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CHAPITRE IV

ÉTIOLOGIE

Certains êtres restent passifs en présence du froid; chez eux, ses effets dépendent uniquement de son intensité. Ainsi, c’est toujours à la même température qu’une plante se gèle, qu’une marmotte s’engourdit. Au contraire, l’homme et les animaux supérieurs luttent contre le refroidissement en faisant de la chaleur, mais la résistance varie pour chaque individu selon son état de santé et les ressources soit hygiéniques, soit morales dont il dispose. Elle n’est pasnon plus la même dans les diverses parties du corps ni dans les divers tissus. Il faut également tenir compte, pour comprendre les effets du froid, non-seulement de son degré, mais encore et surtout de sa manière d’être, de sa durée... On voit combien l’étiologie des gelures devient complexe, si l’on prend en juste considération les diverses conditions cosmiques et individuelles qui entrent en jeu.

§ I. Conditions extérieures. — L’abaissement de la température, le degré thermique a une importance bien moindre qu’on ne serait porté à le penser tout d’abord. Pourvus de fous les moyens de défense qu’on peut opposer au refroidissement, les navigateurs des mers polaires ont supporté, sans en souffrir, des froids très-intenses. En 1832, les compagnons de sir John Ross ont vécu, «s’y trouvant commodément », dans des huttes d’Esquimaux par une température de — 26° G au dedans et de — 34° au dehors.

En 1873, l’expédition anglaise au pôle Nord eut à supporter, pendant quinze jours, des températures variant de — 33° à — 00°. Par contre, on a vu se produire de véritables désastres avec des froids peu intenses, dans des armées mal nourries, surmenées, démoralisées : « En Crimée,

pendant l’hiver 1854-55, de nombreuses congélations ont commencé à se montrer alors que le thermomètre se maintenait encore à 4° au-dessus de 0°... Il n’y a donc eu rien d’excessif dans l’intensité du froid, et cependant les cas de congélation ont été aussi nombreux et aussi graves que pendant l’hiver 1855-56, où le thermomètre s’est toujours maintenu vers — 15° et a même descendu à diverses reprises jusqu’à — 22°. Cette singularité s’explique par la dilïérence des conditions dans lesquelles s’est trouvée l’armée française pendant le premier et le deuxième hiver. » (Valette.)

Le vent favorise le refroidissement, il met sans cesse en rapport avec les téguments de nouvelles couches d’air qui absorbent une grande quantité de calorique; il refroidit beaucoup aussi en produisant une rapide évaporation de la sueur. Fischer rapporte que, la température étant de — 46° par un temps calme, on ne souffrait pas plus du froid que quand l’air était à — 17° pendant une brise.

Le froid est plus vif quand l’air est pur, raréfié, ainsi que cela arrive sur les hauts plateaux où règne une agitation continuelle de l’air qui s’élève le long des flancs des montagnes. « Nous avions appris à redouter, dit le capitaine Ross, un ciel clair et brillant.» Larrey avait remarqué, pendant la retraite de Russie, que la plus grande mortalité avait lieu la nuit, au bivouac, par les temps clairs et sereins.

L’humidité de l’air est généralement regardée comme une cause de refroidissement; la vapeur d'eau pénètre les vêtements et soustrait au corps une grande quantité de chaleur; en revanche, par les temps humides, l’évaporation sudorale est amoindrie. D'après les expériences de W. Edwards, le refroidissement est à peu près aussi rapide dans l’air sec que dans l’air humide, le froid produit par la plus grande évaporation dans l’air sec étant balancé par celui qui résulte du contact de l’air humide. Toutefois, l’observation apprend que, à la longue, le froid humide amène une certaine débilitation et prédispose aux gelures. Ainsi, pendant la guerre de Crimée, l’humidité persistante de l’air et du sol détermina beaucoup de congélations, bien que la température restât au dessus de 0°. En 1836 et 1837, au siège de Conslantine, la macération des pieds dans les boues, même à la température de quelques degrés audessus de 0°, suffit pour produire des gelures sphacéliques humides.

