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PREMIÈRE OBSERVATION

( Personnelle , recueillie dans le service de M. Labbé, à Lariboisière .)

Gelure au premier degré de la main droite. Troubles de sensibilité. Lésions trophiques.

Lambert, blanchisseur, 49 ans. — Bonne santé habituelle, pas de rhumatisme, de syphilis, d’alcoolisme.

Il y a cinq ans, le malade exposa pendant une demi-heure environ, sa main droite mouillée à un froid vif. Elle resta froide, blanche., insensible pendant une vingtaine d'heures. Alors survinrent des fourmillements et les parties reprirent leur aspect normal, sauf un peu de rougeur.

Dans les jours qui suivirent : crampes, picotements. Alternatives de pâleur et de coloration violacée de la main. Diminution légère de la sensibilité des doigts. Les variations brusques de la température aggravaient ces accidents et quelquefois alors la main gauche rougissait et présentait quelques vagues fourmillements.

Sept ou huit mois après, sans cause appréciable, ces accidents s'aggravèrent. Alors : suppuration sous-unguéale à l’index et au médius, qui a persisté jusqu’à ce jour, tantôt augmentant, tantôt se tarissant presque entièrement.

En décembre 1879, à l’époque des froids, le malade éprouva des douleurs beaucoup plus vives, s'irradiant des doigts malades jusqu’à l'épaule et même jusqu'à la région rachidienne. Les doigts devinrent violets, durs, cylindriques et perdirent toute sensibilité tactile.

Au bout de quelques jours, abcès à la partie antérieure de la pulpe du médius et de l’index. Issue d’un petit séquestre lamellaire à chacune de ces phalanges. Le malade nous les a montrés ; ils sont spongieux, raréfiés. A ce niveau, la peau rouge, amincie, adhère à l’os. Tous les ongles de la main droite sont jaunes, rayés transversalement. Ceux de l’index et du médius sont irréguliers, recourbés en crochet, atrophiés.

Les doigts sont roides ; les articulations des phalanges, déformées légê- * rement, sont le siège de frottements secs. Les muscles des éminences thénar et hypothénar, les interosseux sont un peu atrophiés ; la contraction musculaire est moins énergique que dans la main gauche et la fatigue trèsrapide s’accompagne de quelques tremblements. La peau est par places érythémateuse, amincie.

La sensibilité tactile est un peu diminuée dans tbute la main, où le malade éprouve souvent des picotements et une douloureuse sensation de brûlure, surtout quand la main est exposée à un air un peu vif. Alors la douleur s’irradie vers l’épaule et la paume de la main se couvre de sueur.

La main gauche qui n’a jamais été gelée présente lors des exacerbations douloureuses du côté droit divers troubles : pâleur ou rougeur, sueur locale, picotements.

Le malade porte de gros gants de laine depuis cinq ans et n’a pas eu de nouvelle gelure en décembre 1879.

IIe OBSERVATION (Communiquée par M. Duplay.)

Troubles trophiques consécutifs à une gelure au premier degré des extrémités.

Laflage Armand, âgé de 42 ans.

En 1855, à Sébastopol, gelure au premier degré des extrémités du pied et de la main (côté droit). Le lendemain la sensibilité et la coloration étaient complètement, revenues. Le malade continua son1 service, n’éprouvant que quelques picotements de temps en temps.

En été 1861, l’index puis le pouce de la main droite prirent une couleur violacée qui disparaissait quand il imprimait des mouvements à ces doigts. En mémo temps, douleur vive, troublant le sommeil, soulèvement de l’épiderme et suintement continuel de sérosité de la surface dénudée.

Il entra à l’hôpitâl militaire de Marseille, où on amputa, 3 mois après le début des accidents, la plialangine de l’index et la partie antérieure de la phalangette du pouce, lequel a conservé son ongle.

Depuis lors il ressent du côté droit, en hiver, picotements dans les orteils. Froid très-vif dans le genou que rien ne peut réchauffer.

En 1870, coup de baïonnette à l’auriculaire de la main droite. Depuis lors, cette main bleuit pour peu qu'elle soit exposée au froid.

