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A la Comédie-Française : Le centenaire de Molière

Le 17 février on avait déjà joué à ce théâtre V Assemblée, avec l'Apothéose de Molière, ballet héroïque de l'abbé De Schosne.

Van Hecke, de l'Académie royale de musique, a inventé depuis peu une guitare4 qui présente à-peu-près la forme d'un luth, a le dos de l'épaisseur de la guitare ordinaire, avec cette différence, qu'il est convexe^ et n'admet point de côtés touchants capables de blesser la poitrine. 12 cordes qui font en tout trois octaves et demie, composent cet instrument.

On en trouve la description complète dans le Journal encyclopédique Am mois de février 1773.

Van Hecke appartient probablement à la Belgique.

Cet artiste publia une méthode de violon, à Paris, chez Frère.

Dans sa livraison de février, le Mercure de France a inséré une lettre du chevalier Gluck sur la musique.

Il y a question de son opéra Iphygénie, et de la lettre publiée jadis dans cette revue et adressée à un des Directeurs de l'Opéra, dont nous avons parlé précédemment.

Il finit ainsi sa correspondance :

« L'étude que j ai faite des ouvrages de Rousseau, sur la musique, la lettre entr'autres dans laquelle il fait lanalyse du monologue d'Armidey de Lully, prouvent la sublimeté de ses connoissances et la sûreté de son goût, et m'ont pénétré d'admiration. Il m'en est demeuré la persuasion intime que s'il avoit voulu donner son application à l'exercite de son art, il auroit pu réaliser les effets prodigieux que l'antiquité attribue à la musique. Je suis charmé de trouver ici l'occasion de lui rendre publiquement le tribut d'éloges que je crois qu'il mérite. » Chevalier Gluck.

22 février. A l'Opéra : Eglé, ballet héroïque, de Laujon et De la Garde, puis les Amours de Ragonde, comédie-ballet en 3 actes, de Nericault Destouches et Mourel.

Artistes : M"** Larrivée, Duplant, Dervieux, Rosalie, Davantois, Chàteauneuf, MM. Durand, Thirot, Beauvalet.

M"** Asselin, Julie, Compain, MM. Malter et Despréaux, exécutent les danses avec beaucoup de gaité et de talent.

On avait donné en 1782 à l'Opéra : E^lé, pastorale en 1 acte, de Blavet.

Au Théâtre-Français : Alcidonis, ou la Journée Lacédemonienne.

On a fait environ 7000 livres de dépenses pour cette pièce, mais cette pantomime montée avec grand luxe, a paru monotone.

La musique de .... d'ailleurs est très médiocre, et pour surcroît de dégoût la vieille Gautier (aujourd'hui M"® Drouin) a chanté deux airs détestables, au défaut de M'"« Bellecour, qui a prétexté adroitement une incommodité. La voix chevrotante de celte carcasse a beaucoup fait rire la parterre, mais n'a fait qu'assurer la prescription générale de la pièce.

On a donné cette pièce quatre fois, et lorsqu'on vint l'annoncerpour la seconde fois, un plaisant du parterre s'écria laconiquement non y et tout le monde en chorus répéta non, (Chronique du temps.)

Saligni débute aux Italiens dans Isabelle etGertrude, la Fée Urgèle, et dans Rose et Colas,

Il a du talent et de l'usage du théâtre, mais un organe faible et ingrat.

4 mars. Aux Italiens : Le Magnifique, en 3 actes, de Sedaine et Grélry. A Versailles, devant la cour, le 26 mars suivant.

Il y a une scène où le Magnifique triomphe de son rival. Ce moment est enchanteur, et il fait beaucoup d'honneur à Tactrice M"* Laruette et au musicien ; c'est à ce morceau que le drame devra tout son succès.

A l'égard du musicien, l'avoir nommé, c'est avoir fait son éloge : si le public français était généralement musicien, la scène de la rose ne serait pas trop longue ; mais elle l'est pour le grand nombre de nos ignorans en ce genre. {Journal encyclopédique,)

Artistes : M™* Laruette, MM. Clairval, Berard et Trial.

Le sujet est tiré d'un conte de La Fontaine.

Il y a une belle ouverture, dans laquelle Grétry a introduit l'air de : Vive Henri IV.

Nous lisons dans une revue du temps :

« La musique est excellente ; elle soutient et augmente la réputation de Grétry, génie fécond qui se plie à tous les genres,» et qui sait donner avec tant de succès un langage intelligible à son chant, et des formes gracieuses et pittoresques à sa composition. Le Magnifique et Clémentine sont joués et chantés par Clairval et par M"« Laruette, avec un art, un sentiment et un jeu admirables.

» On ne peut reprocher au musicien qu'une trop grande profusion de richesses harmoniques; elle devient fatigante pour Tauditeur; d'ailleurs il n'y a pas assez de variété. Il y a dans l'ouverture une marche de captifs où il y a beaucoup d'art, de goût et de symphonie; c'est un coup de tambour qui donne le signal; il a paru une innovation heureuse.

» Le Magnifique, en 3 actes, de Sedaine et Grétry, se termine par un divertissement, c'est aussi un des meilleurs ouvrages de Grétry. De dix-sept morceaux de musique deux ou trois sont peut-être un peu faibles, mais presque tous méritent d'être cités, chacun dans leur genre, comme des morceaux de distinction. »

On a annoncé depuis longtemps le Magiiifique, de Grétry, et on s'y est porté en foule.

Poème, Paris, Hérissant.

On représenta pendant l'hiver chez la comtesse Du Barry, à la belle

fête qu'elle a donnée à Versailles, daos son pavillon de l'Avenue, Endymion^ ballet de Vestris.

C'est un assemblage de divers morceaux de symphonies les plus agréables et les mieux choisies de quantité d'opéras; il offre un tableau très pittoresque des amours de Diane avec le berger, et mérite un détail particulier.

Les airs de danse et de symphonie y sont on ne peut mieux adaptés, Us sont très variés et contribuent à augmenter les sensations vives et voluptueuses qu'excite, la danse.

Les principaux coryphées sont M. Vestris, H^^"" Guimard et le petit Vestris. On eut désiré voir M"® Heinel dans le rôle de Diane (W^'' Gui-' mard), mais elle était en Angleterre.

8 mars. A l'Opéra-Comique : Sara, ou la Fermière écossaise, m i actes, de Collet de Messine et Vacbon. Partition, Paris, Houbaut.

La musique, sans être extrêmement forte d'harmonie, a fait plaisir. On y a trouvé peu de mélodie, et on reproche au compositeur d^avoir négligé la partie des basses. (Chtvnique du temps.)

Artistes : M^^^ Moulinghem, Trial, Beaupré, Bussjère, MM. Clairval, Nainville, Laruette, Trial.

Grand succès pour Pierre Vachon.

La musique est en général agréable et d'un chant naturel et facile.

Poème, Paris, Durand, Dufresnoy.

Vachon naquit en 1731 à Arles. En 1751 il se fixa à Paris. Son début comme violoniste eut lieu en 1758 au concert spirituel.

Il avait un talent particulier pour l'exécution de la musique classique. Après un concerto joué devant le roi à Berlin en 1784, ce monarque le nomma maître des concerts de la cour.

En 1798, il obtint sa pension, et décéda à Berlin, en 1803.

On lui doit : Hippomène et AUalante (1769), Renaud d'Ast (1765), le Meunier (1765), Esope et Cythère, avec Trial (1766), et les Femmes elle secret (il61).

17 mars. A TOpéra : Endymion, ballet en 1 acte, de Gaétan Vestris.

Même jour, à TOpéra: Daphnis etAlcimadure,(i) paroles et musique de Mondonville, opéra chanté par M»^«* Duplant, Larrivée, MM.Legros et Larrivée.

Le ballet en est très agréable.

Ce spectacle est terminé par Endymion,

(i) Cet opéra fut joué en 1754.

Vestris fils, âgé de 12 ans, y représente Tamour, et met dans sa danse tant de force, de noblesse et de précision, que le spectateur est aussi étonné qu'enchanté de son talent. M"« Guimard représente parfaitement Diane.

Nous lisons dans une lettre sur les spectacles :

« Nous glisserons aussi légèrement sur TOpéra, où nous ne trouvons d'époque intéressante que celle du ballet à! Endymion^ donné à la suite de Daphnis et Alcimadure, pastorale remise pour la capitation des acteurs.

f» Il est de la composition de Vestris, et avoit été d'abord exécuté chez M"*® la comtesse du Barry, le jour de la superbe fête qu'elle a donnée cet hiver à Versailles, dans son Pavillon de l'Avenue.

♦> C'est un assemblage de divers morceaux de symphonie des plus agréables.

» Comme les' Directeurs de l'Opéra foisaient difficulté de faire exécuter ce ballet, M. Vestris a eu recours à elle, et pour mettre ces Messieurs dans l'impossibilité de s'y refuser, Ta engagée a le demander comme si elle vouloit le revoir.

» En conséquence, par une magnificence digne d'elle. M™® Du Barry avoit fait louer deux loges : ce qui avoit redoublé la curiosité publique, mais elle n'est pas venue à l'Opéra.

„ j^iie Guimard représentoit Diane, et le petit Vestris, jouoit le rôle de l'amour.

» Tout le monde a été émerveillé du joli Cupidon; il n'avoit pas paru depuis un an : il a toute la malice, toute la hardiesse, tout l'impérieux de son rôle, et le soutient avec des applaudissemens universels.

p On eut désiré voir M*^® Heinel dans le rôle de Diane ; malheureusement elle étoit en Angleterre. »

25 mars. 1'^ Concert spirituel sous la direction des nouveaux directeurs Gaviniés, Gossec et Leduc. Symphonie à grand orchestre de Toeschi. Motet chanté par Olivini, musicien de la chapelle du roi. Concerto de flûte par Rault. Motet à 2 voix de Bach, chanté par M"« Billioni et Richer.

M"® Larrivée chanta un motet nouveau.

Jarnowick, le violon le plus fini, le plus gracieux et le plus brillant, transporta le public dans plusieurs œuvres importantes.

Le concert finit par un motet de Mathieu, maître de musique de la chapelle du roi.

9 avril. Exécution au concert spirituel de la célèbre Messe des morts, de Gossec, et du Stabat, de Pergolèse. Grand succès.

Pour le chant, tous les premiers artistes s'y font entendre.

Gossec, Gaviniés et Leduc dirigent l'orchestre, qui est composé de 60 musiciens.

C'est la première année qu'on y introduit la clarinette, jouée par Klein et Reiffer.

Feret remplace Levasseur comme maître de chant à l'Opéra, et Panant devient premier maître de musique.

Vestris est compositeur et maître de ballets.

Le public des Italiens se mêle au chant des artistes de ce théâtre.

Nous lisons dans une revue du temps :

« On a donné aux Italiens quelques représentations de Julie^ opéra en 3 actes, de Monvel et Dezède, joué en 1772, et le premier début de ce compositeur.

» Cet opéra a été entendu avec un nouveau plaisir. Le public y rit et y chante même des airs naïfs et très piquants. »

C'est probablement la première fois que le public mêla sa voix aux acteurs, et le fait est assez marquant pour le relever ici.

J. P. Guignon abdiqua le titre de roi des violons et des ménétriers, dont il avait obtenu le brevet le 19 juin 1741.

Un arrêt de la grande Chambre du parlement, daté du 30 mai 1750 mit fin à des contestations concernant les ménétriers et le roi des violons. J. P. Guignon, alors roi des violons, conserva cependant sa place jusqu'en février 1773, et un autre arrêt du mois de mars de cette année, supprima à jamais l'ofiice du roi des violons et des ménétriers.

Le 31 mars 1773, Louis XIV accepta la démission de J. P. Guignon.

On trouve dans l'opuscule de M. Doriac, La corporation des Ménétriers, page 86, l'acte ofliciei de cette démission.

Guignon reçut une pension de 1,000 livres, plus il conserva 780 livres de gages comme l'un des 24 violons du roi, et 900 livres en quahté de serpent de la chapelle.

Ce musicien extraordinaire né à Turin en 1702, décéda à Versailles.

Concerts spirituels.

Il y aune nouvelle activité pendant cette période, et le choix des compositions fait l'objet d'une étude spéciale de la part des directeurs, trois artistes d'un talent universellement reconnu.

Notre compatriote Gossec trouve occasion de faire connaître ses œuvres lyriques, qui sont très appréciées par les amateurs.

Sa messe de Requiem, un chef-d'œuvre, y fit sensation. On y remarque surtout une instrumentation ri^he et nourrie.

