RAS TS
ter d'irriguer la plaie avec de l’eau stérilisée ou employer pour cette irrigation et ce nettoyage des substances antiseptiques ? » D’après certains auteurs, ces substances destinées à détruire les micro-organismes au niveau de la plaie seraient nonseulementinutiles, mais encore ui sibles. Inutiles parce qu’elles ne peuvent détruire com plètement les microbes introduits dans les plaies, et qu’elles ne font que compliquer le traitement de celles-ci ; nuisibles parce qu’elles diminuent la vitalitéides cellules, et par suite troublent la nature dans l'organisation de ses moyens de défense, et qu’enfin elles peuvent dans certains cas déterminer de véritables phénomènes d'in toxication. Certains auteurs vont même jusqu’à nier la valeur microbicidedes substances antiseptiques,et dire que loin de détruire les microbes, elles augmentent au contraire leur vitalité, en leur fournissant l’eau nécessaire. Nous n'avons pas personnellement une assez grande expérience de la question pour trancher le débat entre les partisans de l'antisepsie et de l'asepsie employée seule, dans la désinfection des plaies des fractures compliquées ; mais il nous paraît cependant que ceux qui rejettent systématiquement l'emploi des substances antiseptiques pour traiter la plaie seulement par l’asepsie, se basent uniquement sur des vues théoriques, car la désinfection que nous avons toujours vue pratiquer avec des substances telles que le sublimé, l'alcool, l'iodoforme, l’eau oxygénée, ne nous a jamais paru entrainer d'accidents et de désordres et n’a jamais retardé la guérison d'une fracture compliquée.
Sans doute, les tissus ont une tendance naturelle à la
guérison ; les phagocytes n’ont d'autre rôle que celui de débarrasser une plaie de ses microbes, mais pourraient-ils suffire à leur tâche si les substances antiseptiques ne venaient pas les aider puissamment en enrayant la vitalité des éléments pathogènes. Et peut-on dire vraiment que le contact si court de solutions antiseptiques, souvent très diluées, avec la plaie, puisse altérer d’autres tissus que ceux qui ont été déjà profondément désorganisés par le traumatisme, et qui sont fatalement destinés à être éliminés.
D'ailleurs parmi les substances antiseptiques ilyena quelques-unes qui loin d’être irritantes pour les tissus ont des propriétés stimulantes indéniables, nous voulons parler de substances telles que l'iode, l’iodoforme, : l'alcool et surtout l'oxygène qui tend à supplanter tous les autres. Il n’est pas de chirurgien aujourd’hui qui n'emploie l’eau oxygénée dans la désinfection des plaies, et sorte de défi jeté à la doctrine aseptique, il n’a pas de partisan plus convaincu que les ennemis de l’antisepsie ; c’est que l'oxygène est, sans contredit, le meilleur des antiseptiques que nous possédions à l'heure actuelle, et ses multiples propriétés expliquent les merveilleux résultats que l'on obtient par son emploi dans le traitement des plaies des fractures compliquées. Il exerce une action favorable sur les tissus, il lutte contre les microbes. En déterminant une hyperactivité cellulaire, l'oxygène augmente la vitalité des tissus qui se cicatrisent très rapidement, si la plaie est petite; en diminuant la résistance des microbes, et en provoquant une
diapédèse abondante des leucocytes, il fournit à l’orga-
nisme une aide puissante qui fortifie ses moyens de défense, lorsqu'il s’agit de fracture ouverte dont la plaie est infectée. Cette action est d'autant plus efficace qu’elle ne se limite pas seulement comme on le croyait tout d’abord à la destruction des microbes anaérobies, mais elle s'exerce aussi favorablement dans les infections à microbes aérobies. L'oxygène est généralement employé dans le traitement des fractures compliquées sous forme d’eau oxygénée où de permanganate de potasse qui cèdent leur oxygène au contact des tissus. Assez récemment on a préconisé un composé de l'oxygène, le peroxyde de zinc qui peut être employé en nature pour saupoudrer les plaies ou sous forme de gaze et qui présenterait sur l’eau oxygénée l’avantage de dégager plus lentement son oxygène au contact des ferments sécrétés par les cellules de l’organisme. Quoi qu’il en soit l'oxygène nous paraît être incontestablement l’antiseptique de choix dans la désinfection des plaies des fractures compliquées, et les excellents résultats qu'il donne lorsqu'il est employé seul ou avec d’autres substances nous paraissent devoir confirmer une fois de plus les avantages de la méthode antiseptique.
