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CHAPITRE DEUXIÈME

DE L'EXCITATION NERVEUSE, OU DES PHÉNOMÈNES D'IMPRES- SIONNABILITÉ ET D'INNERVATION, CONSIDÉRÉS DANS LEURS RAPPORTS AVEC L'ÉDUCATION PHYSIQUE ET MORALE.

L'éducation doit être définie : L'emploi de tous les moyens dont la société et la famille disposent, dans le but d'éclairer et de diriger l'activité de l'homme et de développer convenablement son organisme, en agissant, soit sur les populations en général, soit sur chaque individu en particulier. En définissant ainsi l'éducation, nous élargissons les limites qui lui sont ordinairement assignées. Nous la présentons avec le cortège des influences à l'aide desquelles l'homme exerce son empire, non-seulement sur l'organisme des individus, mais encore sur celui des générations qui nous suivent immédiatement, bien plus, sur celui des générations les plus éloignées. Dans l'appréciation des phénomènes physiologiques qui en résultent, on ne saurait séparer, sans erreur, l'éducation privée de l'éducation sociale. Dans le chapitre précédent nous avons fixé l'attention des lecteurs sur ce point, nous n'y reviendrons pas. Ayons soin, plutôt, de déterminer les caractères qui distinguent l'éducation morale et l'éducation physique.

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Nous nous sommes fait une loi, dans l'intérêt de la clarté et de la rigueur des inductions que nous avons à faire valoir, d'éviter toute dénomination qui n'aurait pas été nettement définie.

La vie de l'homme est une et indivisible. Les distinctions que nous faisons de vie spirituelle, de vie animale, de vie organique, sont des procédés de notre esprit, des conceptions nécessaires à la coordination méthodique des phénomènes physiologiques ; mais elles n'existent point, dans la réahté, avec cette séparation qu'elles semblent exprimer. D'une part, les opérations cérébrales, déterminées par les excitations spirituelles, sont nécessaires à la vie animale et à la vie organique de l'homme ; elles portent leur action dans tout l'organisme; de l'autre, les opérations des divers organes sont indispensables à la vie spirituelle ; elles portent leur influence sur tous les actes de la vie morale et intellectuelle. Il résulte de celte action réciproque, si générale et si profonde, que l'emploi des moyens éducateurs ne saurait être considéré sous deux aspects complètement distincts, complètement différents. Nous voyons l'éducation dite morale, qui a pour objet d'éclairer et de diriger l'activité spirituelle de l'homme, concourir au développement et b. l'exercice régulier de son organisme. Nous voyons l'éducation dilc pliysique, qui a pour objet principal le développement fonctionnel des aptitudes organiques, donner lieu à des conditions physiologiques plus ou moins nécessaires, plus ou moins appropriées à la vie morale et intellectuelle. L'éducation morale et l'éducation physique se confon"

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dent donc dans iin résultat général et commun : dans la production régulière et normale des phénomènes de la vie humaine.

Toutefois une distinction méthodique est nécessaire. Si nous croyons devoir en étabUr une entre l'éducation morale et l'éducation physique, il faut avoir égard au but que nous avons plus particulièrement en vue dans l'une ou dans l'autre, plutôt qu'à la nature pJ>ysiqne ou morale des moyens employés. Il nous importe, en effet, malgré les conditions d'unité et d'indivisibiUté qu'il faut sans cesse avoir présentes à l'esprit, dans l'étude de la vie, de discerner le but particuher que nous nous proposons dans l'emploi des divers moyens éducateurs qui sont à notre disposition. 11 est bon, par exemple, que, tout en tenant compte des conditions physiologiques qui résultent de l'éducation morale et qui se manifestent par la santé, par la force, nous ne confondions pas ce résultat avec le but spécial que l'éducation morale a pour objet d'atteindre (1). Nous savons que celle-ci commande, dans des circonstances déterminées, les privations pénibles, les souffrances vives et prolongées, la mort elle-même. Il en est de même de l'éducation physique. Bien qu'elle prête un concours indispensable à l'exercice des facultés morales et intellectuelles, il ne s'ensuit pas que ce concours soit toujours le but recherché par l'éducation physique. On voit tous les jours que la santé et l'énergie des

(1) Nous ne sommes pas de l'avis de Sénèque, qui condamnait la colère parce qu'elle donne des maux de tète. Ce n'est pas une considération de cet ordre qui nous fait condamner l'ivrognerie.

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tondions les plus indispensables à la vie ne sont point incompatibles avec des sentiments égoïstes et des conceptions étroites. L'éducation physique et l'éducation morale qui, ainsi que nous l'avons vu, se confondent, en réalité, dans un résultat général et commun, sont donc séparées dans notre esprit par la considération d'un but spécial et distinct. Aussi, restituant aux mots physique et moral la signification qui leur appartient dans la pratique de la vie et dans la logique du langage, préférerions-nous distinguer l'éducation en éducation orr/anique et en éducation spirituelle. Indiquer le but sans préjuger la nature des moyens qui peuvent être indifféremment moraux ou physiques, tel est l'avantage de ces dénominations. Par l'une, nous indiquons le but de l'éducation dite morale qui s'adresse à l'esprit et qui est appelée à féconder notre activité morale et intellectuelle ; par l'autre, nous indiquons le but de l'éducation dite physique qui s'adresse à l'organisme et qui est appelée à en développer les aptitudes. Bien que nous soyons dispose à ne recourir à ces expressions qu'avec une grande réserve, il nous importe de les maintenir dans la pensée de nos lecteurs, car elles se lient étroitement à l'ensemble de nos vues sur le sujet que nous traitons (1).

(1) Comme l'enseignement peut être bon ou mauvais, vrai ou faux, comme le but d'activité peut être placé dans la satisfaction de régoïsme, aussi bien que dans l'accomplissement de la loi de charité, il en résulte que l'éducation que Von appelle morale, peut être fort immorale. C'est encore une raison, si l'on veut donner au langage la précision que les idées réclament, pour préférer à un mot qui emporte avec lui sa qualification de moralité^ celui qui sert à examiner le but le plus général de

DE l'excitation NERVEUSE

SECTION PREMIÈRE

DE l'influence EXERCÉE PAR LES MOYENS PROPRES A

l'Éducation organique sur les conditions physiologiques DE l'excitation NERVEUSE.

