SUR LA SUREXCITABILITÉ NERVEUSE. UM
chacune de ces inductions pathogéniques qui caractérisent les diverses formes de la surexcitabilité du système nerveux.
A la première induction, c'est-à-dire à la surexcitabilité hyponévrique, correspondent des faits de surexcitabilité que nous avons déterminés dans le chapitre précédent et qui résultent d'une privation trop prolongée des excitations normales. Nous ajouterons ceux qui peuvent être le résultat d'une condition organique héréditaire ou congénitale, ou acquise. Il est des individus dont le système nerveux est appauvri, soit par l'effet d'une constitution originelle, soit par l'effet d'un régime mauvais, soit par l'elïet d'une longue maladie. Dans tous ces cas, quelque diverses que soient les causes prédisposantes, il y a toujours un délîiut de formation vasculo-médullaire, défaut qui ne permet pas à l'organisme nerveux de recevoir sans un prompt épuisement, sans congestion et sans trouble, la quantité de sang nécessaire à la production de la névrosité déterminée par chaque excitation. Nous réunissons donc sous cette donnée pathogénique tous les faits de surcxcitahilité qui se manifestent : 1^ chez les personnes dont l'éducation trop molle a empêché le système nerveux d'acquérir, par le renouvellement des excitations, tout le développement que produit l'exercice; 2" chez les personnes dont le défaut de formation que nous signalons est le résultat d'une condition organique héréditaire; 3^ chez les personnes dont ce défaut de formation est le résultat d'un régime mauvais, ou de maladies graves, résultat auquel leur organism'e a pu
CERISE
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être exposé dès les premiers jours de la vie embryonnaire jusqu'à la naissance, ou depuis la naissance jusqu'à la puberté.
A la seconde induction, c'est-à-dire à la surexcitabiiilé hypernévrique, correspondent les faits de surexcitabilité que l'on remarque chez les personnes dont le système nerveux oflre un développement très-considérable, et chez lesquelles le sang, quelque heureuses qu'en soient les conditions, ne saurait suffire aux excitations que réclame ce développement médullaire. C'est ce que l'on observe en général chez les individus dont la tète est volumineuse, dont le cerveau a de larges dimensions, lorsqu'une constitution sanguine et robuste n'accompagne pas cette prépondérance de l'appareil cérébral. De là le caractère de mobihté, d'hésitation, de vei"satilit<; ; de là ces affections nerveuses, ces tendances, sous l inlluence des troubles les plus légers de l'appareil digestif, à la mélancolie, à l'ennui ; de là des mouvements d'impatience ; de là ce besoin d'impressions, sans force pour en soutenir le choc, etc., qui caractérisent ces individus ; de là, surtout, ces maladies graves du cerveau, qui sont si fréquentes chez les enfants ainsi constitués. Cette disposition peut être héréditaire, congénitale ou acquise. Elle est acquise lorsque les excitations trop nombreuses se succèdent sans cesse, et font prédominer le développement du système nerveux, ainsi que cela a lieu dans les grandes villes, chez les ))ersonnes qui se livrent aux agitations des passions ou aux travaux intellectuels excessifs.