Le 25 avril 1873, le troisième et le quatrième orteil du pied droit deviennent douloureux, violacés, surtout sous- l’influence de la chaleur. Le 30 mai, le quatrième offre un durillon au niveau de l’articulation phalango-phalangienne. Le troisième présente une érosion occupant toute sa face interne. Douleurs spontanées, continues, siégeant à l’extrémité des orteils ; la chaleur les augmente. Aussi le malade tient toujours son pied hors du lit. Souvent la douleur devient lancinante, s’irradie jusqu’à la hanche s’accompagnant de secousses musculaires.

Sensibilité partout conservée, exagérée au niveau des orteils malades.

Les ongles sont normaux. Le mollet gauche a 2 centimètres de plus de circonférence que le droit (le malade est gaucher).

Rien du côté de la moelle, ni des sens.

Juin. Ulcérations du troisième et quatrième orteil droit.

Nécrose de la partie antérieure de la phalangette.

Traînées de lymphangite, l’épanchement se fait dans la gaine de l’extenseur commun des orteils ; il se résorbe.

IIIe OBSERVATION (Communiquée par M. Duplay.)

Gelure du pied au premier degré. Mal perforant.'

Lefèvre Désiré, jardinier, 33 ans. Bonne santé habituelle. Pas de syphilis. Entre en 1877 dans le service de M. Duplay.

En 1870, gelure au premier degré des deux orteils. Plus tard, troubles nutritifs. Les ongles sont tombés cinq ou six fois ; ils poussent très-irrégulièrement.

H y a dix-huit mois, au niveau de la tête du premier métatarsien gauche,

où existait un durillon, s’est formée une perforation, donnant un liquide clair. Elle s’est fermée au bout de 6 mois. A ce moment, perforation semblable sous le gros orteil droit. Elle s’est fermée quelques semaines après l'entrée du malade à l’hôpital, sous l’influence du repos.

Actuellement :

Pied gauche. — Au niveau du premier métatarsien : cor dur. Autre cor au côté interne du gros orteil. Ongles jaunâtres, irréguliers, sillonnés transversalement; sensibilité obtuse autour des cors. Sensibilité à la chaleur conservée.

Pied droit. — Cor au côté interne du gros orteil, symétrique â celui du côté opposé. A son centre, fistule par laquelle le stylet arrive dans l’articulation, sans provoquer de douleurs. Zone d’insensibilité autour des durillons et même à la face dorsale de l’orteil et du pied. La sensibilité thermique est légèrement affaiblie à la face dorsale,

Pas de douleurs spontanées.

Sort guéri le 15 février, après douze jours de repos.

IV* OBSERVATION (Communiquée par M. Duplay.)

Gelure des pieds au deuxième degré, Mal perforant.

Riche Jean, 57 ans, carrier. Entré le 14 mars 1873 dans le service de M. Duplay, à l’hôpital Saint-Antoine.

Il a eu plusieurs fois des gelures au deuxième degré. En 1834, écrasement du pied, guérison en six semaines, mais le pied resta plat à la suite de cet accident.

Il entre pour oedème considérable de la jambe droite qui est rouge, peu douloureuse.

17 mars. Œdème persiste. Rougeur disparue.

Depuis trois mois, au centre de durillons anciens se sont formées des perforations qui mènent sur les surfaces osseuses dénudées des articulations métatarso-phalangiennes des deux gros orteils.

Çà et là, plaques cornées épaisses; l’épiderme fendillé tombe facilement. Les ongles sont cannelées, fendillés et poussent en haut.

Le coussinet graisseux de la racine des gros orteils a complètement disparu.

Le malade a souvent des crampes dans les mollets, mais jamais de douleurs fulgurantes. Dans les pieds, picotements et sensations fréquentes de

piqûres d’aiguille. 11 marche bien et ne titube pas quand il est debout les yeux fermés.

Sensibilité. Hyperesthésie générale.

Points très-limités d’anesthésie autour des perforations. Là, une épingle pénètre jusqu’à l’os, à travers les parties molles, sans déterminer de dou-

Les articulations du pied sont roides, sans être ankylosées. Le 2 mai. le malade sort très-amélioré . Ulcérations guéries par le repos et des cataplasmes.

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