Toute manifestation de la vie humaine réclamant, pour se produire, le concours de l'organisme, développer convenablement, à l'aide des moyens appropriés, les aptitudes de cet organisme, c'est contribuer avec l'éducation spirituelle à assurer à l'activité de l'homme le libre exercice de ses facultés morales et intellectuelles.

C'est dans celte pensée que nous définissons l'éducation physique : l'emploi des moyens qui ont pour objet, en dirigeant convenablement le développement de l'organisme, de rendre faciles et énergiques les opérations fonctionnelles auxquelles il concourt, afin que l'activité humaine, éclairée et dirigée par l'éducation spirituelle, soit moins Umitée dans sa liberté, afin que l'homme puisse sentir, raisonner et agir avec ordre, faciUté et énergie.

Nous n'avons pas besoin de rappeler que l'éducation physique n'est pas seule en mesure d'agir sur l'organisme et d'en développer les aptitudes, et que l'éducation spirituelle exerce sa part d'influence sur la pro-

l'enseignement. Le mot que nous proposons exclut d'ailleurs toute application aux animaux, à Tégard desquels l'expression d'éducation morale est fréquemment employée, grâce à l'effroyable confusion qui règne dans le langage des physiologistes.

duction des phénomènes de la vie soit animale, soit organique. Les moyens dont l'éducation morale dispose doivent donc être signalés comme jouant un très-grand rôle dans l'éducation organique. Ces moyens sont ceux que nous croyons devoir énoncer en première ligne. Tels sont les enseignements qui donnent, au moyen du langage, les idées premières sans lesquelles toute opération cérébrale, dans les actes de l'entendement, étant impossible, l'organisme nerveux s'arrêterait dans son développement. Tels sont les enseignements religieux et sociaux qui donnent à l'activité humaine un but déterminé, un code de devoirs, une règle générale de conduite. Tels sont les moyens auxiliaires de ces enseignements, les exemples, les arts d'expression, les récompenses et les peines, qui déterminent dans le système nerveux des phénomènes d'impressionnabilité affective, en même temps qu'ils rappellent les prescriptions morales, etc. Telles sont, en un mot, toutes les notions qui servent, d'une part, à rendre possibles les opérations de l'appareil cérébral, et, de l'autre, à faire prédominer les impressions favorables à la santé, à l'harmonie des fonctions, au développement régulier des aptitudes organiques.

A la suite de ces inlluences dont l'emploi constitue l'éducation dite morale, viennent celles qui appartiennent plus particulièrement à l'éducation dite physique. Tels sont les soins hygiéniques exigés pendant la gestation et l'allaitement, ceux qui sont exigés par l'enfance, par l'adolescence, jusques après l'époque de la puberté. Ces soins peuvent se réduire à ces deux

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faits généraux de l' hygiène : le régime et les exercices.

Le régime consiste dans les soins concernant le choix des aliments, des boissons, les conditions de l'air et de la températm-e, les vêtements, les habitations, la propreté, etc. Ces soins ont pom' objet de veiller à l'accomplissement normal de l'hématose et de la nutrition générale.

Les exercices consistent dans le renouvellement gradué et convenablement dirigé des opérations organiques qui dépendent de la volonté. Nous pouvons les distinguer en exercices sensoriaux, musculaires et intellectuels ou logiques (1). Les exercices ont pour but de rendre plus faciles et plus énergiques les opérations fonctionnelles de l'organisme, en même temps que de déterminer des diversions salutaires que la loi de balancement ou d'antagonisme nous permet d'obtenir. A ce dernier titre, nous pourrions ajouter les exercices affectifs ou, comme on dit, la gymnastique morale, qui auraient pour objet de provoquer, de combattre ou de modérer, dans l'intérêt de la santé, des émotions plus ou moins vives, agréables ou pénibles.

(1) Les aptitudes dites intellectuelles sont dans le domaine de l'éducation physique comme toutes les aptitudes fonctionnelles de Torganisme. Nous ne faisons donc point la faute de confondre avec les moyens propres à l'éducation spirituelle les exercices à l'aide desquels l'éducation organique développe l'appareil cérébral. Nous regardons comme appartenant à l'éducation spirituelle ou morale les notions qu'elle transmet; mais lorsqu'il s'agit des opérations qui en résultent, elles appartiennent au domainê de l'éducation organique, ou, en d'autres termes, à l'éducation physique de l'appareil encéphalique. C'est ainsi que ressort de toute part l'opportunité de nommer l'éducation en énonçant le but qu'elle tend à atteindre, plutôt que la nature des moyens dont elle dispose.

bANS SES ËAPPORtS AVEC L'ÈDÙOATION. §1

Nous ne croyons pas nécessaire de présenter le tableau complet de l'inlluence exercée par les divers moyens de l'éducation physique dont l'ensemble con slitue le régime et les exercices, sur les fonctions et le développement de l'organisme en général et du système nerveux en particulier. Ce sujet a été suffisamment étudié et convenablement trailé par plusieurs auteurs. De ce que les pages que nous consacrons à l'apprécia tion physiologique et pathologique des moyens de l'éducation physique doivent figurer dans le cadre qui nous est tracé, il- n'en résulte pas que nous devions les destiner à reproduire des détails suffisamment connus. Nous nous bornerons donc à l'énoncé des faits généraux qui doivent servir de base et de point de départ aux inductions théoriques que nous ferons ressortir plus loin.

§ I". Du régime considéré dans ses rapports avec l'excitation nerveuse.

Deux éléments inséparables et pourtant distincts sont appelés à concourir à la production des phénomènes d'impressionnabilité et d'innervation. Ces deux éléments sont le tissu nerveux et la circulation artérielle. Les changements qu'on obtient dans les conditions physiologiques du premier de ces éléments sont plus particulièrement sous la dépendance des exercices et des moyens propres à l'éducation morale; ceux qu'on obtient dans les conditions physiologiques du deuxième de ces éléments, dépendent plus i)articulièrc-

CERISE. /j

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ment du régime. C'est de ces derniers qu'il s'agit dans ce paragraphe.