A la troisième donnée, c'est-à-dire à l'excitabilité
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liypohémique, correspondent des faits nombreux qui s'offrent tous les jours aux praticiens et dont personne, que nous sachions, ne s'est occupé de donner la raison patliogénique. Ces faits se distinguent en deux catégories générales qui les embrassent tous. A la première appartiennent les faits de surexcitabiiité que manifestent les individus dont le sang, quoique abondant, n'est pas dans des conditions noi'males, et manque d'une quantité suffisante des principes actifs qui interviennent dans la production de la névrosité. Tels sont les chlorotiques, les scrofuleux, les hommes qui se nourrissent d'aliments pauvres en éléments nutritifs, qui vivent dans l'obscurité et dans les lieux humides, ceux qui sont en mcjne temps abattus par des chagrins, ou en proie à des émotions douloureuses qui épuisent les sources de lu névrosité. Comme la somme des éléments névro-artériels nécessaires à la production de chaque excitation est pi'éétabUe ; comme elle est déterminée par une loi physiologique et qu'elle ne saurait changer, il en résulte que, lorsque, sous l'influence d'une cause appropriée, une excitation tend à se produire, si le sang est pauvre en principes actifs, un afllux beaucoup plus considérable est appelé aiin de fournir la quantité normale du plus précieux des éléments dont il dispose. Or, cet afllux stérile congestionne à chaque excitation l'organisme nerveux; c'est ce qui en rend les opérations très- douloureuses ou très- imparfaites ; c'est ce qui, en un mot, en caractérise la surexcitabilité. A la seconde catégorie appartiennent les faits de surexcitabilité que manifestent les individus qui ont
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perdu une quantité considérable de sang, soit par les hémorrhagies, soit par les saignées répétées et abondantes. Lorsque d'abondantes hémorrhagies ont eu lieu et que la convulsibilité acquiert le degré que l'observation constate tous les jours dans ce cas, nous pouvons croire qu'elle résulte de l'état extrême auquel l'organisme nerveux est réduit par l'impossibilité où la circulation artérielle se trouve de fournir même un faible concours aux excitations normales ; impossibilité qui linit par déterminer l'anéantissement de toute innervation vitale, c'est-à-dire la mort. Les désordres nerveux qui précèdent ce terme fatal semblent être l'expression des tumultueux efforts par lesquels le rapport, toujours plus difficile, toujours plus anormal, entre le sang et la substance nerveuse tend à se maintenir. Il se passe là un phénomène mystérieux, un travail à la fois de conservation et de dissolution, qui semble annoncer une lutte de la force de formation aux prises avec les conditions hostiles de la matière sur laquelle elle agit.
A la quatrième induction, c'est-à-dire à la surexcitabilité hyperhémique, correspondent les faits de surexcilabihtè qui reconnaissent pour cause une pléthore générale, une constitution sanguine, l'usage d'un régime trop succulent, trop stimulant, un air fortement oxygéné, l'abus des liqueurs et des infusions aromatiques, etc. Tous ces faits sont ceux auxquels le traitement antiphlogistique est opposé avec succès. Ils sont peu nombreux si on les compare aux précédents auxquels le même traitement est loin de convenir.
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Telle est l'appréciation rpie nous avons cru devoir faire de la surexcitabilité nerveuse, considérée comme prédisposition générale aux troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation. La tbéorie que nous proposons a l'avantage de rendre compte non-seulement des conditions organiques propres aux tempéraments, (pii prédisposent diversement aux affections nerveuses, mais encore de l'efticacilé des moyens liygiéniques et thérapeutiques dont l'expérience des siècles a [)opularisé l'usage (1). Il importait de saisir dans leur cause la plus cachée les phénomènes principaux de ce prêtée insaisissable qui semble vouloir échapper à toute analyse rigoureuse. Nous désirons que cette appréciation positive fasse disparaître du langage des pathologistes cette foule d'expressions bizarres et extrêmement vagues à l'aide desquelles on désigne des faits de surexcitabilité nerveuse, expressions qui alteslent plutôt les ressources de l'imagination qui en fait les frais, que les révélations de l'observation et de l'expérience.
(1) Voyez la section deuxième du chap. II. S'il s';igissait de rappeler ici les rapports qui existent entre l'éducation et les diverses conditions pathogéniques de la surexcitabilité nerveuse, nous dirions que par le régime elle est plus particulicremenl en mesure de modifier celles qui dép(ndentde l'hjperliéniie ou de l'hypoliémie générale, et que, parla privation, l'interruption ou le renouvellement gradué des excitations, elle est appelée plus particulièrement à modifier celles qui dépendent de l'hypcrrévrie ou de l'iiyponévrie. Nciu? renvoyons, pour ce qui concerne ces laits, au chapitre que nous venons de citer.
INDUC'llONS PATHOGÉNIQUES
SECTION II
DE SUREXCITATION NERVEUSE CONSIDÉRÉE COMME LE RÉSULTAT d'irradiations ANORMALES. INDUCTIONS PATHOGÉNIQUES SUR LES PRINCIPAUX TROUBLES DE l'iMPRESSIONNAEILITÉ ET DE l'iNNERYATION.
