OBSERVATION I
Fracture compliquée de l'extrémité inférieure de
la jambe. — Suture osseuse. — Guérison
M... nourrisseur à Arcueil, trente-sept ans, tombe le 25 avril 1898 de sa voiture qui se renverse sur lui, le cheval ayant été effrayé par le passage d’une automobile. On le relève, la jambe droite brisée, et présentant une plaie. Après un premier pansement on le transporte à l'hôpital Cochin salle Gosselin, la jambe dans une gouttière.
Le lendemain on constate une large plaie irrégulière à la face interne de la jambe. La plaie n'a pas beaucoup saigné sous le pansement. Par la plaie béante fait saillie l'extrémité supérieure du fragment inférieur qui a embroché la peau ; | l'extrémité inférieure du fragment supérieur est repoussée en arrière. Devant un pareil délabrement M. Schwartz décide de désinfecter largement et de réduire sous chloroforme. Le malade étant endormi, on débride la peau pocr libérer le fragment inférieur, et l'on voit alors nettement la disposition de la fracture. Sur le tibia le trait de fracture siège à la partie inférieure du tiers moyen. Il est oblique de haut en
bas, de dehors en dedans et d’arrière en avant; si bien qu'il
aboutit à la formation d’un fragment supérieur taillé en bec de flûte aux dépens de la face postérieure et externe, et présentant une pointe sur la face externe. Le fragment inférieur présente une disposition inverse ; il est taillé en bec de flûte aux dépens de la face antéro-interne de l'os, de telle sorte qu’il forme une légère encoche au niveau de cette face, et présente une pointe postérieure et externe; cette pointe postérieure ne tient au reste de l’os que par l’intermédiaire d’un petit fragment qu'on extirpe. C’est sur cette pointe qu'était venue s’embrocher la peau.
Faisant bâiller la plaie en écartant les deux fragments, on lave largement à l’acide phénique, on désinfecte bien les canaux médullaires. On fait ensuite une injection de chlorure de zinc au 1/10 ; on lave de nouveau à l’eau phéniquée forte et on coapte. Quoique le fragment supérieur ait une pointe assez aiguë on cherche à la conserver, car elle s’engrène bien dans l’encoche que présente le fragment inférieur.
On passe un fil d'argent tout autour des fragments pour les maintenir en place. On draine, on ferme la partie inférieure de la plaie par quelques points de suture, et on met un appareil plâtré.
Au cours de la narcose, on fait au malade, une injection de sérum antitétanique.
On ne s'occupe pas de la fracture du péroné, mais à voir la façon dont la jambe se plie au niveau de la fracture du tibia, on peut supposer que la fracture siège à la même hauteur que celle du tibia. 1
27 juin. — Le malade va bien. Pas de fièvre.
28 juin. — La plaie est en très bon état. Elle ne suppure pas.
Clermont 5
On renouvelle le pansement tous les trois ou quatre jours.
8 juillet. — On enlève l'appareil plâtré. On fait un petit pansement sur la plaie qui est incomplètement guérie, et l’on met la jambe dans une gouttière en fil de fer pour pouvoir mieux la surveiller.
16 août. — On fait sous chloroforme la résection d’une pointe du péroné qui fait saillie en arrière et a perforé la peau. On pratique le grattage du foyer de la fracture du péroné qui présente un point de nécrose. Pansements secs tous les cinq jours. De petits séquestres sortent par le foyer
antérieur correspondant au tibia.
& septembre. — Le foyer postérieur est complètement fermé.
22 septembre. — Le foyer antérieur est fermé à son tour.
Le pied étant légèrement dévié en dedans, on applique un appareil plâtré pour le redresser.
20 octobre. — Le plâtre est enlevé et remplacé par un
appareil silicaté. Le malade commence à marcher avec son
appareil.
1e novembre. — L'appareil est enlevé. 7 novembre. — Le malade sort guéri. Il marche très bien.
Pas de raccourcissement.