L'intervention du sang dans les opérations du système nerveux est un fait incontestable que nous devons nous contenter de signaler ici, sauf à y revenir plus tard. Nous le regardons, pour le moment, comme étant accepté par nos lecteurs. C'est par l'appréciation de ce fait que nous pouvons concevoir l'empire exercé sur les phénomènes d'impressionnabiUté et d'innervation par les diverses fonctions de la vie de nutrition. Grâce à cette intervention de la circulation artérielle, toutes les influences qui concourent directement au renouvellement du sang et dont la direction constitue le régime, peuvent être étudiées dans leurs rapports avec les excitations nerveuses. L'étude de ces rapports offre un grand intérêt. 11 ne faut pas craindre de s'y engager, car elle peut faire jaillir de vives lumières, non-seulement sur les plus hautes questions de la physiologie, mais encore sur les problèmes les plus importants de l'hygiène et de la thérapeutique. Les données de la physiologie, celles de l'observation et de l'expérience cliniques, doivent nous servir de guide dans cette étude. Nous les exposerons rapidement.

On a toujours présenté les faits d'impressionnabiUté et d'innervation comme variant dans leurs manifesta^ lions avec les diverses conditions physiologiques qui constituent les tempéraments. Dans le tempérament sanguin, par exemple, dans lequel la circulation artérielle semble prédominer, ces faits se produisent avec un caractère qui diffère de celui qu'on a remarqué

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dans d'autres tempéraments, dans les tempéraments dits nerveux, mélancoliques, lymphatiques, etc., dans lesquels le sang- artériel est loin d'être regardé comme prédominant. Dans le tempérament sanguin, l'impressionnabilité et l'innervation tendent à devenir désordonnées par l'excès de l'élément artériel de la névrosité (1), qui intervient dans l'excitation nerveuse. Quant aux autres tempéraments, la plupart des troubles de l'impressionnabilité qui en résultent tiennent à ce que cet élément est en défaut et ne répond point, par sa quantité ou par sa qualité, au développement du tissu nerveux ni aux opérations souvent sollicitée^ de ce tissu.

Lorsque le principe actif du sang artériel est en défaut, ainsi que cela a lieu chez les personnes faibles, lymphatiques, anémiques, cblorotiques, à la suite d'une violente hémorrhagie, d'abondantes saignées, d'une diète prolongée, etc., les opérations du système nerveux sont en souffrance et deviennent désordonnées. On dit, dans ce cas, d'un enfant, qu'il est nonseulement faible, mais encore trés-surexcitable, trèsmobile, très -impressionnable , très-nerveux enfin, disposition qui, comme on le sait, se rencontre en même temps qu'un grand appauvrissement de nulri-

(1) Nous entendons par névro^Ué la force développée parle contact do l'élément médullaire et de l'élément artériel, dans l'excitation nerveuse ou, en d'autres termes, dans la production des phénomènes d'impressionnabilité et d'innervation. Il en sera plus spécialement question dans les chapitres consacrés à exposer notre doctrine de l'éducabililé cl de la surexcitation du système nerveux. Nous nous bornons ici à énoncer les faits généraux.

t>t l'excitation rervèusë lion. 11 y a des constil niions Irès-cliétives qui manifestent précisément un très-haut degré de convulsibilité. En effet, toute excitation dans un appareil nerveux, pour se produire sous rinlkiènce d'une stimulation appropriée, doit dépenser une somme déterminée de névrosilé, ou, si l'on veut, une somme déterminée d'éléments nerveux et d'éléments artériels. Cela étant, l'élément artériel qui concourt à la production de la névrosité, dans l'excitation nerveuse, ne saurait être iburni, si la constitution est cliélive, si la nutrition générale est appauvrie, par la même quantité de sang qui suffirait pour la fournir dans une constitution plus riche. Il en résulte que l'excitation réclamerait le concours d'un volume plus considérable de sang, que ce concours, étant disproportionné avec les conditions congénitales du tissu nerveux, ne peut être offert et que tous les symptômes de la surexcitation ont lieu. Aussi peut-on affirmer que, dans certains cas, la surexcitabilité nerveuse est en raison directe de l'appauvrissement artériel.

Lorsque les principes actifs du sang sont en excès dans le Huide artériel, il devient une stimulation toujours présente et sans cesse renouvelée. Il peut aller jusqu'à occasionner dans les tissus environnants et dans le tissu nerveux lui-même, tous les phénomènes de la surexcitation désignés sous le nom d'inllammation, d'irritation, d'hypérémic, d'hypersthénie, de congestion active, etc.

C'est ainsi que deux conditions opposées, l'excès cl le défaut de l'élément artériel de la névrosité, tendent

DANS SES BAPPOKTS AVEC l'ÉDUCATTON. 85

;i donner naissance à des phénomènes analogues, mais non idenliques, qui se présentent à nous sous la forme de troubles de l'impressionnahilité et de l'innervation. Les dispositions physiologiques dont nous parlons présentent, au reste, dans leurs résultats, des différences nombreuses dont nous devons signaler les principales.

Dans les circonstances où l'élément artériel de la névrosité est: en défaut, ou se trouve altéré dans sa nature, de grands désordres nerveux peuvent avoir lieu et présenter des symptômes apparents de vive irritation, de congestion violente, sans oflrir de traces bien évidentes d'une altération anatomo-pathologique dans les organes ipii en sont le siège. 11 n'en est pas de môme dans les circonstances où les principes dont nous parlons sont en excès : les désordres qui en résultent sont presque toujours accompagnés des altérations plus ou moins évidentes qui caractérisent l' inflammation.

Dans le premier cas, les symptômes de l'anémie ou de la prédominance du sérum dans le sang, les formes grêles, la pâleur, un pouls petit, très-variable, la faiblesse musculaire, etc., se montrent à l'observateur. Souvent les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation, qui figurent dans le cortège de ces symptômes, suivent de près une hémorrhagie grave ou des saianées abondantes. Dans le second cas, tous les signes de l'hypérémie et de la pléthore, les formes arrondies, l'incarnat des joues, un pouls plein et uniforme, la vigueur des mouvements, etc., se font remarquer, et jes troubles nerveux qui surviennent accusent plutôt

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une alimentafcîon trop succulente, l'abus des liqueurs alcooliques, etc.

