‹ Des fonctions et des maladies nerveuses dans leurs rapports avec l'éducation sociale et privée, morale et physique [electronic resource]Chapitre 37 sur 41 · SUR LA SURKXCITARILITÉ NERVEUSE. Z · texte numérisé non relu

SUR LA SURKXCITARILITÉ NERVEUSE. Z

U manie, la manie intermittente surtout, a présenté quelquefois, dans ses accès, des prodromes ajnalogues. On a vu des phénomènes affectifs, le contentement, l'inquiétude, l'abattement, etc., en précéder et en annoncer le retour, sans l'intervention d'aucune cause morale (1).

Vodà les faits. Nous en rapporterions un grand nombre, si la nature de cet ouvrage nous permettait d'abandonner les généralités physiologiques et pathog:éniques pour faire de longues excursions dans le domaine des observations cliniques, et pour nous aventurer dans les détails de la symptomatologie. Deux inductions peuvent èlre tirées des faits exposés dans ce paragraphe;

J" Les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation qui succèdent à des préoccupations habituelles ou à des commotions dites morales, se confondent avec les expressions sentimentales ou avec l'innervation expressive qui succède à une impression affective ou gangUo-cérébrale.

2" Parmi les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation, il en est qui, alors même qu'il n'existe aucune cause morale, se confondent avec les expressions sentimentales, ou avec l'innervation expressive qui succède à une impression affective ou gangliocérébrale.

M. le docteur Belhommc rapporte une observation analogue clans son memcre intitulé : SuUr de recherches sur la localisalion de la folie Observation n" li. '

(1) M. Esquirol, Des aliénations mentale^, t. H, |C9 et 17n • De la mauie. ' ' '""^ 170 .

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§ II. De la surexcitation nerveuse dans ses rapports avec l'innervation imitative, provoquée par les expressions sentimentales.

Nous n'avons rien à dire de nouveau sur ce sujet intéressant. Les faits d'imitation, dans les affections nerveuses, sont du nombre de ceux qui n'ont pu échapper à l'observation la plus vulgaire. Aussi n'hésitons-nous pas à les l'aire servir, avant même de les avoir rappelés, à la confirmation des inductions pathogéniques qui ont été exposées dans le paragraphe précédent. Une personne est atteinte d'épilepsie; l'accès a lieu en présence de quelques personnes; celles-ci, vivement émues, ont des attaques de nerfs, et l'accès se propage avec une incroyable rapidité : voilà le fait. L'accès convulsif est imité comme le serait une expression sentimentale, comme le serait l'expression d'une vive anxiété, d'une violente affliction, d'une poignante douleur; voilà l'induction pathogénique. Mais cette expression convulsive ne peut être imitée qu'à la condition de produire un trouble viscéral analogue à celui que produit l'expression sentimentale ; il doit s'opérer, au delà de cette imitation tout extérieure, une imitation tout intérieure, mystérieuse, invisible, mais réelle, incontestable. L'imitation sympathique des expressions normales ou anormales ne doit pas être confondue avec l'imitation arbitraire de certains mouvements, de certains tics, ni avec cette imitation forcée de l'enfant qui prononce les mots d'une langue comme on les prononce autour de lui. Il faut apporter, dans l'analyse

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délicate des phénomènes de la vie morale et intellectuelle, mie attention et un discernement dont on croit trop souvent pouvoir se passer. Un fait d'imitation, qui se produit sans trouble, sans émotion, est de tout autre nature que celui qui se produit avec trouble et émotion. Il y a, clans ce dernier cas, une coopération active de l'appareil ganglionnaire, analogue à celle qui provoque les expressions sentimentales elles-mêmes. L'agitation anormale des yeux, de la face et de la poitrine, les gémissements, les cris aigus, les exclamations diversement accentuées, le grincement des dents, l'animation ou la pâleur des joues, le désordre de la chevelure, l'écume de la bouche, les mouvements convulsifs des membres, le hoquet, le râle bronchique, la respiration saccadée, etc., toutes ces expression symptomaliques d'un accès maniaque, épileptique ou hystérique, se (Confondent avec les expressions symptomatiques d'un trouble affectif ; ils doivent naturellement provoquer les mêmes effets sur les personnes prédisposées qui en sont témoins. Il n'est pas nécessaire, pour cela, que les accès dont l'imitation est redoutée soient le résultat d'une commotion morale ou d'un trouble viscéral. Alors même que ces accès ont leur point de départ dans l'appareil cérébral, ceux qui sont provoqués par l'imitation sympathique ont nécessairement le leur dans l'appareil ganglionnaire, par cela seul que les symptômes convulsifs ressemblent à l'expression d'une violente émotion. Cette induction est rigoureuse.

Revenons maintenant aux laits. Pour que l'imitation

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sympathique ail lieu, au point de reproduire de graves affections nerveuses, il faut que les conditions générales de l'organisme nerveux, celles surtout de l'appareil ganglionnaire, soient douées d'une bien déplorable prédisposition. Ici, plus que jamais, la prédisposition doit être signalée comme exerçant sa fatale influence ; mais, il faut le dire, cette influence s'exerce néanmoins selon l'ordre établi par les lois physiologiques du système nerveux. Dans l'état normal, voici ce qui a lieu : un homme est en proie à une violente émotion ; cette émotion se traduit extérieurement, par l'accent, le geste, l'attitude, la physionomie, le regard, etc.; un autre homme, resté jusque-là étranger à cette émotion, est frappé par l'expression sentimentale dont il a sous les yeux le douloureux spéciale; il éprouve un malaise profond ; il est ému à son tour. Dans l'état anormal, voici ce qui a lieu : un homme est en proie aux emportements d'un délire afl'ectif, d'une fureur implacable, d'une aveugle colère; il s'arrache les cheveux, se frappe la tête avec violence ; ses membres sont agités convulsivement, et une attaque d'épilepsie vient couronner cet affreux désordre ; le trouble de cet homme ne tarde pas à gagner les personnes prédisposées qui assistent à cette horrible scène, et l'agitation convulsive, se propageant sympathiquement, ainsi que cela a été observé plusieurs fois, multiplie les victimes. Ici, comme partout et toujours, le fait pathologique correspond à un fait physiologique, que l'imitation ait lieu avec ou sans l'intervention de l'imagination, par le seul fait du mouvement désordonné d'un instincl, ou

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par le concours des idées et de certaines préoccupations affectives. En général, cette intluence de l'innervation imitative tend d'autant plus à revêtir la forme patholo<iique que les conditions de l'âge, du sexe, du l»^mpérament, etc., se rapprochent davantage de celles que nous avons assignées à la surexcitabilité nerveuse. C'est dans cette innervation que consiste, en partie, le danger des spectacles donnés par l'exemple et idéalisés par les arts d'expression, par le drame surtout.

La propagation sympathique des affections nerveuses est loin de se présenter toujours avec ce caractère d'automatisme qui a particulièrement frappé les observateurs. Il est même incontestable que les cas où ces maladies se propagent exclusivement par l'imitation des expressions symptomatiques, sont extrêmement rares. Dans les cas les plus nombreux, l'imagination intervient, entraînant avec elle le cortège des émotions dont elle est inséparable. Or, là où l'imagination intervient, il y a coopération intellectuelle; le rôle des idées et des raisonnements vient compliquer celui des affections; l'élément psycho-cérébral vient prêter son concours à l'élément ganglionnaire. Alors imitation automatique disparaît, ou au moins elle est subordonnée à l'intelligence; elle pénètre dans le domaine de la conscience et de la volonté ; l'individu qui est menacé de la contagion sympathique peut repousser l'idée qui sert à la propager ; il peut, à l'aide d'une idée opportune, prévenir et combattre l'invasion de la maladie. Il se trouve ainsi en possession de la liberté; car il peut faire servir à éloigner le danger qui le menace

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les mêmes focuUés qu'il fait concourir à sa perte. La propagation sympathique des affections nerveuses se présente donc sous deux formes : sous la forme affective et automatique, c'est la plus rare; sous la forme affective et intellectuelle, c'est la plus ordinaire. La première ne se produit que dans un espace et dans un temps limités; il faut que le spectacle de l'accès ait lieu sous les yeux de ceux qui sont disposés à l'imiter; la seconde se produit à travers les distances les plus éloignées; elle franchit les limites du temps et de l'espace. A la première se rapportent quelques faits rares et isolés -, à la seconde se rapportent des faits nombreux et généraux : ceux-là sont sporadiques ; ceuxci sont épidémiques. Dans les premiers, l'élément de la contagion se propage par la sensation; dans les derniers, l'élément de la contagion se propage par les récits, porté sur les ailes de cette renommée aux cent voix, dont les exagérations égalent la vitesse et augmentent avec l'espace parcouru. Ici, c'est d'abord la parole, cette expression spirituelle et spéciale des idées, qui inocule le poison; ce sont ensuite la pensée, l'imagination, qui font éclater la maladie. Là, c'est l'agitation extérieure, cette expression matérielle et spéciale des émotions, qui tout à la fois inocule le poison et fait éclater les accès.

§ III. De la surexcitation nerveuse, considérée dans ses rapports avec l'association anormale des excitations.

Parmi les relations fonctionnelles qui s'établissent plus particulièrement sous l'influence de l'éducation,

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nous avons mentionné celles qui résultent de l'association habituelle de certaines excitations. Nous en avons exposé, dans le chapitre précédent, le caractère physiologique. Nous les verrons bientôt reparaître sous un autre aspect, c'est-à-dire dans leurs rapports avec les affections nerveuses.

L'association des excitations sensoriales produites par les signes du langage, avec les excitations psychocérébrales produites par les idées, constitue l'élément physiologique de la pensée. Si cette association est refusée ou stérile, l'inteUigence fait défaut, il y a inertie du cerveau ; mais il n'y a pas surexcitation, il n'y a pas aliénation mentale. Il peut bien survenir une hydrocéphale, une cérébrite, une méningite, etc, ; mais il ne saurait survenir du délire. Toute aiï'ection nerveuse fie l'appareil cérébral, que caractérise le désordre des idées, est alors impossible.

Il arrive quelquefois, à la suite d'une attaque d'apoplexie, que le malade, (juoique guéri, ne se souvient que très-diffîcilement des mots destinés à exprimer ses idées. Il emploie alors un mot pour un autre, tout en ayant conscience de son erreur et en luttant contre l'embarras qu'il éprouve. Il y a, en quelque sorte, solution de continuité fonctionnelle entre la portion cérébrale impressionnée par l'idée, et la portion cérébrale impressionnée par le signe qui y a été associé dans l'enseignement. Nous avons pu observer récemment un exemple de cette association anormale.

Des idées isolées, mais fausses, peuvent être données par l'enseignement ; dans ce cas il y a erreur, igno-

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rance, préjugé; mais il n'en ressort pas nécessairement une maladie. Telles sont les idées fausses qui sont associées à des sensations réelles, lorsque cette association ne s'étend pas aux émotions. Ainsi, l'idée d'une tète de femme associée à l'impression sensoriale produite par la lune, celle d'un tombeau de géant associé à l'impression sensoriale occasionnée par une montagne, constituent des croyances plus ou moins poétiques qui sont sans danger pour la santé de ceux qui les admettent dans la simplicité de leur esprit. Il n'en est plus de même lorsque l'association de l'idée avec la sensation s'étend aux émotions sensuelles et sentimentales, lorsque, par exemple, l'idée d'un accouplement monstrueux est associée, dés l'adolescence, aux premiers appétits sexuels, ainsi que cela a lieu dans certaines contrées de TOrient; ou lorsque l'idée d'un spectre épouvantable est associée, dès l'enfance, à l'idée d'une pierre ou d'un bouleau, comme cela a lieu quelquefois dans nos campagnes.