Elles sont fréquentes chez les individus affaiblis qui gardent pendant de longs jours des vêtements mouillés. Legouest et Valette en ont observé un grand nombre au siège de Sébastopol ; souvent la gelure remontait jusqu'au-dessus des malléoles. On se les explique par le contact permanent de l’eau froide qui prend aux parties une grande quantité de calorique. A ce point de vue, Pettenkoffer (1) est arrivé à des résultats trèscurieux. D’après ses recherches, quand on entre dans une chambre chaude avec les pieds humides, l’évaporation se fait avec une extrême rapidité et l’eau, qui suffit à mouiller trois onces de la laine des bas, demande, pour sa vaporisation, la quantité de chaleur nécessaire pour liquéfier 3U0 grammes de glace. Le refroidissement est donc égal à celui qui résulterait de l’application sur la partie, jusqu’à fusion complète, de 300 grammes de neige pulvérulente. Or, on sait combien sont fréquentes les gelures chez les ouvriers qui recueillent en hiver la glace qui doit alimenter les glacières.

Mais la réfrigération est infiniment plus rapide encore dans la neige que dans l’eau. Pulvérulente, elle jouit d’un pouvoir rayonnant considérable; fondante, elle refroidit plus encôre. En effet, pour passer de l’état solide à l’état liquide, il lui faut une énorme quantité de chaleur qu’elle emprunte aux parties du corps qui sont en contact avec elle. Lors de la désastreuse expédition du Bou-Thaleb, la température baissa rapidement jusqu’à 4°, et au bout de deux jours, par suite d’une tourmente de neige, il se produisit un très-grand nombre de congélations (Shrimpton). On a observé, dans le rigoureux hiver 1879-80, un grand nombre de gelures des pieds et des mains chez les ouvriers occupés au déblayage de la neige et de la glace qui encombraient les rues de Paris.

On a vu des personnes vivre ensevelies dans la neige pendant plusieurs jours. Pii lies raconte qu’un forgeron, traversant les Pyrénées en 1703, tomba engourdi par le froid; il resta quatre jours enseveli dans la neige et ne se réveilla que le cinquième, la figure couverte d’un masque de glace. Transporté dans une habitation, il fut réchauffé trop rapidement, la gangrène envahit plusieurs membres et il finit par succomber. (Journ. de Roux, t. xxvii).

(1) Zeitschr. für biologie, 1, p. 180.

D’après Rceve, une femme, assaillie par un tourbillon de neige, y resta huit jours à six pieds de profondeur environ; au bout de ce temps, elle fut trouvée vivante et ayant conservé sa sensibilité ; la gangrène qui se déclara la fit mourir quelques semaines après.

Le Dr Tédenat, mon père, a soigné un vieillard de 70 ans qui resta enfoui dans la neige pendant 24 heures ; il en fut quitte pour des gelures sphacéliques de quelques orteils.

C’est grâce à la faible conductibilité de la neige que ces infortunés ont pu vivre; d’ailleurs, tout le monde le sait, les Groënlandais se construisent des huttes avec de la glace.

§ II. Conditions individuelles. — L’homme se défend contre le refroidissement : 1° en augmentant la production de calorique ; 2° en diminuant sa déperdition ; 3° en l’empruntant à des sources artificielles.

Une alimentation abondante et riche en principes gras et hydrocarbonés augmente la production de la chaleur animale et la résistance au froid. L’instinct pousse les peuples du Nord à absorber de grandes quantités d’huiles, de graisses, et Ross ne pouvait se lasser d'admirer la voracité des Esquimaux. Il faisait augmenter la ration de ses équipages à mesure qu’il pénétrait plus avant dans les régions glaciales.

Une nourriture insuffisante, mauvaise, de digestion difficile diminue la production de calorique, ainsi que cela résulte des expériences de Chossat; l’individu est dès lors désarmé contre les rigueurs du froid. Aussi l’inanition lente, le surmenage ont été pour une grande part dans le grand nombre de congélations observées en Crimée pendant le premier hiver; durant le second, le froid fut plus vif, mais l’alimentation était meilleure, les fatigues moindres; la prise de Sébastopol avait relevé le moral des troupes.

