‹ Des fractures chez les syphilitiquesChapitre 48 sur 101 · DE D · texte numérisé non relu

DE D

nombre de fractures qui ont été consolidées très promptement, malgré l’existence de la vérole constitutionnelle. » Cependant il conseille de ne pas suspendre le traitement antivénérien quand une fracture survient pendant qu’un sujet y est soumis.

C’est sur les deux opinions inverses, celle de Swediaur et celle de Lagneau que s’étayèrent pendant longtemps les discussions. Il y a bien un fait observé en 1828 par Condie, mais il n’a été publié qu’en 1842, par Norris. Sanson (1)se range dans le parti de Swediauretrapporte deux faits favorables à cette doctrine.

OBSERVATION XXXIII et XXXIII bis.

Fractures chez des syphilitiques. Pseudarthrose. Traitement spécifique. Guérison.

(Sanson. Art. Articulation anormale du Dict. de méd. et chir. prat., t. II, : p. 492, 1829.)

J'ai eu deux fois l’occasion d’observer l'influence évidente de la syphilis. Dans l’un des cas, il s'agissait d’une fracture de jambe qui n'était point consolidée après huit mois de l'emploi des moyens ordinaires ; dans l’autre, c'était une fracture de l’humérus, dont les fragments, transformés par le gonflement en deux cônes qui se correspondaient par leur base, n'étaient réunis, après dix-huit mois, que par un cal mou et flexible, Dans ces deux cas, il y avait des preuves non équivoques d'affection syphilitique concomitante; deux mois de traitement approprié ont suffi pour assurer la consolidation.

Bérard (2) se borne à mettre les opinions en présence sans prendre parti dans le débat; puis, dans un article fait en commun avec Cloquet (3) et où la syphilis ‘est

(1) Sanson. Dict. de méd. et chir. prat., t. III. p. 492. Art. Articwlation anormale, 1829.

(2) Bérard. Des causes qui retardent ou empêchent la consolidation des fractures etdes moyens del’obtenir. Th. de concours, 1883, p. 11. Bérard semble bien croire que l’observation de Swediaur rapportée par Nicod est de Nicod.

(3) Cloquet et Bérard. Dict. en 30 vol., art. Fractures,t. XITI, p.476, 1835.

ER es admise comme cause de fracture, il écrit que l'action de la syphilis sur la consolidation est peu marquée. Lombard (1) dans sa thèse nie l'influence de la syphilis sur le cal; il conteste le fait de Swediaur et aux faits de Lagneau en ajoute un de Desruelles (du Val-de-Grâce) sur un soldat ayant à la fois un bubon dans l’aine, des chancres à la verge et une uréthrite, et un autre d’Alquié (en 1829) sur un soldat espagnol qui guérit parfaitement d'une fracture comminutive de la jambe gauche, quoique porteur de plusieurs chancres et d’un bubon contre lequel aucun traitement mercuriel ne fut dirigé. Peut-être trouvera-t-on que Ja syphilis est plus nettement indiquée dans l’observation de Swediaur : il ne suffit pas d’avoir un bubon dans l’aine et des chancres à la verge pour avoir la vérole. Fleury (2) pense que c’est « chez les individus dont la constitution est aitérée par des maladies scrofuleuses ou vénériennes que l’on voit le plus souvent des fausses articulations. >» Par contre Oppenheim (3) a observé de nombreux syphilitiques chez lequel la consolidation se fit bien et il est prêt à écarter tout soupçon de syphilis dans les cas de retard de consolidation. Pour Bleu (4)les causes générales, parmi lesquelles la syphilis, ont été multipliées pour mettre à l’abri la responsabilitédu chirurgien; la syphilis n'empêche pas la consolidation

(1) Lombard, Considérations sur les causes qui peuvent empêcher ouretarder la consolidation des fractures. Th. Paris, 1834, n° 27%, p. 12,

(2) Fleury. Quelques considérations sur les causes qui peuvent retarder .ou empêcher la consolidation des fractures. Arch, gén. de méd., 18317, 29 série, t. XIV, p. 440.

