PRONOSTIC
Le pronostic d'nne fracture spontanée est rarement bénin, qu'on l'envisage comme simple lésion locale ou comme source de complications générales. Sans doute, dans certains cas, comme chez les rachi tiques, les risques qu'elle fait courir aux malades sont légers, et en admettant même que la consolidation soit vicieuse, la difformité qui en résulte n'est pas bien considérable, la fracture étant presque toujours incomplète. Chez les vieillards, la production d'une fracture spontanée ou autre, est au contraire un accident grave, non pas au point de vue de la lésion en elle-même, puisque ces fractures tendent en général à guérir, mais parce que, comme nous l'avons vu, le décubitus prolongé que nécessite le traitement, expose ces malades à des complications nombreuses et d'autant plus sérieuses que le traumatisme a déjà eu sur eux un retentissement fâcheux. Nous ne reviendrons pas ici sur les considérations que nous avons exposées an sujet des fractures tabétiques; nous avons suffisamment démontré leur influence sur la marche de l'affection spinale dont elles exaspèrent souvent les symptômes. Quant aux fractures spontanées des osléomalaciques, nous avons vu que leur consolidation est en relation étroite avec révolution de la maladie, qu'elles peuvent guérir si celle-ci rétrocède, quitte à
se désunir plus lard à nouveau, sous l'influence d'une poussée nouvelle du processus morbide.
Le pronostic des fractures consécutives aux afTections organiques ou intlammatoires des os mérite de nous arrêter davantaore.
Sans revenir sur les considérations d'anatomie et de physiologie pathologiques dans lesquelles nous sommes entré, nous rappellerons que la formation ducal, dans ces fractures, est le plus souvent problématique, et que si on peut l'observer quelquefois dans les ostéites, elle ne se produit qu'exceptionnellement dans les tumeurs. Mais ce n'est là qu'un de leurs moindres inconvénients.
En effet, ces fractures constituent toujours une aggravation de la lésion locale primitive, soit qu'elles donnent un coup de fouet à un néoplasme en. voie d'évolution, soit qu'elles déterminent la blessure d'un foyer pathologique et qu'elles mettent les aréoles du tissu osseux en contact avec l'air extérieur. Ne sait-on pas que toutes les irritations portant sur des néoplasmes leur impriment une marche plus rapide ? Ici deux causes agissent simultanément, d'une part le traumatisme, d'autre part la rupture du cylindre osseux, qui permet à la tumeur d'envahir les tissus et môme, après avoir ulcéré la peau, de se montrer en dehors. Quand l'os fracturé est atteint d'ostéomyélite, le pus contenu jusqu'alors dans une poche isolante sera mis subitement en contact avec les canaux béants du tissu osseux, ou fera irruption dans le canal médullaire ;
de là une aggravation notable des phénomènes inflammatoires. Si l'on a affaire à nn kyste hydatiqne, la fracture ne peut-elle pas en amener la suppuration avec toutes ses conséquences ?
Bien plus, ces fractures peuvent encore être le point de départ de complications générales des plus redoutables. Dans les ostéites, c'est la septicémie, la pyohémie que l'on peut craindre ; les exemples démontrent que souvent, en pareil cas, les opérations radicales, même immédiates, ne sauvent pas les malades. Dans le cancer, ce sont d'autres accidents à redouter, une généralisation àâlive et surtout une mort prompte, dont le mécanisme est loin d'être élucidé.
M. Bourras (1), qui a consacré, à l'instigation du professeur Verneuil, sa thèse inaugurale à l'étude de cette dernière complication, fait remarquer que, contrairement à l'opinion accréditée, c'est là une terminaison fréquente des traumatismes chez les cancéreux cachectiques, et l'attribue à une altération du sang, faute d'autre explication. En tous cas, ces faits existent, et l'influence d'une fracture spontanée sur la rapidité de la terminaison fatale ne saurait être niée. M. Weiss, de Nancy, nous a communiqué un fait inédit qui vient absolument à l'appui des idées de M. Verneuil, et qui concerne une ancienne opérée du sein; la fracture du fémur survenue chez elle dans le courant de
(1) Bourras. Loco citato.
l'année dernière a été d'une part le premier indice de la récidive et a amené d'autre part la mort en l'espace de trois semaines.
Enfin, pour ce qui a trait aux gommes syphilitiques des os, nous rappellerons seulement que la guérison a été souvent obtenue par un cal osseux, que dans quelques cas, on a observé une jiseudarthrose consécutive : une fois seulement l'amputation fut jugée nécessaire ; jamais la mort n'a été la conséquence directe d'une fracture syphilitique.