Les boissons alcooliques prises à doses modérées stimulent la circulation et sont d’un puissant secours dans la lutte contre le froid. Aussi s’explique-t-on le goût si prononcé qu’ont les peuples du Nord pour ces boissons. Mais l’abus suit facilement l’usage et dès lors le danger est imminent. Dans ces conditions, l’alcool ralentit la calorification et son influence devient fatale : « A Wilna, dit Larrey, le pillage des magasins avait mis une grande quantité de rhum et d’eau-de-vie à la discrétion

des soldats; la plupart eu firent un usage immodéré, ce qui multiplia la gangrène aux extrémités et causa même la mort de plusieurs d’entre eux». Pendant la guerre de Crimée, Valette et Legouest ont observé des faits semblables, et on lit dans la thèse de Morichcau-Beaupré (1) que, dans une fête donnée à Saint-Pétersbourg, sous le ministre Potemkin, par un fermier général des eaux-de-vie, 15 à 1800 personnes qui avaient abusé des boissons spiritueuses périrent de froid sur les places et au milieu des rues.

Comme tous les poisons stupéfiants, l’alcool pris à dose suffisante pour produire l’ivresse détermine un abaissement considérable de la température (Brown-Séquard) ; pendant son sommeil, l’ivrogne, réduit à l’état d’animal hibernant, reste sans défense contre les effets du froid.

Les mouvements de toute sorte s’opposent d’une façon très-efficace au refroidissement en favorisant la nutrition et la distribution de la chaleur centrale. Aussi Larrey les recommandait-il aux soldats de la Grande Armée. Mais si l’alimentation est insuffisante, la fatigue vient vite et avec elle un irrésistible besoin de sommeil. Or, en pareil cas, le sommeil, c’est la mort.

« Quiconque s’assied s’endort, disait Solander à ses compagnons, et quiconque s’endort ne se réveille plus. » Quelques instants après, il suppliait pour qu'on le laissât dormir.

La dépression morale , en ralentissant toutes les fonctions organiques, diminue la résistance au refroidissement. Un homme démoralisé saisi par le froid, s’arrête, s’assied et meurt; un homme énergique résiste jusqu’à ce qu’il ait épuisé toutes ses ressources physiques. Aussi Ross s’efforçait d’entretenir parmi son équipage la confiance et la gaieté.

11 est inutile d’insister sur l 'influence protectrice des vêtements et de l’habitation. Couverts de leurs chaudes fourrures, les Groënlandais affrontent les froids les plus rigoureux, alors que sous les murs de Conslantine et pendant la retraite du Bou-Thaleb, bien que la température fut aux environs de 0°, de nombreuses congélations se produisirent chez nos soldats insuffisamment vêtus. Aux pieds , la plus légère compression exercée par la chaussure détermine des gelures; Valette a vu

(1) Montpellier, 1817.

presque toujours les eschares se produire aux points qui étaient comprimés. A la retraite du Mans, le docteur Bertrand, après une longue étape dans la neige, trouva un abri dans une ferme. Craignant de ne pouvoir remettre ses chaussures, il passa la nuit sans se débotter. Sa botte gauche lui serrait le pied un peu plus que la droite, il eut une congélation du pied gauche, bornée à la peau, précisément au pied qui était le plus comprimé.

Les habitants des régions polaires s’oignent le corps de graisse, d’huile, diminuant ainsi l’évaporation cutanée et les échanges thermiques. En Sibérie, les soldats russes s’enveloppent les oreilles et le nez dans des papillottes de parchemin enduites de graisse d’oie et bravent les froids les plus rigoureux. Déjà Xénophon avait recommandé à son armée de se graisser les mains et le visage, afin de les soustraire aux effets du froid. « Dans une bataille près de Plaisance, dit Montaigne, Annibal avait fait distribuer de l’huile aux soldats, afin que s’oignant, ils rendissent leurs nerfs plus souples et dégourdis et encroustassent leurs pores contre les coups de l’air et du vent qui tirait lors. »

Toutes les constitutions n’offrent pas la même résistance au froid; Ross regardait comme peu aptes à le supporter les sujets lymphatiques, pâles, portés à la mélancolie. Il recherchait pour ses expéditions aux mers polaires des matelots vigoureux, doués d’un robuste appétit, et éprouvait leur sensibilité au froid en leur faisant poser un pied nu sur la glace. Ceux qui ne tremblaient ni ne pâlissaient étaient choisis par lui, les autres refusés (Martins).

Les femmes, les vieillards, les individus affaiblis par les privations, les maladies, les fatigues excessives, supportent mal le froid.