Il est des aberrations intellectuelles qui se propagent dans le monde et auxquelles peu d'hommes parviennent à échapper complètement ; les plus inteUigents y sont peut-être exposés plus que les autres. Ces aberrations, en général peu dangereuses, consistent, comme toutes les conceptions fausses, dans une association vicieuse d'idées incompatibles. L'orgueil en est souvent le principal mobile, l'imagination et l'amour-propre font le reste. Un penseur qui croit à l'exactitude et à la vérité de ses conceptions ne manque pas d'en voir par ses yeux la vérification, alors même qu'elle n'est

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visible pour personne. Il on est qui, ayant associe l'idée (le certaines Ibrmes cérébrales à celle de certaines passions, ne manquent pas, une passion étant donnée chez un individu, de constater et de décrire une forme encéphalique que personne n'aperçoit. Il en est d'autres qui, ayant associé l'idée d'une altération anatomopathologique du cerveau à celle du délire des aliénés, ne manquent jamais de la rencontrer à l'autopsie. Ceux-là nous montreront une circonvolution très-développée correspondant à l'avarice ou à la probité ; ceuxci nous montreront une lésion très-évidente qui correspond à la mélancolie. On appelle cohésion anoi'male des idées les aberrations de ce genre qui, nées d'une association vicieuse, sont très-familières aux savants, si l'on en croit M. Leuret. Ce sont, dans tous les cas, des aberrations fort inoffensives quand elles ne touchent pas de trop près la morale ct^'hygiène ou la thérapeutique. Lorsqu'elles font irruption, par leurs conséquences, dans les règles de conduite ou dans les prescriptions de la médecine, elles peuvent devenir trèsnuisibles. Telle est, par exemple, la cohésion anormale de l'idée d'irrésistible impulsion avec l'idée générale de volonté; telle est encore la cohésion anormale de l'idée de gastrite, de g:astro-entérite, d'inflammation, avec l'idée générale de maladie. La première conduit à une pratique qui met en péril toutes les relations sociales; la seconde conduit à une pratique qui fait périr les malades et maudire les médecins.

Les associations vicieuses considérées dans leurs rapports avec les idées fausses qui se propagent dans

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le monde, ne constituent point une forme déterminée de la surexciLabilité nerveuse (1). Considérons-les donc plutôt 1" comme symptômes des principales variétés du délire des aliénés ; T comme causes de certaines afl'ections nerveuses.

De r incohérence et de la cohésion anormale des idées dans l'aliénation mentale.

Dans l'étude des phénomènes pathologiques de l'entendement, il faut avoir sans cesse présentes à la pensée ces deux données physiologiques de l'observation, à savoir : 1" L'ordre logique, dans la série des idées qui constituent un raisonnement, et dans la succession des raisonements qui doivent conclure à une œuvre morale et intellectuelle, est le résultat d'un travail, d'un effort, d'une volonté énergique; et il n'est possible qu'à la condition de posséder préalablement l'idée générale d'un but à atteindre, et des aptitudes cérébrales exercées aune logique rigoureuse. 2" Lorsque les raisonnements sont devenus habituels et faciles.au moyen d'un exercice fréquent, lorsque surtout ils correspondent aux puissants appels de la passion ou de l'instinct; lorsque, en un mot, ils sont transformés en habitudes vivement sollicitées par les impulsions gangiio-cérébrales, ils réclament de la part de la volonté une attention moins soutenue et de moins grands

(1) M. Leuret a distingué néanmoins une catégorie de monomaniaques qu'il nomme les arrangeurs, et dont le délire correspondrait à l'aberration des systématiques. Celte distinction est ingénieuse, elle est même exacte sous certains rapports.

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ellorts. Ces deux données doivent servir à rendre raison des prédispositions de chacun, et de la différence qui existe sous le rapport des actes de l'entendement, entre le maniaque et le dément, d'une part, et le mononiaque ou le lypémaniaque, de l'autre. Chez les premiers, la volonté est sans objet déterminé ; partant point d'attention, point d'ordre logique, point de coordination dans les idées et dans les raisonnements. Chez les seconds, la passion, toujours présente ou fréquemment en éveil, sollicite énergiquement l'entendement, elle poursuit son objet sans relâche; elle supplée à la volonté qui dés lors peut abdiquer, sans troubler par cette abdication l'ordre logique des idées et des raisonnements.

Nous n'avons point la prétention de pousser très-loin nos inductions pathogéniques sur le délire des ahénés. Il faudrait d'abord qu'il nous fut possible de discerner d'une manière exacte et précise, les divers aspects sous lesquels il se présente à l'observation. Or, rien d'aussi variable, d'aussi compliqué, d'aussi inextricable que ce délire, véritable prêtée qui échappe à toute analyse rigoureuse, et qui résiste à tous les efforts les mieux combinés de coordination méthodique (1). Il faudrait

(1) Il se passera beaucoup de temps encore avant que l'on possède une coordination exacte des diverses formes de l'aliénation mentale, car elles se confondent souvent dans la même maladie, sans qu'il soit possible de les séparer. C'est surtout la catégorie désignée par M. Esquirol sous le titre de monommie, qui doit, sous ce rapport, subir les plus importantes rectifications. Quoi qu'il en soit, nous reproduirons dans les notes suivantes, pour les personnes étrangères à l'étude de ces

maladies, les tableaux remarquables que ce maître a tracés, des quatre

principales variétés du délire des aliénés.

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ensuite qu'il nous fût possible de décrire le mystérieux mécanisme des fonctions cérébrales dans les opérations de l'entendement et de la volonté, autrement que par rénumération stérile et routinière de quelques facultés complexes ou prétendues primitives. Or, nous n'aspirons point à tant d'honneur. Il nous reste donc à parcourir modestement une région moins élevée et trèslimitée : nous nous bornerons à quelques considérations sur l'incohérence et la cohésion anormale des idées qu'on observe dans les quatre formes de la folie plus ou moins exactement décrites par M. Esquirol sous les noms de manie, de démence, de monomanie et de lypémanie.

De la manie et de la démence. — Des myriades d'idées dont, pendant le cours de la vie, le malade a été mis en possession dans un ordre déterminé, se réveillent, se succèdent, se pressent, se précipitent, pour ainsi dire, les unes sur les autres, entraînant avec elles des hallucinations incroyables, des illusions étranges, des émotions plus ou moins violentes; c'est un tlux et un reflux de pensées et d'agitations affectives, un tourbillon, un chaos; tel est le délire du maniaque. Le malheureux a la conscience de ses actes moraux et intellectuels, et il en conserve le souvenir; il parvient môme, quand il est complètement guéri ou dans l'intermittence des accès, à en rendre un compte exact et motivé. Ce sont des mouvements tumultueux, des convulsions de l'entendement qui se produisent avec trop d'intensité, de violence et de rapidité, pour que l'esprit qui les perçoit puisse les modérer ou les sus-

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pendre (l). Il n'en est pas de même de la démence. Ici le délire est moins compliqué d'émotions ; les idées

se

* " "'^st pas facile dans la manie, comme dans la monomanie, dit M. Esquirol,de ramener le délire à un type primitif, ni de préciser quelle est la faculté de l'entendement essentiellement lésée • mais tont annonce l'ellbrt, la violence, l'énergie ; tout est désordre et perturbation, le défaut d'harmonie est ce qu'il y a de plus saillant dans le dél.re des maniaques ; l'attention est principalement lésée et les malades ont perdu le pouvoir de la diriger et de la fixer. En effet qu un homme agisse puissamment sur l'esprit d'un maniaque, qu'un événement imprévu arrête son attention ; le voilà tout à coup raisonnable, et la raison se so-tient aussi longtemps que l'impression actuelle conserve assez de puissance pour soutenir son attention. L'attention n étant plus en rapport d'activilé avec les autres facultés, est en quelque sorte maîtrisée par elles, au lieu de les diriger et de prêter sa force a leur action. Nous allons voir dans les détails que lous les désordres u.tellectuels peuvent être ramenés à ce défaut d'harmonie entre I attention et les sensations actuelles et les idées et les souvenirs

» Le maniaque présente l'image du chaos dont les éléments mis en mouvement se heurtent, se contrarient sans cesse pour augmenter la confusion, le désordre et l'erreur, il est isolé du monde physique et .ntellectuel, comme s'il était renfermé lui-même dans une chambre obscure ; les sensations, les idées, les images se présentent à son esprit .«^ans ordre et sans liaison, sans laisser de traces après elles ; entraîné sans cesse par des impressions toujours renouvelées, il ne peut fixer son attention sur les objets extérieurs qui font une impression trop vive et qui se succèdent trop rapidement ; il ne peut distinguer les qualités des corps, en saisir les rapports ; emporté par l'exaltation dos .dees qu, naissent de ses souvenirs, il confond 1ns temps et les espaces • il rapproche les lieux les plus éloignés et les personnes les plus étranl gères; ,1 associe les idées les plus disparates, crée les images les plus b^arres. t.ent les discours les plus étranges, se livre aux actions les plus ridicules. L'équilibre entre les impressions actuelles et les souvenirs est rompu, et souvent la vivacité des images que reproduit sa mémoire est telle, que le maniaque croit réels et présents les ohje que im rappelle son imagination exaltée. Mille hallucinations se jouen de la raison du maniaque : il voit ce qui n'est point; il s'entrelien avec des interlocuteurs invisibles, il les questionne et leur répond eu commande eur promet obéissance, souvent il se met en colère Contre eux ... » (Des alvnattons mentale.';, t. 11, p. Hi-j et ids.)

CERISE

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succèdent sans ordre, mais en gVïncral avec un calme et une indiftérence remarquables; on n'y voit pointées élans successifs et presque sunultanés de la passion qui, dans la manie, donnent lieu à des lambeaux de raisonnements sans cesse interrompus et toujours sans conclusion. Ce ne sont que des idées incohérentes, exprimées souvent par une intarissable parole, véritable logorrhée pathologique. Point de ces mouvements tumultueux, de ces convulsions de l'entendement et de la passion, qui, dans la manie, interdisent tout accès à la libre intervention de l'inteUigence, ([uoiqu'ils aient lieu avec conscience. Ce sont plutôt de faibles soubresauts que de violentes contractions, des mouvements carphologiques plutôt que des convulsions. On dirait que dans la manie les aptitudes les plus cunsidérables de l'appareil psycho-cérébral, celles qui concourent à la coordination volontaire et logique des idées, sont plutôt troublées qu'anéanties, tandis qu'elles seraient dans la démence plutôt anéanties que troublées. Aussi l'une est-elle susceptible de guérison, tandis que l'autre ne l'est jamais (l). En quoi consiste cette différence?

(1) Dans la démence, dit M. Esquirol, « les idées les plus disparates se succèdent indépendantes les unes des autres ; elles se suivent sans liaison et sans motif; les propos sont incohérents, les malades répètent des mots, des phrases entières, sans y attacJier de sens. Plusieurs de ceux qui sont en démence ont perdu la mémoire, même pour les choses qui touchent de plus près à leur existence. Mais c'est surtout la faculté de rappeler les impressions récemmeuL reçues, qui est essentiellement altérée : ces malades n'ont que la mémoire des vieillards ; ils oublient dans l'instant ce qu'ils viennent de voir, d'entendre, de dire, de faire ; c'est la mémoire des choses présentes qui leur manque, ou plutôt la mémoire ne les trahit-elle point, parce que les sensations

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coiïnnent expliquer celle diversité de phénomènes? A ces questions voici notre réponse. Dans la manie, le désordre est complic^ué : la surexcitation est à la ibis ganglionnaire et cérébrale ; l'ii'radiation entre ces deux éléments de la vie morale et intellectuelle est incessante, surtout pendant les acccès; ce sont des idées et des émotions qui se croisent, se heurtent, se contrarient, s'excitent tour à tour et sans relâche. Dans la démence sans complication, le désordre est plus simple ; la surexcitation est exclusivement cérébrale; l'irradiation entre les deux éléments de la vie sentimentale de l'homme est à peu près complètement suspendue ; il y a une sorte de solution de continuité ; les idées gaies ou tristes ne sont point suivies d'émotions, et les émotions ne viennent point soulever le flot des idées. Expliquons-nous: l'irradialion gangiio-cérébrale, dans la manie, vient ahmenter, surexciter, exalter toutes les fonctions du cerveau, en précipiter les opérations à ce point que la coordination logique des idées devient impossible; tandis que, dans la démence, le cerveau, ailaibii, épuisé, appauvri plutôt par les excès spéciaux

étant très-faibles, les perceptions l'étant aussi, ne laissent point ou presque point de traces après elles. Aussi plusieurs ne déraisonnent que parce que les idées intermédiaires ne lient point entre elles les iilée, qui précèdent à celles qui suivent on voit évidemment les lacunes qu'ils auraient à remplir pour donner à leurs discours l'ordre, la filiation, la perfection d'un raisonnement suivi et complet.