Cette longue parenthèse fermée, nous allons maintenant indiquer en détail de quelle façon on doit procéder pour désinfecter le foyer de fracture.
1° Fracture simple avec plaie petite non infectée. —
Lorsque la fracture est simple, que la plaie petite, par-
fois même punctiforme a été produite par une pointe osseuse aiguë, cette plaie est très rarement infectée, et
nous avons toujours vu la guérison se produire, —si tou-
ENAICIES
tefois il n’existe pas de lésion vasculaire ou de décollement intra-musculaire ou sous-cutané, — par la simple désinfection des téguments suivie de l’application d'un pansement aseptique. Telle n’estpas cependantl’opinion de certains chirurgiens intransigeants qui prétendent que « plus que tous les autres, ces cas sont dangereux car ils sont susceptibles de voir se refermer rapidement leur orifice cutané en maintenant sous les téguments décollés un clapier certainement infecté » et qui pour ces motifs préconisent toujours l’intervention immédiate. Cette pratique nous paraît un peu excessive, car dans nos observations nous avons réuni un certain nombre de cas de fractures compliquées de ce genre, et nous n'avons jamais noté malgré l’abstention opératoire complète, l'apparition d'accidents. Bien plus, nous dirons même que dans ce cas, surtout si l’on opère dans des conditions d’asepsie douteuses, à la campagne par exemple, l’intervention a souvent plus d’inconvénients que le simple pansement, parce qu’elle est susceptible à elle seule de provoquer l'infection dans un foyer qui serait probablement resté aseptique.
Cette simple désinfection est également suflisante lorsque la plaie quoique un peu plus large ne paraît pas avoir été souillée.
La façon de procéder est des plus simples ; mais il faut apporter à ce nettoyage de la plaie et des régions environnantes, un soin plus minutieux encore que s’il s'agissait de laver un champ opératoire ordinaire, car il faut éviter en nettoyant la peau de répandre sur le foyer
traumatique, les nombreux éléments microbiens qui
PSS
peuvent se trouver en très grande abondance sur la jambe.
La plaie étant protégée par un tampon d’ouate hydrophile ou de gaze aseptique, on fait d’abord la toilette de la jambe en insistant particulièrement sur les régions qui entourent immédiatement le foyer de fracture. La peau préalablement rasée, est savonnée et brossée consciencieusement ; puis le tampon étant enlevé, on lave et on frictionne énergiquement la plaie avec de la gaze imbibée d’eau oxygénée à douze volumes pure ou coupée par moitié d’eau bouillie, puis avec de l'alcool, de l’éther, une solution de sublimé au 1/1000. On applique ensuite sur la plaie un petit pansément aseptique maintenu par un ou deux tours de tarlatane ; on réduit si c’est possible la fracture immédiatement et on immobilise la jambe dans un appareil plâtré sur lequel on aura le ni de pratiquer au niveau de la région lésée une fenétre qui permettra de surveiller la plaie. Le plus souvent il est inutile de changer le pansement ; la plaie se cicatrise en cinq ou six jours et la fracture compliquée évolue comme une fracture fermée. Il est cependant nécessaire, comme on n’est jamais à l’abri de l’infection, de surveiller de très près le blessé, de prendre sa température matin et soir et se disposer à intervenir dès l’apparition du moindre symptôme soit local, soit général. Certains chirurgiens ont l'habitude de pousser par la plaie une injection désinfectante. Il faut se méfier de cette pratique qu'il faut réserver pour les cas de fracture infectée. Elle peut être ici dangereuse car si l’on n’opère pas dans des conditions d’asepsie parfaites, elle est
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