GABELLES
Le mot gabelle^ en saxon gahel (tribut), désignait originairement plusieurs sortes d'impôts. Il n'a été plus tard appliqué qu'à celui du sel. C'était à la fois Tun des impôts les plus productifs et les plus tyranniques Il figurait pour près de 50 millions dans le dernier traité passé en 1786 avec la Compagnie des fermiers généraux. L'inégalité de la répartition entre les diverses régions de la France établissait dans le prix de vente une différence qui s'élevait, d'une province à l'autre, de 3 francs le quintal à plus de 60. Ainsi, tandis qu'on ne le payait en Bretagne que 3 francs, les fermiers exigeaient dans la province contiguë du Maine 58 francs par quintal , et dans la Touraine et l'Orléanais jusqu'à 61 francs. Delà des collisions journalières et sanglantes entre la force armée et des milliers de contrebandiers, hommes, femmes et enfants. La rigueur des peines ne pouvait réprimer une fraude qui rapportait d'énormes bénéfices; elle fournissait aux bagnes le tiers de leur population. Ce qui rendait cette taxe encore plus vexatoire , c'est que chaque famille était obligée d'acheter la quantité déterminée par les fermiers eux-mêmes; aussi son abolition a-t-elle été considérée comme Tun des grands bienfaits de la révolution de 1789.
Nous terminerons ce paragraphe en citant un étrange usage les exigences du fisc avaient rendu cette denrée tellement précieuse que les rois faisaient des distributions de Sel ou gratuites, ou à un prix inférieur au prix ordinaire, à des personnages revêtus de hautes dignités ou exerçant des fonctions élevées dans la magistrature.
LIVUE PREMIER.