») L'énergie de la sensibilité et des facultés intellectuelles, qui est toujours en rapport avec l'activité des passions, étant presque éteinte les passions sont nulles ou presque nulles dans la démence. Les aliénés en démence n'ont ni désir, ni mépris, ni haine, ni tendresse • ils sont dans la plus grande indifférence pour les objets qui leur étaient' les plus

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que surexcité par des troubles affectifs, est livré à luimême, abandonné à ses propres ressources, disposant faiblement un reste de névrosité que lui fournit avec parcimonie la circulation locale, malgré l'énorme quantité d'aliments dévorés par le malade (1). Aussi appliquez à celui-ci le traitement antiphlogistique, la saignée banale ou l'inévitable diète qui en forme la base, et vous abrégerez infailliblement ses jours. Si

cliers ; ils voient leurs parents et leurs amis sans plaisir, et s'en séparent sans regret; ils ne s'inquiètent pas des i)rivations qu'on leur impose, et se réjouissent peu des plaisirs qu'on leur procure; ce qui se passe autour d'eux ne les affecte point ; les événements de la vie ne sont presque rien pour eux, parce qu'ils ne peuvent les rattacher à aucun souvenir ni à aucune espérance ; indifférents à tout, rien ne les touche , ils rient et jouent alors que les autres hommes s'affligent ; ils répandent des larmes et se plaignent alors que tout le monde est satisfait et qu'ils devraient l'être eux-mêmes ; si leur position les mécontente, ils ne font rien pour la changer.

» Le cerveau, dans l'atonie, ne fournissant plus de sensations pour la production des idées au raisonnement, ni des signes au jugement, les déterminations sont vagues, incertaines, variables, sans but et sans passions. Ceux qui sont en démence sont sans spontanéité; ils ne se déterminent pas, ils s'abandonnent, se laissent conduire ; leur obéissance est passive, ils n'ont pas assez d'énergie pour être indociles ; aussi sont-ils souvent le jouet de ceux qui veulent abuser de leur fâcheux étal. Cependant ils sont irritables, comme tous les êtres débiles et dont les facultés intellectuelles sont faibles et bornées ; mais leur colère n'a que la durée du moment; elle n'a point de ténacité comme celle des maniaques, et surtout des Ijpémaniaques. Ces malades sont trop faibles pour que leur fureur soit de longue durée ; ils ne sauraient soutenir longtemps tant d'efforls. » {Des aliénations mentales, t. II, p. 120 et suiv.)

(1) Chaque appareil nerveux ne disposant que d'une quantité déterminée de névrosité, au delà de laquelle il y a paralysie inévitable de la fonction, il n'est pas étonnant que la démence soit consécutive de l'exaltation du maniaque, de l'abus des narcotiques, des excès intellec tuels, etc. La privation des exercices logiques y prédispose un grand nombre d'oisifs.

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vnus traitez de la même manière le maniaque, vous ne lui ferez sans doute aucun bien, mais vous ne lui ferez beaui^oup de mal que parce que vous hâterez la transiormation de son délire en démence, en ajoutant à la déperdition considérable de névrosité qui résulte de son agitation la privation des seuls moyens de ré[)aralion qui lui restent. Que si, dans la manie, une abstinence prolongée ne diminue point la violence des accès, il latit tenir compte d'un fait souvent observé et qui nous semble positif, à savoir, que les fonctions nerveuses s'alimentent jusqu'à un certain point les unes des autres; qu'elles se tiennent réciproquement en éveil pendant "•1 temps plus ou moins ion- (1). Ne pouvons-nous pas aussi reconnaître que l'effort de coordination logique des idées et des raisonnements étant nul ou presque nul, chez le maniaque, la névrosité que coûte cet eiïori est en quelque sorte épargnée et qu'il reprend pour ainsi dire d'un côté ce qu'il dépense de l'autre. En effet, <lans cette form.' .lu délire, l'effort de coordination logique, sous l'inlluence d'une violente impulsion, peut aller quelquefois jusqu'à réunir quelques idées' dans un raisonnement; mais il s'étend rarement jusqu'à faire converger des raisonnements vers une même conclusion. Quant aux déments, cette faculté de coordination est complètement abolie : les idées se produisent

(1) Le cerveau d'un homme près .le succomber ù rinanitioa se réconforte par le seul fait de l'ingestion des .niiments, longtemps avant q.uis soient digérés. La coopération viscérale ou ganglionnaire, dans les passions imprime au cerveau une énergie particulière, alors même qu'il est fatigué ou affaibli, etc.

INDUCTIONS PATHOGÊNIQUES

sans conscience et partant sans mémoire. C'est un mécanisme créé par l'iiabitude dont les parties s'agitent isolées et incohérentes, n'étant point réunies par l'attention ni rapprochées par la passion. C'est sm^tout dans leurs écrits que cette incohérence manifeste son vrai caractère. On y voit quelquefois l'incohérence se compUquer d'une cohésion anormale, lorsque, par exemple, le mot dont ils se servent pour exprimer une idée fait surgir dans leur pensée une image tout h fait étrangère à cette idée et les en distrait complètement. C'est le dernier vestige d'une ancienne association entre les signes du langage et des idées dont la succession logique est devenue impossible. H y a bien encore une proposition, mais il n'y a plus de raisonnement. Combien de personnes, dans le monde, qui, sautillant ainsi d'une proposition à une autre, sans but et sans ordre, semblent prédestinées à la démence ! Mais les passions sont là, avec leurs énergiques impulsions ; elles suppléent, par la série logique des excitations qu'elles commandent, k la direction d'un but d'activité librement choisi ; elles donnent au cerveau une force qui préserve d'un anéantissement plus ou moins complet cette aptitude logique, la plus considérable d'entre toutes les aptitudes cérébrales, celle dont l'énergie est le plus grand bienfait de la nature et de l'éducation.

De la monomanie et de la hjpémanie. — Ces deux variétés du délire affectif sont moins distinctes que les précédentes. La monomanie se confond souvent, d'une part, avec la manie et même avec la démence compUquée de paralysie générale, et de l'autre avec la

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l'orme violente de la lypéniaiiie. Disons quelques mois à ce sujet ; lâchons au moins de niellre le doigt sur le vice radical de cette distinction.

On a remarqué que les émotions pouvaient se diviser en deux grandes catégories, en émotions gaies ou expansives et en émotions tristes ou oppressives, et l'on s'est liàté d'introduire cette division dans la coordination des diverses formes du délire afiectil". On ap[)elle inonomaiiies celles qui correspondent aux émotions expansives, cl lijprmanics celles qui correspondent aux émotions oppressives. Cette coordination eut beaucoup de peine à prévaloir dans la clinique, malgré l'autorité du maître qui l'avait proposée ; des faits nombreux protestent contre elle et tendent à la réformer. Sernitce que, vraie en théorie, elle serait insuffisante dans la pratique? Nous répondrons, quant à nous, qu'elle est d'abord inexacte en théorie et que par conséquent on doit en voir sans surprise l'insuffisance pratique. M. Esquirol a commis l'erreur que bien d'autres avant lui avaient commise et dont ne sont pas exempts les plus distingués d'entre ses élèves, lia d'abord confondu l'émotion avec la passion, ce qui est une grande faute. La' passion, c'est un désir immodéré ; l'émotion, c'est l'état affectif qui est à la fois l'effet et la manifestation de ce désir. Or, cet état peut être gai ou triste, ex))ansif ou oppressif, sans que pour cela la passion cesse d'être la même : un andntieux s'épanouii a avec délices en trônant sur un piédestal imaginaire ; un autre ambitieux maudira l'humanité, attaché à un pilori fantastique. Bien plus, le même homme, sous l'empire des mêmes

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passions, peut passer tour à tour d'un ordre d'émotions à l'autre, comme cela arrive à tous les hommes qui sont aux prises avec un ardent désir. Dès lors la coordination proposée pèche par la hase; elle sépare des choses qui doivent être réunies et elle réunit des choses qui doivent être séparées. Ce n'est pas tout ; parmi les émotions, il en est une qui joue un grand rôle dans les passions et dans les diverses formes de la folie, et cette émotion ne saurait trouver sa place dans l'une ni dans l'autre des catégories indiquées. 11 s'agit de la colère, de la fureur, de l'exaltation maniaque, etc. La colère estelle une émotion gaie?... Elle présente pourtant un. certain nombre des phénomènes physiologiques que vous attribuez aux émotions expansives. Est-ce une émotion triste?... Elle présente pourtant un certain nombre de phénomènes que vous attribuez aux émotions oppressives (1). Voilà encore une nouvelle difficulté, source de nombreuses erreurs dans l'appHcation. Et d'ailleurs le mot monomanie exprime-t-il, comme on l'a prétendu, un état affectif opposé au délire mélancolique?... Les formes de l'aliénation m entale, comprises sous cette dénomination, ne renferment-elles pas de nombreuses dissemblances que compensent à peine de faibles analogies?... On a contesté l'existence de la monomanie; serait-on allé si loin si cette classe

(1) Rien n'embarrasse les observateurs peu exercés, comme cette opinion qu'ils apportent dans un asile d'aliénés : « Le lypémaniaque vil trop en dedans, le monomaniaque vit trop en dehors. » Qu'un lypémaniaque soit agité, qu'il se livre à des accès de colère ou d'amère ironie, il vivra tout autant « en dehors » que le mononianiaque.

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d'affections avait été mieux délinie?... Unant à nous, nous avouons notre incompétence à résoudre de pareilles questions; il nous suffit de déclarer que, dans notre opinion, il y a monomanie toutes les fois qu'il y a prédominance d'une idée, d'une passion ou d'un but, foules les fois que cette idée, cette passion, ou ce but se trabissent avec plus ou moins de suite dans le délire, et en nuancent plus ou moins complètement les expressions variées. Nous ajouterons que la catégorie des monomaniaques, classée d'abord selon l'ordre des passions ou des idées dominantes, peut être divisée ensuite en monomanics gaie, furieuse, insidieuse, tnste, etc., selon les cas. La lypémanie ou la monomarne triste constitue ainsi une des formes principales de la monomanie, au beu de figurer dans une classe à part (1).

Quoi qu'il en soit, revenant à l'objet spécial de notre examen, nous apercevons que, dans le débre affectif,

(i) « La monomanie et la lypémanie, Hit M. Esquirol, sont des ffect.ons cérébrales chroniques, sans nèvro, caractérisée nnesion par.ie,.e Ue rintel.i.ence, .os a.ections'ou de , Lté' 3 I i .lesordre mtellectuel est concentré sur un seul objet ou 1 sene d'objets Circonscrits; ,es malades partent d'un pri L d s^.ent sans dévier ,es raisonnements logiques, et dont Is L de conséquences légitimes qui modif.ent leurs alTections et les actes de , en volonté; hors de ce délire partiel, ils sentent, raison nL.

base de ce déli e n e " ' ''^'"'^^

Tantôt les m^nla i u^ Tt!- oT'T ~'

'eurca.ctére sont perlr^; ;rr::::Zl:":r^7^ cafons tres-bien raisonnées, Hs justifient l élat a,, e, de le ' s ' menls, el excusent la bizarrerie et Pin.»

