc intestinal ou véritable sueur intestinale , suivant l'expression de M. de Blainville, dont la quantité peut aller jusqu'à plusieurs livres par jour (2), et dont Morgagni a bien fait connaître la source et le danger (3).

Presque toujours liquides dans l'intestin grêle , les matières sont quelquefois, dans le gros intestin, d'une consistance de bouillie claire , molles et moulées ; souvent elles restent dures pendant toute la durée de la maladie.

Elles contiennent ordinairement du mucus , de la bile , du sang fourni par les ulcérations de l'intestin (obs. 17) , ou exhalé dans les fosses nasales et ayant tombé dans l'estomac et les intes-

(1) Ouv. cité, tom. II, p. 501.

(2) John, ouvr. ct'/é, p. 19 et 51.

(3) Epht. 31, art. 8 etsuiv.

tins (obs. 47). Quelquefois enfin , à tous ces produits on a trouve mêlés des ascarides lombricoïdes , ou des vers tricuspides, comme dans les fièvres épidémiques observées à Gœttingue (Rœderer et et Wagler), et à Naples (Sarcone).

Le gaz qui distend les intestins , dans le cas de météorisme, est le gaz hydrogène sulfuré , ce que l'on reconnaît à son odeur et à la flamme bleue qui apparaît lorsqu'on approche une chandelle allumée d'une petite ouverture faite à la paroi abdominale.

Article 5. Altérations du mucus.

Des mucosités , ou une matière visqueuse , insipide , mêlée à une plus ou moins grande quantité de bile , existe ordinairement dans l'estomac. M. Louis a trouvé souvent près du duodénum une grande quantité de mucus uni à de la bile roussâtre et d'un jaune clair.

Le mucus , en contact dans l'intestin avec des ulcères imbibés de pus et de sanie, ne doit-il pas facilement s'altérer? Aussi a-ton dit que , dans les fièvres graves , le mucus a une âcreté qui excorie les tissus avec lesquels il est en contact, ce que je n'ai point eu occasion d'observer. Ce mucus intestinal est , suivant M. Prost (1), glaireux dans la première période des fièvres, aqueux dans la dernière période de l'adynamie.

M. Louis n'a trouvé dans les bronches que peu de mucus léger, d'un rouge clair : une fois ce mucus était véritablement puriforme.

Article 6. Altérations de la transpiration cutanée.

Rarement augmentée , la sueur est , au contraire , le plus souvent diminuée, et alors la peau est sèche , aride, terreuse, ce qui prouve bien la corrélation , ou solidarité physiologique, qui existe entre l'enveloppe cutanée et la peau rentrée ou la muqueuse gastro-intestinale (2). "

(1) Ouvr. cité, tom. I, p. 14.

(2) Cutis laxa alvi densitas ; cutis densa alvi laxiias. (Hipp.)

La sueur a été vue sanguinolente , et alors , ou bien il y avait hémorrliagie cutanée, ou bien la matière colorante du sang était entraînée avec elle. Elle est véritablement colliquative clans le cas où elle est fort abondante.

Elle est quelquefois froide et fétide dans la fièvre putride, où, suivant Deyeux et Parmentier, elle contient de l'ammoniaque et porte ainsi le caractère de la putréfaction : est-ce à ce caractère qu'il faut rapporter l'odeur de souris qu'on lui a quelquefois trouvée? ou bien cette odeur ne viendrait elle pas plutôt de ce que, dans le plus grand nombre des cas, les malades rendent involontairement leur urine ?

Article 7. Altérations de la sérosité céphalo-spinale.

De tous les liquides séreux, celui contenu entre les membranes du cerveau et de la moelle, et que M. Magendie a nommé céphalo-spinal ou cérébro-rachidien , est le plus important à étudier dans le genre de maladies qui nous occupe.

On sait , d'après les auteurs , que des épanchemens séreux ont été constatés dans le cerveau d'individus succombés dans le cours des fièvres graves. C'est ainsi que Willis a vu le cerveau infiltré, ses ventricules distendus et remplis de sérosité , chez des sujets morts d'une fièvre épidémique dans laquelle le cerveau et les nerfs étaient principalement affectés (1); Lancisi a constaté la même chose sur des sujets succombés dans le cours de fièvres malignes (2); Desbois de Rochefort, en 1785, à la Charité, a encore fait la même observation, d'où il avait cru apercevoir de l'analogie entre l'hydrocéphale aiguë et les fièvres nerveuses à leur plus haute période (3) ; Prost a aussi vu , dans les fièvres graves , cette surabondance du fluide séreux dans les ventricules et à la surface du cerveau.