Au concert du 10 avril, l'abbé Borel chante un motet de l'abbé (iiroust, et M"'® Larrivée un motet de Mereaux. Laurent, musicien inconnu, se fit entendre dans un concerto d« violon.

Les concerts ont été très suivis pendant la Semaine-Sainte. On a beaucoup applaudi les œuvres de Pergolèse, le premier des musiciens pour l'expression du sentiment, de Philidor, le savant harmoniste, et de Gossec, qui a l'art du dessin et de la distribution de ses morceaux de chant et d'harmonie.

2Q mai. Grande symphonie. Motet de Giroust, par M'^^Avolio. Sonate de violoncelle, par Janson,le jeune. Motet à 3 voix de Mereàux, par M'"® Larrivée, MM. Legros et Borel. Symphonie concertante, par Cambini et Imbault. Air italien, chanté par Nihoul. Concerto de violon, exécuté par Phelipeau. (i) Te Deum, de Philidor.

Ce concert a fait plaisir, aussi bien par les compositions que par les solistes.

Le public applaudit aux efforts de la direction. Une symphonie concertante de Davaux, amateur, (jouée parCapron et Guénin), réunit tous les avantages, et elle flatte les oreilles savantes et celles qui ne le sont pas. M^^Biglioni fait applaudir la légèreté de sa voix. Platel chante dans les motets, et avec Legros se fait entendre dans un motet de Gossec, et y recueille beaucoup d'applaudissements.

On chante encore : Eiipe me, motet de Mathieu, musicien de la musique de la chapelle du roi. Traversa joue un concerto de violon, et au concert du Lundi saint, on exécute le Dies irœ, de Gossec, et ce motet a soutenu la réputation qu'il s'était acquise lorsqu'on l'entendit dans l'église des Feuillants. La musique est pleine de simplicité, de noblesse et d'expression. Le public a paru distinguer principalement le chœur : Mors stupebit et natura, (Chronique du temps.)

(i) Violoniste inconnu.

Mardi saint. Symphonie de Diton, d'un bel effet Motet dlsa, par M"* Duval. On a fort applaudi la beauté de son organe. Concerto de cor, exécuté par J. Lâcher, musicien du Duc des Deux-Ponts. Venite, motet à grand chœur de Davesne. Legros chante le solo de la façon la plus finie. Concerto de violon, par Jarnowick. Seconde partie de la messe des morts de Gossec. M"* Charpentier, MM. Richer, Legros et Platel, partagent avec l'auteur les justes applaudissements du public.

Le Mercredi saint on exécute une symphonie de Toeschi et d'Haydn, toutes deux extrêmement applaudies. Rault exécuta un adagio, dans celle d'Haydn, qui ravit le public. Personne n'a jamais tiré de la flûte des sons plus intéressants et avec ce style excellent.

On y exécuta de plus des œuvres de Philidor, savant harmoniste et qui emploie avec un égal succès la mélodie, de Gossec, qui a l'art du dessin, et de distribution de ses morceaux de chant. (Chronique du temps,)

Le Journal encyclopédique^ dans sa livraison du mois de mars, donne une notice biographique sur Rameau et sur l'organiste Daquin.

On a encore l'usage de complimenter aux Italiens le public à l'ouverture des théâtres après Pâques. Carlin, arlequin, fit le compliment avec des couplets en vers, convenables aux circonstances, récités et chantés par M"® Laruette, MM. Clairval, Trial, Nainville et Suin.

Carlin a chanté avec le comique qui lui est naturel.

M"** Moulinghem et Colombe, ont fait le compliment d'ouverture par une scène dialoguée et mêlée de couplets de la composition d'Anseaume, auteur du compliment de clôture.

Ribadeau, résidant à Angoulême, invente une nouvelle flûte pour le tambourin,dont on trouve la description dans le Mercure de France du mois de mai.

M"*" Rosalie, (i) dont on a souvent eu occasion de célébrer le zèle, le talent, le bel organe et le goût dans le chant et dans le jeu, a chanté à la satisfaction générale le rôle d'Alcimadure dans Daphnis et Alcimadure. Elle a été bien secondée par Tirot et Durand.

9 mai. Début aux Italiens de Massi,dans l'emploi des basses-tailles.

Il ne réussit point.

H mai. A l'Opéra : Les Mélanges lyriques, ballet Alsmène et de Zélindor, de Rebel et Francœur.

fi) M'i« Levasseiir (Rosalie).

La pastorale Alsmène, avec sa musique délicieuse, fera toujours plaisir aux oreilles délicales et aux cœurs sensibles.

14 juin. Aux Italiens : L'erreur (fun moment ou la suite de Julie, en 1 acte, de Monvel et Dezède. Poenie, Paris, veuve DuchCvsne.

Artistes : M"''^ Trial, Billioni, Moulingliem, MM. Julien, Clairval et Trial.

Le 25 septembre 1772 les mêmes auteurs donnèrent aux Italiens : Julie, en 3 actes.

C'est une pièce pleine d'intérêt ^'t peut-èlre de trop d'esprit. L'ouvrage a eu le plus fçrand succès de la part de l'auteur et du musicien. M"'« Trial et Clairval se sont singulièrement distingués dans cette pièce.

Le musicien s'est parfaitement conformé au poëme. La jnusique en est agréable, légère et assortie au genre, et en même temps facile.

M'"*" Trial et Billioni ont, par la grâce de leur jeu et les attraits de leur organe enchanteur, provoqué d'unanimes applaudissements.

16 juin. Le Dauphin et la Dauphine assistent à une représentation à l'Opéra. A l'arrivée du couple auguste, les battements du parterre et des loges avaient commencé, et n'ont cessé qu'au premier coup d'archet du chef-d'orchestre. Il est d'étiquette de ne point applaudir au spectacle de la cour, cependant le parterre, peu au fait de la règle, a voulu se livrer à ses transports, mais des murmures sourds des gardes ont contenu son admiration. M"*' Ileinel (retournée de Londres), ayant paru, la Dauphine ayant invité une des Dames d'honneur d'applaudir, le public a regardé ce geste comme une permission de le suivre, et cette habile danseuse a été la seule qui reçut des marques de la satisfaction générale.

On donnait Théonis et Zélindor, de Veslris et Gardcl, deux célébrités de l'art chorégraphique, qui y prêtaient leurconcou/s.

On avait enrichi les deux actes de plusieurs sortes d'ariettes charmantes, mais connues, pour donner lieu aux coryphées du chant de déployer leurs talents; les directeurs ont également diversifié les ballets par des danses nouvelles et clvoisies.

M*'« Heinel a eu l'avantage de recommencer ses talents devant ces augustes personnages Elle était brouillée avec Vestris, et cette circonstance a été l'objet de racommodement; ils ont exécuté ensemble la chacone de Berton. (Chronique du temps).

La célèbre ballerine a été fortement acclamée.

Il yavait iino^naiuk»aflIuence àee spectacle désertdepuis longtemps.

ii) juin. Le Uauphin et la Dauphine assistent au spectacle des Italiens. On donnait Arlequin et Scapin Rivaux, puis le Déserteur,

On a bissé le morceau, où il est a question des acclamations de Tarmée et le Vive le roi a été bissé. Le parterre chanta en chorus le Vive le roi, que M""*-' de la Vrillière a entonné.

Clairval, rôle de Mont-au-Ciel, a jette son bonnet en Tair en criant à son tour : Vive le roi, et le publie se mit de nouveau à chanter ce couplet. On le chante avec chœur.

Ne perdons jamais la trace De ces moments enchanteurs.

Ce jour est un jour de grâce ; Qu'il sera cher à nos cœurs ; Vive le roi, etc.

Ils sont d'Anseaume.

Caillot a reparu sur la scène en laveur de la circonstance et comme acteur de la cour. Ayant une pension particulière, il fut obligé de jouer à la cour chaque fois qu'il est requis, mais on a trouvé sa voix extrêmement affaiblie.

La musique a beaucoup de chants agréables; et plusieurs grands airs sont d'une excellente facture dans le Déserteur,

On a revu avec plaisir à ce théâtre les deux Avares, de Grétr>% opéra joué en 1770. Ce drame a beaucoup gagné par les changements heureux de Falbaire et par la musique neuve ei expressive deGrétry. Il a augmenté la partition d'environ trente planches de gravure. Ce choix complète la musique si délicieuse, si originale, si pantomime de cette composition.

On a encore bien reçu à ce théâtre Toinon et Toinette, de Gossec, et Raton et Rosette.

19 juin. On remet aux Italiens : Acajou, de Favart, sans aucun changement et sans le secours d*aucune musique nouvelle, et qui malgré la révolution faite sur nos oreilles par la musique de nos intermèdes, a été reçu avec grand plaisir.

M'"*' Billioni est à merveille dans Acajou (rôle d'Acajou) et elle s'y distingue tant par un jeu charmant que par une voix franche, agréable, flûtée, onctueuse et pleine de sentiment.

4 juillet. A rOpéra. Début de M"^ Duval, qui joint aux agréments de la figure, le charme d'une belle voix. (Acte de Théonis.)

On a loué la justesse de ses intonations, la fraîcheur et la rondeur de sa voix, et l'éclat et la beauté de ses cadences.

La Société des amateurs, établie depuis peu dans la ville des Deux- Ponts, animée au désir de contribuer « aux progrès de l'art agréable que fait Tobjet de leur association, a formé le projet de rendre publique une grande quantité de musique excellente qui n'a jamais été gravée. On publiera des compositions de tous les pays.

Prix : 30 livres. Paris, Lacombe.

On trouve quelques détails dans le Mercure de France,

16 juillet. A l'Opéra : Fragments héroïques, ballet en plusieurs parties, de Cardonne.

Artistes : M""^* Beaumesnil, Larrivée, M. Legros.

La musique faite honneur à M. Cardonne ; mais le poème a paru froid et sans intérêt dans l'acte A'Ovide et Julie.

L'acte de feu est de Destouches.

Artistes : M™*' Duplant, Laguerre et M. Larrivée.

La musique de cet acte a été retouché par Berton, un des directeurs. Il est facile de distinguer son travail au charme de sa mélodie, et par les grands traits d'une harmonie tantôt douce et moelleuse, tantôt fière et imposante.

Les ballets sont de Vestris, qui lui-même y danse avec M'^® Guimard.

L'acte des Sauvages est de Rameau. Il est chanté par M"® Rosalie, MM. Tirot, Durand etGelin.

La musique de cet acte, pleine de force, d'harmonie et de caractère, fera toujours le plaisir des amateurs.

Les ballets sont de Gardel.

20 juiHet. A l'Opéra : l'acte d'Apollon et Coronis, qui fut bien reçu. La musique est de Mouret. Elle est douce, gaie et pleine de sentiment, mais l'exécution en est médiocre.

Les directeurs de l'Opéra ont refusé la pièce de Floquet : U Union de r Amour et des Arts. Elle sera jouée par ordre supérieur.

A M^^ Trial, jouant le rôle de Zirphile de Zélindor, de Rehel et Francosur.

Que ne rajeuniraient pas Tes talens, belle Zirphile,

Que ne rajeuniroient pus Tes accens et tes appas?

Charmer les goûts délicats.

En tout geiiPo t est facile ; Avec gloire sur tes pas Marche encore le vaudeuillc.

GUÉRIN DE FllÉMICOUKT.

A 3/'"*^ Billioni, jouant le rôle d'Acajou.

Votre talent, votre art se plie, A tous les plaisirs de Tlialie ; Tendie Acajou, j'aime à vous voir.

Beau garçon et Nymphe jolie.

Tour-à-tour, charmer notre espoir ; Et donner douce jalousie Sans le savoir.

Le Journal encyclopédique publia en juillet une notice sur le chevalier Jean-Nicolas Servandoni, né à Florence, et qui fut chargé des décors de Topera d'Ono/j, en 8 actes, de Lacoste, représenté le 17 février 1728, et qui obtint tant de succès.

Pendant dix-huit ans environ, il eut la direction de TOpéra pour la partie des décorations.

Le roi lui permit de donner à la salle des machines des Tuileries des s^yectaclcs à son profit pour former des élèves. Cet artiste célèbre, architecte et décorateur du roi de Pologne, décéda à Paris, le 19 janvier 1766.

F^Opéra a substitué à l'acte dVvide et Julie, eic.,\e ballet des Amours des Dieux, de Mouret.

Le rôle d'Apollon est chanté avec goût et talent par Legros, et celui de Coronis est parlailemenl rendu par M"* Rosalie.