Lorsque la nutrition est appauvrie dans son élément principal, et que le sang est dépourvu d'une quantité suffisante de principes actifs, le repos et le sommeil sont plus vivement réclamés, que lorsque ces principes abondent. Or, le sommeil et le repos, en interrompant plus ou moins complètement la production des phénomènes d'impressionnabilitè et d'innervation, constitue un état physiologique dans lequel la déperdition de la névrosité est suspendue en grande partie, dans lequel les éléments nerveux et artériel qui concourent à la produire, se réparent et s'accumulent.

Quant aux manifestations effectives, elles sont plus prononcées, plus vivement produites, plus soudaines, chez les personnes anémiques, toutes circonstances égales d'ailleurs ; mais elles persistent moins longtemps et se succèdent plus rapidement que chez celles qui sont douées d'une constitution moins défavorable à l'exercice normal des fonctions nerveuses ; elles sont incontestablement moins vives, moins désordonnées chez les personnes dont le tempérament plus heureux présente toutes les conditions d'une riche et abondante nutrition. On remarque, à la vérité, les personnes faibles et mobiles, qui semblent incapables de grands efforts intellectuels, d'une grande énergie de sensibilité, lorsqu'elles sont vivement sollicitées par un puissant mobile, ou lorsque la nécessité les y contraint, lorsque de grandes circonstances les excitent, déployer des ressources qu'on n'attendait pas et des résultats qui

étonnent. C'est que, dans ces cas, elles soi\t sous l'empire d'une condition en quelque sorte fébrile; c'est que la circulation s'est réellement accrue ; c'est que, dans un même temps donné, une quantité plus considérable de sang est appelée dans l'appareil encéphalique ; c'est enfin que la névrosité, produite ainsi, réagit à son tour sur la circulation et lui communique une énergie vitale qui lui manquait. Il en résulte qu'après avoir prolongé plus ou moins longtemps ce surcroît de vie auquel les Anglais ont donné le nom â'over exertmn, les personnes dont nous parlons tombent dans un épuisement qui réclame les plus grands ménagements.

Ces personnes se distinguent encore de celles dont la surexcitabilité nerveuse dépend d'une condition opposée, en ce que les unes éprouvent, dans l'inaction, l'impression pénible d'une lassitude générale, d'un abattement invincible, que n'éprouvent pas les autres. Il en est qui n'osent essayer les plus légers mouvements, pour lesquelles toute détermination, tout exercice, toute activité, sont un effort douloureux, et qui, lorsque sur de pressantes sollicitations les premiers pas ont été faits, se trouvent ranimées en peu d'instants, deviennent pleines de vigueur et paraissent presque infatigables. Il en est que quelques gouttes d'une liqueur stimulante disposent admirablement aux opérations intellectuelles, aux manifestations atTectives, à l'agilité musculaire, et qui, lorsque l'effet désiré a atteint son terme, retombent ensuite, plus profondément que jamais, dans toutes les conditions de l'apathie

^'^S DIÎ l'excitation NEHVEUsf.

et de l'épuisement. On voit rarement de pareils phénomènes se produire chez les personnes dont la nutrition est plus riche, plus active. Il y a dans les cas dont nous parlons, production et déperdition excessive de névrosite occasionnée, d'une part, par l'activité augmentée de la circulation, et de l'autre, par l'activité accrue de l'élément nerveux. Or, comme les conditions physiologiques préexistantes restent les mêmes, comme elles ne sont pas améliorées, cette production, en quelque sorte factice de névrosité, est suivie nécessairement d'un état d'énervation plus pénihle qu'auparavant. Le même phénomène a lieu à la suite de certains mouvements fébriles pendant la durée desquels l'excitabilité nerveuse est accrue d une manière remarquable. L'usage des narcotiques donne naissance à des effets analogues. Ces effets se montrent avec une intensité plus grande chez les personnes faibles, mobiles, anémiques ou nerveuses, que chez les personnes douées d'une constitution mieux équihbrée.

Les différences que nous venons de signaler se montrent sous un nouvel aspect dans les moyens employés pour diminuer et combattre les inconvénients de ces deux conditions opposées. Ainsi pour les enfants mobiles et faibles on conseille, en môme temps qu'un sommeil prolongé, des aliments très-riches en éléments nulritifs, des boissons excitantes et toniques, la lumière solaire, des affusions froides, un air oxygéné et d'une température plus ou moins élevée ; tandis que pour les enfants doués, comme on le dit, d'un tempérament plutôt sanguin que nerveux, forts et vivement colorés,

on recommande des évacuations sanguines, des aliments muciiagineux, des boissons acidulées, des bains tièdes, des exercices prolongés, etc. Ainsi la diète qu'on ordonne à ceux-ci est souvent nuisible à ceux-là. En général, la prédisposition des uns aux désordres nerveux avec intlammation détermine l'emploi des moyens antipblogistiques, tandis que les prédispositions des autres aux désordres nerveux sans inllammation, détermine l'emploi des moyens hygiéniques propres à accroître l'énergie des fonctions assimilatrices, et, comme on le dit, à donner du ton aux organes. En d'autres termes, dans la surexcitation nerveuse, avec excès des principes actifs dont nous parlons, les moyens dits contre-stimulants sont conseillés, tandis que dans la surexcitation nerveuse avec défaut de ces principes, ce sont au contraire les moyens dits stimulants. La plupart des antispasmodiques sont de ce nombre.

Il résulte de ces données diverses de la physiologie, de la pathologie, de l'hygiène et de la thérapeutique, que nous pouvons apprécier l'action des diverses conditions du sang, et par conséquent celle des influences dont remploi constitue le régime, sur les phénomènes de l'excitation nerveuse, de l'impressionnabilité et de l'innervation. Evidemment ces phénomènes varient tantôt avec l'activité de la circulation artérielle, tantôt avec les conditions du sang. Ils sont d'autant plus énergiquement produits, toutes choses égales d'ailleurs, que le sang parcourt plus rapidement les artères et intervient plus activement dans les opérations céré-

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braies (1). Concluons que ces opérations ont lieu au moyen d'une combinaison qui s'établit entre le sangartériel et la substance nerveuse, lorsque celle-ci est excitée par une cause appropriée. Le sang rouge, dans cette combinaison mystérieuse, fournit un de ses principes les plus actifs dont la nature ou l'essence nous échappent, et qu'il nous est peut-être refusé de jamais connaître. Mais ce principe varie dans ses proportions ou dans son intensité d'action, avec lesvconditions physiologiques des individus. Il en résulte des différences dans les phénomènes de l'impressionnabilité et de l'innervation qui ont frappé les médecins, et qui ont dicté leurs prescriptions hygiéniques et thérapeutiques.

