‹ Des fonctions et des maladies nerveuses dans leurs rapports avec l'éducation sociale et privée, morale et physique [electronic resource]Chapitre 33 sur 41 · L'habitude doit être considérée dans ses rapports · texte numérisé non relu

L'habitude doit être considérée dans ses rapports

hOO INDUCTIONS PHYSIOLOGIQUES

avec le renouvcllemciil et avec rassociatioii dos excitations nerveuses.

II. L'exercice d'un appareil nerveux n'est autre chose que le renouvellement des excitations normales dont il est le siège. L'exercice donne lieu au développement de l'organisme médullaire, parce qu'il fait intervenir plus fréquemment le sang artériel. Celui-ci, en même temps qu'il concourt à la production de la névrosité, détermine un phénomène de nutrition vasculomèdullaire.

III. L'habitude est, dans ce cas, un fait de nutrition. C'est une aptitude développée ou acquise qui a pour effet de diminuer la surexcilahilité de l'organisme nerveux, et d'accroître l'intensité de l'impressionnahilitè et de l'innervation. On a donc tort de répéter avec Bichat que l'habitude émousse la sensibilité.

IV. On mentionne parmi les phénomènes propres à l'habitude les changements qui surviennent dans l'intensité d'une émotion souvent renouvelée. C'est confondre avec un effet de l'habitude ce qui est le résultat d'une idée acquise. On sait qu'il nous suffit de prévoir une émotion agréable ou pénible pour qu'elle cesse d'être aussi vive qu'elle l'eût été sans cette prévision. Si l'intensité d'une émotion varie sous l'influence de l'idée qu'on en a eue, alors môme qu'on ne l'a jamais éprouvée, on ne doit pas s'étonner qu'elle varie lorsque l'expérience en a été faite, et que l'idée en est conservée sous forme de souvenir.

V. Le système nerveux, dans l'enfance, présente toutes les conditions nécessaires pour en favoriser le

SUK f.'ÉDUCABHJTÉ NERVKUSE.

«lévelopporncnt el pour en compléter la nutrition vasculo-mÙLlullaire, sous rinllucnce des excitations dépendantes de l'éducation.

VI. Le renouvellement des mômes excitations ne produit pas seulement un fait de nutrition dans l'organe nerveux qui y est soumis immédiatement, il produit encore un fait de nutrition spéciale dans les organes où ces excitafions s'irradient synergiquement. Le renouvellement des impressions sensoriales concourt au développement du cerveau ; l'innervation souvent répétée agit sur les conditions physiologiques des appareils auxquels elle transmet Ijabiluellement l'excitation cérébrale. Une irradiation sympathique produit le même elTel dans les organes entre lesquels elle établit des relations particulières.

^ VIL Lorsque l'exercice d'une aptitude succède à l'exercice d'une autre aptitude, celle-ci diminue; et cette diminution, qui est l'effet d'une direction nouvelle donnée à la production de la névrosité, s'exprime par un amoindrissement de nutrition.

VIIL La relation Ibnctionnelle qui résulte de l'association des excitations est, entre toutes les formes de l'irradiation nerveuse, celle qui joue le plus grand rôle dans les phénomènes de l'éducabililé. Elle' doit être considérée dans ses rapports : 1" avec la pensée en général ; 2" avec les diverses opérations de l'entendement • y avec les sentiments et les émotions ; h" avec les mouvements.

IX. Considérée dans ses rapports avec la pensée l'association des excitations est digne d'un sérieux

CERISE

r,02 INDUCTIONS PHYSIOLOGIQUES

examen. C'est par rassociation d'une impression sensoriale occasionnée par la présence d'un objet avec une impression sensoriale occasionnée par un signe du langage, que l'une de ces impressions finit par réveiller l'autre et en devient inséparable. C'est par l'association d'un signe avec une idée que la même solidarité s'établit et que le langage se trouve transformé en un instrument de la pensée. C'est par l'association d'une sensation à des idées ou à des émotions que la vue ou l'odeur d'une fleur ont le privilège d'agir sur notre imagination en réveillant des idées et des émotions d'une époque éloignée et souvent oubliée.

X. Ce qu'il importe surtout de savoir, c'est que l'individu reçoit de la société une somme d'idées dont il dispose dans l'acte de la pensée. Or, ces idées, image fidèle d'un ordre de rapports que les sens ne nous révéleraient pas, sont transmises par les signes du langage. C'est le verbe qui joue, dans ce cas, le principal rôle. Le verbe, en effet, sert à marquer la limite et les rapports des êtres et à en dissiper l'apparence confuse. Il exprime l'action; il permet de rappeler l'image distincte d'une action dont nos sens ont été témoins, et de l'appliquer h des êtres dont l'action échappe à notre impressionnabilité sensoriale. Sans un signe propre à exprimer l'action de se battre, et de se battre dans de certaines conditions, nous ne pourrions jamais donner ni recevoir l'idée d'un guerrier, etc.

XI. C'est par l'association des impressions sensoriales déterminées par les signes du langage, avec les idées ou les impressions psycho-cérébrales déterminées par

SUR l'éducabilité nerveuse. 403 l'esprit, que l'homme parvient à disposer d'un grand nombre d'idées. Sans cette association, les opérations compliquées de son entendement seraient impossibles. Telle est au moins sa condition actuelle sur la terre.

XII. Considérée dans ses rapports avec les opérations diverses de rentendement, l'association des excitations est également digne d'un examen sérieux. C'est par cette association que notre activité spirituelle, en possession d'une idée générale, réveille toutes les idées particulières qui y ont été associées par l'enseignement, et les réveille dans l'ordre oi^i elles sont placées par le langage. La mémoire, l'imagination, le raisonnemenl, etc., considérés dans les opérations cérébrales dont ils réclament le concours, sont, chez l'individu, l'image fidèle de l'état moral et intellectuel exprimé par le langage de la société dans laquelle il vit. Tout acte de mémoire, d'imagination et de raisonnement, qui ne réfléchit pas les idées répandues dans cette société, est un acte excentrique qu'on accuse en général de Iblie et d'extravagance.

XIII. Un raisonnement doit conduire à une affirmation ou à une pratique dont tous les éléments soient en harmonie, au moins apparente, avec l'idée générale qui a servi de point de départ à l'acte intellectuel. S'il y a flésharmonie, les lois de l'association ont été violées, il y a incohérence ou cohésion anormale des idées.

XIV. Considérée dans ses rapports avec les sentiments et les émotions, l'association des excitations joue un rôle qui est fort connu et sur lequel il est moins né-

ZlOZl INDUCTIONS PHYSIOLOGIQUES, ETC.

cessaire d'insister. L'éducabilité animale repose en grande partie sur cette association. C'est sur la relation physiologique qui en résulte que repose l'efficacité des récompenses et des peines qui complète les enseigne • ments.

XV. Considérée eniin dans ses rapports avec les mouvements, l'association des excitations donne la raison de cette dextérité manuelle propre à certaines professions, de la rapidité avec laquelle nous parlons et nous écrivons, et de tous ces mouvements devenus automatiques par l'exercice, que nous n exécutions au début qu'avec conscience et effort.

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