‹ Des gastrites chroniquesChapitre 8 sur 10 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Le diagnostic de la gastrite chronique n'est pas toujours facile. En effet, cette affection n'a point de caractère pathognomonique , et ses symptômes lui sont communs avec un grand nombre d'autres affections de l'estomac.

11 est donc difficile de rapporter chacun de ces symptômes à sa véritable cause, surtout dans le cas d'une g*astrite chronique secondaire. En effet, dans les maladies générales, où la gastrite chronique ne s'établit que consécutivement, il y a un certain nombre de troubles de la digestion qui ne doivent pas tous être rapportés à l'inflammation chronique de la muqueuse gastrique. Et en même temps il est plus difficile de reconnaître les symptômes de la g*astrite chronique au milieu des symptômes de l'affection primitive.

11 faut d'abord rechercher quels sont les symptômes que présente le malade et voir s'ils se rapportent à la gastrite chronique. Il faut ensuite faire le diagnostic différentiel d'avec la g*astralg*ie, le cancer et l'ulcère simple de l'estomac; voir si Ton a affaire à une dyspepsie simple ou

symptomatique; enfin, quand on croira avoir certainement reconnu une gastrite chronique , en rechercher la cause.

Les phénomènes principaux qui caractérisent la gastrite chronique sont : une douleur ordinairement vive à L'épigastre, douleur s'exagérant surtout pendant le travail de la digestion, travail qui se fait toujours avec une certaine lenteur; la sensation dure que donne l'estomac à la palpation, phénomène sur lequel nous avons insisté dans la symptomatologne, et intéressant pour le diagnostic d'avec le cancer; les vomissements, soit de matières alimentaires, soit de matières glaireuses, soit même des hématémèses; l'existence d'un mouvement fébrile qui se montre par intervalles. Enfin les phénomènes sympathiques qui se montrent du côté du système nerveux , l'état général, la marche et le mode d'envahissement de la maladie, tels sont les éléments à l'aide desquels il est permis de faire le diagnostic.

Disons d'abord que la longue durée de la maladie et le peu d'intensité des phénomènes symptomatiques suffisent pour séparer la gastrite chronique de la gastrite aiguë.

La dyspepsie se présente avec un certain nombre de symptômes qui lui sont communs avec la

gastrite chronique. Mais ces symptômes présentent quelques caractères différents. Ainsi la douleur épigastrique , toujours accrue par la pression, est plus localisée dans la dyspepsie. Elle est en général très-limitée au cardia. Au contraire , elle est plus étendue, plus diffuse dans la gastrite chronique. Dans cette dernière affection , elle se montre aussitôt après l'ingestion des aliments, tandis que, dans la dyspepsie, elle se montre un certain temps après la fin du repas.

Chez les dyspeptiques, hors le cas de flatulence, lépig^astre, même sensible à la pression, est souple, la sonorité est parfaite. Dans les cas de gastrite , on trouve au contraire l'épigastre tendu, résistant, et offrant une sonorité obtuse.

Enfin les vomissements et les nausées se rencontrent dans les deux affections qui nous occupent, mais c'est surtout plus ou moins longtemps après le repas que les vomissements dyspeptiques commencent à se faire sentir, tandis que, dans la gastrite chronique, c'est ordinairement peu après l'ingestion des aliments que les malades commencent à souffrir. Disons encore que les vomissements glaireux, survenant le matin, ce que l'on appelle la pituite, doivent être rapportés à la gastrite chronique. Mais les vomisse-

ments ne sont qu'un signe d'une valeur secondaire dans le diagnostic différentiel de la dyspepsie et de la gastrite chroniques, à cause de l'irrégularité de leur manifestation, et parce que ce phénomène n'est pas constant dans l'inflammation de la muqueuse gastrique. Enlin l'état, général pourra fournir quelques éléments au diagnostic.