Les conditions pathogéniqucs de la surexcitabilité nerveuse, que nous venons do décrire, se traduisent extérieurement par des faits irréguliers ou morbides d'impressionnabilité et d'innervation. L'excitation initiale ne pouvant avoir lieu sans trouble, l'excitation irradiée est nécessairement désordonnée. C'est ce que l'on remarque surtout chez les personnes douées d'une constitution dite nerveuse et atteintes de névropathi'e protéiforme. Il est inutile d'insister sur ce point.
Lorsque, même en l'absence de cette prédisposition, une surface tierveuse est surexcitée dans une de ses parties, il y a retentissement de cette surexcitation, non-seulement dans l'appareil auquel elle appartient, mais encore dans les appareils avec lesquels elle entretient des relations fonctionnelles. La rétine étant vivement surexcitée, la surexcitation gagne le cerveau et peut y déterminer des hallucinations (1). 11 en est de même à l'égard des autres surfaces sonsoriales. Quelquefois la surexcitation, gagnanl la centralilé sensoriomotrice, y provoque, avec l'impression d'une douleur aiguë, des faits d'innervation tétanique ou convulsive.
(1) Nous en avons rapporté deux exemples page 2G8.
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Certaines névroses trauinatiques sont dans ce cas. En étudiant avec soin les phénomènes précurseurs des accès d'épilepsie ou d'hystérie, on reconnaît que le point de départ de l'invasion est quelquefois une surexcitation périphérique de quelques ramifications nerveuses ; on en connaît un assez grand nombre qui lîgurent parmi les névroses sympathiques des auteurs. Il sulïit, d'ailleurs, de rappeler ici que l'excitation initiale étant produite trop fréquemment ou avec une trop grande intensité, toutes les parties du système nerveux auxquelles cette excitation se propage, prennent part au trouble fonctionnel qui en résulte.
Passons aux inductions pathogéniques, touchant les principales formes de la surexcitation nerveuse, considérées dans leurs rapports : 1" avecl'impressionnabilité affective ; 2" avec l'innervation imitative ; avec l'association des excitations ; li° avec les irradiations sympathiques.
§ l"'. De la surexcitation nerveuse dans ses rapports avec l'impressionnabilité affective.
Les névroses prennent naissance sous l'empire des causes les plus différentes, nous dirons même les plus 0[)posées. Tantôt ce sont des inlluences physiques qui ouvrent la voie aux diverses formes de l'aliénation mentale, aux troubles de la vie morale et intellectuelle ; tantôt ce sont des inlluences morales qui ouvrent la voie aux diverses affections des viscères, aux désordres fonctionnels de la vie de nutrition. Quelquefois on les voit éclater spontanément, ou dans les circonstances
h2tl INDUCTIONS PArnOGÉNIv)Ul-S
les plus frivoles ; nous sommes alors condamnés à les taire dépendre de celle fatale et mystérieuse prédisposition naturelle ou acquise de l'organisme, qui doit être sans cesse présente à l'esprit des médecins.
Or, il ne s'agit point ici des névroses en général ; il ne sera question dans ce paragraphe que des troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation qui succèdent immédiatement aux commotions vives et soudaines ou à de longues et habituelles préoccupations. Nous désirons appeler particulièrement l'attention de nos lecteurs sur un problème de pathogénie qui présente quelque intérêt.
Dans les diverses formes de la surexcitation nerveuse, qui prennent naissance sous l'influence d'une cause affective, insolite ou habituelle, le désordre qui apparaît et qui inaugure la maladie doit être considéré comme la transformation pathologique du phénomène que nous avons désigné sous le nom d'expression sentimentale ou d'innervation expressive.il est sans doute inutile de rappeler que noire état affectif, que nos impressions dites morales, que nos désirs, nos sentiments et nos passions se traduisent extérieurement par des formes déterminées, et que chaque émotion se révèle par une physionomie qui lui est propre. Si cela n'était pas, l'homme, condamné à n'exprimer que des idées, au moyen des signes du langage, n'aurait aucun moyen d'exprimer ses sentiments ; capable d'instruire ses semblables, il serait incapable de les émouvoir. Que deviendrait l art dont la mission consiste à propager sympathiquement les sentiments humains en en
SUR LA SUREXCITABIUTÉ NliRVEUSE. ll'lS
idéalisant les invariables expressions? Dépouillé de son principal élément, l'élément expressif, il serait impossible, il n'existerait pas. Il est entré dans le vaste plan du Créateur d'associer les liommes par la propagation sympathique des affections autant que par la communication des idées.
