‹ Des fonctions et des maladies nerveuses dans leurs rapports avec l'éducation sociale et privée, morale et physique [electronic resource]Chapitre 29 sur 41 · SUR 1,'KXCITARII.ITÉ NERVEUSE · texte numérisé non relu

SUR 1,'KXCITARII.ITÉ NERVEUSE

générale, réveille non-seulement toutes les idées particulières contenues dans cette idée générale, mais encore toutes les ('motions qui se rattachent à chacune de ces idées. Nous apercevons qu'il se produit une irradiation en quelque sorte divergente et pourtant synergique, qui atteint toutes les portions cérébrales entre lesquelles l'enseignement, le langage et l'exercice intellectuel ont établi une relation logique plus ou moins étroite.

Voici un exemple destiné particulièrement à mettre en saillie le phénomène d'innervation intra-cérébrale qui se produit lorsque, par l'exercice intellectuel, une habitude ou une mémoire organique ont été créées. Les mots poùjnarder, égorger, déterminent la production instantanée, non-seulement d'une foule d'idées, d'une fouie d'images, qu'il est inutile de rappeler (elles ont peut-être déjà surgi dans l'esprit du lecteur), mais encore des émotions pénibles qui correspondent à ces idées et à ces images. On voit les idées ou les images, réveillées par ces signes, se muUiplier comme d'elles-mêmes dans la pensée, sans qu'il soit nécessaire que la volonté intervienne pour les provoquer, sans qu'elles soient nécessairement accessibles à la conscience ; elles se succèdent par la seule force de l'association, qui a été faite par l'enseignement, entre un signe du langage et les idées ou les images évoquées. C'est ainsi que, sous l'iniluence d'une expression sentimentale qui nous émeut, nous nous trouvons si aisément transportés, sur les ailes de l'imagination, dans un domaine sans limites. C'est ainsi que les im-

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pressions sensoriales peuvent évoquer d'anciennes impressions et nous entraîner, à notre insu, dans une série indéfinie de raisonnements. Arrêtons-nous, car nous reviendrons plus particulièrement sur ce sujet, lorsque, dans l'étude des phénomènes d'éducabilité nerveuse, il s'agira de considérer l'innervation intracérébrale dans ses rapports avec l'association des impressions.

De riniiervalion cérébro-sensoriale.

Lorsque la volonté intervient dans les sensations, elles prennent un caractère particulier que le langage exprime par les mots regarder, écouter, flairer, déguster, palper, au lieu de voir, entendre, etc. Ces mots suffisent pour nous faire concevoir le fait d'innervation cérébro-sensoriale, qui correspond à un acte de l'esprit ou à une impression psycho-cérébrale. Nous n'avons pas besoin de rappeler que la prévision des impressions sensoriales cjue nous recherchons aurait l'intensité de la sensation, et que cet accroissement d'intensité est un elTet de l'innervation dont nous parlons. Quelciuefois cette prévision, lorsqu'elle est le résultat d'une hypothèse dont on recherche la vérification, ou d'un désir dont on recherche la satisfaction, accroît si bien l'intensité de la sensation, qu'elle finit par produire de véritables illusions, en faisant apparaître ce que l'on recherche plutôt que ce qui existe réellement. L'impressionnabilité générale subit à cet égard les mêmes lois que l'impressionnabilité spéciale.

SUR L'£\(:iTAni[,lTÈ NtRVEUSt. 3^9

Une douleur vivement redoutée, par eela seul que l'esprit en est sans cesse préoccupé, ne tarde pas, chez riiypochondriaque, à se transformer en une douleur réelle.

§ III. Des faits d'association.

