OBSERVATION XI
Fractures spontanées multiples chez une syphilitique à la période tertiaire, Insuccès du traitement mercuriel. Plusieurs consolidations obtenues par le traitement tonique. Syphilis cérébrale, Mort,
(Delpech, loc. cit., p. 460).
M. J..., Silésien, d'une stature moyenne, mince et délicat, contracte en 1814 des choncres et deux bubons, traités sans besucoup de soin, Mais plus tard, des ulcères de la gorge attirèrent l'attention; le malade fut soumis à plusieurs traitements successifs qui ne réussirent pas,
En 1816, l’état du malade était fort aggravé; des douleurs profondes, des périostoses annoncèrent les progrès de la syphilis, Soumis à deux reprises, à Berlin, aux frictions mercurielles prolongées, il en fut très affaibli,
Dans un effort très léger, il survint une fracture à la partie inférieure du bras droit; cette partie était le siège de douleurs vives et constantes depuis longtemps. On appliqua un appareil convenable, mais la fracture ne se réunit pas. ;
Après une foule de tentatives infructueuses, le malade fut envoyé à Montpellier, en 1818.11 était très affaibli; il y avait un léger état fébrile, mais la poitrine résonnait bien dans tous ses points.
La fracture du bras droit n’était pas consolidée, elle était imparfaitement contenue dans un appareil de cuir. L’articulation du coude était
(1) Delpech. Chirurgie clinique de Montpellier, ou Observations et Réflexions tirées des travaux de chirurgie clinique de cette école, 1823, t. I, p. 454 et seq. in Considérations sur les maladies vénériennes,
raide: le bras, l’avant-bras et la main étaient émaciés et sans mouvement.
Le malade se plaignait d'une douleur au tiers inférieur de la cuisse gauche, dont le siège paraissait être l'os ou le périoste. Il existait une souffrance semblable au niveau du calcanéum gauche,de la partie supérieure du tibia droit et à la base de l'omoplate gauche.
Tumeurs gommeuses nombreuses sur le crâne. Ulcération du voile du palais.
Après avoir été soumis à un régime réconfortant, on administra successivement au malade des pilules contenant l’oxyde d’or; puis on lui fit des frictions avec le muriate d’or. Mais tous les symptômes s’aggravaient et on administra le mercure gommeux et le sirop antiscorbutique.
Il en résulta une amélioration rapide. Le bras semblait se consolider, les mouvements devenaient plus obscurs dans la fracture.
Le malade ayant alors voulu exécuter quelques mouvements, ilsefit une nouvelle fracture à l’humérus droit, deux pouces au-dessous de la première, attenant l’articulation.
L'état général redevint très mauvais, ,
On eut recours aux préparations toniques et ferrugineuses qui re= montèrent le malade encore une fois.
À ce moment on constata que La fracture supérieure était réunie, mais le cal était encore mobile. Il n'y avait aucune apparence de réunion dans l'inférieure, On enleva alors environ trois pouces de l'humérus entre la fracture supérieure et l'articulation du coude.
Cette opération, faite à diverses reprises, fit cesser totalement les symptômes généraux.
On put reprendre alors le traitement mercuriel et l’on donna des pilules contenant chacune un dixième de grain, trois matin et soir.
Les différentes manifestations disparurent assez rapidement.
A cette époque, il survint une douleur assez vive à la clavicule gauche, et dans un mouvement léger pour passer un gilet cet os fut fracturé à sa partie moyenne,
Plus tard, il se fit une nouvelle fracture de l’extrémité sternale de la clavicule gauche, alors que la première fracture était cicatrisée.
Depuis quelque temps on donnait les pilules d'assa fœtida, médicament vanté contre la carie, maladie sui generis du système osseux.
La deuxième fracture de la elavicule guérit rapidement, Celle de l’humérus se réunit par un cal fibreux, les autres tuméfactions osseuses avaient diminué.
En juin 1821, après un séjour à la mer, tous les symptômes morbifiques avaient disparu. Les deux bras étaient rendus à un usage pres-
que naturel, on ne distinguait rien au fémur, les deux cals de la clavicule présentaient à peine un peu de nôdosité,
En janvier 1882, après des douleurs de tête permanentes, il éprouva quelques attaques d’épilepsie et succomba deux mois plus tard.
Les observations que je viens de rapporter sont probantes. Sanson (1) en connaissait la majeure partie, et cependent il se demande quel est le coupable, le mercure ou la syphilis, et conclut que « ce serait difficile à décider dans l’état actuel de la science ». C’est également à cette opinion que se rallient Cloquet et Bérard (2). On trouve dans ces articles l'indication de faits dus à Job a Meck’ren (3), Reichel (4), Acrel (5). Je n’ai pu trouver ailleurs mention des deux premiers. Quant à celui d’Acrel, Gurlt le signale dans les termes suivants. Il date de 1777 :