En analysant les phénomènes généraux de l'expression sentimentale, nous voyons que, lorsqu'elle n'est pas simulée ou volontaire, elle a son point de départ dans l'impressionnabilité ganglio-cérébrale. Tout sentiment est à la vérité un phénomène, à la fois intellectuel et affectif, cérébral et ganglionnaire ; mais si nous faisons abstraction de l'élément affectif ou viscéral, l'élément intellectuel reste sans expression sentimentale ; c'est une idée isolée de l'émotion correspondante : la parole pourra l'exprimer; mais l'accent, le regard, le geste, l'attitude, la physionomie, etc., seront muets. Une idée ne provocjue une expression sentimentale qu'à la condition de s'associer une émotion ; et cette association n'est possible qu'à la condition d'une irradiation cérébro-ganglionnaire. C'est du foyer ganglionnaire que la centralilé sensorio-motrice doit recevoir l'impression affective, pour la transformer en innervation expressive. Cette donnée physiologique, sur laquelle nous devons souvent revenir, ne saurait être trop méditée, car elle nous met sur la voie de quelques inductions pathogéniques touchant le point de départ et les obscures comphcations de certaines affections nerveuses. Si nous appliquons l'analyse des phénomènes généraux de l'expression sentimentale à l'étude
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des affections nerveuses qui éclatent à la suite des impressions alTcctives soudaines ou habituelles, nous voyons qu'elles ne sont autre chose que l'impression gangho-cérébrale elle-même, transformée, dans la cent.rahté sensorio-molrice, en innervation générale et synergique. Cette innervation à la fois intra-cérébrale, cérébro-sensoriale, cérébro-musculaire et cérébro-ganghonnaire, exerce son influence expressive sur tous les appareils de la vie, soit de relation, soit de nutrition. Les idées et les raisonnements, les sensations, les mouvements volontaires et instinctifs, les faits de circulation et de sécrétion, portent l'empreinte des sentiments et des émotions que nous éprouvons, et en complètent l'expression. En vertu de cette innervation synergique, une passion dominante se transforme en délire partiel, en bizarres tentatives, en hallucinations et en visions, en désordres spéciaux de la vie de nutrition. En vertu de cette même innervation, on voit à la suite d'une violente commotion, éclater le délire général, les affections convulsives ou comateuses, les illusions sensoriales, les affections viscérales les plus diverses, telles que ruptures de vaisseaux, syncopes, chlorose, vomissements, ictère,' diarrhée bilieuse, leucorrhée, métrorrhagie, aménorrhée, etc. Ainsi les affections nerveuses, occasionnées par les impressions dites morales, se produisent en vertu des mêmes lois que les expressions naturelles des sentiments et des émotions. Cette donnée palhogénique est incontestable ; il suffit d'ailleurs de remarquer que le délire partiel prend la forme d'une affection triste lorsque
SUR LA SUREXCITABlLltÈ NEBVEUSE. hH
l'expression d'un sentiment trahit une crainte que rien ne dissipe, et qu'il prend la forme d'une affection gaie lorsque l'expression d'un sentiment trahit une espérance que rien n'ébranle. Il est donc permis d'affirmer qu'il y a entre l'innervation perturbatrice qui suit une impression morale, et l'innervation expressive qui traduit extérieurement cette impression, une relation physiologique qu'il importe de connaître dans l'intérêt de la pathogénie des affections nerveuses. On trouve, pour l'une et pour l'autre, un même point de départ, l'impression ganglio-cérébrale; les mômes modilicalions, l'exalfation, le trouble ou l'anéantissement des facultés dont le concours est nécessaire à la conquête des satisfactions désirées, ou à l'éloignement des obstacles redoutés, les mêmes conséquences, une surexcitation générale ou partielle, expansive ou oppressive.