Lagier (ou Legier), qui parut en 1771, a de nouveau débuté à TOpéra dans le rôle de Valère de l'acte du Feu et dans Tacle des Sauvages.

Cette acteur aune voix magnifique de basse-taille.

Sa voix est pleine, sonore et d'un timbre agréable; ses cadences sont franches et sa prononciation est nette.

' M"'® Billion! et M. Trial jouent avec beaucoup d'intelligence dans

Acajou. Cette pièce attire beaucoup du monde, et le public acclame fortement et la pièce et l'auteur.

Voici une lettre contenant des détails sur la mauvaise situation des théâtres en 1773 :

« Les spectacles en effet languissant depuis Pâques, avoient besoin de la présence des personnages augustes (le Dauphin et la Dauphine) pour y attirer la foule et les réchauffer un peu. L'Opéra surtout tombe dans un état de dépérissement qui effraye ses partisans les plus zélés. Les Directeurs, voyant le peu dé succès de Daphnis et Alcimadure, .ont pris le parti de retirer ce ballet, et d'y substituer les actes d'Ismêne et Zélindor, de Rebel et Francœur, remis le 11 mai sous le titre de : Mélanges lyriques.

„ ^iie A.llard, danseuse, y a reparu pour la première fois depuis ses couches, et a produit une sensation prodigieuse.

» On a repris Platée, de Rameau, et la pastorale de Théonis, de Berton et Trial.

» Malgré la gaîté du premier, soutenue d'une excellente musique, et les ballets du second, la foule n'est pas revenue ; les directeurs sont désolés, et ne savent plus de quelle ressource user.

>» Les nouveautés des Italiens n'ont pas plus de succès que celles de l'Opéra, et le public, blasé sur ce genre, bâille actuellement aux chef-d'œuvres des plus grands maîtres.

n Miss Sara et VErreur d'un moment >, ne pouvoient donc produire une sensation bien vive.

w On a trouvé dans Sara plus de mélodie que d'harmonie ; on reproche surtout à l'auteur Vachon d'avoir négligé les basses.

* Aux applaudissements se sont tournés quelquefois des sifflets : le dénouement, comme dans le conte (le sujet est tiré du conte de M. De Saint-Lambert), et sans aucune adresse, a révolté le parterre, en sorte que cette pièce n'a pu aller loin, et malgré une refonte faite pour la seconde représentation.

« Les D"*'® Trial et Beaupré faisoient les deux principaux rôles ; elles ont chanté avec goût, intelligence et sentiment ; elles ont été fort bien accueillies, ainsi que le sieur Clairval.

» L'Erreur d'un moment^ de Dezèdes, eut le premier jour un succès prodigieux; depuis longtemps on n'en avoitvu un pareil à ce spectacle. On a réclamé les auteurs, mais le musicien n'a pas paru.

•* Malhoureuscmcnt Tivressc du public ne s est pas soutenue, car cet opéra n'a eu que dix représentations.

» Le musicien s est parfaitement conformé au poëte; la musique est agréable, légère et assortie au genre ; elle est facile, et aura lavantuge d être mieux retenue que tous les grands airs de nos modernes compositeurs.

« On a fait le quatrain suivant sur cette pièce :

Monrei, las do nous faire rire, Est tombé dans le larmoyant.

Fasse le ciel que ce délire Ne soit que V Erreur d'un moment. •»

29 aoûl. Début aux Italiens de Félix Gaillard (dans les rôles d'amoureux) dans (hi ne s'avise jamais de tout (Dorval), Rose et Colas (Colas,) Tom-Jones (Jones), le Tableau parlant [Pievroi), etc.

Il a une haute-contre agréable, il est bon musicien et chante avec goût et facilité. Il a chanté avec succès à Bordeaux et à Nantes.

Il épousa la fille de Mattuici (Collalto), Catherine-Marie, qui débuta aux Italiens le 26 avril 1774, dans Pantalon rajeuni, comédie-parade de son père, connu au théâtre sous le nom de Collalto.

Elle quitta en 1780, alors qu'on renvoya tous les artistes.

On remit aux Italiens : Zémire et Azor.

L'on a entendu avec sensibilité et avec ravissement la musique si expressive, si affectueuse, si délicieuse de Grétry, qui dans cette pièce comme dans toutes ses autres, unit tant de génie, de vérité et de sentiment.

7 septembre. A l'Opéra : L'Union de rAmour et des Arts, ballet héroïque en 3 entrées, de Lemonnier et Floquet.

Floquet avait travaillé de longues années à son ballet.

Etienne-Joseph Floquet, le premier artiste appelé sur la scène de V Opéra, ^n 1773.

Les directeurs de l'Opéra ont refusé la pièce et c'est par ordre de la Dauphine que le ballet fut mis à l'étude.

Nous lisons dans une ancienne revue au sujet de ce ballet : « Méprisé, honni par leurs suppôts et donne" simplement comme

un remplissage, ce ballet a eu la vogue depuis plus de trois mois à ce théâtre abandonné.

» On le jouait encore en décembre, et dès le premier jour, le ballet a été donné avec un succès extraordinaire.

» L'enthousiasme du public ^a été porté au point que, pendant le spectacle, on a obligé l'orchestre de s'arrêter pour donner cours aux applaudissements et aux cris tumultueux avec lesquds on demandait l'auteur. Les acteurs ont amené Floquet par un coin de théâtre, et il a joui d'un honneur que n'a jamais eu Rameau. Il est le premier qui ait été appelé ainsi sur la scène lyrique, et qui ait paru.

» Ce qui a contribué le plus à cette fureur, est le bruit qu'on répandait dans le parterre, des tracasseries suscitées à l'auteur pour le rebuter, des mortifications qu'il avait essuyées pendant les répétitions.

» Les spectateurs ont été bien aises de trouver !e moment de le dédommager de tous ces dégoûts, de ces rebuffades humiliantes.

» Au reste, son ouvrage est charmant à bien des égards, mais ne méritait pas cet excès de fanatisme.

» Les détracteurs sont forcés de convenir qu'il a Tirt merveilleux de bien coudre ensemble ses divers larcins, et d'j^r former un tout délicieux. »

Les danses variées n'ont pas peu contribué à faire u»urner les têtes.

Floquet avait alors 23 ans.

UUnion de VAmour et des Arts s'est soutenu avec un égal succès. 11 est fâcheux que le poëme ne répond pas à la musique et aux danses.

On fait d'abondantes recettes avec cette pièce.

Dans le premier acte, W^^ Dorival avec le frère cadet de Gardel, attirent l'admiration des connaisseurs, puis M"^ Gurmard, Vestris et Gardeî, déployent tout ce que leur talent a de plus artistique.

M**®' Allard, Peslin, et M. Dauberval, ramènent au dernier acte la gaieté folle .

Artistes : M"^^ Beaumesnil, Duplant, Larrivée, MM. Legros, Beauvalet, Cavalier, Gélin, Lasuze, Larrivée, Tirot.

Danses: M"^' Heinel, Guimard, Leclerc, Dorival, Compain, Lafond, MM. Despréaux, Malter.

Les ballets sont de Gardel et Vestris.

La musique de Floquet annonce du génie, du goût et du talent. Il débute avec éclat dans cette carrière difficile et périlleuse.

Son premier essai est digne d'un grand maître. Il entend bien les

grands effets d*liarnionie ; ses airs de danses sont dune mélodie agréable, dun tour neuf et saillant.

On admire son duo et sa chanson du 2** acte, le trio des vieillards, comparables aux plus beaux morceaux de ce genre. On peut désirer peut-être des motifs mieux choisis et plus soutenus dans son chant et une expression plus juste et plus sentie dans son récitatif.

Cet opéra paraîtra un peu mesquin après Gluck ; mais il y a de jolis ballets, et l'été on aime à voir danser à l'Opéra, parce qu'on ne danse pas ailleurs. fChtwiique du temps.)

Nous extrayons d'une revue sur les représentations de l'Opéra :

« Les Fragments héroïques, composés A'Ovide et Julie, de Cardonne. Cette musique traînante n'a produit que peu de sensation, et les ballets n'ont rien de remarquable.

» L'acte du Feu, de Destouches, est regardé comme le gothique de nos modernes. M"'» Duplant et Larrivée ont mis beaucoup de jeu, et relevé la froideur de la ipusique. M"« Guimard et Vestris ont fixé l'attention du public en excitant son admiration ordinaire. On a regretté de ne pas voir paraître dans cet acte, M"® Heinel.

» Les Sauvages ont été très mal chantés par M"® Rosalie, Tirot, Durand et Gélin. Heureusement M"*' Allard, Dauberval et Gardel ont ligure dans une pantomime ravissante.

» Ces Fragments ne ramènent point le public à l'Opéra.

» On a substitué l'acte A' Apollon et Caronis, de Mouret, à celui d'Ovide et Julie.

» La musique de Mouret est douce, gaie et pleine de sentiment.

» M"« Chàteauneuf, qui y chante, a une figure dure, une voix peu flûtéc, qui ne va point au personnage d'Ismène qu'elle représente. »

Gluck arriva à Paris dans l'automne de 1773, en société de sa femme Marianne. Corancez, imprimeur, et Sautereau, tous deux rédacteurs du Journal de Paiis, et J. J. Rousseau, furent reçus par le célèbre maître.

Marie-Antoinette lui accorde sa protection pour représenter son opéra Iphygénie en Aulide à l'Académie royale de musique.

... septembre. La Pomme et la Citrouille ou le Misantrope villageois, drame lyrique en 1 acte, musique de Duboullay, représenté en société et en province.

Poème, Paris et Mannheim, chez la veuve Duchesne.

Le poème est imité de l'Esclave, musique de Piccinni.

Duboullay propose dans un spécimen, une souscription de soixante amateurs à 10 livres chacun, pour la publication de ki partition.

Ce compositeur est resté inconnu aux biographes ,

Il n'y a que trois personnes dans cette pièce, Thomas le misan^ trope, Henriette, sa fille, et Louis, soldat vétéran.

Ce drame lyrique, que l'impression vient de faire sortir de la province, où il est né, nous paraît être le même qui a imité Tintermède de VEscave, d'après l'italien, musique de Piccinni.

On trouve l'analyse dans le Journal encyclopédique du mois de septembre.

23 septembre. A la cour : Zénis et Almasie, ballet, musique d'un auteur anonyme, paroles de Chamfort, avec ballets de Laval.

Pièce magnifique sous le rapport des costumes et décors et brillant coup-d'œil. On attribue les paroles au duc de la Vallière, qui sont très harmonieuses et lyriques. On prétend que la musique est d'un auteur anonyme qu'on dit être le duc de Nivernois, et les paroles de Chamfort. (Chronique du temps,)

On lit dans une revue :

A une jeune personne de qualité de Thérèse, qui a souvent joué le rôle de Ludle sur un théâtre de Sévilla en 1773.

Quand de Lucile en pleurs vous peigniez les tourments : Quand Biaise a fait l'aveu que vous êtes sa fille, Les cœurs que vous charmer par vos divins accens, Vont vous accompagnez dans sa pauvre famille Et tous les spectateurs deviennent vos parens. A Chantilly, le 27 août. Par M. De la Touraille.

L'Opéra continue en octobre : V Union de V Amour et des Arts,

Nous n'ajouterons rien aux éloges que nous avons déjà donnés au zèle et aux talents des premiers sujets qui concourent au beau succès de cet opéra magnifique.

4 octobre. Aux Italiens : Le Stratagème découvert, en 2 actes, de Monvel et Dezèdes, connus par l'opéra Julie.

Un chroniqueur écrit :

« Savant dans son art, son orchestre est bien travaillé; mais chez lui la science n'a point nui au goût, et ses chants sont remplis de

grâce et de facilité. 11 a excellé dans le genre pastoral, raais il était au-dessous du médiocre quand il en sortait ; sa musique devenait criarde et d'une stupide uniformité. C'est dans Julie que se trouve la chanson : Lison dormait dans un bocage, et deux ou trois autres du môme style ; mais tous les morceaux d'un genre plus élevé sont mauvais. »

Rôles principaux : M"®* Laruette, Trial, MM. Clairval, Laruette, Trial, Nainville.

Cette pièce a paru bien inférieure pour les paroles et la musique aux autres œuvres des mômes auteurs.

Peut-être pourront-ils, avec les changements annoncés, a la rendre plus digne de leur réputation.

23 octobre, samedi. A Fontainebleau : La Rosière de Salency, en 3 actes de De Pezai et Grétry.

