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CHAPITRE II

De l’utilité de l’analyse chimique pour déterminer la valeur des poires et des pommes (l).

Depuis quelque trente ans la chimie agricole est sortie victorieuse des luttes aussi pénibles que glorieuses qu’elle a dû soutenir contre l’aveugle routine et la tradition, et si de nos jours ces néfastes puissances comptent encore quelques fidèles, la grande majorité des esprits s’est enfin entièrement ralliée à un nouvel ordre d’idées dont la base est essentiellement scientifique, et le jour n’est sans doute pas bien éloigné où la culture intellectuelle et la culture du sol n’auront plus rien à s’envier l’une à l’autre. Quoi qu’il en soit, lorsqu’on examine ce qui a été fait, on s’applaudit du pas immense qui a été franchi en un temps relativement court, et l’on remarque que les transformations multiples dont le résultat a été l’accroissement de la fortune publique ont eu pour point de départ Y Analyse chimique.

Les avantages signalés qu’a produits cette science dans les nombreuses questions dont elle s’est occupée parlent assez haut pour se passer de commentaires : la connaissance de la constitution des sols et celle des produits qu’il s. fournissent ne sont-elles pas des monuments indestructibles de sa haute importance? Malheureusement, mais c’est là un malheur qui tend à disparaître de jour en jour, parmi tous ces sujets d’études si variés, il y ema eu de privilégiés, nous entendons par là ceux qui ont su attirer l’attention de ces savants éminents qui ont fondé la chimie agricole, et dont

(1) Une partie de ce chapitre a paru dans le Journal de la Société centrale d’Horticulture de France, 2 e série, t. XI, 1877, p. 311-316.

la France s’honore à si juste titre : les Boussingault, les Frémy, les Pasteur, les Payen, etc.

Pour nous nous ne pouvons que regretter que les pommes et les poires n’aient été l’objet des travaux de ces illustres chimistes, pour cette première raison que nul n’aurait mis en doute la véracité de leurs résultats, et ensuite parce que grâce à la puissante autorité qui s’attache à tous leurs écrits, ils auraient répandu dans l’esprit de nos agronomes et de nos cultivateurs les idées si saines que d’autres s’efforcent vainementde leur inculquer, car il n’est pas donné àtous de disposer du prestige de la science !

L’analyse chimique a donc négligé jusqu’à ce jour les poires et les pommes; est-ce à dire cependant que son utilité est moindre pour ces produits naturels ? Le but de ce chapitre, nous devons même dire de toutes nos recherches, est de démontrer au contraire le grand rôle qu’elle est appelée à remplir. Mais pour cela nous devons l’envisager sous deux points de vue différents : 1° scientifique ; 2° pratique.

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