Il ne faut pas oublier que nos sentiments, nos désirs, nos espérances, etc., lorsqu'ils sont longtemps maintenus, créent, au moyen d'une innervation permanente dofit ils sont la source, une habitude organique mystérieuse et profonde qui ne peut être troublée sans souffrance. Cette souffrance, dont l'expression varie selon les causes et l'intensité, prend les noms de regret, de rernords, de terreur, de déses[)oir, de colère, etc. Sous rindiicnce du trouble général dont alors l'organisme est atteint, l'appareil ganglionnaire, qui est le fipmorium cninmnne des affections, et dans lequel le trouble général doit retentir pour que l'instinct et l'intelligence soient sollicités à réagir, se trouve vivement ébranlé et violemment surexcité. De là l'irradia-
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tion tumultueuso et anormale qui porte le désordre et la confusion dans les opérations de la centralité sensorio-molrice et psycho-cérébrale. C'est ainsi que les fortes commotions, dites morales, déterminent nonseulement l'invasion de l'aliénation mentale avec délire général, mais encore celle de l'hystérie, de l'épilepsie, de la chorée, de la syncope, des attaques de nerfs, etc. Il n'en est pas tout à l'ait de même des préoccupations habituelles qui déterminent plus particulièrement le délire partiel de la monomanie ou de la lypémanie. Une personne effrayée, en colère, ou subitement déçue dans ses espérances, pourra devenir indifféremment épileptique, hystérique, monomaniaque, mélancolique, maniaque, démente, paralytique, etc., sans que son délire conserve la plus légère trace des préoccupations qui l'avaient précédé. Un ambitieux sera, dans son délire, dédaigneux et fier, comme il l'était auparavant; roi incontesté ou prince méconnu, ce sera toujours l'homme dont toutes les expressions sentimenlales trahissent les orgueilleuses préoccupations. Dans ces deux cas, l'affection nerveuse qui survient est toujours la transformation des expressions sentimentales en troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation. Pourrons-nous jamais découvrir la loi en vertu de laquelle ces troubles prennent, sous l'empire d'une vive émotion, les formes les plus diverses ? Nous pensons qu'il faudra se contenter pendant longtemps encore des vagues explications que nous fournissent la diversité des prédispositions, la variété infiniment nuancée des passions, celle des relations fonctionnelles développées
SUR L\ SUREXCITABILITÉ NERVJ-USH. ti2\)
par riiabitude, etc. Il est opportun toutefois d'insister ici sur la distinction que nous avons eu souvent l'occasion d'établir entre la centralité psycho-cérébrale et la centralité sensorio-motrice. Colle-là est plus particulièrement atteinte, lorsqu'il y a délire; celle-ci est plus particulièrement atteinte lorsqu'il y a des symptômes convulsils ou comateux. Les troubles qui éclatent dans l'une ou dans l'autre, à la suite des impressions dites morales, correspondent à la surexcitation ganglionnaire déterminée par la soudaineté ou la ténacité de ces impressions. Ce sont des phénomènes plus ou moins tumultueux d'innervation générale ou partielle, qui succèdent aux phénomènes plus ou moins tumultueux (le rimpressionuabilité ganglio-céréb?'ale. ^
Osons étendre le domaine de nos inductions et demandons-nous si, parmi les troubles de l'impressioniiabilité et de l'innervation, qui éclatent spontanément et sans cause morale, il n'en est pas dont l'invasion ait également pour point de départ un fait d'impressionnabilité ganglio-cérébrale ? Cette question doit être résolue alTii-mativemenI, sans qu'il soit nécessaire de recourir à la doctrine des sympathies. Il se produit dans l'appareil gan-liunnaire, soit par l'effet de préoccupations tristes et habituelles, d'impressions affectives multipliées, soit par l'effet de troubles fonctionnels survenus dans les viscères, une surexcitation analogue à celle qui a lieu sous l'empire d'une émotion douloureuse. Cette surexcitation, s'irradiant aux appareils sensorio-moLeur cl psycho-cér.'bral, y détermine des accès d'hystérie, d'épilepsie, de catalepsie, de manie,
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de délire lypcmaniaque, etc. Cette induction pathogénique n'est pas seulement légitimée par l'analogie des phénomènes, elle l'est encore par l'observation clinique.