La musique de cette comédie est agréable, pleine de goût et d'élégance ; il y a des chants neufs, variés, d'une fraîcheur délicieuse, et d'un effet très piquant. Elle plaît d'autant plus, que l'on peut en saisir davantage les finesses, les détails heureux, les traits d'analogie et de vérité, surtout cette propriété d'expression, ce choix raisonné d'harmonie, cet emploi senti *de la mélodie qui distinguent chacune des compositions de Grétry, et qui leur donnent à toutes les formes sensibles et du caractère le plus convenable. Les paroles, la musique et l'exécution ont été fort applaudies. (Chronique du temps.)

Les paroles en sont agréables et prêtent à la mélodie, cependant la rumeur générale est qu'il n'a point eu de succès. On attribue ce dégoût à la musique, qui n'a pas plu, et qui a occasionné l'épigramme suivante, contre Grétry, de mauvaise humeur contre les courtisans :

Au sieur Grétry.

La cour a déprimé tes chants Dont Paris disoit des merveilles ; Orétry, les oreilles des grands.

Sont souvent de grandes oreilles.

Toujours grand succès pour l'opéra de Floquet. M"® Rosalie chante en l'absence de M'^^ Duplant le rôle de Théodore. Son jeu noble, intéressant et plein d'expression ; sa voix bril-

lante, son chant agréable et animé, lui concilient les suffrages de tous les spectateurs.

Durand est aussi applaudi dans le rôle de Théophile, qu'il remplit en Fabsence de Larrivée.

30 octobre. A Fontainebleau : Zémire et Mélinde, en 2 actes, de Fenouillot de Falbaire et Philidor.

Cet opéra ne fut point joué à Paris.

On a représenté devant la cour plusieurs pièces dont on ne trouve plus aucune trace.

Il faut supposer que les auteurs emportaient leurs partitions.

On en trouve le sujet dans le Journal encyclopédique.

Il est tiré d'un poëme de Gessner : Le premier Navigateur;

...novembre. On fit le buste en sculpture de Dauvergne. Nous lisons dans une revue :

« On admire, enfin, Tair de tête de M. Dauvergne, un des Directeurs de l'Académie royale de musique, grand compositeur lui-même; il est dans l'attitude d'un homme qui écoute, et l'on ne pouvoit mieux exprimer son genre d'étude ; la tête d'ailleurs très pittoresque, est parfaitement ressemblante. »

6 novembre. A la cour à Fontainebleau : La belle Arsène, comédie-féerie en 4 actes, de Favart et Monsigny. (i)

Elle fut jouée à Paris, aux Italiens, le 14 août 1775.

Cette pièce eut du succès. Monsigny y a principalement réussi par sa musique tendre et expressive.

Cet opéra forme un magnifique spectacle.

Artistes :M™®' Trial, Moulinghem, Desglandes, Lefèvre, MM. Michu, Narbonne et Nainvilie.

Poëme, Paris, veuve Duchesne.

Partition charmante avec des mélodies pleines de sentiment.

L'opéra est dédié au maréchal duc de Richelieu.

Un chroniqueur écrit :

« Monsigny n'en mérite que plus d'éloges pour avoir tiré d'aussi beaux chants d'un sujet ingrat ; de toutes ces productions celle-ci est la plus brillante. Si l'on n'y trouve pas le pathétique du Déserteia- et de Félix, elle n'en est pas pour cela moins expressive; elle aie

- (i) Pour les détails du décès de Monsigny (1817), voir le troisième volume de notre Bibliothèque musicale populaire, page 152.

caractère que comportait le sujet et une délicieuse mélodie rembellit presque toujours.

» Autant la musique du premier acte est brillante, autant celle du troisième est pleine de grâces et de mélodie.

» Combien ces beautés d'expression et de mélodies, auxquelles on ne rend pas assez de justice, ne sont-elles pas supérieures à ces agréments factices qui obtiennent parfois tant d'applaudissements. M. Monsigny sera toujours l'un des musiciens qui ont le plus contribué à la gloire et à l'avancement de l'art. »

Les Italiens ont remis après le voyage de Fontainebleau, les représentations avec changements du Stratagème découvert.

Ils doivent donner prochainement la Rosière de Salency, de Grétry.

9 novembre. A l'Opéra : Callirhoé, de Destouches, donné en 1712 avec succès, puis repris en 1731 et en 1743. Mal accueilli.

En 1773, cette musique parut d'un style trop simple; on soutient difficilement la longueur d'un récitatif monotone, et l'on écoutait sans intérêt des chants qui étaient trop lents, trop unis, et peut-être trop communs: cependant on applaudit plusieurs airsdedanseet quelques morceaux de symphonie où l'on sentit la touche moderne d'un habile compositeur. Elle a été remplacé aussitôt par la continuation de l'opéra de Floquet, que les amateurs ne se lassent point de voir et d'applaudir. (Chronique du temps).

Représentations à la cour à Versailles en Novembre et Décembre,

Isménor, poème allégorique de Rodolphe.

Bellérophon, de Lully.

Sabinus, de Gossec.

Ernelinde, de Philidor.

Issé, pantomime de Destouches.

Céphale et Procris, de Grétry. .

L'opéra nouveau de Floquet a rapporté plus de cent mille francs.

L'auteur ne reçut que 1,000 écus.

La direction de l'Opéra a mis à l'étude Bellérophon, de Lully, joué en 1679, qu'on avait parodié dans le temps avec la pièce : Arlequin Bellérophon,

L'administration a ftiit 100,000 écus do frais avec la musique renforcée de Berton et Garnior.

On a réduit cet opéra en 4 actes. Il fut joue le t\ novembre 1773.

45 novembre. Le comte d'Artois et sa femme assistent à la messe, pour laquelle la musique du roi exécute une grande sympbonie et ensuite le motet Omne^ ge^ites, etc , de Mathieu, musicien de la chambre de Sa Majesté.

Le soir pendant le festin royal, on exécuta différents morceaux de symphonie sous la conduite de Rebel.

17. Au château de Versailles : Isménor, ballet héroïque en 3 actes, de Desfontaines et Rodolphe. Pièce de circonstance des fêtes du mariage du comte d'Artois.

Le trombone y fut introduit, mais d'une manière à produire peu d'effet.

Il a été donné dans la nouvelle salle du château de Versailles. Le sujet en est allégorique.

La beauté du spectacle, la bonne exécution de la musique, des danses et des décors, ont produit l'effet que l'on en espérait.

4 décembre. A Versailles, devant la cour : Sabinus, tragédie en 4 actes, de Chabon de Maugris et Gossec.

Elle fut donnée à l'Opéra, le 22 février 1774.

Quelques mois après, la musique de Gluck éclipsa cette pièce.

On y avait fait pour la ville des changements considérables.

A regard de la musique, les connaisseurs nous paraissent y avoir trouvé de grandes beautés. C'est à quoi Ton devoit s'attendre de la part de M. Gossec, déjà très fameux par les excellentes symphonies et quelques autres morceaux qu'on avoit entendu de lui. Nous ne pouvons encore faire d'éloges de la musique dont M. Larrivée a exécuté le rôle de Sabinus ; et quant aux ballets, l'art de la danse ne peut rien offrir de plus piquant et de plus varié.

Le morceau du 3"'^ acte : f)ieu ! ma raison s'égare, est de la plus grande beauté et du plus grand effet en musique; ce sont les agitalions violentes de l'âme qu'aime à peindre un musicien habile, et dans lesquels il développe les grands secrets de son art. (Chronique du temps.)

8 décembre. Concert spirituel. Symphonie de Toeschi. Motet, chanté par Naudi. Symphonie concertante, par Paisible, Guérin et Guenin, riche de chant et de beaux effets d'harmonie, de M. Davaux. Motet de Giroust, chanté par l'abbé Borel. Suite à grand orchestre de Martini. Concerto par Capron. M"'® Charpentier, . dont la voix est

gracieuse el le goût très délicieux, chante un nouveau motet de Cambini. Le concert finit par le motet : In exita Israël, de Rey, ci-devant maître de musique du concert de Marseille,

Les concerts du 24 et 26 décembre se donnent avec le concours de M"®* Charpentier, Larrivée,' MM. Besozzi, . Legros, Platel, Le Duc, Jarnowick, Boilli (abbé), Borel.

Legros et Plaiol chantent un duo nouveau de Gossec.

On y exécuta des motets de Durante, Giroust et Mereaux.

46 décembre. Messe en musique aux Petits-Pères pour l'âme de Mondonville. Elle est de la composition de Floquet.

Artistes, amateurs, amis, tous ont voulu donner un dernier tribut de reconnaissance à Texcellent artiste, à Thomme de cœur et au père dévoué.

Nous extrayons d'une revue :

« Le jour de St. Thomas, 21 décembre, les Noëls gravés du célèbre Daquin, organiste du roi, ont été exécutés avec beaucoup de précision et de succès, sur Torgue de FAbbaye de St. Germain-dc-Prés, par M. Miroir, organiste des Bénédictins. Le seul bruit qui en avoit couru, sans pourtant aucune annonce publique, a attiré dans cette église une foule d'audftcurs de tous les états. Cet hommage que le jeune et brillant artiste a rendu au premier homme de l'art, n'a pas moins fait d'honneur h ses talents, qu'il n'en a fait à son cœur par la manière active nvec laquelle il s'y est prêté. »

22 décembfv, A la cour à Versailles : Ernelinde, tragédie lyrique en 8 actes, de Poinsinet et Philidor.

On a fait beaucoup de changements à cette pièce, déjà jouée en 1767.

Philidor axrendu son ouvrage plus précieux par quelques nouveaux airs.

Poëme de feu Poisninet, et musique dont on pourrait dire aussi de feu Philidor, car il y a longtemps qu'il ne fait plus rien. Biaise, le Maréchal, le Sorcier, Tom-Jones, l'ont mis au rang de nos plus savants compositeurs, ot sa musique expressive et harmonieuse, de très beaux airs que tout le monde sait par cœur, lui assurent une réputation immortelle. La musique i'Ernelinde est souvent dure, sèche et bruyante; elle ne s'élève au-dessus de l'ancien chant français que dans deux ou trois morceaux tels que le chœur, jui^ons sur ses glaces, l'air, né dans un camp, un duo et un monologue "en récitatif obligé ; dans tout le reste il y a plus de bruit que d'idées et d'effets.

On lui a refusé ce que la nature a prodigué à Grétry. Grétry est plein d'esprit dans ses compositions, comme dans la société. Philidor en a si peu, que sa bêtise a passé en proverbes, et qu'on dit parmi les artistes, bête comme Philidor. La Harpe.

Nous lisons dans une lettre du temps :

« Emelinde, de Philidor.

f» On débita dans le temps Tanecdote suivante de cet opéra, joué le 24 novembre 1767. (i) Le premier jour de la représentation, le marquis de Sennecterre, aveugle, mais homme de goût, ami et cultivateur des arts, se trouvant dans les foyers de l'Opéra après le spectacle, dit à quelqu'un qui le conduisait : Quand l'auteur paraîtra ici, faites-le venir à moi, que je lui fasse mon compliment. Poinsinet, l'auteur des paroles, se présente. Le domestique Tarrête et le mène à son maître, qui l'embrassant tendrement lui dit : Mon cher maître^ recevez mon compliment du plaisir que vous m'avez fait ; votre opéra est plein de beautés, la musique en est superbe; il est fâcheuœ que vous ayez eu à travailler sur des paroles aussi ingrates.

f* On ne peut mieux peindre le mépris que le public avait pour rorgueîi de ce petit poète, par le couplet burlesque qu'on fit alors sur lui :

De Poinsinet I^ muse gothique et sauvage,

De Poinsinet La muse a fait caca tout net :

A Philidor rendons hommage Et réservons le persifflage A Poinsinet,

n Quant à la musique, on a' trouvé de beaux morceaux, un récitatif obligé très savamment fait et ti*ès bien chanté. L'accompagnement de ce récitatif est exécuté en partie par des cors qui par des crescendo admirables rendent à l'imagination les cris d'une ombre plaintive. On trouve encore des duos, un trio, un ou deux chœurs de lapins grande beauté, et quoi qu'en disent les détracteurs de ce genre; des symphonies et des airs de danse fort agréables dans les ballets de la fin. »♦

(i) Il y avait foule de monde des midi, et la salle regorgeait ainsi qae les corridors, les galeries, les escaliers, les avenues.

:28 décembre. A Versailles <]evaiil la cour. Isbé, pastorale héroïque en 5 actes, tle La Molle et Deslouches, avec quelques changements dans la musique par Berton.