Les conditions du sang, considérées dans leurs rapports avec les opérations générales du système nerveux, doivent donc être l'objet d'une étude spéciale, si l'on veut apprécier l'influence des moyens propres au régime sur les phénomènes d'impressionnabilité et d'innervation. Il est inutile de rappeler que ces moyens consistent dans les soins hygiéniques qui ont pour objet

(1) D'après nos observations personnelles, on doit, dans la pathogénie et dans l'étiologie du crétinisme, tenir compte non-seulement des influences sociales, climatologiques et hygiéniques, mais encore des conditions congénitales de Torganisme en général et du sang en particulier. Nous avons examiné les pulsations artérielles d'un grand nombre de ces malheureux, de ceux surtout qui nous semblaient atteints au plus haut degré de cette afireuse maladie -, nous avons toujours remarqué que, à l'âge adulte, elles étaient aussi faibles, aussi peu développées et aussi fréquentes que le sont ordinairement celles des enfants. Le calibre de leurs artères est loin de répondre au volume apparent de leur organisme nerveux dans les proportions qui sont observées chez les autres hommes.

les conditions de l'air et de la température, celles des aliments, des boissons, le choix des vêtements et des habitations ; la propreté, l'emploi de certains médicaments, etc. ; tous les soins, en un mot, qui ont plus particulièrement pour objet de diriger l'accomplissement normal et régiiHer des fonctions dont le concours est nécessaire à l'hématose et à la nutrition générale. Telles sont la respiration, la circulation, la digestion, l'absorption, les sécrétions, les excrétions, etc. Nous nous abstenons d'entrer dans des détails superflus touchant chacune de ces fonctions. Il en sera question lorsque nous apprécierons plus particulièrement les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation dépendant de la mauvaise direction du régime.

§ II. Des exercices considérés dans leurs rapports avec l'excitation nerveuse.

Le régime comprend l'ensemble des moyens de l'éducation physique propres à agir sur les opérations du système nerveux, en déterminant les conditions de circulation, de déperdition et de nutrition générales. Nous verrons que les exercices constituent l'ensemble des moyens de l'éducation physique propres à agir sur les opérations du système nerveux en déterminant les conditions de circulation, de déperdition et de nutrition locales. Par le régime, l'éducation intervient dans les conditions de l'élément artériel de la névrosité ; par les exercices, elle intervient plus particulièrement dans les conditions de l'élément nerveux (J).

(1) Il est des .substances qui semblent exercer une action immédiafe

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Nous avons divisé les exercices en sensoriaux, intellectuels ou logiques, et musculaires. Nous avons ajouté les exercices affectifs qui, dans certains cas, ont un caractère exclusivement hygiénique et thérapeutique. Les exercices sensoriaux sont ceux qui servent à développer convenahlement et à perfectionner les appareils delà vision, de l'audition, de l'ollaction, de la gustation et du toucher. Les exercices intellectuels sont ceux qui ont pour hut le développement fonctionnel de l'appareil cérébral, considéré comme l'instrument des aptitudes physiologiques indispensable à l'esprit, dans l'œuvre du raisonnement, et que, à ce titre, nous appelons quelquefois appareil logique. Les exercices musculaires sont ceux qui ont pour objet de développer les appareils locomoteurs, celui de la marche, de la préhension, de la parole, etc.

Les exercices alTectifs consistent dans l'emploi de certains moyens que nous désignons sous le nom d'impressions affectives et qui ont pour but de donner lieu à des modifications organiques, réclamées dans l'intérêt de la santé et de la force, en même temps que dans celui du caractère. Il est des cas oii le renouvellement des impressions affectives a pour résultat des modifications exclusivement organiques. C'est à l'aide de ces moyens, associés avec art aux divers mouvements

sur la pulpe nerveuse, iudépendaniment de la circulation artérielle. Bien que l'emploi de ces substances regarde particulièrement le régime, nous n'en n'avons point parlé dans le paragraphe précédent. Elles constituent une exception trop peu importante aux faits généraux que nous avions à exposer, pour que nous ayons cru devoir les mentionner,

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instinclils, que riiomrne [)arvient à dompter et. à rendre tlomestiques des animaux que la nature semble avoir placés, par leur ierocité et par la force dont elle les a doués, hors du domaine de son activité éducatrice. Il suffit que nous ayons sous les yeux l'exemple de cette puissance des exercices atlectifs sur les animaux pour que nous les regardions comme appartenant, dans quelques circonstances, à l'éducation organique. Chez l'homme, toutefois, le renouvellement des impressions aiVectives, ass6ciées aux actes divers de son enfance, trouve dans l'éducation spirituelle une source d'in- Iluences tellement féconde, un concours si efficace, une direction morale et intellectuelle si importante, que Ton doit, en ayant égard au but auquel ils sont généralement consacrés, regarder les exercices affectifs comme des moyens propres à l'éducation morale. Ils appartiennent exceptionnellement à l'éducation physique dans le cas où il s'agit : 1" d'opérer des diversions salutaires, en vertu de la loi d'antagonisme ou de balancement qui régit les divers appareils du système nerveux, diversions réclamées par la santé, dans les adeclions occasionnées par les chagrins, par les vives préoccupations intellectuelles, etc. ; 2" d'opérer une excitation générale, stimulant sympathiquement tout l'organisme nerveux, dans les affections résultant de l'ennui, de l'oisiveté, de l'inaction, ou même dans quelques cas de faiblesse et d'apathie générales ; 3" de modifier certaines conditions héréditaires ou acquises du système nerveux, en provoquant des faits d'imitation sympathique, en cbranlantvivementrimaginalion, etc.;

9ll DE l'excitation NERVEUSE

li° de modifier certaines prédispositions, soit en associant des émotions agréables aux manifestations physiologiques que Ton veut provoquer, soit en associant des émotions pénibles aux manifestations physiologiques que l'on veut empêcher. Ainsi, on parvient, par des moyens habilement ménagés qu'on appelle récompenses ou châtiments, à faire prédominer le courage sur la poltronnerie, la sensibilité sur l'indifférence, l'activité sur l'apathie, la douceur sur la violence, etc. Mais nous touchons, on le voit, à l'éducation morale, à laquelle appartiennent particulièrement les exercices affectifs. Il nous suffit d'en avoir signalé les résultats physiologiques les plus généraux, tels que nous les montrent l'observation et l'expérience hygiéniques. Gomme ces résultats échappent à la loi commune aux autres exercices, nous ne devons pas les examiner dans ce paragraphe.