Bizarrerie et 1 inconvenance de leur conduite :

658 INDUCTIONS PATHOGÈNIQUES

les associations anormales présentent un caractère différent de celles que nous avons aperçues dans la manie et dans la démence. Dans la démence, il y a incohérence complète des idées; dans la manie, il y a tout à la fois incohérence des idées, des raisonnements surtout, et cohésion anormrde des conceptions. Dans la monomanie gaie, furieuse, insidieuse, triste, etc., il y a surtout cohésion anormale. Dans la première, la force de coordination logique est anéantie ; dans la seconde elle est troublée; dans la troisième elle est

c'est ce que les auteurs appellent monomanie raisonnanle, mais que je voudrais nommer munomnnie alfeclive. Tantôt la volonté est lésée : le malade, hors des voies ordinaires, est entraîné à des actes que la raison ou le sentiment ne déterminent pas, que la conscience réprouve, que la conscience n'a plus la force de réprimer; les actions sont involontaires, instinctives, irrésistibles, c'est la monomanie sans délire, ou la monomanie instinctive. Tels sont les phénomènes généraux que présente le délire partiel ou la monomanie; mais, suivant que le délire est expansif ou concentré, gai ou triste, il existe des différences qu'il faut signaler.

» Dans la lypémanie, la sensibilité est douloureusement excitée et lésée ; les passions tristes, oppressives, modifient l'intelligence et la volonté; le lypémaniaque concentre en lui-même toutes ses pensées, toutes ses affections, est égoïste et vit trop en dedans. Dans la monomanie, au coniraire, la sensibilité est agréablement excitée; les passions gaies, expansives, réagissent sur l'entendement et sur la volonté ; le monomaniaque vit trop en dehors, et reporte sur les autres le superflu de ses sentiments.

» La physionomie du monomaniaque est animée, mobile, riante ; les yeux sont vifs et brillants. Le teint du lypémaniaque est jaune, pâle et même terne ; les traits de la face sont concentrés, immobiles, grippés; les veux sont caves, fixes ; le regard est inquiet, soupçonneux. Le monomaniaque est gai, pétulant, téméraire, audacieux; le lypémaniaque est triste, calme, défiant, crahitif. Le premier fait beaucoup d'exercice, est bavard, bniyant, prétentieux, prompt à s'irriter, rien ne paraît faire obstacle aux libres exercices de ses fonctions; le second, ennemi du mouvement, est dissimulé, parle peu, s'excuse, s'accuse même;

exaltéo par l'effet d'une concentration exclusive (1). Le délire affectif conserve les formes du raisonnement qui sont l'expression d'une violente passion. Vmr l'aliéné comme pour l'homme sain, l'imagination est aux ordres du sentiment ou do l'idée qui régnent sans partage; elle n'a rien à leur refuser; la logique aura son cours; elle ne procédera pas précisément selon le sens commun, mais elle sera difficilement prise en Hiute. C'est qu'il y a, dans ce cas, entre l'impressionnabilité ganglio-cérébralc et l'innervation intra-céré-

les fondions s'accomplissent péniblement, avec lenteur. La marche de la mononianie est plus aiguë, sa cUuce plus courte, sa terminaison plus favorable, à moins qu'il n'y ait quelques csmplicatioris ; le contraire a lieu dans la lypémanie : dans celle-ci le délire semble dcpemire plus particulièrement de quelques lésions abdominales ; dans l'autre, le délire paraît cire causé plus immédiatement par l'éiat anormal du cerveau.

» Ce qui précède signale des différences si essentielles entre la lypémanie et la nionomanie, qu'on ne saurait confondre ces deux états pathologiques et qu'on ne peut leur imposer le même nom, si l'on veut apporter quelque précision dans le langage médical. C'est pour n'avoir pas toujours distingué ces deux maladies que les auteurs n'ont tenu compte que des désordres intellectuels, et ont négligé les autres symptômes; ils n'ont point différencié la monomanie de la manie, à cause de l'excitation, de la susceptibilité et de la fureur de quelques monomaniaques. Ils ont confondu lu monomanic avec la mélancolie, parce que, dans l'une et dans l'autre, le délire est fixe et partiel... » (Esqui-

rol, Des aliénations menta'ex, t. II : De la monomanie, p. 1.

Voyez pour la lypémanie^ le tableau trés-étendu que cet auteur en a tracé, t. I", p. 407 et suiv.)

(1) Exceptons toutelois celte forme de la monomanie qui a été appelée insUnclive, et qui, au dire des observateurs les plus récents, est sans délire. Dans celle-ci, le mala le recule devant ses propres enfraîiiements ; loin de raisonner à perte de vue pour établir son droit et défendre ses idées, il se méfie de lui-môme, et il redoute les conséquences de la fatale impulsion dont il subit le joug ; monomanie étrange à laquelle il faut bien croire , quelque incroyable qu'elle paraisse !

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brale qui en résulte, une relation active, énergique, que rien ne trouble, que rien ne complique. Toute la série des idées qui ont été associées à l'objet de la passion dominante est sans cesse tenue en éveil, toutes celles qui peuvent entrer dans cette série sont évoquées, maintenues ; il en est qui, malgré leur incompatibilité logique, sont violemment saisies et furtivement introduites dans le groupe, si elles sont nécessaires, momentanément du moins, pour atteindre le but désiré. Toutes les idées sont bonnes pour celui qui, emporté ou menacé dans sa passion, cherche à conduire à bonne fin ses démarches, ses attaques ou sa défense. Les sensations elles-mêmes viennent prendre place au foyer de son intelligence, malgré l'absence de toute impression sensoriale. Est-il en proie aux terreurs de la damnation, il voit le diable en personne, il entend sa voix, il se sent harcelé par lui. Est-il livré à l'extase mystique, il entend une musique céleste dont il ne peut vous exprimer l'harmonie ; il voit des anges et des séraphins qui s'approchent de lui avec des marques d'amour et de déférence. Idées, raisonnements, sensations, émotions, tous les éléments de la vie morale et intellectuelle, qui ont été plus ou moins étroitement associés par l'habitude, sont invoqués par la passion et mis en œuvre sous son influence, nous dirions presque sous sa direction.

Bien que toutes les formes de la folie puissent éclater indifféremment à la suite des causes les plus diverses, qui sont tantôt physiques, tantôt morales, il est incontestable que c'est dans la monomanie, dans la lypémanie

SUR LA SUREXCFTxnir.ITÉ NERVEUSE. UQ\

surtout, que se manifeste plus particulièrement l'inlUience des idées fausses répandues dans une société. C'est dans le délire affectif que se rellétent plus particulièrement les égarements ordinaires des passions qui sont placées sous l'empire de l'éducation. Dans la manie, la i)assion se révèle par des éclairs qui se succèdent, se croisent avec rapidité et confusion, sans jamais se fixer. La manie exprime plutôt une violente conuiiotion morale qu'une irrésistible passion.

Quelles que soient les diverses formes de l'aliénation mentale, quelles qu'en soient les causes présumées ou réelles, il suffit qu'une d'elles se fasse jour, pour qu'il soit permis d'affirmer qu'il y a eu association d'impressions fréquemment renouvelée au moyen de l'enseignement et du langage, et que, à la suite de cette association souvent renouvelée, des relations fonctionnelles intra-cérébrales se sont établies. Sans les aptitudes d'association qui constituent l'éducabilité, sans les modifications physiologiques qui résultent de l'éducalion et qui constituent l'habitude, le délire, quel qu'il soit, eslimpossible. Pour être désordonné dans ses actes l'entendement doit disposer d'un appareil exercé; il n'existe, sain ou malade, normal ou anormal, qu'à cette condition. L'intelligence ne peut être troublée que lorsque, de l'état de faculté, elle a déjà passé à l'état actif.

De l'association des impressions considérée comme cause de certaines alleclioiis nerveuses.

L'association révélée de certaines impressions pent ' avoir donné lieu à une habitude telle, ou à une con-

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dilion physiologique si prolonde, qu'elle ne saurait être troublée sans danger ou au moins sans de graves inconvénients. « On a rencontré des hommes , dit M. Leuret, dont les idées étaient si indissolublement Uées aux sensations habituellement perçues par eux, que, ces sensations éloignées, les idées se perdaient, et cela en trés-peu de temps. Arétée en rapporte un cas fort curieux.

(( Un charpentier, dit Arétée (l), était un habile ouvrier tant qu'il était chez lui : il mesurait très-bien son bois, le taillait, l'aplanissait, l'assemblait parfaitement, traitait fort raisonnablement de ses ouvrages et de leurs prix avec les architectes; enfm, avait toute son intelligence tant qu'il restait sur le lieu ou dans le cercle de ses occupations. Mais s'il allait sur la place pubhque ou au bain, ou en quelque autre Ueu, il soupirait d'abord profondément, en déposant les instruments de son état, puis, en sortant, rapprochait les épaules avec une sorte de frissonnement, et enfin commençait à déraisonner et môme à éprouver des transports d'une agitation plus ou moins vive lorsqu'il avait perdu de vue son atelier et ses ouvriers. S'il y retournait vivement, il revenait à lui avec la même promptitude, tant il y avait de connexion et de sorte de parenté entre l'esprit de cet homme elle lieu dans lequel il s'exerçait d'une certaine manière (2). »

De pareils effets sont exceptionnels ; on les voit ra-

(1) Traduction de M. le Trélat, Recherches historiques sur l'aliértaiion mentale {Journal des progrès, t. V).

(2) Leuret, Fragments psychologiques sur la folie.

rement préseiiler ce caractère de gi-avité ({uand il ne s agit que de i-ouipre voloutaireuieut et [)our un instant l'association des idées avec les sensations. En général, lorsque fliabitude, qui résulte de cette association, est subitement troublée, ce trouble se maniléste par de la surprise, par de rétonnenient, quelquefois par un véritable saisissement. Les émotions de ce genre peuvent aller jusqu'à produire cet état allectif et iutellectuel dans lequel on aperçoit déjà une certaine conl'usion des idées, que le vulgaire exprime parlàitement quand il dit de (jnelqu'un qu'il est désorienté, dé- /jciijsé, etc. Si un pareil "état se prolonge, d'incroyables tourments prennent naissance. Ou a souvent raconté fliistoire de ce prisonnier qui, habitué à son cachot, trouva dans la liberté qu'on venait de lui accorder tant d'agitations, un ennui si profond, qu'il demanda comme une faveur la permission de rentrer dans la prison où il avait passé plusieurs années. 11 est incontestable que, malgré notre goût pour la variété, nos habitudes, celles même que nous avons acquises avec les plus douloureux elforts, ne sauraient être changées subitement et pour longtemps sans souffrance, nous dirions presque sans regret. S'il en est ainsi des habitudes qui nous ont coûté de pénibles eflorts, il est aisé de concevoir ce qui doit arriver lorsqu'il faut renoncer à celles que nous avons volontiers et librement acceptées.

Toutefois l'habitude qui est créée par l'association des Idées avec les impressions exclusivement sensoriales, ne saurait éti e comparée, pour les effets qui en

tiQli INDUCTIONS PATHOr.ÊNIQtJES

résulleni , avec celle qui est créée par l'association des idées ou des sensations avec les impressions à la fois sensoriales et affectives. L'homme qui a passé une grande partie de sa vie entouré de personnes ou d'objets qui ont été pour lui une source de douces et agréables émotions, ne peut s'en séparer sans éprouver une vive et profonde douleur. Si cette séparation doit se prolonger indéfiniment ou sans espoir de la voir cesser, elle peut déterminer les plus grandes maladies, le marasme et la mort, la lypémanie et le suicide, traduisant extérieurement les atîreux tourments intérieurs de l'homme qui a été ainsi frappé dans ses plus chères habitudes. C'est l'association dont il s'agit qui rend si profond l'attachement à la terre natale qu'il ne faut pas confondre avec l'amour de la patrie, et qui est commun, quoique à des degrés divers, à l'animal et à l'homme.