Un critique écrit : « Cet opéra est encore trop connu pour que nous nous arrêtions à en donner Fextrait. 11 a joui longtemps de l'estime de nos anciens connaisseurs, et il sera un des objets de leurs regrets, si la révolution en musique s*opère parmi nous, comme on peut en préjuger par les efforts des musiciens étrangers auxquels notre théâtre lyrique va s'ouvrir cette année. »

Il était depuis quelque temps d'usage de refaire la musique des anciens opéras, qui n'était plus en rapport avec le goût du public et le progrès de la science musicale.

Les représentations à la cour ont réalisé tout ce que l'imaginalion exaltée peut concevoir de féerie et d'enchantement.

30 décembre. A Versailles, devant la coui*: Céphalê et Procris, en 3 actes, de Marmontel et Grétry. ,

Grétry a développé dans cet opéra les charmes et les ressources de son génie. Il nous a paru que son récitatif s'appropriait sans effort aux formes de notre langue ; qu'il saissisait et rendait l'expression juste du sentiment ou de la passion; qu'il ne gênait ni la voix, ni le jeu de l'acteur; et qu'enfin il était une vraie déclamation musicale. Ses chants jamais vagues, sont toujours inspirés par le sentiment et indiqués par les paroles.

Les chœurs de cet opéra sont du plus grand effet et de la plus riche composition. Les airs de danse sont tous très saillans et d'une mélodie agréable, neuve et pittoresque. On ne s'attendait pas à la réussite de cette partie de la musique des danses, toute nouvelle pour Grétry.

Cet opéra a été parfaitement exécuté par Bf"®^ Larrivée, Arnould, Duplant et M. Larrivée.

Les ballets, de la composition de Laval, Gardel et Vestris, sont d'une pantomime noble, ingénieuse et très agréable.

L'opéra n'obtint cependant pas de succès à cause de l'exécution incorrecte de certaines parties.

La musique a paru digne de la réputation rapide et brillante que Grétry s'est acquise. Les chants de l'Aurore et de sa cour sont pleins de grâce et de fraîcheur. Ceux de Céphale et Procris sont nobles et touchants; ceux de la jalousie et des démons étonnent dans un genre qui semblait être épuisé. Les duos du l" acle, le quatuor qui finit le

second, tout l'acte de la jalousie, sont du plus grand caractère. Les chants ont le double mérite d'un dessin clair et simple, et d'un ensemble harmonieux. Quelques personnes semblaient douter si Grétry, qui excellait dans le chant, réussirait de m^me dans le récitatif et dans les airs de danse. Le problème est bien résolu. Son récitatif est si vrai, si facile, si naturel, si analogue à Taccent de la langue, qu il semble n'être que la parole embellie, anoblie, et plus sensible encore que la simple déclamation. (Chroiiique du ternps.)

Le 2 mai 1775, cet opéra fut joué à l'Académie de musique. Il ne réussit point, écrit-on.

Ce sujet avait été traité à l'Opéra en 1694, par Duché et De la Guerre.

Le Journal encyelopéUique en donne l'analyse.

Nous extrayons d'une correspondance :

«* Parmi les opéras qu'on a représentés sur le grand théâtre de Versailles, à loccasion du mAriage du comte d'Artois, on destine ,pour le théâtre de Paris, Sabinus, en 5 actes, musique de Gossec. On a introduit dans cet opéra le récitatif italien : Gagnerons-nous d ce changement f

f> Le succès prodigieux de f Union de r Amour et des Arts est bien encourageant pour M. Floquet. Il n'a couru ni après le goût italien, ni après le goût français, il n'a écouté que son génie et consulté que la nature ; il n'a songé qu'à l'a bien imiter et à faire de la bonne musique, qui fut de toutes les nations ; aussi a-t-il réuni les suffrages des partisans du goût italien et de ceux du goût français. Le ^ei^re si vanté de l'Opéra-Comique ne Ta pas ébloui, et il a dopné la préférence au genre noble.

f* Adèle de Ponthieu, de De la Borde et Berton. On essaya de mettre un récitatif obligé à l'italienne, dans la scène d'Alphonse : En vain ma fierté s'humilie ; mais on ne perdit point de vue le chant de la scène française. Ce morceau est d'une belle déclamation, les transitions des mouvemens bien caractérisées et exprimées par l'orchestre : cet essai réussit.

n Sabinus, n'ayant été joué qu'une seule fois à Versailles,; il n'est guère possible déjuger de l'effet de cette jiouvauté. Est-ce pa,r le peu de cas que les Italiens font de l«ur récitatif, qu'ils ne l'écoutent point, et que pendant la scène les spectateurs font la conversation ou reçoivent des visites dans leurs loges? »

Publications.

6 sonates pour clavecin avec violon^ par Charpentier, orjçaulste de la paroisse de St. Paul et de l'Abbaye royale de Si. Victor. Op. II. Paris, chez l'auteur.

Réponse à la critique de Vopéra de Castor, brochure in-12** de 70 pages. Paris, chez les libraires.

C'est une réponse d*un amateur éclairé à la critique publiée dans le Mercure de France du mois d'avril 1772.

Essai sur l'Opéra, traduit de l'italien d'Algarotti, suivi A'Iphigénie en Aulide, par le marquis de Chastellux.

Il se montre très porté pour la musique italienne et très antipatique à la musique française.

Paris, chez Renault, in-8** de 190 pages.

Voir le compte-rendu dans le Journal encyclopédique, juin 1773, page 265 . A la page 473, du même niois, le lecteur trouvera une analyse de l'ouvrage : Dell' opéra in musica, c'est-à-dire' : Traité de l'Opéra, par Antoine Planelli. Naples, 1772.

H. Albin Body, littérateur à Spa, nous a communiqué le recueil suivant :

Recueil de chansofis fait par Saint-Hilaire, chanteur suivant la cour, privilégié du roi. Donné à Trianon, le 3 mai 1773.

Il contient des poésies.

Ariette comique ou espèce de parodie à grand orchestre pour bassetaille, par Lecuyer, ordinaire de l'Opéra. Paris, chez l'auteur.

La musique en est burlesquement grave et imposante. (Chronique du temps.)

Les quatre Saisons Européennes, i' recueil contenant des morceaux des meilleurs maîtres de chant, par Pietro Denis. Paris, Garnier, basson de l'Opéra.

Traité de .composition musicale, par le célèbre Fux, traduit en français par P. Denis.

Ariette d'Orphée aux Enfers, avec harpe et clavecin, et le chœur des Furies, par le fameux Clux (Gluck), de Vienne, représentée sur le théàlre de Florence en 1772. Paris, aux adresses ordinaires.

C'est probablement la première composition de Gluck publiée à Paris.

Adieux de Londres à M""* Heinel, le vendredi Z juin 1772, après

qu'elle eut dansé la dernière fois au théâtre de l'Opéra Hay Markety cantate de J. G. Bottarelli, musique de Th.Giordani, maître de chant napolitain. Grande partition. Paris, Lacomte.

Il y a des vers traduits de Titalien.

Recueil de 28 airs en duo pour 2 clarinettes ^ par Proxcks, i'^ clarinette de la musique du prince de Conti. Paris, au bureau musical.

La Furstemberg, de Campra, avec 6 variations pour le clavecin, par Benaut. Paris, chez Tauteur.

6 Sonates pour clavecin, par J. G. Bach. Op. X. Paris, Sieber.

6 sonates pour clavecin, par Dupré, (i) organiste de St. Martin de Tours. Op. F.

6 quatuors pour instruments à cordes, par P. Vachon, l"" violon du prince de Conti. Opéra VII. Paris, Venier.

Deux sonates concertantes pour 1' et 2<* violon, et un alto viola récitant, 2** violon ripieno, 2^ alto et basse, haut-bois et cors, par Davaux, amateur. Op. VII. Paris, aux adresses ordinaires.

Deux concertos pour violon, par M. De Saint-Georges. Op. P. Paris, Bailleux.

Ces concertos ont été exécutés en 1772 au Concert des amateurs, par Fauteur, et ont reçu les plus grands applaudissements tant pour le mérite de l'exécution que pour celui de la comi>osition.

L'abbé Millot, jésuite, publia en 1774, un ouvrage d'après De Saint- Palay, qui donne d'utiles renseignements sur les troubadours. Il porte pour titre : Histoire littéraire des Troubadours, en 3 volumes. Paris, chez Durand neveu.

La muse lyrique italienne avec des paroles françaises. Se publiait par mois. Paris, Jolivét.

C'était un recueil fort intéressant de choix d'ariettes et d'airs italiens des plus grands maîtres avec basse chiffrée et accompagnement de violon.

Raccolta di varie ariette, etc., composé d'ariettes italiennes, par Rizzi Zannoni, de l'Académie dePadoue. Paris, Croisey.

C'est un excellent recueil pour ceux qui sont sensibles aux charmes de la musique italienne.

Sonates pour le clavecin, par J. F. Tapray, organiste à l'école militaire. Paris, chez l'auteur.

(i) Musicien inconnu à plusieurs biographes.

VHarmùtiie, ariette à voix seule et symphonie, par loubert, maître de violon et de goitare. Paris, Moria.

Méthode pour apprendre en peu de temps lecytreou guitare allemande^ par Fabbé Carpentier. Paris, chez Taateur.

Le Mercure en donne tout le détail.

Le retour de Thémire, ariette avec symphonie, par Feray. Paris, an bureau d'abonnement de musique.

Sonates pour violoncelle avec basse continuCy par Alexandre Canavas, atné, de la musique du roi. Opéra II. Paris, chez l'auteur.

Conceito et symphonie, par Corrette. Paris.

/// symphonies, composte dell «/gf™ G. Haydn. Op. XV. Aux adresses ordinaires.

Recueil d'ariettes choisies, etc., par Julien, l'alné, 1' violoncelle de la comédie de la marine aiï port de Brest. Paris, Sieber.

1' Recueil d'ariettes avec clavecin et violon, par Audififrey, (i) organiste à l'Abbaye de St. Victor à Marseille. Aux adresses ordinaires.

La petite Nicette, ariette chantée par M"« Vandersteen, au concert des amateurs de la ville de Mons, en présence du prince Charles et de la princesse Charlotte, par Légat de f urcy. Paris, chez l'auteur.

6 ariettes à voix seule^ avec quatuor, hautbois et cors, par A. L. Baudron, 4' violon de la Comédie-Française. Op. V. Paris, chei: Fauteur.

6 quartetti composH da G. Cambini. Opéra I*. Paris, Venier.

Le Mercure publie :

Couplets chantés sur le théâtre du chevalier de la Brosse, après la représentàtiofi du Tonnelier, oii Jf™® /a duchesse de Montmorenci venait de jouer le rôle de Fanchette.

l*" recueil d'airs et duos avec accompagnement de violon, alto ou guitare, par Itasse, mâttre de chant et de goût. Paris, chez Itasse, de l'Académie royale.

Floquet publia lui-même la gPiiude partition de son opéra:

LUnion de l'Atfioiir et den Arts, joué à Choisy, devant Leurs Majestés^ le 9 février 1774.

Cet opéra fut publié après quarante repréientatiorts consécutives, et a fait constaiïkMent les délices du public.

En 1780, il édita la grande partition de son opéra : Le Seigneur

(i) Musicien non cité par les bfôgi^&{ihés.

bienfaisant, joué à l'Opéra, le 14 décembre 1780, el en 1782, il lit graver à ses frais la pièce :

La nouvelle Omphale, jouée à Versailles devant la cour, le 22 novembre 1782, et à Paris, aux Italiens, le 28 suivanL

1774. — Le roi accorde à F. A. Philidor une pension de 1,000 livres tournois, en récompense de plusieurs de ses œuvres, et particulièrement de son opéra Ernelindey donné à Versailles pour les fêles du comte d'Artois. Cet artiste décéda à Londres, le 31 août 1795.

Succès de l'opéra de- Floquet.

Nous lisons dans une correspondance :

•* Depuis cinq mois le public n'est pas encore rassasié de lopéra de Floquet. L'enthousiasme est monté à un tel point, que vers la fin de janvier les spectateurs demandèrent encore à voir Tauteur. Il est le premier qui ait excité ces acclamations tumultueuses au parterre de rOpéra; acclamations qui ont cessé d'être honorables aux autres spectacles, depuis qu'on les a prodiguées.