L’influence de l’âge a été étudiée expérimentalement par \Y. Edwards et Gavarret; les résultats qu’ils ont obtenus peuvent se résumer dans les propositions suivantes :

1° Les jeunes animaux se refroidissent plus rapidement que les adultes. Ainsi deux petits chats âgés d’un jour, dont la température était de 37°, furent exposés à l’air par une température de 10°. Au bout de deux heures et demie d’exposition, ils n’avaient plus que 17° et 18°. En les réchauffant artificiellement, on les empêchait de mourir malgré ce refroidissement énorme.

2° L’abaissement de la température est d’autant moins nuisible que les individus sont plus jeunes. Mais, tout compte fait, la résistance au froid est d’autant moindre que l’individu est plus jeune.

D'après Larrey et Martins, les peuples méridionaux supportent mieux le froid que les gens du nord. « Les Français, dit Larrey, pouvaient seuls se promener impunément dans les rues de Moscou par un froid rigoureux, tandis que les habitants pouvaient à peine résister couverts de pelisses. » ... « Nous avons vu, ajoute-t-il, les Hollandais du 3° régiment de grenadiers, composé de 1787 hommes, tant officiers que soldats, périr presque tous sans exception, car il n’en était rentré en France, deux ans après, que 41, tandis que les deux autres régiments composés d’hommes presque tous nés dans les provinces méridionales de la France ont conservé une assez grande partie de leurs soldats. » Pendant le siège de Sébastopol, les gelures furent très-rares chez les turcos. « il semblerait, dit Martins, que la provision de chaleur faite pendant de longues années ne s’épuise que lentement; de même que l’individu qui sort d’un appartement chauffé sent beaucoup moins le froid extérieur que celui qui est resté dans une chambre dont la température est peu différente de celle du dehors. »

§ III. Conditions locales. — Toutes les parties du corps n’offrent pas la même prise à l’action du froid. La température du sang va en diminuant à mesure qu’il s’éloigne du centre circulatoire, aussi les* extrémités, bien que tiès-riches en vaisseaux, sont normalement plus froides que les parties centrales. Ce qui favorise leur refroidissement, c’est leur faible masse, grâce à laquelle la quantité de chaleur est peu considérable; c’est aussi la grande surface qu’elles offrent aux échanges thermiques. En outre, les extrémités sont généralement mal protégées par les vêtements; les pieds en particulier sont en contact prolongé avec le sol froid et humide, qui leur prend une grande quantité de calorique.

Une maladie locale antérieure, traumatique ou spontanée, crée dans le membre où elle a siégé un locus minoris resistentiæ qui le prédispose aux manifestations diathésiques et diminue sa résistance à l’égard des causes extérieures.

Cette notion est tout particulièrement applicable aux gelures. Toute

partie du corps qui a été gelée supporte mal le froid et soulfre des moindres variations thermiques. Les effets du froid sont, toutes autres conditions égales, plus graves et de guérison plus lente, dans les membres où un traumatisme antérieur a créé un locus minoris resistentiue.

§ IV. Siège. — La plupart des gelures siègent aux extrémités, aux pieds, aux mains. Pendant la retraite de Russie, on observa de nombreuses congélations du nez et des oreilles. Valette dit n’en avoir jamais vu au nez pendant la guerre de Crimée, ce qui tient au peu d’intensité du froid. Chenu a dressé le tableau suivant des cas qui furent observés à l’armée d’Orient.

Pensionnés.

Guéris.

Motts.

Total

Congélations générales.

Bras

Mains

Jambes

Pieds

Mains et pieds

Diverses

Totaux

Shrimplon donne le tableau suivant des cas observés pendant l’expédilion du Bou-Thaleb (neige, temp. — 4°).

Pieds 325 Verge 3

Mains 0 Oreilles 6

Pieds et mains. . 14 Nez 1 Total 3G5

A. Paré a vu plusieurs gelures sphacéliques du pénis. Chenu et Cliarreyre en rapportent deux cas (2e degré). Gaujot (communie, orale) a vu une gelure déterminer chez un soldat la gangrène de la moitié antérieure de la verge.

M. Galezowski a étudié récemment les lésions oculaires produites par le froid : La cornée n’ayant pas de vaisseaux emprunte sa chaleur au sang qui afflue dans la choroïde, l’iris et la conjonctive. Son refroidissement peut devenir très-rapide, par suite de l’évaporation qui se

fait à sa surface. Ou la voit sc nécroser, s’ulcérer rapidement à sa partie centrale, comme dans les brûlures (1).