(1) De morb. convuls. cap. S, p. 67.

(2) De nox. palud. effluv. lib. 2, epid. 3, cap. 6.

(3) Journ. gén. de la soc. de médecine de Paris, tom. L, p. 337 et 363,

Il résulte d'un grand nombre de recherches comparatives que j'ai entreprises dans le but de déterminer si la quantité du liquide céphalo-spinal est plus considérable dans l'un que dans l'autre des deux états adynamique et ataxique , que ce liquide existe en plus grande abondance dans la fièvre ou état adynamique que dans la fièvre ataxique.

Cette conclusion concorde tout-à-fait avec les recherches de Morgagni, qui n'a trouvé que peu de sérosité épanchée dans les cas de fièvre ataxique (1); de M. Barbier d'Amiens, qui rapporte la débilité musculaire générale dans la fièvre adynamique à la compression exercée par le fluide surabondant sur le centre cérébro-spinal et l'origine des nerfs vertébraux (2) ; de MM. Chauffard (5) et Broussais (4) , qui admettent que la fièvre adynamique est causée par l'irritation secondaire des parties profondes du centre cérébral, avec surabondance de sérosité dans les ventricules , tandis que l'état ataxique serait dû , d'après eux , à l'irritation secondaire de la superficie du cerveau.

Cette conclusion s'accorde encore avec les faits établis par MM. Foville, Serres, Pinel-Grandchamp , etc.; savoir, que la substance grise , externe , de la surface supérieure des hémisphères, semble plus particulièrement présider aux fonctions intellectuelles. D'où il suit que l'irritation de cette substance grise, ou de la convexité du cerveau , produirait les troubles de l'intelligence et V agitation qui caractérisent l'état ataxique ; tandis" que l'irritation profonde du cerveau , avec accumulation de sérosité , donnerait lieu à des symptômes de compression , d'adynamie ? comme dans les cas d'affections soporeuses.

RÉSUMÉ

1° Les organes des trois cavités splanchniques , c'est-à-dire les

(1) Voy. les lettres 4, 6, 7.

(2) Matière méd., tom. II , deux, éd., p. 222.

(3) Traité des fièvres prétendues essentielles, 1825.

(4) Annales de la médecine physiologique, octobre 1830.

organes les plus importans pour l'entretien de la vie , sont tous gravement altères dans les fièvres typhoïdes , ce qui justifie la dénomination de maladie trisplanchnique qu'on pourrait appliquer aux affections typhoïdes (Serres) ; nous chercherons avec soin , dans le chapitre suivant , à nous rendre compte de ce consensus morbide , de cette espèce de solidarité pathologique , dont la cause première ou secondaire doit nécessairement résider dans un système d'organes ou de fluides partout présens dans l'organisme, le système nerveux ou le sang.

2° La fréquence des altérations des organes n'est pas la même pour tous : c'est ainsi que les altérations intestinales (de l'intestin grêle) ne manquent pour aind dire jamais, au point que M. Louis les a regardées comme la lésion anatomique et caractéristique de l'affection typhoïde (1).

3° Les altérations du tube digestif, dans les fièvres typhoïdes , peuvent cependant n'être pas constantes ; nous verrons dans le chapitre suivant qu'il existe plusieurs causes de cette absence d'altérations intestinales.

4° Les altérations des liquides ne sont pas moins remarquables; celles du sang, en particulier, ont été le mieux constatées , bien que l'analyse chimique des fluides animaux laisse beaucoup à désirer ; nous tâcherons , dans le chapitre suivant , de dévoiler le véritable rôle qu'elles remplissent dans la production des symptômes typhoïdes.

5° Disons, par anticipation, qu'il peut exister des fièvres typhoïdes sans lésion apparente dans les organes , mais jamais alors sans altération des fluides, conclusion qui se trouve beaucoup mieux exprimée dans ce passage d'un auteur moderne : « Il n'est » aucune fièvre, dite essentielle, qu'on ne puisse rapporter, » comme à sa cause, à l'altération, soit de quelque solide , soit » du sang. Ces fièvres essentielles ne sont donc pas des maladies » générales, en ce sens qu'elles ont toujours un point de départ ;

(1) Ouv. cité, tom. I, p. 222 et 223.

» mais elles peuvent l'être en cet autre sens, qu'ayant quelquefois s leur siège dans les centres nerveux ou dans le sang , elles doi- » vent constituer une maladie partout présente, comme sont » partout présens et le sang et les nerfs... (1) »

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