» Jamais Rameau n'a été accueilli dans ses plus beaux jours, comme l'a été M. Floquet dans son début. Cependant, il n y a personne qui ne convienne aujourd'hui que c est au génie de Rameau que notre musique doit ses progrès ; c'est de lui qu'elle a reçu un nouveau caractère, propre à former les images, à exprimer les sentiments, et à rendre les pensées.

*» A juger de ces deux artistes par leur succès, il faudroit élever M. Floquet bien au-dessus de Rameau ; ce que nous ne pensons point, et ce qu'assurément ne pense M. Floquet. Sa musique est toute chantante, et son chant est agréable et facile.

» Il ne faut, dit J.-J. Rousseau, que du savoir, pour entasser des accords; mais il faut du talent pour imaginer des chants gracieux ; ainsi la partie mélodique étant celle d'où dépend toute l'expression, et à laquelle tout le reste est subordonné, il n'y a pas de doute que plus un musicien s'attache à cette partie, et plus il doit plaire, quand même il auroit négligé la partie harmonique. C'est là, sans doute, le

saccôs étonnant deM. Floquet; car, quand une fois le public est séduit par le chant, il 8*attache peu aux symphonies, et n examine même pas si les airs qui lui plaisent, sont ou ne sont point imités d*autres airs qui lui ont plu.

*» On a loué le jeune artiste d avoir choisi un genre de musique analogue au genre de la nation, qui n'a pas encore pu s élever au sublime de Fart. »

Blanchi est arrivé cette année à Paris. Il avait mis en musique étant encore à Naples. les Sabots, de Sedaine.

Il fonda une école de chant à Paris, dont nous aurons occasion de donner quelques détails.

Gluck a remis Orphée en partition avec les paroles françaises, beaucoup de changements et plusieurs airs ajoutés aux divertissements.

La gravure de cette partition est proposée par souscription par Le Marchand, éditeur de musique, au prix de 16 livres. On trouve chez lui et à l'Opéra tous les petits* airs à'Chyhée, et tous les ouvrages de Gluck.

8 janvier. Demery continua ses débuts comme basse-taille dans le Soldat Magicien.

Il a du feu, de Thabitude et de l'intelligence. Sa figure et sa voix sont agréables. Cet acteur a déjà paru il y a deux ans sur ce théâtre. Il doit en^îore s'appliquer à rendre la musique avec justesse et précision.

28 janvier. A l'Opéra. Reprise des fragments composés de l'acte de Feu ou la Vestale, celui de la Terre ou Vertumme, Pomone et du Devin du Village, de Rousseau.

Quoique très connus, ces fragments ont font plaisir.

Artistes : M"®* Arnould, Duplant, Rosalie (Levasseur), MM. Larrivée, Legros, Tirot, Gélin.

Danses : M"«" Guimard, Heinel, Peslin, Le Clerc, MM. Garde), Dauberval, Despréaux, Heidous, Malter.

Il y a plusieurs morceaux de musique ajoutés à ces fragments, parmi lesquels on a remarqué une belle sarabande et une chacone de main de maître dans l'acte de Feu.

2 février. Concert spirituel. Symphonie de Rigel. Morceau de chant par Naudi. Solo de violoncelle de sa composition par le jeune Duport. Motet à grand chœur de Langlé. Symphonie concertante, exécutée

par Capron, Duport, Guénin él Monin. Chnste redemptor, de Gossec, chanté par Legrand et Richer. Concerto de violon par Leduc (virtuose admirable). Laudate pueriy motet de Saint-Amand.

9 février. Aux Italiens. Début de Philippe-Thomas Menier, qui n'avait encore paru sur aucun théâtre, dans le Huron, dans Sylvain et le 23 février dans le Déserteur.

Cet acteur est grand, d'une taille avantageuse, d'une figure très belle, et peut-être trop belle pour ce théâtre. Sa voix est un concordant, et sanç être forte elle est agréable, sensible, intéressante; il chante avec art et avec goût, et joue avec intelligence. A côté de ces qualités, il était dissipateur et d'une grande paresse.

Roussel, basse-taille, débuta également ce jour.

M"« Mallet, élève de Legros, débuta cette année à l'Opéra d^ is le Caimaval du Parnasse, de Mondonville.

10 février. Aux Italiens: Le rendez-vous bien employé, d'Anseaume etMonsigny. ,

Cet opéra ne présente rien de saillant. La musique, très médiocre, a empêché qu'elle ait eu le succès que la nouveauté aurait pu lui procurer.

Artistes : M™* Trial, MM. Julien, Trial, Laruette.

Un journal du temps s'est trompé quant à l'auteur de la musique de cette pièce. Nous en extrayons :

« La musique en est agréable, expressive et pittoresque ; elle fait honneur au génie de cet habile compositeur si avantageusement connu pour la musique délicieuse de V Amoureux de quinze ans. (i) Cette pièce a été retirée après la S"»® représentation, à cause des nouveautés qu'on prépare à ce théâtre.

» Les auteurs du Rendez-vous profitaient de cet intervalle pour faire les changements que le public a paru désirer. Il manquait à cette pièce la gaieté et le comique. »

22 février. A l'Opéra : Sabinus, en 4 actes, de Chabon de Maugris et Gossec II fut déjà joué à Versailles devant la Cour le 4 décembre 4773. (Voir notre mémoire couronné sur Gossec, page 16 )

La musique de Gossec n'a pas eu plus de succès à la ville qu'à la Cour; on ne s'aperçoit pas même de l'attention que les auteurs avaient eue de le réduire en 4 actes, après l'avoir donné d'abord en

(i) Cet opéra est de Martini.

cinq, ce qui fit dire à M^^* Arnould que : le public était un ingrat, de s'ermuyer quand on se mettait en quatre pour lui plaire.

Cet opéra fut froidement reçu à la cour.

A la représentation à TOpéra le roi accorda les costumes et les décors employés à la cour.

Le poème a de l'intérêt; la musique a de l'effet et de Texpression ; le spectacle, de la variété et de la magnificence. Les ballets de Gardel, Vestris et Dauberval, font le plus grand plaisir.

Le jeune Vestris étonne et enchante par la force et la perfection de sa danse.

M"" Dorival, Guimard, Peslin, Asselin, Heinel, MM. Gardel jeune, Vestris, etc., enlèvent tous les suffrages.

Les principaux rôles sont très bien rendus par M"»« I^arrivée, MM. Larrivée, Gélin et Durand.

Jugement du temps sur la musique de Gossec,

La musique de Sabbius fait honneur au génie de Gossec, savant compositeur, qui a rais dans son orchestre beaucoup d'effets d'une musique imitative, -et sur la scène, des chants expressifs et passionnés. Nous citerons comme des morceaux distingués, le récit et l'air du songe du 1^ acte, le duo de Sabinus et d'Eponine, le chœur des guerriers. Dans le ^ acte, les airs champêtres, le bruit souterrain,' les cris de fureur et de vengeance des Romaines et du Mucien, contrastés avec les prières et les plaintes du Gailai. Dans le S*"® acte, le récit de Sabinus, les chœurs, les airs de danse et de chant. Dans le 4°*^ acte, l'invocation de Sabinus à l'Amour, la plainte d'Eponine, le bruit de guerre et la musique brillante du ballet; toutes ces grandes compositions musicales annoncent et attestent un génie fécond, riche et varié, quoique l'on ait pu désirer en général plus de vérité dans le récit, et un chant plus sensible dans les airs.

Artistes : M"** Larrivée, Rosalie, Chàteauneuf, MM. Larrivée, Dupuis, Gélin, Durand, Muguet, Cavalier, Tirot, Beauvalet.

Les ballets occupent une place considérable dans la pièce. Artistes : M"®* Heinel, Guimard, Peslin, Asselin, Leclerc, Dorival, Julie, Compain, Cléopbile, MM. Le Fèvre, Despréaux, Malter, Giroux, Vestris.

Costumes, décors, mise en scène et un grand personnel, ont encore augmenté la magnificence de ce brillant spectacle.

Aux premières représentations la pièce comptait 6 actes.

Nous sommes heureux de donner au lecteur un jugement aussi favorable sur notre compatriote, qui excellait principalement dans la musique religieuse.

La musique a été fort applaudie; M. Gossec, avantageusement connu par ses symphonies savantes et d'un beau chant, a prouvé dans Sabinus, qu*aucun genre ne lui était étranger.

Le début et la fin de l'ouverture ont paru nobles et saillants, et le reste très bien nuancé par le chant de différents instruments à vent ; Tensemble a obtenu des éloges mérités.

Le musicien a très bien saisi l'esprit de la première scène, déclamée en partie, et en partie débitée. Le récit du songe : Aux douceurs du sommeil, ami, jetais livré, est bien fait. L'air qui suit, rempli de cette noire image, est d'une vérité sublime.

On a trouvé la musique médiocre de la scène des danses et des fêtes. L'effet dans la marche des tailles et des dessus du chœur est désagréable, mais le ballet est varié, non seulement par le caractère de la musique, mais aussi par les divers instruments que le musicien a eu l'art d'employer pour les peindre, à l'exception cependant d'un air quedanseM"® Guimard. Le duo : Puissant maître du monde, n'est pas assez élevé, assez pathétique pour la situation. Dans le second acte la première partie est bien saisie, mais dans î'air : Près de l'objet de ma tendresse, la musique offre des contre-sens. Le reste de la scène où Eponine répond à Faustine est d'une belle expression.

On a remarqué que le chœur des Bergers, la gueire a troublé nos asiles, devroit avoir une teinte de tristesse ; malç que tous les airs de ce divertissement étaient très bons, et que celui du vieillard et des enfants étoit rempli de génie.

La manière dont le musicien a ménagé la transition de l'arrivée des Druides, a frappé les connaisseurs. Le musicien a très bien saisi les circonstances de la scène suivante ; le bruit souterrain est d'un effet surprenant.

Tout ce que chante Mucien dans la scène des forêts est rempli de feu; le chœurs des Druides et celui des soldats sont très beaux.

Dans la scène, oii fuir, etc., le public a été confirmé dans l'opinion qu'il avoit des grands talens de Gossec ; ces morceaux ont paru dignes des plus grands maîtres.

La mélodie et l'harmonie concourent également à l'effet du 4"

me

acte. Le dialogue entre Mucien et Eponine est d'une musique vive et véhémente, et bien dans le genre de la situation. On a trouvé que la symphonie qui annonçoit le génie de la Gaule, n*avoit point le caractère brillant et majestueux qu'elle devoit avoir.

Le dernier chœur. Liberté, que ce cri répété, n'a pas été jugé d'un style propre à la situation.

Dans l'ariette du Berger la musique faite pour faire briller le musicien, est remplie d'images, et tout y est peint d'une manière assez singulière. On l'a supprimé aux dernières représentations.

On pense assez généralement que cet opéra devra son succès au spectacle et aux danses, que l'intérêt du poème est faible, et que le musicien en a tiré le parti qu'il pouvoit en tirer. (Chronique du temps.)

On a remis en février aux Italiens: la Buona Figliola, de Piccinni.

L'harmonie et la mélodie ne s'y nuisent jamais, tout y est exprimé avec vérité; l'orchestre n'est jamais en contradiction avec l'acteur, dont il ne fait que rendre l'expression plus énergique et plus forte; il serait à désirer que nos harmonistes prissent les accompagnements de Piccinni pour règle.

L'ariette, une fille délaissée, est du plus grand pathétique, et produirait son effet quand même elle serait détachée des paroles; c'est l'expression toute pure du sentiment que le musicien a eu l'intention de peindre et d'inspirer.

28 février. Aux Italiens : la Rosière de Salency, en 4 actes, de Hasson de Pézai et Grétry.

La musique en est agréable, mais plus faible que tout ce que nous avons vu de M. Grétry.

Il y a trois ou quatre morceaux saillants, le reste ressemble à tout. Il y a même plusieurs traits qui sont pris mot pour mot de ses premières compositions. Quoique le motif des airs soit presque toujours choisi avec esprit, on le perd bientôt de vue et l'on s'égare ensuite dans des idées communes.

Nous lisons dans le livre précité de Grosheim :

« Meisterhaft ist hier der Trugschluss nach A dur (Dieu que etc.), statt C dur wohih der Satzt sich neigte. Und so ist dièse Oper ein Lieblingstûck geworden. Sie hatt auch in Deutschland allgemeinen Beifall gefunden, »

Les auteurs ont retiré la pièce après les premières représentations.

Il y a dans la scène de Colin et Cécile un duo dialogué, d'un très

bon effet, parce que le musicien a eu soin de varier son style à mesure que le poète a exprimé divers sentiments.