Ordinairement la dyspepsie simple, si elle n'est pas très-intense, est presque compatible avec la santé; elle ne diminue pas d'une façon très-sensible l'embonpoint ou les forces. Enfin elle- présente des périodes de rémission. Dans la gastrite chronique, nous observons la continuité des souffrances, le retentissement général sur l'organisme, la perte des forces et de l'embonpoint. En combinant tous ces signes, en rappelant les antécédents , en observant la marche ultérieure de la maladie, on arrivera à pouvoir reconnaître si l'on a affaire à une simple dyspepsie ou à une gastrite chronique.

La gastralgie se distingue plus facilement de la gastrite chronique. En effet , il est peu possible de confondre ces deux maladies quand la gastralgie affecte une forme violente. Mais, dans sa forme chronique, la gastralgie peut être plus fa-

cilement confondue avec la gastrite chronique. Cependant on évitera plus facilement l'erreur, car leurs symptômes communs possèdent des caractères bien tranchés.

La douleur, dans la gastralgie , siège à l'épigastre, mais s'irradie plus ou moins loin. Elle est au contraire bornée à l'estomac dans la gastrite chronique. Dans cette dernière maladie, elle est presque continue et s'exaspère un peu par la pression. Dans la gastralgie elle est intermittente ou rémittente, et cesse ou diminue souvent par la pression. L'appétit et la manière dont les digestions s'opèrent varient dans les deux maladies.

Dans la gastralgie, l'appétit est plus ou moins conservé. Il est quelquefois augmenté , d'autres fois capricieux.

Les aliments ingérés provoquent quelquefois des douleurs très-vives; mais d'autres fois les douleurs cessent avec l'état de plénitude de l'estomac. Enfin il n'y a aucune réaction fébrile. Dans la gastrite chronique, au contraire, il y a ou de l'inappétence ou de l'aversion pour les aliments. Ils provoquent toujours des douleurs épig^astriques. C'est surtout au moment où les aliments sont arrivés dans l'estomac que les ma-

Jades commencent à souffrir. La digestion s'accompagne souvent d'un mouvement fébrile.

Enfin, encore dans cette maladie, comme dans la dyspepsie, l'embonpoint et les forces peuvent se conserver longtemps intacts : nous avons vu quel état provoquait la gastrite chronique.

La marche de ces deux maladies n'est pas la même : intermittente dans la première, elle affecte dans la gastrite chronique une marche uniforme et presque non interrompue.

Lï ulcère simple de l'estomac, appelé aussi gastrite chronique ulcéreuse, n'est pas toujours facile à diagnostiquer d'une gastritechronique. Cependant la douleur ne se présente pas dans ces deux affections avec les mêmes caractères, urde, diffuse, bornée à la région épigastrique dans la gastrite chronique, elle présente dans l'ulcère simple de l'estomac des particularités exposées ainsi par Trousseau :

« Généralement circonscrite dans la région de l'appendice xiphoïde du sternum, elle est térébérante ou comparée par les malades à la sensation d'une brûlure, d'une plaie mise à vif, d'un pincement violent.

« Elle revient pas crises, avec des exacerbations

plusieurs fois dans le courant de la journée; est exaspérée par la pression de la main sur le creux épig^astrique, et sollicitée ou réveillée par Ting-estion des aliments; survenant quelquefois, il est vrai, un peu plus tard, elle persiste pendant toute la durée de la digestion stomacale, et elle n'est jamais plus forte qu'à ce moment. A cette douleur g^astralgique, lorsqu'elle a acquis un haut degré d'intensité, s'ajoute une douleur de même nature occupant la région correspondante du rachis, c'est-à-dire au niveau de la première vertèbre lombaire ou des trois dernières vertèbres dorsales. Dans quelques circonstances, au lieu de rester limitée au point épig*astrique ou xiphoï* dien, ou au point rachidien, la douleur s'irradie vers le haut, derrière le sternum, dans la direction de l'œsophag^e, s'étend dans les espaces intercostaux et se propage, en bas, du côté des reins. »

On rencontre les vomissements de sang* dans l'ulcère simple de l'estomac et aussi quelquefois dans la gastrite chronique. Mais c'est un phénomène fréquent dans la première de ces maladies. Ces hématémèses considérables sont quelques fois suivies de longes intervalles d'un état relatif de santé, puis ils reparaissent de nouveau*

Au contraire, les hématémèses, très-rares dans la gastrite chronique, n'ont g'uère été observées que dans les dernières périodes de la maladie.