Cette analogie des phénomènes est incontestable. Les accès ne sont-ils pas souvent précédés d'un état alfectif qu'aucune cause morale ne provoque ni n'explique, et dont les malades rendent compte en disant qu'ils éprouvent quelque chose qui ressemble à de la frayeur, à de l'inquiétude, à du remords, etc., et en plaçant la main sur l'épigaslre, comme pour indiquer le siège de ces singulières impressions (1) ? Nous donnons des soins à un épileptique qui ne rend jamais compte de ses accès sans en faire remonter les prodromes à une sorte d'oppression épigastrique, « ressemblant, dit-il, à du chagrin ». Ce malade, bien que livré habituellement à de pénibles préoccupations qui multiplient les accès, éprouve néanmoins d'assez fréquentes attaques sans cause morale appréciable ; et c'est en l'al)sence de toute cause morale que l'on voit avec étonnement l'invasion s'annoncer « par du chagrin ». Les faits de ce genre sont nombreux et chacun peut les observer à
{l) H est un fait dont robservalion n'a pu échopper aux praliciens et que nous devons mentionner ici. La sensibilité dite épigastrique est d'autant plus vive, d'uutanl plus incommode, que la dispositiuii aux affections nerveuses est plus grande. Quant à nous, nous ne manquons jamais d'interroger ce symptôme quand il nous importe de savoir si la maladie que nous sommes appelé à traiter est une affection nerveuse. Les partisans de la doctrine dite physiologique y voyaient an signe infaillible de leur prétendue gaslrile, et traitaient la maladie en conséquence. Qu'on s'élonne des erreurs et des bévues signalées en 1829 par M, le docteur Barras, dans son Trailé des gasLralyies,
SUR LA SUREXCITARFLfTÉ NERVEUSE.
son aise chez les hystériques, qui, aux époques où les accès doivent éclater, ont de ces anxiétés ixexplicables dont les médecins sont les coniideiits obligés. Dans l'hystérie, comme dans l'épilepsie, la cause de ces phénomènes affectifs est souvent cachée dans les profondeurs de la vie de nutrition, dans les circonstances de la menslruation, dans les diverses vicissitudes de la vie utérine, dans les troubles de la digestion, etc. On a pu constater les mômes faits dans certains cas de catalepsie dont les accès étaient précédés de troubles viscéraux (1).
C'est ainsi que, d'une part, les préoccupations tristes prédisposent aux accès au moyen de l'innervation cérébro-ganglionnaire, et que de l'autre, les troubles fonctionnels, simulant les émotions tristes, engendrent bientôt des accès au moyen de l'impressionnabihté ganglio-cérébrale. Telle est l'analogie des phénomènes : le point de départ des accès est le même, le mode de production identique ; il n'y a de dilïérence que dans la cause occasionnelle. Là c'est la présence d'une cause morale, ici c'est la présence d'un trouble viscéral, qui s'expriment également par une surexcitation ganglionnaii-e, point de départ des accès dans l'un et dans l'autre cas. N'y a-t-il pas, dans cette analogie, quelque chose qui rappelle cette conformité d'expressions qui existe entre la physionomie propre â un sentiment ou à une émotion et la physionomie propre à un caractère ou à un penchant? Ces deux expressions correspondent,
(1) Bourdin, Traité de la catalepsie, observations 2« et 13e
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l'une à une cause morale qui est accidentelle, l'autre à une condition générale de l'organisme qui est habituelle ; et pourtant ces deux expressions sont les mêmes, comme les accès dont il s'agit, malgré la diversité apparente ou réelle des causes. Ceci nous conduit à parler de la lypémanie dont la source première est autant dans les conditions générales de l'organisme, manifestées par le tempérament dit mélancolique, que dans la présence accidentelle ou habituelle d'une préoccupation triste. Ne voyons-nous pas l'expression de la mélancolie succéder h une affection des viscères abdominaux, quelquefois même k une simple constipation, aussi bien qu'à une douloureuse et pénible émotion ? Ne voyons-nous pas les larmes, les gémissements, les soupirs, se produire sous l'influence d'une menstruation difficile, d'une digestion laborieuse ou d'une affection vermineuse, comme ils se produisent sous l'influence d'une nouvelle affligeante, d'une perte douloureuse, d'un sentiment tendre et malheureux, ou d'un pressentiment sinistre (1)? Ces choses sont pénibles à dire , la poésie en souffre, l'orgueil de l'homme en est humilié ; mais elles sont vraies, elles sont révélées par l'observation de tous et par rexpérience de chacun ;