L'association des sensations avec des émotions agréables explique les souffrances que manifestent les chiens de bonne race lorsque ces animaux, éminemment éducables, cessent d'être entourés des personnes qui leur ont prodigué des soins et des caresses. On en cite qui, refusant toute nourriture, ont péri d'inanition à la suite d'une pareille séparation. Mais cette association ne saurait exercer sur les animaux une influence semblable à celle qu'elle exerce sur l'homme, parce que, à la sensation qui reproduit, chez ceux-là, l'émotion éprouvée, se joint, chez celuici, l'idée toujours présente dans son esprit des personnes ou des émotions regrettées.

SUR LA SUREXClTAIÎILITÊ NERVEUSE.

Lorsque, séparé de tout ce qui lui fut cher, l'exilé est parvenu à calmer ses regrets; lorsque de nouvelles habitudes ont pris insensiblement la place des habitudes anciennes; lorsque, enfin, il semble avoir oublié ses propres douleurs, il suffit qu'un objet apparaisse à ses yeux, qu'un son frappe ses oreilles, qu'une brise lui apporte une odeur, pour que, tout à coup, ce qui l'entoure change d'aspect et devienne triste et déco-^ loré. Alors, aux prises avec des souvenirs qui se multiplient avec une incroyable rapidité, il entre dans une douce et heureuse rêverie : les habitudes anciennes reprennent pour un instant la place qu avaient usurpée les habitudes nouvelles ; il croit voir ses amis, ses parents, sa maison, ses jardins, ses montagnes,' les objets qui ont été témoins inanimés de ses plaisirs ; il croit entendre la voix de ceux qu'il a aimés, il assiste à leurs jeux, à leurs entretiens; un ravissement inexprimable se peint dans son regard, dans son attitude, dans sa physionomie. Puis, lorsque le rêve cesse, lorsque la réalité se présente autour de lui complètement étrangère h tout ce qu'il vient de voir et d'entendre, tous les tourments qu'il a éprouvés les premiers jours de son exil viennent le torturer à la fois; ce qu'il vient de voir ou d'entendre avec tant de boidieur est devenu une amére et cruelle déception; il entre dans un sombre et douloureux abattement; son affliction et son désespoir se peignent sur sa physionomie dans son regard, dans son attitude. Imaginez, après cela, un exilé qui n'a pas été assez heureux pour contracter des habitudes nouvelles, chez lequel les don-

CERISE

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leurs du premier jour persévèrent toujours avec la même ainerlume et 1;» inrme irilensité, et vous comprendrez Teiïet si souvent signalé du ranz des vaches sur l'imagination des citoyens suisses qui portent les armes sous le ciel de Paris, de Madrid ou de Naples. 11 est inutile de rappeler les ravages que la nostalgie a faits chez ces malheureux soldats, lorsque l'on sait que la peine de mort a dû être prononcée contre tous ceux qui fredonneraient la chanson populaire.

Mais l'association d'une idée ou d'une sensation avec une impression affective n'a pas toujours besoin, pour provoquer l'invasion de certaines affections nerveuses, d'avdircréé une habitude aussi profonde que celles dont nous venons de parler. Quand une forte commotion, suivie d'une attaque d'hystérie, de catalepsie ou d'épi lepsie, a été produite une fois par une impression sensoriale, îion-Seuîement le retour, mais encore l'idée seule de cette impression, suffisent pour reproduire la commotion qui y a été associée, et pour faire éclater les accès qui l'ont suivie. « Les mômes phénomènes physiques et moraux, dit M. Esquirol, qui ont déterminé le premier accès d'épilepsie, deviennent cause des accès suivants, quoique ces phénomènes aient moins d'intensité. Une femme a un violent chagrin, elle devient épileptique; le plus léger chagrin provoque les accès. Un enfant est effrayé par un chien, et devient épileptique ; il a un accès chaque fois qu'il entend aboyer un chien. Un autre devient épileptique après un accès de colère ; la plus légère contrariété provoque les accès. Une petite fille, âgée de dix ans, joue avec

ses compagnes qni Jui chatouillcnl, la plante des pieds, elle tievient épilepliqu(3 ; faccès éclate chaque lois qu'on la menace d'èlre chatouillée. Les impressions laites sur les sens, un bruit imprévu, certaines couleurs, certaines odeurs, ramènent les accès... Un soldat monte à l'assaut, une bombe éclate auprès de lui, il est frappé d'épilepsie, etguérit au bout d'un an ; vingt ans après, la vue des mêmes remparts lui rend les accès (1). »

« Une jeune personne, d'un tempérament ardent, conçoit pour un jeune homme une passion violente qu'elle est obligée de dissimuler, et ressent, par suite, une première atteinte d'hystérie; quelques autres succèdent spontanément, mais à des époques éloignées et en ral)sence de l'objet aimé. Bientôt les circonstances viennent à changer ; elle se rencontre fréquemment en société avec le même individu, et chaque fois elle éprouve une nouvelle attaque (2). »

Nous terminerons ce paragraphe par une observation que nous avons recueillie en 1838, et qui montre jusqu'où peut s'étendre, chez certaines personnes fatalement prédisposées, l'empire des associations de ce genre. Une jeune femme, âgée de vingt- trois ans, d'tm esprit cultivé et d'une physionomie agréable, présentant toutes les apparences d'une bonne constitution,

^ (1) Esquirol, Des aliénations mehtdki, t. I, p. 290 : De l'épilepsie — Voyez lobservation 3G« empruntée à Sauvage par M. le liourdin dans son Traité de la catalepsie.

(2) Louyer-Villermay, Traité des vapeurs ou des alfeclions nerveuses t. I, p. 50. '

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vint un jour nous confier, avec l'expression d'une profonde douleur et d'une terrible anxiété, qu'elle était aux prises avec une affreuse impulsion, et qu'elle craignait de ne pouvoir y résister. Interrogée sur le point de départ de cette impulsion, elle nous apprit qu'à l'âge de sept ans elle avait été fortement effrayée par le spectacle d'un accès d'épilepsie ; qu'à l'âge de dix-sept ans, elle avait entendu un bruit qui, en lui rappelant cet accès, ramena l'effroi dont elle avait été saisie, et, avec cet effroi, quelques accidents hystériques ; que, vingt jours avant de recourir à nos conseils, un bruit semblable s'était fait entendre dans la rue, et que, se mettant à la fenêtre, elle avait vu un homme frappé d'épilepsie; que depuis, celte hallucination s'était reproduite à chaque instant, alors même qu'elle était tout à fait seule, dans sa chambre ; que cette image l'avait poursuivie pendant quelques jours, malgré les efforts de sa raison toujours présente, mais difficilement victorieuse. Des accidents hystériques compliquèrent cette situation; et sous l'inQuence de ces acci • dents, prit naissance l'affreuse impulsion contre laquelle elle éprouvait alors le besoin de s'armer, et dont elle est aujourd'hui parfaitement délivrée.

§ IV. De la surexcitation nerveuse dans ses rapports avec les irradiations sympathiques.

Deux éléments distincts concourent à former les sentiments humains. Ces éléments sont l'émotion, représentée par l'appareil affectif ou ganglionnaire, et l'idée, représentée par l'appareil intellectuel ou psycho-

SUR LA sdkexcitabilué nerveuse. /j69

cérébral. Telle est la doctrine que nous avons tâché de taire prévaloir, parce qu'elle nous semble la plus con- Ibrme aux données de l'observation. On croit rêver quand on voit les physiologistes s'efforcer de reléguer dans le domaine des accidents sympathiques les modifications viscérales qui constituent l'émotion , afin d'éfever au rang d'opérations cérébrales les phénomènes aflectifs qui caractérisent les désirs et les passions, comme si les conditions du sentiment et celles de la pensée pouvaient être les mêmes, comme si le cerveau était le substratum des fonctions les plus diverses, les plus opposées ! Dans le siècle dernier, le cerveau était présenté comme étant à la fois l'appareil directeur de la vie de nutrition, et l'appareil spécial des opérations instinctives, morales et intellectuelles. Les progrès de la physiologie expérimentale et comparée ont fait justice de cette absurde doctrine ; mais l'erreur s'est montrée sous un nouvel aspect. Le domaine de l'intelligence n'est pas assez vaste pour occuper le cerveau, il a fallu lui laisser encore le domaine des passions et des émotions; il a fallu envelopper la coopération fonctionnelle de l'appareil ganglionnaire dans la sphère des sympathies cérébrales. C'est l'erreur du siècle; inaugurée par Cabanis, qui plus que tout autre aurait pu l'éviter, elle s'est glissée dans tous les Hvres, sous toutes les formes; elle a fini par faire reléguer au rang- des chimères, bonnes tout au plus pour amuser les femmes et les petits enfanis, cette science qui a pour objet de connaître Vinfluence du moral sur le physique. Si nous exceptons Gall qui

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avait d'autres vues, nul n'a été aussi loin que Georget dans cette voie déplorable ; on peut dire qu'il a été le bouc émissaire de l'école nombreuse pour laquelle les sympathies cérébrales sont l'alpha et l'oméga de la physiologie humaine. C'est Là sans doute le secret de cette faveur rare dont sa mémoire, d'ailleurs fort respectable, a été et est encore l'objet.

Quant à nous, nous ne cesserons de répéter que la doctrine des sympathies, telle qu'on nous l'a laite, est l'obstacle qui s'oppose le plus aux progrés de la névropathologie. Cette branche de la science médicale sera stationnaire, elle ne sera que chaos et confusion, tant que les physiologistes ne la débarrasseront pas de ces vagues et stériles explications qui s'appliquent à tout et qui n'exphquent rien (I). Il faut que l'on ait sans cesse présente cette vérité déjà énoncée plus haut, à savoir : que les phénomènes d'impressionnabihté et d'innervation dont le caractère est de se produire avec conscience, souvent avec volonté, dont on peut prévoir, modérer, prévenir et suspendre les effets, ne sauraient être confondus avec les irradiations

(1) Laissotts Georget parler lui-même, pour mieux faite comprendre noire pensée : Avec le grand mot de sympathie, devenu magique pour tout expliquer, dit-il, ils se tirent d'embarras, sans tenir compte des rapports faciles à observer entre les centres producteurs des phénomènes, et ne voient pas que le cerveau affecté par la sensation donne naissance aux troubles indiqués, lesquels disparaissent lorsque des impressions nouvelles changent l'état de Veslomac, etc. » Qui le croirait ! le même homme qui a écrit ces lignes, poussant aussi loin que possible l'erreur commune, a édifié sur la doctrine magique des sympathies, toute la physiologie et toute la pathologie de l'homme moral.

sympathiques dont le caractère consiste à se produire obscurément, fatalement, sans conscience. Le délire déterminé par les passions, les appétits dépravés provoqués par des besoins inassouvis et impérieux, par des idées monstrueuses, etc., ne présentent, dans leur mode de production, aucune analogie avec le délire, ni avec les appétits dépravés déterminés par la grossesse. Les larmes versées dans l'affliction, l'agitation tumultueuse qui accompagne une explosion de colère, les mouvements qui répondent à la volonté, etc., ne présentent, dans leur mode de production, aucune analogie avec les larmes versées dans le coryza, avec l'agitation qui accompagne la méningite, ni avec les soupirs qui sont les symptômes de la gastralgie.

Cette distinction étant bien établie et souvent i-appclée, nous devons ajouter qu'il est des relations sympatbi([ues qui doivent leur existence à la répétition dps phénomènes d'impressionnabihté et d'innervation : m d'autres termes, que les irradiations ibnctionnelles, qui, dans la santé, ont heu avec conscience, tendent, par l'effet de l'habitude, à revêtir, dans la maladie surtout, la forme d'irradiations sympathiques. Nous rappellerons l'exemple des sourds-muets, dont nous avons vu les sympathies cérébrales se montrer incomparal)lement plus faibles que celles des autres hommes, parce que la vie morale et intellectuelle est chez eux moins activée que chez les personnes qui disposent de la parole (I). De ce que des relations fonctionnelles deve-

(1) Voy. chap. I, p. Ii8.