(3) Oppenheim. Sur les pseudarthroses, Zeitschrift für die gesammte medicin, mai 1837 (d'après Norris).

(4) Bleu. Quelques réflexions sur les causes et le traitement des fractures non consolidées. Th. Paris, 1848.

(p. 32). Pour Marlier (1) les faits de Sanson, de Thomson (Gaz. hop., 1842) sont exacts, mais «ne sont que des exceptions auxquelles on peut opposer les nombreux exemples de consolidation observés par M. Lagneau dans des cas analogues. » Voici le fait de Thomson tel que le rapporte Marlier. Ce résumé, insuffisant à bien des points dt

vue, démontre cependant bien l'influence de la syphilis.

OBSERVATION XXXIV/(résumée).

(Thomson. Gaz. hôp., 1842, p. 79, d'après Marlier, th. Paris, 1851, n° 166.)

Fracture de cuisse. Au bout de trois semaines aucun travail de consolidation; cela fut attribué à une syphilis mal traitée, datant de sept ans. Traitement par des pilules de quinquina associées à des substances altérantes. Guérison.

A. Roy (2) soutient la même opinion que Marlier. C’est d’ailleurs celle de Malgaigne (3) qui à cette époque faisait loi dans l'étude des fractures; celle de Vidal (4) pour qui la syphilis entrave rarement la formation du cal mais qui conseille cependant (p. 253), chez les syphilitiques, de traiter la diathèse en même temps que la fracture.

Ainsi, un nombre considérable d'auteurs pensent que s'il est exagéré de nier absolument les retards apportés par la svphilis à la consolidation de fractures, certains chirurgiens ont été trop affirmatifs sur ce point. Bérenger Féraud (5), qui ne sait trop comment sortir de cette impasse «où la contradiction entre des hommes égalemene

F) Marlier. Des causes qui retardent ou empêchent la formation du cal. Th Paris, 1851, n° 466, p. 9.

(2) A. Roy. Des pseudarthroses, suite de fractures non consolidées et de leur traitement. Th. Paris, 1856, n° 176, p. 6.

(3) Malgaigne. Loc. cit., p. 143.

(4) Vidal (de Cassis). Traité de path. ext., t. Il, p. 212. Paris, 1846.

(5) Bérenger Féraud. Loc. cit., p, 98 et 99,

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autorisés nous a jetés, pose nettement les éléments de la discussion.

1° La syphilis a-t-elle une action directe et immédiate sur la nonconsolidation des fractures? Et il n'hésite pas à répondre que non tant que la syphilis est à l’état de simplicité relative, c'est-à-dire qu'elle est à la période des accidents primitif et secondaires, en d’autres termes, tant qu’elle n’a pas soit débilité profondément le sujet, soit engendré des altérations osseuses. »

2° Par quel mécanisme la syphilis produit-elle ou favorise-t-elle la pseudarthrose? Quoique les fait soient encore incomplets, Bérenger Féraud admet, par raisonnement, les deux mécanismes suivants: À. la débilité générale du sujet, B. une lésion locale produite dans le foyer de la fracture par la syphilis alors à sa période tertiaire. C’est une distinction importante, car dans le premier cas on pourra avoir un succès rapide par traitement tonique, dans le second cas, au contraire, on est en présence d’une pseudarthrose ostéophytique.

3° Quelle influence peut avoir le traitement mercuriel dans un cas de non-consolidation entretenue ou occasionnée par la syphilis? — Et là si Bérenger Féraud croitle mercure capable à lui seul de donner un succès lorsque l’état généralest en cause, il conseille de lui adjoindre des moyens locaux lorsqu'il y a pseudarthrose ostéophytique

4 Le traitement mercuriel institué contre la syphulis peut-il avoir unefächeuse influencesur le cal en voie de formation ou formé déjà ? Pour Bérenger Féraud, le traitement mercuriel bien dirigé est innocent des méfaits dont on le charge.

