FORMES ET DIVISIONS
Les auteurs qui ont parlé de la gastrite chronique Font divisée de différentes manières, et ces divisions varient avec l'époque où écrivait Fauteur, et les opinions scientifiques qui régnaient alors.
Avant que les progrès de Fanatomie pathologique eussent bien fait connaître le cancer de l'estomac, l'ulcère simple de l'estomac, le ramollissement de la muqueuse gastrique, la plupart des auteurs décrivaient, sous le terme générique de gastrite chronique, une foule de maladies différentes; ils adoptaient des divisions anatomiques, dans lesquelles on voyait poindre déjà les différences qui existaient ent^e les maladies qu'ils décrivaient sous un seul nom.
Cependant ils adoptaient tous une classe de gastrite reconnaissant pour cause l'intoxication.
Au fui- et à mesure que les travaux des Louis, des Cruveilhier, des Rokitansky et des Andral, faisaient mieux connaître les altérations jusqu'alors confondues avec la g'astrite chronique, les divisions de la gastrite chronique ne sont plus les
mêmes. Les auteurs s'occupent plus de la cause de la maladie, et l'on voit naître l'idée de divisions étiologiques.
Au fur et à mesure que les travaux d'anatomie pathologique se sont multipliés, la gastrite chronique a été nettement séparée des ulcérations de l'estomac, du ramollissement de la muqueuse, ainsi que de la gastrite phlegmoneuse.
En même temps, ces différentes variétés ont été étudiées séparément, et Ton a pu voir des différences entre les dernières espèces de gastrite, tant au point de vue de l'anatomie pathologique, qu'au point de vue symptomatolog^que.
Ces différentes variétés, mieux étudiées aujourd'hui, sont la gastrite alcoolique, la gastrite urémique, les gastrites par l'action des caustiques, les gastrites qui accompagnent certaines maladies.
«Ces types suffisent pour prouver que la gastrite n'est pas une lésion toujours identique, et, comme cette lésion varie avec les causes qui la produisent, elle ne peut constituer une entité morbide, et réclamer un même mode de traitement. Or chacun de ces types, ayant une évolution propre, a aussi un mode spécial d3 guérison, et donne lieu à des indications thérapeu-
tiques particulières. » (Lancereaux, Atlas d'anatomie pathologique.)
C'est pourquoi il nous paraît opportun de classer, autant que possible, les différentes variétés de gastrites suivant les causes qui les ont produites, de rechercher ensuite quels sont les points communs de ces variétés entre elles, et de rechercher par quoi elles diffèrent.
C'est cette manière de voir qui nous guidera dans cette élude. Après avoir classé les gastrites d'après leur mode de formation, nous étudierons l'anatomie pathologique des gastrites chroniques.
Dans une première partie, nous décrirons les altérations matérielles communes à toutes les gastrites, et à la suite, nous essayerons de donner les caractères différents propres à chaque espèce. Nous verrons qu'il y a encore bien des lacunes dans nos connaissances à ce sujet. Des recherches ultérieures permettront peut-être de les combler.
Nous suivrons la même marche pour la symptomatologie; après les symptômes communs, les caractères différentiels. Il en sera de même pour le diagnostic et pour les indications thérapeutiques.
Nous avons vu, dans le chapitre consacré à l'étiologie , qu'un certain nombre de gastrites reconnaissaient pour cause une action directe sur la muqueuse gastrique. D'autres, au contraire, ne se rencontrent que dans certaines maladies générales, consécutivement à une autre affection. D'autres enfin sont causées par des altérations de la circulation dues à des lésions d'organes voisins.
Nous placerons dans une première classe, que l'on peut appeler yastrites chroniques primitives, celles qui reconnaissent pour cause une action directe sur la muqueuse de l'estomac.
Nous décrirons les gastrites qui accompagnent certaines maladies générales, ou qui se rattachent à certaines altérations locales, sous le nom de gastrites chroniques secondaires.
Les gastrites chroniques primitives peuvent elles-mêmes se subdiviser suivant la manière dont elles se forment.
Nous admettons d'abord une gastrite chronique primitive simple, qui succède à une gastrite aiguë, et dont les causes sont celles de la maladie à laquelle elle succède, c'est-à-dire une excitation de la muqueuse de l'estomac.
Nous admettrons ensuite une (jastrite chronique par troubles fonctionnels ou mécaniques , produite par une alimentation mauvaise.
Nous avons étudié, dans l'étiologie, les différentes manières dont l'ingestion des aliments pouvait altérer les parois de l'estomac, c'est-àdire, ou bien une quantité d'aliments excessive, ou bien des aliments difficiles à digérer ou irritants. — Enfin, les substances qui peuvent diminuer les mouvements de l'estomac ou altérer le suc gastrique.
Nous arrivons à une troisième subdivision, ce sont les gastrites toxiques. Ici, nous aurons les gastrites alcooliques, les gastrites sulfuriques; enfin, les gastrites produites par les substances caustiques.