672 INDUCTIONS PATHOGÉNIQUES

nues habituelles tendent à engendrer des relations syinpatliiques, ce n'est pas une raison pour les.coniondre entre elles comme si elles étaient l'expression d'un même phénomène. C'est plutôt une raison pour reconnaître qu'il existe des sympathies qui sont placées sous l'empire de l'éducation. La sympathie entre le cerveau et les viscères de la vie de nutrition est, par exemple, d'autant plus grande que les émotions sont plus fréquemment renouvelées et que l'intelligence est plus active.

11 nous reste maintenant à déclarer que nous laissons à chacun le soin de ranger dans la catégorie des névroses sympathiques observées et décrites par les auteurs, celles qui offrent réellement ce caractère. En présence d'un sujet aussi vaste, et sur lequel tant d'erreurs ont été avancées, tant d'obscurités répandues, nous devons nous borner à indiquer, à l'aide d'une bonne définition, la méthode qu'il convient de suivre. Il nous est impossible de faire entrer la matière d'un ouvrage dans un simple paragraphe. Nous émettons le vœu que l'on ne regarde comme sympathiques que les troubles par voie d'irradiation obscure ou insensible, avec ou sans l'intervention de la centralité sensorio-motrice. Toutes les fois que le trouble initial est perçu par celui qui en éprouve l'effet symptomatique, toutes les fois que l'irradiation désordonnée est sentie par le malade, la relation sympathique se rapproche de l'impressionnabifité et de l'innervation. Il y a alors intervention, non-seulement de la centralité sensorio-motrice, mais encore de la centra-

SUR lA SUREXCITABIUTÉ NERVEUSE. 473

lité psycho-cérébrale; l'irradiation, ayant atteint le domaine spécial de la vie spirituelle, prend un caractère tout à fait distinct des irradiations dont la source, profondément cachée dans la trame cellulo-vasculaire des viscères, est inaccessible à la conscience des malades, et réclame, pour être aperçue, toute la sagacité du médecin (1).

§ V. Quelques réflexions sur la névrosité accumulée dans l'appareil ganglionnaire, et considérée dans ses rapports avec la surexcitation nerveuse;

Dans la première section de ce chapitre, nous avons exposé les conditions pathogéniques, originelles ou acquises, de la surexcitabilité nerveuse; nous avons essayé de mettre en saillie les causes profondes de cette prédisposition générale qu'on désigne sous le nom de tempérament nerveux, d'état vaporeux, de susceptibilité, d'irritabihté nerveuse, etc. Nous avons fait voir qu'elle consiste dans un défaut de proportion entre les éléments sanguin et médullaire de la névrosité. Nous pourrions ajouter que ces deux éléments peuvent être altérés par des substances stimulantes, irritantes, stupéfiantes ou délétères, et que, parmi ces substances, il en est qui agissent sur le sang, tandis que d'autres

(1) L'aura epileplica et le bolus hyslericus sont îles irradiations qui s'éloignent de la forme sympathique pour se rapprocher de la forme impressminelle (qu'on nous pardonne ce mot). Ce sont des irradiations ganglio cérébiales à la suite desquelles la volonté a pu quelquefois prévenir l'innervation correspondante. Une névrose réellement sympathique accomplit étalement ses accès sans qu'on puisse Jamais les prévenir ni les prévoir.

lllU INDUCTIONS PATHOGÉNIQUES

agissent plus particulièrement et plus distinctement sur le tissu nerveux lui-même.

Il s'agit, dans ce paragraphe, de faire servir à compléter ce que nous avions à dire touchant la surexcitabilité nerveuse, les données que nous venons d'exposer dans les paragraphes précédents.

Il est un fait incontestable et qui ne saurait échapper à l'attention de tout praticien éclairé, c'est que, lorsque les conditions de surexcitabilité que nous venons de rappeler se manifestent chez un individu, la névrosité se répartit moins également, qu'elle s'accumule aisément dans un point, tandis qu'elle fait défaut dans un autre, et que l'équilibre des forces nerveuses est rarement maintenu. Il est un autre fait également incontestable, c'est que, chez les personnes naturellement surexcitables, l'accumulation de la névrosité se fait surtout sentir dans l'appareil ganghonnaire, et principalement dans le plexus solaire qui peut en être considéré comme le foyer général. Nous en appelons à tous nos confrères, à ceux en particulier qui ont observé avec soin les troubles de l'impressionnabiUté et de l'innervation dont sont tourmentées les personnes dites nerveuses ; ils ont tous remarqué cette série de symptômes qui semblent avoir pour siège de prédilection la région épigastrique ethypochondriaque. Tantôt c'est une sensibilité très-vive, très- douloureuse à la plus légère pression ; tantôt c'est une oppression pénible, insupportable, accompagnée de palpitations et d'un malaise inexprimable dont la nature semble varier à chaque instant; quelquefois c'est une distension énorme

qui paraît et disparaît alternativement; quelquefois c'est la sensation d'un corps étranger, d'une ban-e, d'une boule, etc. Nous ne parlons point de cette pesanteur générale, de cet abattement, de ces tristes ennuis, de cette apathie invincible dont les malades eux-mêmes indiquent la source en mettant la main sur la région sous-diaphragmatique. Que ces souiïrances cessent nn instant, et ces mômes personnes qui étaient si tristes, si découragées, feront briller une oublieuse gaieté et une vive imagination. Ces choses se passent généralement ainsi; le fait est h peu près constant (1); pourquoi cela?... A celte question, voici notre réponse :

L'appareil ganglionnaire se compose d'une série indéterminée de foyers partiels, formant chacun un instrument de relation entre les tissus les plus profonds de l'organisme avec lesquels ils communiquent directement, et les foyers collatéraux qui communiquent avec eux. Ceux-ci, à leur tour, ne se réunissent pas seulement entre eux, mais ils sont encore en relation avec certains foyers généraux, et l'on peut dire que cette relation s'étend hiérarchiquement jusqu'au grand foyer commun, appelé traditionncUement centre épi- (jdsfru/Hc. Cela étant, il est aisé de concevoir que toutes les excitations partielles qui ont lieu d'une manière plus ou moins irréguliôre dans les divers points de la trame viscérale, s'irradiant et se répétant dans le réseau ganglionnaire, prennent, dans le foyer central, le carac-

(1) Voyez les descriptions du tem|)éraiiient nerveux et du tempérajnent mélancolique données pur les physiologistes, et celles des affections hyslériiiues et hypoclioudriaquos données par les paUiologistes.

676 INDUCTIONS PATHOGÉNIQUES

tère d'une résultante générale; et c'est cette résultante qui fournit l'impression affective dont les troubles que nous venons d'énumérer sont l'expression symptomatique (1). La question se réduit donc à savoir comment les conditions patliogéniques de la surexcitabilité nerveuse que nous avons exposées, engendrent presque invariablement dans les profondeurs de la vie organique des excitations anormales qui, se répétant dans le réseau ganglionnaire, aboutissent à de pénibles et douloureuses impressions. Il n'y a qu'à réfléchir un instant pour se rendre compte de ce fait. N'est-il pas évident que les conditions pathogéniques de la surexcitabilité nerveuse, constituées comme elles sont par un rapport anormal entre le sang artériel et le tissu nerveux, accusent en même temps un vice général de nutrition auquel il faut toujours remonter comme à la source première de toutes les maladies, nerveuses ou autres? N'est-il pas évident que si le sang ou le tissu nerveux ne sont pas dans les conditions favorables à l'accomplissement régulier des opérations auxquelles ils concourent, c'est qu'il y a dans l'organisme des causes profondes, originelles ou acquises, qui, lorsqu'une fois elles ont pris racine, trouvent un aliment sans cesse renouvelé dans les troubles fonctionnels qu'elles-mêmes ont d'abord produits, dans les modes plus ou moins irréguliers de nutrition, de sécrétion, d'absorption, d'exhalation, de circulation, de perspira-

(1) Il y a dans ce fait palhogénique quelque chose d'analogue à celui que l'on observe, à l'état normal, dans les appétits, qui sontrexpressioii lies besoins généraux de l'organisme.

SUR \A SURLXCITABILITÉ NERVEUSE. 477

tion, etc.? N'est-il pas évident encore que de pareilles imperfections dans les conditions du sang ou du tissu nerveux sont, non-seulement les effets d'un phénomène général de nutrition, ou si l'on veut d'un arrangement particulier des éléments de nos tissus, mais qu'ils sont aussi cause à leur tour des perturbations viscérales qui ont leur retentissement dans les foyers ganglionnaires? Il sulTit, pour s'en convaincre, d'avoii' présente à la pensée l'histoire physiologique et pathologique de la chlorose. C'est donc dans l'ensemble des éléments fonctionnels de l'organisme et des forces qui en dirigent la coopération, que se trouvent cachées, d'une part, la source des conditions pathogéniques générales de la surexcitabilité nerveuse, de l'autre, celle des symptômes protéiformes, hypochondriaques et hystériques, qui en forment le cortège le plus ordinaire.

Lorsque les excitations partielles, plus ou moins (umultueuses, de la vie viscérale ont atteint les foyers g-énéraux de l'appareil ganglionnaire, il y a, dans ce foyer, une accumulation de névrosité qui a besoin d'être dépensée, et pour cela, de trouver une issue. Celte névrosité, anormalement produite, n'étant point destinée à une opération fonctionnelle précise et déterminée, et n'ayant point d'issue naturelle, fatigue cl opprime cruellement celui qui en subit le joug ; il faut qu'il s'en dégage à tout prix, sinon sa vie est'un véritable supplice. S'il ne se hâte de favoriser une issue salutaire à la névrosité qui l'accable, soit par l'exercice soit par les émotions gaies et expansives, soit par de violentes diversions, par la musique, les voyages, etc.,

678 INDUCTIONS PATHOGftNIQUES

s'il s'enferme dans une inorne solitude, s'il s'entretient avec sa douleur, s'il vit sans secousse, dans une paisible opulence, s'il recourt aux drogues, s'il fixe son attention sur chacun des symptômes qui l'assiègent, etc. , il doit se préparer à subir pendant le reste de ses jours toutes les tortures de l'hypochondrie. Qui ne sait le prodigieux effet des voyages, des vives et actives occupations, des élans passionnés, d'un but vivement désiré, d'un accès de colère, d'une forte commotion, etc., sur les personnes arrivées au plus haut degré de surexcitabilité nerveuse? Il en est qui, au premier relai d'un voyage, voient avec étonnement se dissiper les maux qui, quelques heures auparavant, faisaient leur désespoir.

Nous concluons de ces données que la surexcitabilité nerveuse qui a sa source pathogénique dans le trouble des relations fonctionnelles, existant entre le sang et le tissu médullaire, a ses principales complications et ses principaux symptômes dans l'appareil gangUonnaire, et que le meilleur moyen d'y remédier consiste : 1" à modifier les conditions souvent appauvries du sang (1), ou celles du tissu nerveux, par des agents spéciaux, par un régime et des exercices appropriés, etc. ; 2" à prévenir ou à combattre l'accumulation de névrosité dans l'appareil ganglionnaire, en proscrivant la diète (2), l'oisiveté, l'inaction musculaire, la solitude,

(1) C'crt ainsi que les préparations ferrugineuses doivent être regardées comme un des meilleurs moyens antispasmodiques dont la thérapeutique puisse s'enorgueillir.

(2) La diète absolue, dans ce cas, n'est pas seulement nuisible.

SUR r,A SURFXClTARTriTÊ NERVEUSE. U19

les afTections Irisles, l'ennui, etc. ; en foisant naître des passions, en tlélerniinant do fortes commotions, etc.