L'aptitude d'irradiation en vertu de laquelle la reproduction d'une excitation nerveuse réveille toutes celles qui y ont été associées une ou plusieurs ibis, est une des propriétés les plus merveilleuses du système nerveux. Elle consiste dans une relation fonctionnelle que l'association de certaines excitations parvient à établir entre les diverses parties d'un même appareil ou entre fies appareils dilTérents. Une idée qui en réveille une autre, nue sensation qui réveille des idées, une impulsion qui fait revivre une émotion, un mot qui fait surgir une idée, etc., sont des exemples vulgaires de cette relation fonctionnelle. L'association des excitations joue dans l'éducabilité humaine et dans l'éducabilité animale un rôle qu'il importe d'étudier avec soin, afin de distinguer ce qui appartient à l'une de ce qui appartient à l'autre, afin surtout de pouvoir remonter à la source de certaines formes de la surexcitation nerveuse. Il nous suffit ici de la mentionner comme offrant un des aspects les plus remarquables de l'excitabilité du système nerveux. C'est en quelque sorte une relation fonctionnelle réservée à la puissance créatrice de l'éducation, car elle ne peut avoir lieu qu'au moyen d'excitations associées au gré des personnes

qui surveillent ou dirigent notre enfance. L'aptitude à la relation fonctionnelle que l'association des excitations établit entre diverses parties du système nerveux, a évidemment pour cause finale la création complémentaire qu'on appelle la seconde nature, et qui doit être l'œuvre de l'enseignement social. Quant aux animaux, elle contribue à faire correspondre leur organisme au milieu physique qui les entoure, en donnant à leurs instincts une direction appropriée aux influences de ce milieu. C'est cette aptitude, dont sont doués à un très-haut degré les animaux devenus domestiques, qui permet à l'homme de les transformer en dociles instruments de son intelligence.

Nous reviendrons sur ce sujet dans les deux chapitres suivants.

§ IV. Des irradiations sympathiques.

L'aptitude aux irradiations sympathiques a été, autrefois, regardée comme pouvant appartenir à plusieurs systèmes ou à plusieurs tissus de l'organisme. On s'accorde, aujourd'hui, à la regarder comme appartenant exclusivement au système nerveux. A notre avis, la doctrine des sympathies a besoin d'être entièrement renouvelée ; elle n'est, aujourd'hui, que ténèbres et confusion, grâce à l'appUcation désordonnée que l'école dite physiologique en a faite à tous les phénomènes de la vie morale et intellectuelle. Le rôle des sympathies doit être restreint ; mais cette question est trop vaste pour que nous puissions la discuter ici. Nous

SUR l'excitabilité nerveuse. 351 devons nous borner à distinguer les irradial ions sympathiques des laits d'impressionnabiiité, d'innervation et d'association, avec lesquels on les a si souvent confondues. Sachons à cet égard éviter la confusion qui a été introduite dans le langage et dans les idées. La plupart des faits d'innervation qui, ainsi que nous venons le voir, correspondent logiquement et avec conscience aux faits d'impressionnabilité, une émotion, par exemple, qui succède immédiatement à une idée, ou un mouvement qui succède à un acte de la volonté, ne sont point des sympathies et ne doivent point être regardés comme des sympathies. Ainsi les palpitations, l'anxiété, lesgémissements, les larmes, les soupirs, etc. , qui succèdent à une impression dite morale, sont le résultat d'une innervation cérébro-ganghonnaire; la parole, le chant, la déclamation, la marche, etc.. qui sont commandés par la volonté, sont le résultat d'une innervation cérébro-musculaire ; les regarder comme des phénomènes de sympathie, ce serait en affirmer l'analogie avec les troubles de la circulation, de la perspiration pulmonaire et cutanée, de la calorification, de la locomotion, etc., qui prennent le nom de fièvres et de convulsions symptomatiques ; ce serait donner une signification inexacte , et d'ailleurs fort vague, à une irradiation fonctionnelle dont le caractère est parfaitement défini ; ce serait, ainsi que nous l'avons dit plus haut, faire disparaître, dans une question de physiologie générale , un ordre de faits qui appartient spécialement à la piiysiologie morale et nteVlectuelle. Dans les cas où une excitation propagée

à kl cenLralilé sensorio-motrice peut être portée dans la centralité psycho-cérébrale, et s'y transformer en idée, l'innervation correspondante ne doit jamais être confondue avec une irradiation sympathique. Toutes les fois qu'une impression est accessible à la conscience, et que l'activité morale et intellectuelle peut modérer, empêcher ou permettre l'innervation correspondante, le résultat de cette innervation ne doit pas être regardé comme un fait de sympathie. Il serait absurde de dire que la présence d'une lleur, dont l'odeur fait revivre d'anciennes émotions etréveille d'anciennes idées, agit de la même manière qu'une odeur dont la céphalalgie, les nausées, la syncope, les attaques de nerfs, seraient le résultat.

