‹ Des finances françaisesChapitre 5 sur 156 · X!V AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X!V AVANT-PROPOS

Lorsque, après avoir sauvé la Convention dans la journée du 13 vendémiaire ^ le général Bonaparte obtint le commandement de l'armée d'Italie, le numéraire était devenu tellement rare que le gouvernement eut une peine extrême à réunir la somme de quarante-huit mille francs pour venir en aide à une armée privée de sa solde depuis dixhuit mois, manquant de vivres, de vêtements, d'armes, de munitions, de chevaux, et qui cependant allait décider du sort de la nation. Les généraux s'estimèrent heureux de recevoir chacun quatrevingt-seize francs pour leur indemnité d'entrée en campagne. (Voir le Mémorial de Sainte-Hélène.^ La déplorable situation de cette armée ressort aussi, en termes saisissants, de la célèbre proclamation que lui adressait, le 10 avril 1796, au moment de franchir les Alpes, le futur conquérant de l'Italie :

ce Soldats, vous êtes mal nourris et presque nus; le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous... 3)

Quatre ans plus tard, nommé premier consul.

Napoléon Bonaparte prenait les rênes du gouvernement. Quoiqu'il eût envoyé au Directoire près de cinquante millions sur les contributions de guerre qu'il avait levées dans la Péninsule, il trouvait les caisses du Trésor presque entièrement vides, avec

AVANT-PROPOS. xv un énorme passif et un arriéré considérable dans tous les services publics \

Le 30 avril 1811 , le duc de Gaëte, ministre des finances, présentait à l'Empereur un rapport d'où nous extrayons les passages suivants :

a Je ne crains pas de le dire : Vhistoire n offre point d'époque à laquelle les Jinances d'un grand peuple aient été dans un état aussi prospère.

« Le trésor de Votre Majesté est toujours dans l'abondance; il acquitte à jour toutes ses dépenses; il n'a besoin pour ses recettes d'aucun crédit intermédiaire.

« Si Votre Majesté porte ses regards vers la source de toutes les richesses, l'agriculture, Elle la voit dans la situation la plus florissante, et le commerce intérieur a tout le mouvement que comportent les besoins d'une population de quarante millions. »

Il résulte de ce rapport que plus de 500 millions avaient été consacrés, en quatre ans, aux travaux publics extraordinaires, sans aggravation d'impôts ni accroissement de la dette de l'Etat; et cependant, sur un budget qui, jusqu'en 1811, ne s'est Jamais élevé à un milliard , les ministères de la

* Extrait des Mémoires de Napoléon :

« Le Trésor était i?ide ; il ne s'y trouvait pas de quoi expédier un courrier. Toutes les sources étaient ia.r\es , le cvéàïi anéanti; tout ëtail désordre, dilapidations, gaspillage. «

XYi AVANT-PROPOS, guerre et de la marine prélevaient chaque année plus de 500 millions. Le gouvernement avait pu, non-seulement équilibrer les budgets, mais les clore presque tous avec des excédants de recettes.

Avant d'expliquer en détail les institutions qui ont produit un si rapide et si merveilleux changement dans la fortune publique et privée de la France, nous croyons devoir exposer brièvement la situation financière des gouvernements antérieurs à celui de Napoléon

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