L'état général se ressent de la lésion locale chez les malades. En somme le diagnostic différentiel se fera surtout à l'aide des signes fournis par la douleur et par les vomissements de sang\

Le cancer de l'estomac est facilement confondu avec la gastrite chronique, surtout quand celleci est déjà dans un état avancé. Dans le cancer de l'estomac, la douleur est tantôt très -vive (sensation de brûlure ou d'érosion) caractères que l'on ne remarque pas dans la gastrite chronique, tantôt; au contraire, elle ne consiste guère que dans une sensation de pesanteur accompagnant le travail de la digestion. Enfin ce phénomène peut manquer.

Les vomissements de matières alimentaires se rencontrent dans les deux maladies. On sait que dans le cancer de l'estomac, les vomissements deviennent fréquents dans un état avancé de la maladie; qu'il ont lieu plus on moins longtemps après l'ingestion des aliments, suivant le siège de la tumeur cancéreuse, qu'enfin on voit les matières n'être rendues que quelquefois deux ou trois

jours après leur entrée dans l'estomac. Dans la gastrite ils sont moins fréquents et les aliments ne restent jamais si longtemps dans l'estomac.

Les vomissements noirs sont encore un signe qui fera pencher vers l'idée d'un cancer, puisque les hématémèses signalées dans la gastrite chronique ne se rencontrent que dans les derniers jours de la maladie et sont excessivement rares.

La palpation de l'estomac, dans la gastrite chronique, donne quand ily a une hypertrophie considérable des parois de l'estomac, la sensation d'une tumeur aplatie, mal limitée sur ses bords.

Au contraire, dans le cas de cancer de l'estomac, on peut percevoir une tumeur lisse ou inégale, plus ou moins mobile, entièrement mate à la percussion, et presque toujours douloureuse à la pression. Mais ici l'état général du malade sera d'un grand secours pour le diagnostic. Dans la gastrite chronique le dépérissement est moins rapide que dans le cancer.

On n'observe pas la teinte propre à la diathèse cancéreuse, il y a quelquefois de la fièvre.

Enfin les antécédents du sujet, la marche de la maladie devront encore entrer en ligne de compte dans les éléments qui permettent de faire

le diagnostic du cancer de l'estomac et de la gastrite chronique.

Une fois la gastrite chronique reconnue, il sera nécessaire de rechercher à quelle cause la rattacher.

L'étude des antécédents du malade, du début de la maladie, de sa marche, mettront sur la voie.

Il est intéressant, au point de vue du traitement, de rechercher si l'on est en face d'une gastrite venue par suite de troubles fonctionnels de l'estomac, c'est-à-dire celles que nous avons appelées mécaniques et qui reconnaissaient pour point de départ une irritation mécanique ou chimique des parois de l'estomac par suite de mauvaise alimentation. Il sera facile de reconnaître des troubles gastriques chez les personnes qui auront accidentellement ingéré des substances caustiques.

L'attention devra être éveillée sur la fréquence des gastrites alcooliques, et l'on pourra rapporter un certain nombre de gastrites chroniques qui, au premier abord, paraissent se rattacher à des affections générales, à une suite d'habitudes alcooliques antérieures.

Il sera plus difficile de reconnaître la gastriquechronique au milieu des affections diverses qui

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l'ont produite consécutivement. Cependant sachant qu'elle peut résulter des troubles de la circulation de l'estomac et qu'on le rencontre dans un nombre de maladies du foie, du cœur et de la veine porte, on pourra attribuera leur véritable cause un certain nombre des phénomènes gastriques que l'on rencontre dans ces maladies.

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