C'est ainsi que l'expérience clinicpie vient conlirmer nos inductions patliogéniques.

SECTION 111

ESQUISSE d'une MÉTUODE DE CLASSIFICATION DES PRIN- CIPALES FORMES DE LA SUREXCITATION NERVEUSE.

L'œuvre la plus difficile, en pathologie, c'est, sans contredit, de classer les maladies, les maladies nerveuses surtout, d'après une méthode sûre et rigoureuse. Nous ne nous imposons point une pareille tâche; il s'agit de savoir sur quels principes doit reposer la classilication des névroses, mais il ne s'agit point d'en proposer une nous-mêmes. Ce serait, d'ailleurs, aborder un sujet étranger ù ce livre, et qui nous conduirait trop loin.

On a essayé de classer les névroses d'après le principe des localisations anatomo-pathologiques ; il n'est pas étonnant que tous les efforts les plus habiles aient échoué dans une aussi périlleuse entreprise. La même affection peut avoir son point de départ dans des appareils différents : l'épilepsie, le tétanos, l'hystérie, riiypochondrie, etc., sont dans ce cas. Gcorget, avec ses prétendues cérébropathies , a fait un roman patho-

paree qu'elle trouble la nutrition générale, mais encore parce que maintenant dans l'inaction les viscères de l'appareil digestif, elle est un obstacle à la répartition de la névrosité accumulée dans cet appareil.

^60 INDUCTIONS PATHOOÊNIQUES

logique qui n'est que chaos et confusion. En supposant même que, dans ces maladies, le trouble fonctionnel ait constamment son point de départ dans l'appareil cérébral, comme l'observation nécroscopique ne constate que rarement des altérations anatomo-pathologiques auxquelles ces troubles fonctionnels puissent être rapportés, on parviendrait, par ce système, à rattacher les maladies les plus diverses à une même cause, que ni les sens ni le raisonnement ne pourraient découvrir. Autre chose est avoir une idée fausse, source des plus grandes inquiétudes sur sa propre santé, ainsi que cela a lieu dans l'hypochondrie; autre chose, avoir un tubercule dans le cerveau, ainsi que cela peut se rencontrer dans l'épilepsie; et vous donneriez à ces deux maladies une dénomination commune, celle, par exemple, de cérébropathie ! C'est toujours, comme l'on voit, la même opiniâtreté à vouloir confondre les phénomènes de la vie morale et intellectuelle de l'homme avec les phénomènes généraux de la vie organique. Un animal peut être épileptique, il ne sera jamais hypochondriaque ; et pourtant l'animal est susceptible tout aussi bien que l'homme d'avoir son cerveau malade. Que lui manque-t-il donc? c'est Vidée, c'est l'image menaçante d'une mort prochaine, ou de souffrances plus ou moins cruelles. L'animal ne sait point qu'il doit mourir, il ne raisonne point à perte de vue sur les symptômes de sa maladie pour y puiser un sujet d'effroi ou d'anxiété; aussi l'hypochondrie est chez lui une maladie impossible. Il en est de même des autres variétés de la monomanie.

SUR r.A SUKEXCIlARIf.lTÉ MERVUUSt:. /48I

N'est-ce pas à cette manière, un peu téméraire, de caractériser et de distinguer les maladies que nous devons la confusion qui règne, en général, dans la nosologie moderne, confusion dont la synonymie la plus embrouillée nous offre la fidèle expression. Au milieu de ces faits nombreux et divers que l'observation multiplie chaque jour, et qu'aucune méthode commune ne coordonne, les élèves cherchent en vain la lumière qui doit dissiper les ténèbres; le jeune praticien s'agite pendant quelques années sans rencontrer un guide sûr qui le dirige. Heureusement ils ne tardent pas à s'apercevoir que l'utilité des dénominations anatomo-pathologiques consiste en ce qu'elles expriment plus souvent une forme symptomatique qu'une condition pathogénique. A mesure qu'il avance dans la carrière, le médecin cesse d'attacher à ces dénominations l'importance que semblaient y attacher ses maîtres; ilfinit par déserter, sous l'influence de son expérience personnelle, les opinions dissidentes des auteurs; il obéit, enfin, à la meilleure des inspirations, au vif désir de guérir ou de soulager ses malades! C'est alors qu'il comprend l'importance réelle d'une classilîcation basée sur une méthode positive, invariable dans ses éléments, infaillible et irrécusable dans ses applications. Cette méthode consiste, poui' les affections nerveuses surtout, à tenir compte des symptômes prédominants, à en apprécier avec soin, à en déterminer avec précision les caractères communs et les caractères diftéreutiels, et à les classer d'après l'observation des phénomènes sensibles plutôt que

OERISF,.

^82 INDUCTIONS PAïHOGÉNIQUEft

d'après le principe des localisations aiialomo-pathologiques. Cette méthode offre, d'un côte, l'avantage de ne pas soulever à chaque instant une question de pathogénie sur laquelle tout le monde diffère ; et de l'autre, celui de mettre en saillie les caractères différentiels sur lesquels les observateurs de tous les temps et toutes les écoles doivent s'entendre. Avec cette méthode qui, d'ailleurs, a été celle de tous les grands maîtres, on ne court pas le risque de voir les classifications nosologiques llotter au gré des révolutions et des conlre-révolutiuns de la théorie, au gré du vent très variable de l'opinion. Avec cette méthode on ne s' expose pas à confondre sous une même dénomination des formes morbides évidemment distinctes, à présenter, pour nous servir de l'exemple cité plus haut, sous le nom très-vague de eérébropathie, que tant d'affections nerveuses peuvent également revendiquer, deux maladies qu'un même vice de méthode avait fait présenter autrefois sous ceux d'hypochondrie et d'hystérie, maladies qui sont très-différentes, et qui sont loin de réclamer un traitement identique.

C'est ainsi que, selon nous, doit être conçue toute pensée de coordination des principales formes de la surexcitation nerveuse. Il importe que l'élément positif et invariable, universellement connu et universellement accepté, obtienne, dans cette coordination, une prééminence francliement avouée sur l'élément théorique, variable et arbitraire, des doctrines anatomopathologiques ou pathogéniques. Il ne s'ensuit pas, et plus que personne nous nous empressons de le recon-

SUR ( A SUREXCIÏABILÏTÉ NERVEUSE. llS'i

naître, que ces doctrines doivent être négligées; loin de là : nous croyons que sans la théorie, la thérapeutique rationnelle devient impossible dans les cas nombreux où l'empirisme est muet; niais de ce que le praticien, en présence des maladies qu'il est appelé à guérir, doit en posséder une théorie plus ou moins complète, il n'en résulte pas qu'il doive subir des systèmes de nomenclature et de classilication incertains et variables qui portent dans son esprit l'incertitude et la contusion.

Ce qu'il importe donc, dans la classification des névroses, c'est de s'attacher à en caractériser les causes, la marche et la terminaison, ces trois sources des indications thérapeutiques, qui doivent sans cesse fixer l'attention du médecin, il doit voir dans Vht/pochondrie autre chose qu'une altération ou une stase des humeurs du système de la veine porte, autre chose qu'une obstruction ou une irritation des viscères de la région lu/pochondriaque; mais il tiendra compte des faits exprimés par cette dénomination traditionnelle el des troubles nombreux dont rap|)areil digestif est le siège de prédilection; il assignera à ces troubles le rang qui leur appartient dans le groupe des symptômes qui caractérisent la m;dadie. Il verra dans Yhy.stvrip autre chose qu'une alTection ou une irritation plileomatique de l'utérus portant leurs tumultueuses irradiations dans tout le système nerveux; mais il tiendra compte des faits qu'exprime cette dénomination traditionnelle et des désordres nombreux auxquels les vicissitudes de la vie utérine disposent la femme; il assi-

USU INDUCTIONS PATHOGfeNIQUES

gnera à ces désordres le rang qui leur apparlienl dans le groupe de symptômes qui constituent la maladie. H en sera de même pour toutes les afïections qui auront subi, dans les différents âges de la science, le joug d'une dénomination, lorsque cette dénomination, tout en exprimant des faits réels et dignes d'attention, porte l'empreinte des préoccupations théoriques d'une époque ou d'une école.

Les principes d'une méthode positive et invariable étant établis, essayons d'en faire l'application d'une manière sommaire, à la coordination des principales formes de la surexcitation nerveuse.

D'abord, nous devons faire mention d'une névropathie générale, qui n'est caractérisée par aucun symptôme dominant, et dans laquelle se succèdent les phénomènes les plus divers et souvent les plus opposés. Cette névropathie correspond à l'état de prédisposition aux diverses névroses, que nous avons désigné sous le nom de surexcitabilité nerveuse; elle comprend à la fois les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation, qui sont le cortège inséparable des tempéraments dits nerveux ou mélancoliques, et ceux qui constituent déjà l'affection vague et indéterminée appelée hystéricisme, état hystérique, etc. Cette forme de la surexcitation nerveuse est plutôt caractérisée par l'infinie variété de ses symptômes que par la présence d'un symptôme dominant. Aussi croyons-nous pouvoir l'appeler /ieî;ropalhie protéiforme.

Nous devons ensuite faire mention des maladies spéciales auxquelles la prédominance d'un symptôme parti-

SUR LA SUHEXCITABILITÉ WERVEUSE. 685

ciilier fournit un caractère différent. Ces maladies peuvent se diviser en trois groupes généraux. Le premier groupe comprendrait celles qui sont caractérisées par la prédominance de quelques troubles spéciaux de la vie organique, les viscéralgies, les afléctions spasmodiques de la poitrine, de l'appareil digestif, etc. Le second groupe comprendrait celles qui sont caractérisées par la prédominance des troubles de la sensation et de la locomotion, c'est-à-dire toutes les affections comateuses, convulsives, tétaniques, les névroses sensoriales, etc. Le troisième groupe comprendrait celles qui sont caractérisées par la prédominance des troubles de l'intelligence, c'est-à-dire les diverses formes de l'aliénation mentale. Ces trois groupes comprennent tous les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation qui constituent la surexcitation gangiiommirr^ sensorio-motrice et psycho-céréhrale. Ces aifections nerveuses se trouvent ainsi classées d'après la considération des appareils dans lesquels se produisent les symptômes principaux, plutôt que par celle des organes ou des altérations qui peuvent en être le point de départ ou la cause pathogénique.

La névropathie protéiforme existe souvent isolément; quelquefois elle s'associe à l'hystérie et à l'hypochondrie, dont elle forme en quelque sorte le caractère commun. C'est sans doute parce qu'il a été préoccupé de ce caractère commun aux deux affeclions plutôt que des caractères propres à chacune d'elles, que Sydenham les a regardées comme une seule et même maladie, et que la plupart des auteurs les ont si mal définies,' si

^186 INDUCTIONS PATHOGÉNIQUES

diversement décrites et si confusément appréciées (4). D'une part, on a négligé les phénomènes spéciaux, et de l'autre on s'est arrêté trop exclusivement à la considération des phénomènes généraux qui sont communs à un grand nombre d'affections nerveuses, et qui ne se montrent d'une manière caractéristique que dans la névropatliie dont nous parlons. Nous ne croyons pas devoir donner ici une description minutieuse de cette maladie, dont nous avons d'ailleurs recueilli de nombreuses observations. Nous nous bornerons à dire avec Sydenham : « Dies me deficeret si omnia symptomala enumerare 'velitn, tam diversa atqne ad invicem contraria specie variantia, quam nec proteus luisit unguam nec coloratus spectatirr caméléon {'2). » Ce sont tour à tour les troubles les plus variés de la vie de nutrition, de la vie sensorio-motrice et de la vie psychocérébrale. Nulle souffrance humaine ne se présente sous un si grand nombre d'aspects, avec un cortège aussi extraordinaire de symptômes, et c'est précisément cette souffrance pour laquelle on reste sans pitié, parce qu'elle n'est pas incompatible avec les apparences extérieures de la santé, surtout dans les nombreux moments de calme et de bien-être qu'elle permet.