(1) Sur quatre cent quatre-vingt-deux cas de lypémanie qui figurent dans le tableau des causes, publié par M. Esquirol, il en est cent dix qui sont attribués à l'hérédité, et qui, par conséquent, correspondent à une condition générale de l'organisme, vingt-cinq à la suppression des règles, quarante à l'époque critique, trente-cinq aux suites de couches, total : deux cent dix, dépendant de causes incontestablement organiques. Le nombre des cas attribués à dos causes morales ne s'élève qu'à deux cent sept. Les autres sont rattachés à la masturbation, à des chiftes sur la tête, au libertinage et à la débauciie.
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les ressources d'une littérature brillante et romanesque ne sauraient prévaloir contre elles. Ne voit-on pas, d'ailleurs, des héros de romans exploiter l'expression sentimentale que leur donnent des maladies très-matérielles, pour inspirer de poétiques amours, faisant ainsi servir à simuler de tendres et mélancoliques émotions, les altérations du foie, des reins, de l'estomac, des intestins, des poumons, du cœur, etc. ? Heureusement la grandeur de l'homme est placée dans une région supérieure à ces misères qui doivent être regardées plutôt comme de salutaires avertissements.
Ce que nous disons du délire mélancolique, ne pouvons-nous pas le dire du suicide, qui en est le plus effrayant symptôme? Si le nostalgique, sous l'empire d'une préoccupation triste et opiniâtre, perd ses forces, maigrit et se tue, ne voyons-nous pas le mélancoHque, qu'aucune cause morale n'aflïige, perdre ses forces, maigrit et se tuer comme lui? « J'ai souvent rencontré, dit M. Esquirol, une variété de suicide dont les auteurs n'ont point parlé et qui a beaucoup d'analogie avec le spleen. Il est des individus qui, à la suite de causes physiques ou morales variables, tombent dans l'affaissement physique, dans le découragement moral : ils ont peu d'appétit, une douleur sourde de la tête, des chaleurs d entrailles^ des borhorygmes, de la constipation; néanmoins leur extérieur n'indique aucun désordre grave de la santé ; chez les femmes quelquefois les menstrues se suppriment. Plus tard ces malades ont les traits et la face tirés, le regard fixe et inquiet; le teint est pâle ou jaune; ils se plaiynent dune gêne,
CERISE. OQ
^34 INDUCTIONS PATHOGÉNIQUES
cVune douleur à l'épigastre, d'une sorte d'engourdissement de la tête, qui les empêche de penser, et d'une torpeur, d'une lassitude générale qui les empêche d'agir. Ils ne font point de mouvements : ils aiment à rester couchés ou assis; ils s'impatientent lorsqu'on veut leur faire faire de l'exercice ; ils abandonnent leurs occupations ordinaires, négligent leurs devoirs domestiques, sont indifférents pour les objets de leurs affections; ils ne s'occupent plus d'affaires; ils ne veulent ni converser, ni étudier, ni Ure, ni écrire ; ils redoutent la société et surtout les importunités auxquelles cette maladie les expose ; affligés de cet état, ils ont des idées noires; enfin, désespérés de leur nuUité ou prétendue nullité, qu'ils croient ne pouvoir jamais surmonter, ils désirent la mort, la réclament et quelquefois se la donnent.... (1). » Dans le spleen et dans l'hypochondrie, le suicide n'a-t-il pas souvent son point de départ dans le trouble fonctionnel des viscères abdominaux, s'exprimant par l'ennui, parle découragement moral et par les idàas noires, comme nous avons vu l'hystérie et l'épilepsie avoir leur point de départ dans un trouble ganglionnaire, s'exprimant par une tristesse sa7is cause, par des chagrins sans motif 1 Doit-on regarder comme d'origine intellectuelle ou cérébrale cette terreur, cette peur étrange, qu'accusent quelques lypémaniaques, dans l'absence non-seulement de toute cause extérieure, de toute idée effrayante, mais encore de toute hallucination, de toute illusion ? « J''ai peur,
(1) M. Esquirol, Desait^». mmi,, t. I, p. 555 : Du suicide.
