OBSERVATION LIV
Fracture de cuisse chez un syphilitique tertiaire. Pas de traitement. Consolidation retardée. Fracture du cal six mois après. Traitement mixte. Consolidation normale.
(Observation inédite communiquée par notre excellent collègue le Dr Alph, Robert.)
M. J..., âgé de 35 ans, a contracté la syphilis en 1870. Il était alors soldat et a suivi pendant quelques semaines un traitement régulier dans un hôpital militaire. (Pilules. Liqueur de Van Swieten.)
La syphilis paraît du reste avoir été assez bénigne, car, au dire du malade, il n’a jamais éprouvé d'accidents qui aient nécessité le reprise du traitemertspécifique,
Je vois le malade pour la première fois en mai 1882, et je le soigne alors pour une dyspepsie à forme gastralgique dont il était débarrassé en octobre 1882.
Sa santé générale était parfaite en apparence, lorsque le 3 août 1883, à Biarritz, ilse fractura la cuisse droite droite au tierssupérieur, dans une chute qu'il fait en courant sur une pelouse unie et sans accident de terrain.
11 reste quatre-vingts jours immobilisé dans une gouttière de Bonnet, le membre est entouré en outre d'un appareil amidonné.
Au début, on avait appliqué un appareil de Scultet et un médecin appelé en consultation, avait proposé de faire prendre un peu de sirop de Gibert, mais le médecin ordinaire n’y avait pas consenti, Le malade raconte qu’il souffrait fréquemment au niveau de sa fracture et que l’appareil étant levé vers le 24 octobre, il continua à souffrir pendant quelques semaines. -
A la fin de décembre, il peut faire le voyage de Paris et vient me voir le 5 janvier 1884.
Je constate un cal volumineux, solide, résistant au tiers supérieur de la cuisse ; la marche se fait à l'aide de béquilles, il y a parfois encore un peu de douleur à ce niveau,
L'état général est bon et ne paraît pas avoir souffert de la longue immobilisation, mais il ya une atrophie marquée au triceps fémoral, j'ordonne des massages, N
11 février. M. J..., faisant une course dans Paris, descend de voiture sur les boulevards; il est heurté sur le trottoir, au milieu de la foule et demeure impuissant à se relever. On le transporte chez lui au prix de vives souffrances. Appelé deux heures après l'accident, je constate les signes non douteux d’une fracture du cal; la mobilité anormale, la douleur atroce au moindre mouvement ne laissent aucun doute,
Je replace le malade dans la gouttière de Bonnet, le membre soigneusement redressé et calé au moyen de nombreux petits coussins latéraux. Compresses d’eau blanche au niveau du foyer.
L'immobilisation paraît parfaite, car, sauf la première nuit où il y eut quelques spasmes très pénibles, calmés par le bromure de potassium, la douleur disparaît rapidement,
Après une dizaine de jours, temps nécessaire à la résorption du sang épanché dans le foyer, je donne par jour 2 grammes d’iodure de potassium et 2 centigrammes de biiodure de mercure en deux fois. J’yajoute 1 gramme de phosphate de chaux et j'insiste pour faire entrer dans l’alimentation une quantité notable de légumes féculents, |
L'état général se maintient bon, le traitement spécifique est bien toléré, car j'ai soin de le faire suspendre tous les quinze jours pendant une huitaine,
Du dixième au cinquantième jour, extension faible de trois livres bien supportée.
Bref, le 13 avril, après soixante jours de gouttière, le malade en est délivré, mais il est maintenu formellement au lit. Même traitement interne.
Enfin, le 15 mai, M. J... se lève après unséjour de quatre-vingt douze jours dans la gouttière ou au lit; le membre inférieur droit est solidement protégé par l’appareil de Mathieu, et le 5 juillet j'ai reçu une
Gellé. ô