Les formes de la surexcitation ganglionnaire sont extrêmement nombreuses. Ce sont toutes les névroses viscérales. Il nous suffit de rappeler ici les troubles les

(1) Voypz l'excellent ouvrage de M. Dubois (d'Amiens), Histoire philosophique de Phypochoyidrie et de Vh'jslérie, dans lequel l'auteur .-'attache s\irtout à dissiper celte confusion.

(2) Disserl. episl. ad Guillielmum Colo.

SUR LA SUREXGITABILITÉ NEHVEUSE. ^l87

plus variés de l'appareil dii-eslii'et de l'appareil utérin, qui constituent une des formes les plus ordinaires de la surexcitation ganglionnaire, ainsi que nous l'avons vu plus haut.

Les formes de la surexcitation sensorio-niotrice sont aussi fort nombreuses. Nous nous bornerons à mentionner l'hystérie proprement dite, dont nous devons dire quelques mots.

Nous distinguons dans l'hystérie deux ordres de phénomènes qu'il importe de ne pas confondre Nous y distinguons, d'une pari, l'ensemble des symptômes variables qui correspond à la névropathie protéiforme, et de l'autre les accès spasmodiques ou convulsifs ([ui seuls constituent le caractère différentiel de riiystéric. Faites abstraction des accès, et cette névrose se confondra souvent avec la névropathie protéiforme ou avec une des formes de la surexcitation ganglionnaire, (.l'est à la forme déterminée des accès que vous reconnaître/ dans l'hystérie une maladie distincte non-seulement des alîections nerveuses non spasmodiques, mais encore des autres alfections qui éclatent comme elle par des paroxysmes spasmodiques ou convulsifs. Or, que voyonsnous dans les accès hystériques? Nous voyons un phénomène morbide d'irradi.ition nerveuse ayant son point de départ dans un foyer qui est loin d'être toujours le même. Ici nous nous séparons complètement des auteurs qui, hdèles à l'antique tradition, ont conservé à l'utérus le privilège exclusif des irradiations tumullueuses dont les paroxysmes hystériques sont la manifestation. Nous refusons avec eux d'en placer exclusivement

^^88 INDUCTIONS PAIHOGÉNKJUES

le point de départ dans le cerveau, ou comme on le dit, dans les centres nerveux; mais nous cessons de nous accorder s'il s'agit de le fixer exclusivement dans un seul foyer, alors même que ce foyer serait l'appareil qui joue le plus grand rôle dans les afiections nerveuses de la femme. Non, et nous n'acceptons ici que l'observation clinique pour guide : l'invasion hystérique n'a pas pour point de départ exclusif l'appareil utérin. Nous avons remarqué et positivement reconnu que divers plexus ganglionnaires peuvent être également le foyer des irradiations qui déterminent les accès. Tantôt c'est le plexus hypogastrique ; et c'est, il faut le reconnaître, ce qui a lieu le plus fréquemment : tantôt c'est un dos plexus mésentériques, ou le plexus solaire, quelquefois c'est le plexus pulmonaire. C'est surtout le plexus solaire qui, après celui de l'hypogastre, joue le principal rôle. Nous avons recueilli des observations qui confirment d'une manière irrécusable cette donnée symptomatologique. Il en est une, entre autres, que nous avons sous les yeux, et qui nous est fournie par une malade dont les accès sont annoncés AS ou 72 heures à l'avance, par une douleur épigastrique si violente, qu'aucune expression ne saurait la rendre. Nous avons eu par conséquent le temps et l'occasion d'en examiner les signes précurseurs avec le plus grand soin. Tandis que la matrice acicomplit sans trouble toutes ses fonctions, tandis que la menstruation a lieu sans le plus léger malaise, abondante et régulière, tandis qu'aucune impression pénible ne se manifeste dans la région hypogastrique, la douleur épigastrique prend naissance,

SUR LA SUKEXGITABILITÉ NERVEUSt. M

lolérable d'abord, puis s'accroissant progressivement, accompagnée de tension, de nausées, de vomissements, jusqu'à ce que, parvenue au plus haut degré, la bou/e se dégage et vient occasionner à la fois l'anxiété qui caractérise l'étranglement et la sensation du clou dit liystéri(jue, jusqu'à ce qu'enlin l'irradiation tumultueuse dont cette boule est l'expression, atteignant la centralité sensorio-niotrice, se transforme en phénomènes désordonnés d'innervation cérébro-ganglionnaire et cérébro-musculaire dont les symptômes de l'accès sont l'expression. Il arrive alors que toute souffrance cesse ; la sensibilité semble anéantie. L'accès dure une demi-heure, une heure; puis le calme re parait, qui rassure pendant quelques heures les spectateurs inexpérimentés. Bientôt Ja douleur épigastrique se fait de nouveau sentir, et l'accès se reproduit de la même manière. Celte série d'accès successifs a lieu pendant deux ou trois jours. Après le dernier, la malade i-eprend le cours de ses habitudes avec gaieté, avec aisance ; son premier soin, nous l'avons remarqué souvent, consiste dans les apprêts de sa toilette. Cette observation n'est pas la seule; mais nous devons nous arrêter. Qu'il nous suffise d'appeler l'attention des médecins sur les faits de ce genre, qui sont assez noml)reux. On ne s'étonnera plus, lorsque ces faits seront mieux connus, mieux appréciés, que des praticiens soient disposés à reconnaître dans l'hystérie une affection dont l'homme ne serait pas oxem))t. Quant à nous, nous avons vu des accès parfaitement semblables à celui que nous venons de décrire, éclater chez un de nos amis à

^l90 INDUCTIONS PATHOGÉNIQUES

la suite d'une émotion très-vive et très -pénible. Quoi qu'il en soit, riiystérie, considérée dans ses phénomènes différenliels, est une affection dont les symptômes spasmodiques ou convulsifs affectent une forme déterminée. Tandis que la cause prochaine est variable, souvent incertaine, cette forme est constante et incontestable. C'est donc celle-ci qui doit l'emporter dans une classihcation méthodique (1).

Les formes de la surexcitation psycho-cérébrale correspondent aux diverses variétés de l'aliénation mentale qui se divisent en deux catégories principales. Dans la première figurent les aliénations avec prédominance des troubles généraux de l'entendement: ce sont les affections décrites sous les noms de manie et de démence. Dans la deuxième figurent les aliénations avec prédominance du délire partiel et affectif: ce sont les affections décrites sous les noms de monomanie et

(I ) Pour qu'il y ait hystérie, il faut que les j-hénomènes spasniodiques ou convulsifs se produisent dans les accès. Si ces phénomènes manquent, il faut pour la maladie un autre nom, afin d'éviter la confusion. On remarque chez quelques personnes que la &.>^.ie et le clou hystériques se font presque constamment sentir, sans qu'il y ait pour cela attaque d'hystérie. Nous en avons des exemples assez nombreux sous les yeux. Il arrive quelquefois que l'irradiation tumultueuse, aya.it son point de départ dans !a région hypogastrique, s'arrête à l'épigastre et y provoque de nombreux désordres. Nous avons vu récemment une jeune personne, qui, après avoir senli, au moment de ses règles, un corps monter de la matrice jmqu'à Veslomae, fut prise de vomissements et de douleurs très-vives dans toute la région épigastrique. Ces vomissements et ces douleurs durèrent deux jours. Ils se sont renouvelés depuis à l'époque de la menstruation, mais avec une inlensilé moindre. La centralité sen.o. io-motrice restant étrangère a l'affection. Il n'y a dans ce cas que surexcitation ganglionnaire.

SUR LA SUREXCITAB[UTft NERVEUSE. /|9l

de lypémanie. A la lypémanie se rattache Tliypochondrie qui consiste dans une conception fausse, c'està-dire dans la cohésion anormale d'une idée, de l'idée, par exemple, d'une mort prochaine ou d'une maladie incurahle, avec un symptôme réel ou imaginaire, avec, une douleur, un trouble de la digestion, etc. Esquissons rapidement les caractères différentiels <le cette névrose.

Que voyons- nous, en effet, dans l'hypocliondrie, si nous en étudions les phénomènes, en dehors des préoccupations plus ou moins erronées qui en ont rendu la détermination nosologique si confuse et si difficile?... N'y apercevrons-nous pas un symptôme afff^ctif prédominant, constituant quelquefois, à lui seul, toute la maladie, et se compUquant souvent de troubles réels de l'impressionnabililé et de l'innervation, dont l'intensité et la gravité sont loin de correspondre à l'idée que le malade s'en fait, à son agitation inquiète, à ses terreui's et à son désespoir? Et ce symptôme affectif est-il autre chose que la manifestation triste d'un désir immodéré du bien-être physique et d'une santé idéale, de cet attachement à la vie qui est commun à tous les hommes, et qui devient chez quelques-uns, sous rinlluencc de circonstances diverses, l'objet d'une préoccupation exagérée et inquiète, d'une pensée exclusive, une véritable passion délirante? Ce désii-, qui manifeste sa forme expansive dans les illusions qui bercent si heureusement le phthisique jusque dans les angoisses de son agonie, manifeste sa forme oppressive dans les terreurs qui pour-

/l9!) INDIJCTIOINS PATHOGÉNIQIIES

suivent si Houloureusenient l'hypochondriaque jusque flans les joyeux épanchements d'un festin. Le caractère tout spirituel de l'hypochondrie a, d'ailleurs, été mis hors de doute par des nnédecins distingués (i) ; il serait supertlu d'appeler longtennps l'attention de nos lecteurs sur une question qui a été savamment discutée et nettement résolue. Il nous suffisait d'indiquer ici le caractère nosologique qui nous fait placer l'hypochondrie dans le groupe des maladies mentales, avec prédominance des troubles affectifs et partiels-, il nous suffisait, surtout, de signaler le désir dont cette vésanie est la forme morbide et oppressive. C'est en déterminant ce caractère nosologique, c'est en déterminant ce désir, que l'on peut apprécier, dans toute son étendue, le rapport qui existe entre les influences éducatrices et la lypémanie hypochondriaque.

La névropathie protéiforme, l'hystérie et l'hypochondrie constituent les affections qui méritent, par excellence, le nom d'affections nerveuses; ce sont ces affections qui ont longtemps figuré sous le nom de vapeurs, de maladies venteuses, de spasmes, etc. Ce sont aussi les seules que nous devions mentionner spécialement dans cette section.

Terminons cet ouvrage par une conclusion générale des données écologiques, physiologiques et pathogéniques qui y ont été exposées.

(1) Voyez l'ouvrage de M. Dubois (d'Amiens) que nous avons cité plus haut.

SUR l.A SLlREXCirARlLlTÉ NERVEUSE. 49S

L'appareil ganglionnaire est un inslrunieiil de relation entre les idées représentées par l'appareil psyciiocérébral, et les penchants ou les besoins de l'organisme représentés par les divers appareils de la vie organique. Il est destiné à porter, à la lois, l'inlluence des idées dans les profondeurs de la vie de nutrition, et l'inlluence des conditions générales de l'organisme dans les opérations de la vie de relation.

Nous nous arrêtons à cette conclusion : 1" parce qu'elle indique la loi physiologique des rapports existants entre le moral et le physique, c'est-à-dire entre les idées et les conditions générales de l'organisme, rapports dont l'appareil ganglionnaire est l'instrument principal, et tlont ïrtnt affcclif et l'émotion sont la plus visible manifestation; -i" parce qu'elle formule la relation palhogénique en vertu de laquelle les maladies dites nerveuses sont soumises, comme toutes les autres, aux lois générales qui dirigent les phénomènes de formation et de nutrition; 3" parce qu'elle rappelle la part d'action qui, dans la production des troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation, appartient soit à la direction du régime et des exercices, soit à la direction des idées et des sentiments.

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