disent ces malades ; jai peur ! — Mais de quoi 1 —Je n'ensaisrien^mais fui peur. » Sans aucun motif, leur extérieur, leur physionomie, ieuis actions, leurs discours, tout exprime en eux la frayeur la plus profonde, la plus poignante, de laquelle ils ne peuvent ni se distraire ni triompher ^l). » Ajoutez à cela les altérations si rares dans le cerveau, si l'réquentes dans les viscères, que présente à l'autopsie le corps de ces malheureux (2), et vous aurez aisément justice de ces théories exclusives dans lesquelles le cerveau, grâce à la i)lus étrange des confusions, est présenté comme l'appareil commun des conceptions et des alfections, des idées et des émotions ; comme si les sentiments qui résultent de l'association de ces deux éléments n'étaient pas des phénomènes complexes, à la fois intellectuels et alïectifs, cérébraux et ganglionnaires.
La même analogie se fait jour dans quelques cas de moiiomanie. On a vu des accès commencer par un état affectif, par une frayeur ou une colère que rien n'expliquait et qu'accompagnaient des troubles viscéraux. « J'ai eu autrefois sous les yeux, dans l'hospice de Bicêtre, dit Pincl, un maniaque (3) dont les symptômes pouvaient paraître une sorte d'énigme suivant
(1) M. Esquirol, Des alién. ment., t. p. 417 : De la mélancolie.
(2) La plus singulière el la plus fréquente de ces altérations, sur laquelle M. Esquirol a le premier appelé l'altcntion des observateurs c est le déplacement et la position plus ou moins verticale du côloJ transverse.
(3) Ce ma«,a7ueélaitatteintd'une monomanie réelle, ainsi qu'on va le vo.r. Pinel n'avait pas distingué la manie de la monomamc. Celte
Zi36 INDUCTIONS PATHOGËNIQÙES
les notions que Locke el Gondillac ont données des aliénés. Sa manie était périodique et ses accès se renouvelaient régulièrement après des intervalles de calme de plusieurs mois. Leur invasion s annonçait par le sentiment d\me chaleur brûlante dans l'intérieur de l abdomen, puis dans la poitrine, enfin à la face ; alors rougeur des joues, regard étincelant, forte distension des veines et des artères de la tète; enfin, • fureur forcenée qui le portait avec un penchant irrésistible à saisir un instrument ou une arme oiïensive pour assommer le premier qui s'offrait à sa vue ; sorte de combat intérieur qu'il disait sans cesse éprouver entre l'impulsion féroce d'un instinct destructeur et l'horreur profonde que lui inspirait l'idée d'un forfait. Nulle marque d'égarement dans la mémoire, dans l'imagination, dans le raisonnement. Il me faisait l'aveu, dans son étroite réclusion, que son penchant pour commettre un meurtre était absolument forcé et involontaire; que sa femme, malgré sa tendresse pour elle, avait été sur le point d'en être la victime, et qu'il n'avait eu que le temps de l'avertir ou de prendre la fuite. Les intervalles lucides ramenaient les mêmes rétlexions mélancoliques, la même expression de ses remords, et il avait conçu un tel rlégoût de la vie qu'il avait plusieurs fois cherché, par un dernier attentat, à en terminer le cours (1 ) . »
gloire ne lui était pas réservée. Eu rapportant cette observation de l'inel, M. Esnuirol n'a pas hésité à la citer comme un exemple de monomanie.
(1) Pinel, Traité philosophique de Valiénalion mentale, p. 102.