Il est inutile de nous arrêter à décrire les avantages qui résultent des exercices des divers appareils de l'organisme nerveux. Ces choses sont suffisamment connues. Tout le monde sait que les sensations sont d'autant plus nettes, d'autant moins confuses, d'autant plus étendues, que les appareils sensoriaux ont été mieux exercés. On n'a qu'à observer ce qui a lieu chez les coloristes, chez les musiciens, chez les expérimentateurs physiciens et chimistes, chez les observateurs astronomes et médecins, chez les ouvriers qui se hvrent à des travaux manuels très-délicats, chez les gourmets, les cuisiniers, etc. Il en est de même de la mémoire et des faits logiques d'innervation intra-cérébrale qui

ont lieu dans les opérations de l'entendement. L'appareil cérébral se développe par l'exercice intellectuel, comme les appareils sensoriaux se développent par le renouvellement des sensations, comme les appareils de la locomotion se développent par l'exercice des mouvements volontaires. Le renouvellement des excitations sensoriales, intellectuelles etmusculaires accroît l'intensité des phénomènes qui résultent de ces excitations, en appelant dans les appareils qui en sont le siège le concours fréquent de la circulation artérielle. L'interruption prolongée, ou la privation habituelle de ces excitations, amoindrissent ces appareils en les abandonnant aux seules ressources de la nutrition générale. Il est inutile de démontrer ces faits vulgaires ; bornons-nous, ainsi que nous l'avons fait pour le régime, à des considérations physiologiques et pathogéniques propres h jeter quelque jour sur les problèmes que nous avons à résoudre dans cet ouvrage.

Les exercices donnent lieu à quelques résultats généraux qu'il importe le plus d'apprécier, dans l'étude de leurs rapports avec les phénomènes d'impressionnabilité et d'innervation. 1° Ils engendrent une forme de l'habitude, celle qui est l'expression d'un accroissement de nutrition et d'énergie locales, ou mieux, d'une condition organique acquise et spécialement déterminée par les excitations renouvelées qui constituent les exercices. 5° Ils donnent lieu à une fréquente déperdition de névrosité, et par conséquent des éléments dont elle résulte, déperdition qui s'exprime par la lassitude, par l'épuisement, par le besoin

96 t)Ë l'ëxcitàtioN nérvëuSë

de repos et de sommeil. 3" Ils i)roduisent, lorsqu'ils sont disproportionnés avec les conditions des appareils qu'ils mettent en action, une intensité de circulation artérielle qui en tronble les opérations, et qui se manileste par des phénomènes de surexcitation, par des désordres de l'impressionnabilité et de l'innervavation. h" Ils servent à déplacer la névrosilé et les éléments névro-artériels dont elle résulte, à les répartir convenablement lorsque, accumulés dans un appareil, ils font défaut dans un autre. Examinons-les successivement sous ces qualre divers aspects.

Considérés dans leur action sur le développement fonctionnel de l'organisme nerveux, les exercices sont des moyens propres à appeler un accroissement de circulation modérée et sagement graduée dans un appareil spécial, accroissement qui donne lieu à un fait de nutrition vasculo-médullaire en même temps qu'à un fait de déperdition névro-artérielle. Ce fait suffisamment connu n'a pas besoin de commentaire. Nous rappellerons seulement que l'inaction fonctionnelle d'un appareil nerveux, en même temps qu'elle en empêche l'évolution vasculo-médullaire, entraîne un arrêt de développement dans les appareils qui sont avec lui en relation de synergie ou de sympathie.

Considérés dans leurs rapports avec les faits de déperdition névro-artérielle, les exercices sont des moyens qui exercent un très-grand empire sur les phénomènes généraux de l'organisme, par la manière dont ils servent à dépenser les éléments nerveux et artériels de la névrosité. Les divers exercices diffèrent

entre eux ù cet égard. Les exercices musculaires , par exemple, se distinguent des exercices intellectuels, en ce que ceux-ci donnent lieu à une déperdition, en apparence moins considérable; mais cette déperdition est plus énervante, elle réclame des intermittences de repos et de sommeil plus prolongées. Les hommes qui se livrent habituellement à de violents exercices musculaires ont besoin de prendre souvent des aliments ; mais ces aliments leur conviennent d'autant mieux, qu'ils sont moins délicats , moins succulents, c'està dire qu'ils renferment, sous un plus grand volume, une somme moindre de principes excitants et nutritifs ; tandis que les hommes qui se livrent habituellement aux exercices intellectuels doivent faire des repas moins fréquents , moins copieux, et choisir des aliments plus succulents. Les boissons doivent également varier dans les deux cas : à ceux-là les boissons délayantes , à ceux-ci les boissons légèrement excitantes, toniques, prises avec mesure. Ces faits peuvent s'exphquer par l'antagonisme existant entre l'appareil digestif et l'appareil cérébral, et n'existant pas entre l'appareil digestif et l'appareil musculaire ; mais ils trouvent aussi leur raison dans un phénomène de circulation cérébrale qui, sous l'influence des excitalions intellectuelles souvent renouvelées, entraîne une déperdition plus continue, plus précieuse, plus énervante. Les exercices intellectuels ne reçoivent d'ailleurs pas cette compensation que donnent les exercices musculaires, en ménageant la sensibilité, en favorisant l'assimilation, la digestion, les sécrétions. Loin d'oitrir

CERISE

98 Dl' L*EXCITATION NEUYEUSË

celte comi)ensation, les exercices intellectuels tendent au contraire à rendre l'impressionnabilité plus vive, les relations sympathiques plus actives, et les fonctions générales de la vie de nutrition moins énergiques.