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Et même on doit traiter la vérole « chez un sujet actuellement en traitement pour une fracture. »

La question est ainsi parfaitement posée dans ses grandes lignes. Bérenger Féraud comprend nettement commenton peut la diviser, comme dès1839 R. Delacroix (1) semble l’entrevoir. Mais on n’a guère encore suivi son exemple, etpar exemple Valette (2), pour qui on ne se méfie. peut-être pas assez de la syphilis dans l’établissement des pseudarthroses, ne reconnaît aucune de ces différences, qui vont maintenant nous servir de point de départ. Cependant, dès 1860, Gurit avait compris qu’il faut faire des distinctions suivant la période où la vérole en est arrivée; etilécrit (p. 602):« Si nous considérons l’ensemble des observations pour et contre l’influence exercée par la syphilis sur laproduction des pseudarthroses, noussommes conduits à la conclusion que dans quelques cas elle a bien quelque influence, mais qu’en règle générale et surtout quand la syphilis est à la période secondaire elle n’a aucune influence sur la guérison. »

D'abord, il ya des faits incontestables, et très nombreux, où la marche d’une fracture n’est en rien influencée par l'existence d’une diathèse syphilitique. Et pourquoi la syphilis a sa période primitive ou secondaire irait-elle détourner de leur accomplissement naturel les phénomènes de la formation du cal ? Un syphilitique secondaire est bien rarement cachectique, etd’autre part les lésions osseuses de la syphilis secondaire ne sont pas d’ordre destructif

(1) R. Delacroix. Des moyens que l'on doit préférer pour remédier à la nonconsolidation des fractures. Th. Paris, 1839, n° 248,

(2) Valleite. Art. Fractures du Nouv. Dict. de méd. et chir prat., t, XV, p. 451, 1872.

conime celle de Ja prériode tertiaire. Aussi allons-nous pouvoir réunir ici de nombreuses observations.

Nous ne ferions pas grand fond sur des observations que nous trouvons rapportées dans la thèse de Puel avec le mépris dela bibliographie qui caractérise cet auteur. Il nous raconte bien (p.81)que « Pauli, à Landau, a vu un sujet ayant des accidents secondaires, guérir d’une fracture de cuisse dans les délais ordinaires (1). La constitution du malade était ordinaire. » On ne peut même pas tirer de conclusions nettes au point de vue de la période où en était la syphilis dans les faits qu’il prête à Sigmund (p. 31). — Heureusement que Gurlt est plus précis et il analyse de plus près les faits de Sigmund (2). Cesfaits, où Ja syphilis\était à des périodes variées, sont destinés à une tout autre demonstration. Sigmund les donre en tant qu’observations prouvant que le traitemènt mercuriel n’entrave pas la consolidation des fractures traumatiques. C'est dire quenous les retrouverons quand nous en arriverons à l'étude de ce point de la question.

Le même Sigmund (1) nous dit avoir présenté à la Société de médecine de Vienne un cas de syphilis osseuse dans lequel il s’était produit une fracture de l'humérus au voisinage du cal chirurgical. L'extrémité inférieure perfora les téguments. La guérison eut lieu aussi promptes ment que s'il n’y avait pas eu de syphilis. Le malade avait seulement été soumis aux frictions mercurielles. Ilest per-

(1) Gurlt. Loc. cit., p. 601, donne par Pauli l'indication suivante : Schmidt’s Jahrb., d. ges. med., Bd LXXII, p. 360.

(2) C. Sigmund. Zeitsch. d. k. k. gesellsch. der aerzte zu Wien. Neue Folge., jabrg II, 1860, p. 433. In Gurlt, p. 601.

(3) Sigmund. Syphilis, in Handb. der allg. und spec. chir. von Pitha uni Billroth. Erst, Bd Zweite abth. A, Absch. Il, IX, 1870.

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