Dans la deuxième classe de gastrite, c'est-àdire dans les gastrites chroniques, nous placerons :
1° Les gastrites chroniques qui accompagnent les maladies générales. Ici, nous avons la gastrite urémique, que l'on pourrait aussi considérer comme une gastrite toxique. Cependant, eu égard à la maladie générale qui la détermine, nous l'avons placée en tête de notre deuxième classe, parce que les causes qui la produisent
n'agissent pas directement sur la muqueuse gastrique.
Puis nous avons les gastrites chroniques des tuberculeux. Wilson Fox les a recherchées et les aurait trouvées clans la moitié des cas. Cette fréquence de la gastrite chronique a lieu de nous surprendre, car on ne trouve pas généralement cette affection si commune dans les autopsies que l'on voit pratiquer tous les jours.
Nous avons vu, dans l'étiologie, qu'elle paraissait due aussi aux coïncidences de la tuberculose avec les affections du cœur et du foie. Nous nous rermettrons une autre remarque.
En songeant que ces autopsies ont été faites en Angleterre, sur des sujets qui ont succombé à l'hôpital, en réfléchissant aux habitudes alcooliques de la basse classe en Angleterre, on peut se demander si Ton doit bien rapporter les cas de gastrites chroniques à la maladie tuberculeuse ; ou si l'on ne pourrait pas plutôt les considérer comme des gastrites alcooliques.
Nous devons examiner ici les gastrites chroniques désignées sous le nom de gastrite chronique par métastase.
Gomment doit-on considérer ce que l'on a appelé la g\astrite goutteuse? Gomment doit-on
1869. — BotlerUuit. 3
apprécier les phénomènes gastriques observés chez les goutteux ? D'après Hunter, les désordres que produit la goutte dans l'estomac n'ont aucune analogie avec les affections articulaires. Pour Scudamore , les altérations de l'estomac sont dues au transport du processus inflammatoire des parties extérieures sur les organes profonds.
Un point que l'on ne peut méconnaître, c'est la fréquence des altérations de l'estomac chez les goutteux.
Garrod se demande si le dérangement des organes digestifs ne dépend pas, dans ces cas, de l'altération du sang par un excès d'urate de soude?
La goutte se développe, comme on sait, surtout chez les individus qui ont fait usage d'une nourriture trop succulente. D'après ce fait, n'estil pas logique d'admettre, qu'au moins dans un certain nombre de cas, les désordres du côté de l'estomac sont sous la même dépendance étiologique que la g-outte elle-même? En second lieu , considérant les phénomènes nerveux qui surviennent chez les goutteux (goutte rétrocédée), et qui peuvent être liés à l'intoxication du sang par l'acide urique, on peut se demander si
cette altération des liquides n'est pas une cause d'inflammation delà muqueuse de l'estomac, qui, comme on le sait, est une voie d'élimination pour un grand nombre de substances.
Enfin, ne peut-on pas appliquer ce mot, d'ail leurs si vague, de métastase, à ces cas dans lesquels on voit les symptômes gastriques alterner manifestement avec des symptômes articulaires?
(Nous n'attachons évidemment ici, au mot métastase, aucune importance théorique.)
Quant à la gastrite chronique qui accompagne la dégénérescence cancéreuse de l'estomac, c'est une inflammation de voisinage. Elle n'est pas toujours constante.
Il faut placer ici la gastrite chronique que l'on observe dans les cachexies, quelles que soient leurs causes.
Enfin, il y a une dernière variété de gastrites ; ce sont celles qui reconnaissent pour cause un obstacle à la circulation de la muqueuse gastrique. On les observe dans certaines maladies du cœur, du foie et de la veine porte.
Elles ont été signalées par Bamberger, Niemeyer. Wilson Fox les a recherchées, a établi leur fréquence (voir le tableau). Malheureusement , pour beaucoup de ces gastrites, nous ne possédons que des notions très-vagues. Elles ont été
peu étudiées; ou ce que les auteurs en ont dit est fort incomplet. L'article de W. Fox est trop concis, et l'on regrette de ne pas trouver le détail des autopsies qu'il a faites.
Mais enfin leur existence a été signalée. Il faut désirer que de nouvelles recherches viennent jeter la lumière sur ces faits.
L étude des gastrites secondaires est encore à faire. Je crois que c'est un sujet de recherches intéressant.
Divisions des gastrites.
Gastrite chron. primitive simple 1° G. chr. simple. S succédante une gastrite aiguë ou subaiguë.
1° Gastrite par excès d'alimentation.
,2° Gaslrite chronique par ingesta difficiles à digérer.
3° Gastrite chronique par ingesta irritants.
4° Gastrite chron. par substances qui ralentissent les mouvements-de l'estomac ou altèrent le suc gastrique.
j 1° Alcool.
3° Par intoxica- . 2o Acide sulfurique.
tion. ' 3° Poisons caustiques, etc.
i Urémie.
Tubercules.
Cane t.
Goutte.
Cachexie.
5o Par obstacle à j Mal^ies du cœur.
j — du foie.
— de la veine porte.
Gastrites chroniques
primitives reconirissant pour ■' causes une action \
directe sur la
muqueuse stoma
cale.
2° Par troubles
fonctionnels ou mécaniques.
Gastrites chroniques (
secondaires
accompagnant des
maladies
générales ou
se rattachant à dos
lésions locales.
4° Par dyscrasies ou maladies générales.
la circulation.