Le sommeil est en général d'autant plus nécessaire, et doit être d'autant moins refusé, que les exercices sont plus pénibles et plus énervants, et rien n'ajoute plus à l'épuisement que les veilles prolongées et habituelles. Ce résultat est produit par la déperdition excessive de névrosité et des éléments dont elle résulte, éléments que le sommeil est destiné à réparer. On ne peut s'empêcher de reconnaître que les personnes livrées aux travaux intellectuels ont besoin d'un sommeil plus prolongé que les personnes qui se livrent aux exercices de la locomotion. Il ne faut pas oublier que les opérations de l'entendement n'ont point lieu, d'une manière un peu suivie, sans une déperdition abondante et précieuse ; et que l'alimentation et la respiration ne réparent efficacement cette déperdition qu'à la condition des intermittences de repos plus ou moins longues. Or, le repos, pour l'appareil cérébral, c'est le sommeil. Lorsque cet appareil est exercé, la pensée, plus ou moins régulière, plus ou moins vague, est inévitable pour celui qui veille. Il n'en est pas de même pour les exercices musculaires dans lesquels la déperdition est moins considréable, et qui, d'ailleurs, activent l'assimilation de manière à rendre cette déperdition moins sensible. Le sommeil, pour l'appareil de la locomotion, c'est le repos, l'immobilité, le relâchement des muscles habituellement contractés dans

le mouvement. Aussi pçut-on dire que les exercices intellectuels réclament plus particulièrement le re})os au moyen du sommeil, et que les exercices musculaires réclament plus particulièrement le repos au moyen de l'inaction.

Considérés dans leurs rapports avec les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation, ou, en d'autres termes, avec les faits de surexcitation nerveuse, les exercices présentent deux ordres de résultats. Le premier est relatif k la privation habituelle ou à une interruption prolongée des excitations, ou, comme on le dit, au défaut d'exercice : le second est relatif au renouvellement trop fréquent, ou à l'intensité trop grande des excitations, ou, comme on le dit, à des exercices excessifs. Pour rendre raison des résultats que ces deux causes tendent cà produire, il nous suffira pour le moment d'énoncer ces deux données, qui seront développées lorsque nous traiterons de l'habitude : la privation ou l'interruption des exercices a pour résultat de maintenir et d'accroître la surexcitabilité des appareils nerveux, en empêchant le développement vasculo-médullaire qui est nécessaire pour que le concours du sang- ait lieu sans trouble, dans les opérations de ces appareils; T Le renouvellement trop fréquent ou l'intensité trop grande des exercices, a pour résultat de produire la surexcitabilité des appareils nerveux en les épuisant, et d'y déterminer môme une véritable et permanente surexcitation, en y appelant un concours trop fréquent du sang artériel, lorsqu'ils ont alteint le summum de leur développement, et que, par consé^

lOU DE l'excitation NEUVEtJSE

quent, les excitations ne doivent plus cire renouvelées avec une intensité progressive.

Considérés sous le rapport de la loi de balancement et d'antagonisme, les exercices sont des moyens d'excitations partielles, plus ou moins souvent renouvelées, et ayant pour objet de détourner d'un appareil nerveux surexcité l'excès de circulalion et de déperdition locales qui y deviennent une cause de troubles. Ces moyens d'excitations provoquent dans un autre appareil appelé, à cause de cela, antagoniste, les opérations Ibnctionnelles qui doivent servir à le développer, ou simplement à y produire une diversion névro-artérielle. C'est cette répartition des éléments de la névrosité, dépendants des excitations antagonistes, qui a fait dire il Cabanis, dans un langage plus poétique que scienlifique, que l'exercice attire l'attention vitale sur les organes musculaires. Les exercices musculaires, en eflet, sont ceux qui sont le plus en mesure d'agir favorablement sur l'organisme nerveux, par leur antagonisme avec les exercices de l'appareil cérébral. Les exercices de la locomotion, mettant en action un grand nombre d'appareils et d'organes, comme le font la marclie, la course, divers exercices gymnasLiques, l'équitation, la danse, otc, déterminent une série d'excitations synergiques qui activent la nutrition générale, la circulation dans les tissus fibreux, membraneux, osseux, etc. Cette série d'excitations a le double avantage d'accroitre l'énergie des forces assimilatrices, et de ménager une issue salutaire k l'élément nerveux de la névrosité, élément fort incommode lorsqu'il est

DANS SES RAPPORTS AVKC L'É1)UCATI0N. 101

on excès dans certaines constitutions dites nerveuses, chez les individus dont le système nerveux est trèsdéveloppé.

Ces données i^énérales sur les relations physiologiques et pathogéniques qui existent entre les moyens propres, à l'éducation physique et les excitations du système nerveux, recevront leur confirmation et trouveront leur application, lorsque nous exposerons les faits cliniques destinés à mettre en saillie l'inlUience d'une mauvaise direction du régime et des exercices sur la production de la surexcitation nerveuse.

SECTION II

DE l'influence EXERCÉE PAR LES MOYENS PROPRES A

l'Éducation spirituelle sur la production des excitations nerveuses.

L'éducation morale qui, selon l'expression vulgaire, s'adresse à la fois à l'esprit et au cœur de l'homme, agit sur l'organisme nerveux à l'aide de deux ordres de moyens qui se prêtent un mutuel appui, lorsqu'ils sont dirigés vers le même hut. Le premier ordre de moyens consiste dans cet ensemble d'influences éducatrices que nous avons désignées sous le nom général (V enseignements ; le second consiste dans cet ensemble d'inlluences éducatrices que nous appellerons moyens auxiliaires des enseignements. Les uns s'adressent à l'esprit par le langage, les autres s'adressent à la fois îi l'esprit et î\ l'impressionnabilité affective par les

102 DE l'excitation NERVEUSE

exemples j les arts d'expression^ les récompenses et les peines.

