OBSERVATION IX
(VauLAND, médecin-major, Société de médecine militaire
française, 1921.)
L’artilleur B... (M.), du 4° R. A. C., entre à l'hôpital le 22 juin 1921 pour un traumatisme du genou.
Malgré la douleur très vive, le blessé, d’abord descendu de cheval, y remonte pour rentrer à l'écurie, et, de là, ne pouvant plus faire le moindre mouvement de la jambe, il se fait porter à l'infirmerie.
A l'entrée, c’est-à-dire le lendemain de l'accident, on note une volumineuse hémarthrose : le genou est gonflé à bloc et uniformément douloureux. Petite excoriation cutanée insignifiante. On pratique immédiatement une ponction, qui retire environ 200 grammes de sang liquide. |
Le lendemain, l’hémarthrose s’est intégralement reformée, on pratique une nouvelle ponction, et l'examen de l’article étant devenu plus facile du fait de l'évacuation d’une assez grande quantité de sang, on remarque que la rotule semble se laisser déprimer sous le doigt. On peut, cependant, mobiliser l’os sans que le blessé accuse une véritable douleur. Néanmoins, je fais radiographier le genou, et le cliché, exécuté par notre ami le médecin-major Jaudin, montre une fracture radiée en six fragments de Ja rotule, sans déplacement appréciable.
Intervention (25 juin). — Je pratique un volet cutané à base supérieure, mettant à nu largement la rotule et la région des ailerons : l'appui fibreux périrotulien est intact, et l’on sent seulement, une fois la peau enlevée, une grande mobilité des fragments, qui glissent en crépitant les uns sur les autres.
Ouverture latérale externe de l'articulation, qui donne issue à une quantité de sang et de caillots évaluable à environ 300 grammes. Après détersion de l'articulation à l’éther, je procède, de l'index ganté, à une exp'oration de la face articulaire de la rotule, et je trouve un fragment du volume d’un très gros pois, saillant dans
l'articulation et ne tenant plus que par quelques brides fibreuses;
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je tente de le replacer, il retombe aussitôt, et j'en pratique l'extraction.
Au moyen de l'aiguille d'Emmet, je passe très simplement un fil embrochant transversalement le tendon et le ligament rotulien, et, cheminant sur toute la périphérie de l'os dans l'épaisseur des tissus fibreux, tortillon externe enfoui le mieux possible, fermeture de la brèche capsulaire et suture de la peau.
Ablation des fils le septième jour; marche le neuvième jour. Le quadriceps présente déjà un degré marqué d’hypotonie; cependant, le malade marche facilement et sans douleur, et descend sans aucune gêne les escaliers dès le vingtième jour. Flexion très proche de la normale, rotule mobile, le diamètre en est seulement un peu augmenté.
A ce moment apparaît au niveau du tortillon un point rouge qui s’ouvre et suinte d’ailleurs fort peu; le blessé part cependant en convalescence, ne présentant aucune gêne fonctionnelle. Le membre atteint — qui est le gauche — présente à ce moment une circonférence inférieure de moins de 4 centimètre à celle du membre
sain.