Ces vers, // faut par notre tendresse^ sont exprimés avec toute rénergie du sentiment qu'ils indiquaient au musicien. Ce n'est ni finesse, ni esprit ; c'est la nature avec sa simplicité.

Le trio du Bailli furieux est bien caractérisé; mais le duo de Lucile et Nina a paru trop long. Il est vrai que ce duo est rempli d'esprit, et Tesprit est la fléau de la bonne musique.

Le récitatif obligé, fai tout perdu mon amant et la rose, a été fort applaudi. Il est très pathétique.

11 y a un duo entre le Bailli et Cécile, qui forme un ensemble très intéressant. La scène dea paysans etc. offre de grandes difficultés au musicien, mais tout cela paraissait difficile à accorder; mais Grétry a tiré des beautés de la difficulté même.

Le récitatif obligé du 3™® acte a été fort applaudi. 11 est très pathétique. La fête de cet acte est très belle, et les danses ont été applaudies.

Quoiqu'il y ait d'excellents morceaux dans cet ouvrage, et que la musique soit digne de Grétry, cependant il n'a pas eu le même succès que ses autres opéras-comiques. Les duos y sont trop multipliés. (Chronique du temps.)

On adressa des vers à Grétry lors de la représentation de la Rosière de Salency à la cour. En voici quatre adressés à l'auteur des paroles, Masson de Pézai :

Ce jeane homme a beaucoup acquis, Beaucoup acquis, je vous assure; En deux ans, malgré la nature, Il s'est fait poëte et marquis.

Les acteurs de cette pièce ont fait le compliment de clôture, et ont chanté des airs choisis de différents drames.

Artistes : M"«^ Trial, Beaupré, MM. Trial, Clairval, Nainville, Narbonne.

Nous extrayons d'une revue allemande du temps quant à la musique de Grétry :

« Man muss sagen, dass die Natur fur Grétry ailes gethan hat, Er componirt blos aus Instinkt. In allen selnen Werkefi findet man wahre DeUamation^ und dièse Deklamation weiss er immer zu einem melodischen Gesange zu bilden.

» Seine Murik ist beyiiahe in allen Lândem bekannt. Mm hat seine Opein ins Ualieîiische,schwedi8che, russische und englische ubersetzt. Auch in Deutschland ist beynahe hein Theater wo sie nicht entweder in ihrei' Ursprache oder in einer deutschen Uebesetzung schon mehreremale wàren aufgefuhrt worden.

» Grétry hat noch den Vortheil oder vielmehr den Vorzug, sich niemals wiederholt, oder sonst jemand copirtzu haben. »

Voici comment s'exprime Grétry dans Touvrage : La Yéntéy (i) quant à sa musique :

« Ma musique n*est pas aussi énergique que celle de Gluck; mais je la crois la plus vraie de toutes les compositions dramatiques; elle dit juste les paroles suivant leur déclamation locale. Je n*ai pas exalté les tètes par un superlatif tragique ; mais j'ai révélé 1 accent de la vérité que j'ai enfoncé plus avant dans le cœur des hommes. »

Celle opinion est peu modeste, mais elle est vraie et sentie, décrit un biographe, et la vérité d'expression étail lout pour lui.

Un journal annonce :

« M. Le Pin vient de donner sa S""® œuvre, contenant 6 duos pour deux violoncelles.

» Le chant en est agréable et renferme peu de difficultés. Il est d'autant plus à la portée des amateurs, que l'auteur a'conservé ainsi que dans la seconde œuvre, les indices de toutes les positions hors du manche.

» L'Opéra prépare Orphée, jouée à Vienne en 1764, musique du chevalier Gluck. Moline l'a traduit en français d'après Calsabigi, sous les yeux de Gluck. Ce grand musicien a eu l'honneur de présenter son ouvrage au roi et à la reine. »

Pendant les vacances de Pâques on a donné aux Tuileries plusieurs concerts spirituels, qui ont attiré et charmé les amateurs. La plus belle exécution, la distribution le mieux entendue, le choix le plus parfait et le plus varié, l'intelligence des directeurs et l'union des concertants assurent le succès de ces magnifiques concerts.

On y a applaudi plusieurs symphonies de Gossec, Davaux, Diters, Toeschi, Boccherini et des motets de Durante, l'abbé Daudimont, Langlé, Giroust, Alexandre, Cambini, Moreau.

(i) La Vérité, ou ce que wou« fumes, ce que nous sommes, ce que nous devriotis être. 3 volumes in-8o. Paris, 1802.

LeStabaty de Pergolèse, œuvre sublime, a été exécuté plusieurs fois aux acclamations de la foule.

On y applaudit aussi un motet de Moreau, composition riche Ae chant, d'expression et d'effet, puis le Sacrifice d'Isaac, oratorio de Cambini.

Parmi les virtuoses citons : Le Duc aîné et jeune, Capron, Guénin, Moria, Laurent, Lejeune (violoniste), Duport, Philippe (clarinettiste), Besozzi, Séjan, Valentin (virtuose sur le como basetto), Legros, Richer, Nihoul, Borel, Naudi,Bonvalet, M"® Malet, M™*^» Deschamps, (âgée de 11 ans, élève de Capron), Larrivée, Rosalie, Duchàteau, Charpentier et Davantois.

Le jeu de M"« Deschamps est vif et briIJant, et les plus grandes difficultés n'en altèrent ni la force ni la précision.

M^^'^ Davantois chanta plusieurs motets avec sa voix belle et étendue. Son zèle, son application, l'honnêteté de ses mœurs, sa tendresse filiale, sont encore de puissantes recommandations qui doivent intéresser et solliciter en faveur de ses talents et de ses sentiments.

Vers sur la maladie de M""^ Laruetie,

Quand de Progné la sœur charmante Revient sur laile des Zéphirs, Célébrer, d'une voix touchante.

Et ses malheurs et ses plaisirs :

Tout s'éveille dans la nature ; Le ciel brille, l'air s'adoucit, Les bois se couvrent d« verdure Et la rose s'épanouit.

Mais quand un nouveau soin l'attire, Qu'on n'entend plus ses doux accens, Zéphir s'enfuit, la rose expire, Les bois, les prés sont languissans.

vous qu'une atteinte (îruelle Pour quelque temps va nous ravir ; Rendez-nous bientôt Philomèle, Ou dans les champs tout va périr.

Par nn xMilitaire.

On publie à Versailles :

Abrégé historique de la Ménestrandie dam lequel on rapporte les différents arrêts du Conseil etc. rendus en faveur de l'art musical contre la communauté de Saint-Julien de Ménétriers,

D*après ces nouvelles loix conformatives de celles qui les ont précédées, les musiciens ne doivent espérer que les Ménétriers ne porteront plus d'atteinte à la profession de leur art, et que le monarque vient de mettre entièrement sous sa protection.

Ce livre fort curieux, quant aux arrêtés de la cour en ce qui concerne les Jongleurs, Ménétriers, etc., est de Besche aîné, chanteur attaché à la cour de France.

Membres de la musique de la Cour en 1774.

Dessus : Falco, Albareze, Agnlo, Olivini, Spirelli, Bruni, italien.

Faucets : Pussineau, Bucquet.

Hautes-contres : Besche l'aîné et cadet, Lebègue, Bazore l'aîné et cadet, Vendeuil, Piercourt, Le Roux.

Tailles : Charles, Fideul, Joly, Marcou, Coussi, Du Cornet, Sionet, DHercour.

Basses-tailles : Joguet, Guérin, Gros, Cauchois, Durais, Lévesquc, Surville, Grignard, Platel.

Basses-contres : Bosquillon, Abraham, Cazes, Roisin, Cachelievre, Cuvilllier, Fleury, Puteaux.

Rebel, De Bury, Francœur, Dauvergne, surintendants.

Organistes : Paulin, Couperin.

Violons : Hurand, Granier, La Heche, Guénin, Camus, Bouleron, Mondonville fils. Cardon, Delcambre, Lemière, Lucroc, Leclerc, Noël, Noirmant, Vignetti, Roussel, Decharmes.

Chapelle du roi.

Flûtes et hautbois: Besozzi, Le Grand, Desjardins, Scapre, Rostene. Clarinette : Eigenschenck, Borg.

Cors : Molidor, Gelineck.

Violoncelles: Huet, Talon, Vernon, Lemière cadet, P. Piquot, Dubuisson, Dabut, F. Piquot, Rey.

Bassons : Jadin, Schubart, Metoyen, Audoyer.

Quintes : Gaatherot, Rousseau, Molidor, Desclaux.

Contre-basses : De Mignaux, Augustin, L. et C. Gelinéck.

Trompettes : Descharmes.

Timbalier : La Mèche.

6 pages, sous la conduite de Lévêque.

Sous-maître de chant : Besche cadet.

Bibliothécaire : Brice.

Facteurs : Cliquot, orgue ; Chiquelier, clavecin.

En mars. Répétition générale d'Iphigénie en Aulide, sous la direction de Gluck.

Malgré le règlement qui n'admettait que cinquante spectateurs, on avait donné accès à une foule de gens de toutes les catégories.

Aux répétitions c'était pour ainsi dire l'aspect d'une représentation.

Gluck était le héros de la conversation générale à Paris.

Il était curieux de voir cet artiste, s'agitant, s'occupant du moindre détail des acteurs et de l'orchestre.

On n'avait jamais vu à Paris un dévouement pareil.

Dangeville, facteur d'orgues et de clavecins à Paris, demeurant à Angers, a relevé l'orgue de la cathédrale de cette ville. On en fait réloge dans le Mercure de France.

Experts : Gervais, chanoine, habile organiste à Angers ; Bachelier, ancien maître de musique de cette église; Bainville, organiste de cette église.

Ils déclarent n'avoir rien vu en ce genre de plus complet.

20 mars. Concert spirituel avec symphonie de Eichner et le concours de l'abbé Borel, Laurent, habile virtuose sur le violon, âgé de 17 ans, Lejeune, Capron, M"® Duchàteau.

La seconde partie du concert commença par la symphonie de chasse de Gossec. Ce tableau musical est ici représenté par une harmonie pittoresque, agréable et savante. Motet de Langlé, maître de chapelle à Naples.

Ce motet est une composition de génie, dit le Mercure de France.

La Gazette littéraire du mois d'avril publie un article intitulé :

Des progrès de la musique en Russie.

Il résulte de cette revue, que sous l'impératrice Anne, un opéra italien avec ballets était établi à St.-Pétersbourg avec un orchestre de 40 musiciens qu'on avait fait venir de toutes parts.

Il y avait à la cour deux fois par semaine des conceris auxquels tout le monde pouvait assister.

L'impératrice Elisabeth fit construire à Moscou la première salle d'Opéra; elle était très vaste, et pouvait conteoir 8,000 personnes. Peu de temps après, on donna dans la capitale un opéra en langue russe, avec des artistes appartenant à la Nation.

Cet opéra : Céphale et Procris, était de Sumarokow et Fr. Aràja.

Pierre Fédérowitz, appelé au trône, favorisa les progrès de la musique, et jouait lui-même assez bien du violon.

Catherine II appela à la cour le célèbre Galuppi, et on y représenta son opéra : Didane Abandonata, avec un grand succès, et l'impératrice lui remit une magnifique boîte remplie de pièces d'or.

A. Galuppi succéda Tomaso Traetta, artiste non moins célèbre, de sorte que TOpéra de St. Pétersbourg fut un des plus brillants de l'Europe en 1774.

Dans la chapelle impériale on chantait le plain-chant à 4 parties, et le nombre de chanteurs montait jusqu'à cent.

11 avril. Aux Italiens : Le Magnifique, en 2 actes, de Grétry, déjà joué en 1773.

Le petit drame donné pour l'ouverture de ce théâtre, a été joué par M"** Billioni, Moulinghem et Julien. Il a été favorablement reçu par le public.

19 avril. A rOpéra : Iphigénie en Aulide, en 3 actes, traduction de Du Rollet (bailli) et le chevalier Gluck.

Déjà aux répétitions les opinions se divisent et le public est très préoccupé de la musique de Gluck.

A la première représentation il y eut beaucoup de morceaux fort applaudis ; mais l'ensemble fut reçu assez froidement, soit que la réflexion ne nous eut pas appris à discerner le beau, le sublime.

A la seconde représentation l'opéra fut porté aux nues, et Ton demanda pendant une demi-heure Vauteur, qui ne parut point; il continua à être suivi avec beaucoup d'empressement. M"^ Arnould chante et joue avec toute la grâce possible et une justesse irréprochable. La voix de M"® Duplant manque de justesse et de flexibilité.