§ V. Gelures chez les blessés. — M. le professeur Gayct (de Lyon) (2) a remarqué pendant la guerre de 1870 que, sur un grand nombre de

[blessés restés, plusieurs heures après la bataille, exposés à un froid rigoureux, le membre sain était gelé, tandis que le membre blessé ne l’était pas. Dans la plupart des cas, ainsi que l’a observé avec lui M. Morat, la gelure était plus marquée du côté sain. Les malades n’ont pas été suivis, et l’on ne peut savoir quelle influence la froidure a eue sur le traumatisme.

Ce fait peut-il s’expliquer en admettant que, grâce à la dilatation vasculaire et à l’augmentation de chaleur dans la partie blessée, celle-ci a mieux été défendue contre l’action du froid? Nous avons essayé de constater ce fait de la façon suivante : Une injection de 1 gramme d’une solution de nitrate à 1/100 est faite dans la patte postérieure droite d’un lapin, puis au bout dé quelques heures, quand l’inllammation commence à se manifester, les deux pattes sont plongées dans le même mélange réfrigérant. Les résultats que nous avons obtenus laissent beaucoup à désirer, nos expériences n’ayant été qu’au nombre de trois; les i voici :

Expérience I. Lapin. — Patte postérieure droite. Injection de 1 gramme solution nitrate d’argent 1/100. Cinq heures après, la patte est douloureuse et tuméfiée tout autour de la piqûre. Les deux membres sont mis dans un mélange de glace et sel marin. Au bout d'une heure, la droite a peu changé d’aspect et est douloureuse, la gauche a la dureté du bois. Une heure après, une incision profonde est pratiquée de chaque côté, un peu au-dessous de l’iDjection. A gauche, il coule très-peu de sang ; à droite, il en coule beaucoup plus. La réfrigération est continuée pendant une heure encore; puis le lapin est mis en liberté. Deux heures après, hémorrhagie abondante par la plaie de la patte droite. Elle est arrêtée par une ligature circulaire faite au-dessus. Pas d’hémorrhagie du côté gauche. L’animal meurt dans la nuit, probablement à la suite de la perte de sang. L’autopsie n’a pas été faite, mais il semble que l'inflammation causée par l^njection caustique a retardé l’action du froid sur les vaisseaux de la patte droite.

(1) Galezowski, journal les Mondes , 13 mai 1880.

(2) Communication écrite.

— eo —

Expérience II. Même disposition. — Les deux membres postérieurs sont laissés pendant quatre heures dans lo mélange réfrigérant. Gangrène sèche du côté sain. Gangrène humide du côté injecté. Embolies pulmonaires (mort survenue le 4° jour).

Expérience III (Laboratoire de M. Tripier). Lapin. — 15 mai. Injection caustique dans la patte droite.

16 mai. Patte droite tuméfiée, œdémateuse, douloureuse à la pression. Les deux membres postérieurs sont mis dans le mélange réfrigérant (glace et chlorure de calcium), où ils restent de 9 heures à 11 heures 10. A ce moment, la patte droite, rouge, dure, est beaucoup plus volumineuse que la gauche. Toutes les deux sont froides.

17 mai. La patte droite est beaucoup plus tuméfiée que la gauche.

18 mai. La patte gauche paraît plus malade que la droite. La peau, violacée, est collée sur le squelette. L’œdème a diminué du côté droit.

19 mai. L'animal meurt dans la nuit.

Suffusion sanguine très-étendue des deux côtés, plus prononcée du côté qui n’a pas reçu d’injection.

La peau est épaissie, l'épiderme macéré. Les muscles présentent une teinte ecchymotique. Les nerfs ont une coloration rougeâtre à peu près également des deux côtés. Les veines sont remplies de sang, quelques caillots dans les petits vaisseaux.

Le froid intense exerce une action défavorable sur la marche des traumatismes : « Sur les plaies, il agit pour en retarder la réparation et provoquer des fusées purulentes; sur les inflammations, il active la suppuration, les rechutes des fusées purulentes; sur les cicatrices, il cause des ulcérations, de la gangrène avec tout son cortège ; sur les plaies d’amputations, il cause les périostites diffuses, la gangrène et la septicémie. Enfin, si l’on voulait généraliser, on pourrait dire que le froid vif cause une gelure des plaies qui est caractérisée par une tendance à la gangrène avec toutes ses conséquences (1). »

(1) Dusprés, Gazette des hôpitaux, 1880, p. 110.

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