Il serait à désirer, dans l'intérêt de la science, que le mot sympathie ne servît jamais qu'à exprimer, d'une part, cette solidarité générale qui existe entre toutes les parties de l'organisme et qui se montre plus étroite entre certains organes et entre certains appareils, en raison de leur importance relative et de leur coopération fonctionnelle, et, de l'autre, cette solidarité spéciale que l'on remarque dans certains états pathologiques ou dans certaines idiosyncrasies. Quoi qu'il en soit, le rôle attribué aux sympathies, nouâ le répétons, doit être prodigieusement réduit, si l'on veut parvenir à une coordination méthodique des phénomènes du système nerveux.

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§ V. Quelques réflexions générales sur la répartition

de la névrosité.

Chacun des organes et des appareils du système nerveux ne peut produire qu'une quantité déterminée de névrosité. Cette ((uantité est en général à peu prés la même chez tous les hommes; mais elle varie néanmoins dans certains cas avec les conditions de l'âge, du sexe, de l'habitude, du tempérament, et avec les idiosyncrasies particulières. Ainsi, un homme est plus mobile qu'un autre; ainsi, l'amaurose par épuisement survient chez quelques personnes dans des conditions où elle n'a pas heu chez le plus grand nombre. Celte déperdition de névrosité varie aussi avec la nature de la cause qui excite une surface nerveuse. Lorsque la cause excitante est appropriée à la fonction d'un organe, la névrosité s'épuise moins rapidement; lorsque la cause excitante est étrangère à la fonction de cet organe, la névrosité s'épuise très-vite, ainsi que celaa lieu, par exemple, pour l'urèthre dans lequel on introduit une bougie ou une sonde.

La déperdition de la névrosité est d'autant plus abondante que l'excitation est plus intense, plus prolongée, et se propage dans une plus grande étendue. Ainsi, elle est plus abondante dans l'émotion que dans la sensation, dans les violents mouvements que dans les actes de l'entendement, dans la méditation que dans la rêvene, etc. Cette déperdition est très-faible dans les sympathies.

La névrosité est une force qu'il n'est pas permis de

CERISE

dépenser sur plusieurs points à la fois. Si' elle est prodiguée dans un appareil , elle fait défaut dans un autre (1). On pourrait, sous ce rapport, la comparer à une quantité qui serait uniformément répandue et en équilibre parfait. On a exprimé cet équilibre considéré dans les faits de sensibilité, en imaginant la loi du balancement. Nous croyons que cette égale répartition est une chimère. Il est possible qu'elle existe pour les éléments isolés de la névrosité; mais elle ne saurait exister pour la névrosité elle-même, qui est le produit de chaque excitation spéciale. Quant à celle-ci, qui résulte du concours des deux éléments, elle ne peut être uniformément répartie qu'à la condition d'une inertie à la fois intellectuelle, sensoriale, affective et musculaire. L'équilibre parfait de la névrosité, c'est le sommeil, l'inaction, l'insensibiUlé, l'immobilité; là où il y a veille, action, idée, sensation, raisonnement, mouvement,ilyadéperdition partielle, déperdition spéciale de névrosité. Accumuléeparsuitederinaction,ellepeuts'irradier d'une manière désordonnée, troubler toutes les fonctions nerveuses, et envelopper dans sa funeste i nll uence les fonctions les plus profondes de la vie de nutrition. Enla dépensant outre mesure dans un appareil, on en tarit les sources dans un autre, par la diversion artérielle qu'on opère. Cet antagonisme se montre, en général, entre les phénomènes de Vimpressionnabilité et ceux de l'innervation volontaire, et en parti-

(1) C'est ce que semble exprimer ce vers :

Pluribus inlenlus minor ad singula scnsus.

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culier entre l'appareil psycho-cérébral ou intellectuel et Tappareil cérébro-musculaire ou locomoteur. L'antagonisme d'ailleurs n'exclut pas les sympathies, car, s'il y a, par exemple, antagonisme entre les opérations de l'entendement et la digestion, il y a néanmoins sympathie étroite entre le cerveau et l'estomac.

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