LIVRE II
M FoulJ, liomme crÉtat habile, expérimenté, mais préoccupé avant tout de rinlérét financier, ne s'arrêta pas devant ce danger, qu'il crut pouvoir conjurer à Taide d'un système nouveau. Il n'était plus ministre; mais ayant conservé les fonctions de membre du conseil privé, il adressa de Tarbes à l'Empereur, le 29 septembre 1861 , un mémoire qui produisit sur Sa Alajesté l'impression la plus vive. Après Ténumération des crédits supplémentaires et extraordinaires ouverts par décrets, depuis 1852, et dont la plupart avaient pour but l'exécution de grands travaux publics, le mémoire se terminait ainsi :
« Avant de former mon opinion et de conseiller à Votre Majesté de renoncer à la fiiculté de disposer, sans vote préalable du Corps législatif, des ressources de l'Etat, j'ai examiné quelles pouvaient être les conséquences de cet abandon, et plus j'ai approfondi la question, plus il m'a semblé que cette prérogative créait à l'Empereur de graves difficultés sans aucun avantage pour les compenser...
a Devant l'étranger, si le pouvoir de disposer, à un moment donné et sans intermédiaire, de toutes les ressources d'une grande nation est une force, il est sûrement aussi un danger. La crainte qu'il inspire à tous les voisins les oblige à des armements. Ils ne se rassurent qu'en réunissant des forces supérieuresà celles dont ils se croient menacés, et que leurs inquiétudes exagèrent encore. Aussi cette crainte est-elle peut-être aujourd'hui le seul lien qui unisse encore, dans un sentiment commun , les populations de l'Europe que leurs institutions et leurs intérêts tendraient à séparer. Il n'y a pas de calomnies absurdes qui ne soient accueillies, pas de projets sinistres qui ne trouvent créance parmi elles.
ic Votre Majesté, si Elle renonçait à ce pouvoir plus
apparent que réel, plus menaçant qu'efficace, ne rendrait pas seulement la confiance à la France; Elle calmerait les inquiétudes de l'Europe et ôterait tout prétexte à des menées hostiles. Lorsqu'on verrait les dépenses de l'armée et de la marine soumises au vote régulier du Corps législatif, on ne pourrait plus se croire placé sous le coup d'une attaque subite et imprévue; les gouvernements ne se livreraient plus à ces luttes ruineuses qui les poussent à l'envi les uns des autres dans la voie des armements et des préparatifs militaires; les populations ne verraient plus augmenter annuellement les charges qui les excitent contre la France, et dont on essaye de faire remonter Todieux jusqu'à l'Empereur.
ce Alors tout devient facile : la sécurité se rétablit, les ressources se développent, les embarras de la situation actuelle se règlent dans des conditions favorables, et après avoir pourvu aux exigences du passé, on n'a plus à craindre de les voir se reproduire.
ce En admettant même, contre toute prol)abilité, que d'une paix complète, l'Europe dût passer tout à coup à l'état de guerre, l'abandon que l'Empereur aurait fait de sa prérogative, en ce qui concerne les dépenses publiques, serait, selon moi, sans danger.
ce Quelle a été, en effet, de tout temps, la puissance la plus tôt prête à entrer en campagne? LMiisloire est là pour répondre que c'est la France. Les habitudes belliqueuses de la nation, son amour de la gloire, la confiance dans le chef qu'elle s'est donné, en sont une garantie assurée. Jamais notre pays n'est resté sourd au premier cri de guerre, et il a toujours surpris ses ennemis par la rapidité de ses armements et l'explosion soudaine et irrésistible de son énergie. L'Empereur n'a pas oublié l'enthousiasme immense qui l'accompagnait