Les notions dont la transmission est l'œuvre spéciale de l'enseignement ou de l'éducation dite morale, sont celles qui ont pour objet la connaissance des rapports établis entre les êtres en général, et en particulier entre l'homme et Dieu, entre l'homme et l'humanité ou la société de ses frères, entre l'homme et le monde, entre l'activité spirituelle et l'organisme ; notions fondamentales que l'individu doit recevoir pour être en possession d'un principe générateur de ses sentiments, de ses conceptions et de ses actes. Elles révèlent à l'activité humaine et le but auquel elle doit apporter son concours et les moyens à l'aide desquels ce but doit être recherché et réalisé. Elles transmettent, en un mot, à la loi morale qui doit diriger la volonté, et les idées générales qui doivent servir de point de départ aux opérations de l'entendement. C'est grâce à Faction de cet enseignement que l'humanité s'élance, par une voie de transformations progressives, hors du cercle éternel et toujours identique que parcourent les générations animales. En vain le matériahste cherche-t-il dans le développement spontané de l'organisme la raison des phénomènes de la vie humaine ; en vain le panthéiste les cherche-t-il dans l'évolution spontanée de la virtuahté de l'âme ; erreur de part et d'autre ; car l'iijamme n'est une activité disposant d'un organisme qu'à la condition de recevoir de la société le contact vivifiant de l'enseignement. La virtuahté de l'âme, la virtuahté de Torganisme sont stériles par elles-

DANS SKS RAPPORTS AVEC L'ÊDUCATJON. 103

mêmes ; elles restent isolées, et, par conséquent, sans manitestalion, si le souffle éducateur ne vient donner à l'une les moyens d'agir sur l'autre par les signes du langage et par les notions que ces signes représentent. Telle est la vérité. La science, en nous la révélant, ne fait que reproduire, sous une forme plus rigoureuse, les antiques traditions génésiaques des peuples qui l'ont racontée dans de magnifiques épopées.

Les moyens auxiliaires des enseignements consistent dans un certain nombre d'inQuences qui agissent sur l'esprit en affectant d'une manière particulière l'organisme nerveux. Telles sont les impressions qui déterminent des phénomènes d'innervation imitative ou sympathique, et qui sont le résultat de l'exemple, des récits qui en tiennent lieu, des beaux-arts qui exprime t et idéalisent les sentiments des hommes, leurs émotions, leurs actions, etc. Telles sunt encore les impressions qui déterminent des phénomènes d'innervation affective, douloureux ou agréables, et qui sont le résultat des récompenses et des peines, phénomènes d'innervation dont la société et la famille disposent à (les degrés divers. Sans les enseignements préalables, ces impressions seraient sans doute utiles comme moyens d'associer une douleur à une manifestation désirée, et un plaisir à une manifestation condamnée : elles seraient à ce titre un moyen précieux d'éducation ; mais elles n'exercent une puissance très-grande sur I homme que moyennant les enseignements qui les ont précédées ou qui les accompagnent. Aussi les deux ordres de moyens sont-ils inséparables dans toute

^04 DE l'excitation NERVI- USE

société. Si le premier manquait, ainsi que cela a lien chez les bétes, l'éducalion humaine, réduite au rôle de l'éducation animale, aurait pour résultat unique un mécanisme dans lequel disparaîtrait toute hberté, toulo moralité. Ces deux ordres de moyens se prêtent un mutuel appui dans les institutions sociales de tous les peuples de la terre.

Examinons-les successivement dans leurs rapports avec l'excitabilité du système nerveux,

§ I". Des enseignements considérés dans leurs rapports avec l'impressionnabilité et l'innervation.

En présence d'un sujet aussi vaste, aussi difficile, nous sentirions notre courage défaillir si nous n'étions parvenu à saisir un fait général qui pût nous servir de guide à travers l'encombrement des détails auxquels nous étions exposé. Il était nécessaire, dans l'intérêt de la clarté, que nous eussions à notre disposition une méthode d'investigation et d'exposition qui nous permît de préciser les divers aspects sous lesquels l'action des enseignements sur le système nerveux se montre à notre observation. Quel serait notre embarras s'il s'agissait, pour parvenir à ce résultat, de passer en revue tous les enseignements religieux et pliilosophiques qui ont eu leur retentissement dans le monde ; s'il s'agissait de montrer les erreurs et les vérités qui sont répandues chez un peuple ; s'il s'agissait seulement d'énumérer les préjugés, les superstitions qui sont transmis traditionnellement aux générations qui se succèdent sur la terre ! Quel serait, en un mot, notre

DANS SES RAPPORTS AVl-C l/ÉDUCATiON. 105

embarras, s'il s'agissait de parcourir l'immense lleuve qui prend sa source dans le dogme religieux, qui iraverse toutes les institutions sociales, et qui abouti I à une multitude d'enseignements isolés, de toute nature ! Fleuve aux mille bras qui donne issue au bien et au mal, à la vérité et ;\ l'erreur, qui comprend dans ses longs et innombrables replis les enseignements les plus différents et les plus opposés, depuis la révélation divine jusqu'aux doctrines des bagnes, depuis les récils génésiaques jusqu'aux contes de bonnes femmes sur les revenants, les loups-garous, les vampires et les sorciers î Heureusement nous avons pu nous soustraire à cette terrible nécessité ; beureusement nous avons pu saisir le fil qui doit nous guider sans péril dans les détours d'un labyrinthe aussi inextricable.

Il est un fait général qui domine tous les fliits particuliers et dont l'étude approfondie nous permet d'apprécier dans leur ensemble, sans nous égarer dans la confusion des détails, l'action physiologique des enseignements. Ce fait général n'est autre chose que le but (l'activité qui implique à la fois la connaissance des êtres existants et celle des rapports établis entre ces êtres ; qui, en d'autres termes, contient la loi morale et les notions dont la possession est nécessaire à l'accomplissement de cette loi. Toute doctrine générale renferme, soit comme principe, soit comme conséquence pratique, un but d'activité plus ou moins évident, plus ou moins nettement formulé, plus ou moins sincèrement avoué. Il ne s'agit que d'invoquer la logique poui' l'y découvrir et l'en faire ressortir. On peut

môme, jusqu'à un certain point, regarder les principales doctrines religieuses et philosophiques comme des formes que l'enseignement d'un but d'activité a dû revêtir pour être accepté et proposé parmi les hommes (1).

Exposons d'abord les faits les plus propres à nous montrer l'action d'un but d'activité sur le système ner-

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