Nous lisons dans une chronique du temps :

« Dès le matin le guichet a été assiégé et il a fallu doubler la garde pour empêcher le désordre.

» Plusieurs grands personnages de la cour avec le Dauphin y assistaient.

» Gluck n'a pas eu un succès aussi complet que ses partisans l'avaient annoncé.

» Il y a de belles choses dans cet opéra, des morceaux sublimes ; on trouve qu'il y en a de très médiocres- et d'autres très plats. Les airs de ballets sont absolument négligés et l'on sait que cette partie est essentielle à Paris. Tout l'accessoire a manqué.

» A la seconde représentation l'affluence n'était pas moins grande et les billets de parterre deviennent une affaire de spéculation par des particuliers, qui les revendent à 12 et 18 francs. »

On le voit ce régime, qui est encore en usage aujourd'hui, se pratiquait il y a plus de cent ans.

Il a encore fallu doubler les gardes pour empêcher d'être écrasé à l'entrée. L'opéra a été mieux compris, et le public a mieux saisi cette déclamation chantée. Malgré les longueurs des récitatifs, ils sont si intéressants qu'on s'y ennuie point. On a demandé l'auteur à une des représentations avec une constance qui a duré plusieurs minutes.

Rousseau, qui était à Genève, est venu assister à deux soirées de cet opéra, et s'est reconcilié avec la direction de l'Opéra ; il a été obligé de dire, qu'on peut faire de la bonne musique étrangère sur des paroles françaises.

Parmi les chauds partisans de cette musique il faut citer l'abbé Arnaud et Suard. Marmontel, Ginguené, La Harpe et d'Alembert, se rangeaient parmi les adorateurs de Piccinni.

Voici différents extraits de comptes-rendus de l'époque sur Iphigénie en Aulide :

« L'ouverture fait partie de l'action ; elle est pittoresque ; son intention est d'annoncer l'action qui va se passer, et de disposer l'âme des spectateurs ; elle est prise dans le sujet, et commence par un dialogue caractérisé de différents instrumens, qui offre à l'auditeur l'idée et le tableau des situations intéressantes et pathétiques. Les traits de force, de l'harmonie, font un contraste énergique, qu'on pourroît adapter à certains momens de l'action : c'est dommage que le musicien se soit restreint à deux dessins, peut-être trop souvent répétés, ce qui, malgré ces beautés, rend ce morceau de symphonie un peu monotone.

» Agamemnon paroît, et sans interrompre l'ouverture, il chante le

monologue qui suil. Cette manière d'introduire Facteur sur la scène produit le plus bel effet Le célèbre Rameau en avoit donné l'exemple dans Nais. On a donc manqué de justice envers Rameau, en donnant cette idée comme neuve.

» En comparant Tair : Brillant auteur de la lumière^ à ceux de nos meilleurs artistes, on croiroit qu'il manque de noblesse et de mélodie, mais le récitatif, si ma fille amve en Aulide, a paru supérieur à ce qui précède.

» Le chœur de la scène deuxième est bien caractérisé ; l'unité de ses parties compose un tout parfait.

» Le récitatif et l'air : Tu veux que par ma maintremblante^ peignent admirablement; l'orchestre interprête de Diane, repousse avec fureur les prières du Grand prêtre.Cette idée est belle sans doute, mais on a exagéré, lorsqu'on a soutenu qu'elle étoit toute neuve sur notre théâtre.

» Le commencement de la 3"»'' scène est peu de chose, mais l'air : Peuvent-ils ordonner, etc., est très beau jusqu'à, f entends retentir dans mon sein, etc., où il devient sublime et déchirant.

» L'accompagnement en est supérieur, les sons soutenus du hautbois qui gémit en montant chromatiquement par degrés, fait frisonner. Ce dernier vers, Je n'oublierai point, est exprimé avec toute J'énergie du sentiment et de l'indignation. Le chœur : Que d* attraits que de majesté, a paru charmant à tout le monde ; il respire l'innocence et la candeur; l'air : Que j'aime à voir les hommages flatteurs, est rempli de tendresse.

» Le chœur : Non, jamais aux regards du perfide Paris, a paru bien inférieur au précédent, ainsi que le trio des Grecques et l'air: Qui pourra jamais se flatter, etc.

» L'air que chante Iphigénie, Les vœux dont ce peuple m'honore, est rempli de finesse.

» La e"** scène est d'une très belle déclamation et l'air suivant est de la plus grande beauté ; la tendresse qui se mêle au reproche de l'une, la sensibilité impatiente du jeune Héros, la transition du caractère musical à cet endroit, Iphigénie, hélas ! etc., ont été trouvées admirables. Le chœur du 2** acte, Rassurez-vous, belle princesse, est de la plus belle et de la plus agréable simplicité. Les trois notes qui se répètent par écho dans l'accompagnement après les parties chantantes, font une conclusion qui séduit.

;) L'air d'Iphigénie, Par la amnte et par l'espérance, est d'un style

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tout particulier; les imitations de la voix par les instruments font un grand effet, quant à la partie de l'harmonie ; plusieurs personnes ont prétendu qu'il eut été possible de faire un meilleur chant.

» Le récitatif : Aux yeux de tous les Grecs, n'a point paru avoir le caractère de satisfaction et de gaieté qu'il devoit avoir. Ah! grands Dieux, s'écrie Iphigénie,et ce mouvement n'a pas assez de chaleur. Le récitatif d'Achille a paru ne pas plus intéresser non plus que le chœur des Théssaliens, Chantons, célébrons notre reine. L'air, Hector et les Troyens, etc., n'a pas été jugé digne de Gluck. Il semble que Gluck ait négligé cette scène pour faire mieux sentir les beautés du quatuor, Jamais à tes autels, quatuor excellent, exprinié avec toute la noblesse et le sentiment dont il étoit susceptible. La musique de la scène Oui, cest Iphigénie, est rapide et terrible.

» On a trouvé l'accompagnement de l'air : Par un père cruel, un peu sautillant au début.

» Il n'y a qu'un sentiment sur la scène : Iphigénie, ô del ; elle est de la plus grande beauté. Le tableau sous le couteau sacré, est rendu surtout par la symphonie, avec les accents les plus marqués de la tendresse et de l'horreur.

» L'accompagnement du chœur : Non, non, nous ne souffrirons pas, presque toujours contraint par une noire et deux croches, a paru un peu monotone pour la situation.

» Le-dialogue suivant n'a rien de frappant pour la musique.

» L'air ; Adieu, conservez dans votre âme, est digne de l'immortel Pergolèse; mais malheureusement le sentiment déchirant qui y règne et les talents supérieurs de M^^** Arnould, qui ajoutent à ses beautés, la pénible situation du brillant Achille le fait paroitre un peu long ; le reste de la scène est de la plus grande chaleur.

» L'air : Calchas d'un trait mortel percé, doit ses terribles effets plus à la symphonie qu'à la partie du chant. En général, les morceaux de musique de ce genre font plus d'honneur au musicien, qu'ils ne lui ont coûté. C'est un des morceaux le plus nerveux qu'il soit possible de faire dans ce genre.

» La scène. Et toi, soleil, a des effets prodigieux : elle a étonné les connoisseurs qui l'ont regardée comme un chef-d'œuvre ; c'est sans contredit la meilleure de l'opéra. L'artiste a fait passer dans tous les cœurs le trouble, le désespoir, toutes les passions qu'éprouve Clytemnestre. M"® Duplant y chante à faire pleurer le plus froid spectateur.

» A la scène du rivage de la mer tous les cœurs sensibles ont été pénétrés du cbant et des accents plaintifs des instruments, la noblesse et le pathétique de cette invocation attendrissante.

» Le dénouement a sans doute des beautés musicales, qui ont échappé aux spectateurs, à cause du sublime qui les précède ; mais on n'en cite rien d'intéressant. On se proposait de faire des changements, en faisant descendre Diane, etc. Le divertissement est faible.

» En général, les beautés sublimes de Topera surpassent de beaucoup les légers défauts que nous avons notés d'après les connoisseurs. On doit un peu de Tenthousiasme du public à la manière intéressante dont M^^' Ârnould, Duplant, MM. Larrivée, Legros, etc., ainsi qu'à l'orchestre, s'acquittent de l'interprétation.

» De longues disputes sur notre musique n'avaient procuré depuis vingt ans, que de vaines diatribes et des combats indécens.

» Les gens raisonnables, qui n*embrassent les excès d'aucun parti, sautaient bien qu'il y avait beaucoup à faire sur notre chant dans le genre noble; mais c'était à un grand musicien, à un homme de génie, qu'il appartenait de fixer sur ce point nos idées errantes.

» Si nous avons eu des musiciens ingénieux et agréables, nous n'en avions point encore eu de dramatique, dans la véritable acception de ce terme, comme le célèbre Gluck. »

Ce mattre s'exprime ainsi sur sa musique :

« J'ai imaginé que ia symphonie devoit prévenir les spectateurs sur le caractère de l'action qu'on alloit mettre sous les yeux, et leur indiquer le sujet; que les instrumens ne dévoient être mis en action qu'm proportion du degré d'intérêts et de passions et qu'il falloil éviter surtout de laisser dans le dialogue une disparate trop tranchante entre Tair et le récitatif, afin de ne pas tronquer à contre-sens la période, tt de se pas interrompre mal-à-propos le mouvement et la chaleur tte lia soèse.

» lêi cru encore que la plus grande partie de mon travail devoit se réduire à chercher une belle simplicité, et j'ai évité de faire parade de difficultés aux dépens de la clarté. Je n'ai attaché aucun prix 4 la déCMviHte dliAe nouveauté, à moins qu'elle ne M naturellement donnée par la situation, et liée à l'expression; enfin, il n'y a aucune règle i|ue je n'«e cm devoir sacrifier de bonne gi^âce en faveur de l'dfet. »

Itelles sont ies réflexions que fait le chevalier Gluck sur son

art et elles nous paraissent devoir servir de poétique et de r^les aux compositeurs françois qui traiteront le haut genre d*opéra.

Nous allons donner un extrait de cet opéra, qui doit faire époque dans Thistoire de notre théâtre lyrique.

Cet opéra a déjà eu quelques représentations, et se continue avec le plus grand succès ; on y découvre tous les jours des beautés qui avaient échappé aux représentations précédentes ; et le donnoit-on cenj^ fois de suite, on y découvriroit toujours de nouvelles qui caractérisent l'homme de génie, et qui écarteront cette satiété qu*on éprouve aux autres ouvrages de la scène lyrique, lorsqu'on les voit plusieurs fois. (Chronique du temps.)

Jamais le public n'a montré tant d'empressement et d'enthousiasme que pendant cette soirée, qui doit faire époque dans la musique française.

Le Dauphin, la Dauphine, le Comte et la Comtesse de Provence, ont honoré le spectacle de leur présence et ont consacré leurs applaudissements réunis à ceux d'une brillante assemblée.

La plus grande partie de cet opéra est en récitatif, dont le savant compositeur a varié les formes. Il a employé un récitatif en quelque sorte parlé pour les choses qui ne demandent qu'un simple récit, récit dans lequel des traits d'instruments, à des distances éloignées, suffissent pour maintenir le ton de l'acteur ; il a employé un récitatif en quelque sorte déclamé, et fortifié par de grands traits détachés d'harmonie, lorsque les paroles renferment un sentiment ; enfin un récitatif chanté et accompagné pour exprimer la passion ou un grand intérêt; et pe dernier récitatif est ordinairement terminé par un air de passion ou de sentiment qui donne les derniers traits de la vie au tableau ; mais les chants tiennent beaucoup de l'ancien style de LulU, cependant avec beaucoup plus d'eflfets d'orchestre. Il y a des airs d'une modulation simple et douce, des duos de situation, des quatuors bien dialogues, des airs de danse très agréables, entr'autre la passacaille et les gavottes du 2^ acte. M. Gluck n'a point fait tous les airs de danse ; il y a adapté quelques uns de son opéra Don Juan.

On a trouvé des longueurs dans le divertissement, ce qui fait l'éloge de ïa scène qui a de l'intérêt : or, l'acteur souffre d'être longtemps suspendu.

On conçoit que les opinions des amateurs doiveiU être partagées sur ce nouveau genre de musique, ou plutôt sur cette nouvelle forme

de musique dramatique; ils sont tous réunis sur le mérite en général de l'opéra et sur la science profonde et les talents du compositeur; mais ils sont divisés sur le parti que cette nouvelle musique semble avoir adopté.

Mais quelques raisonnements que Ton oppose, il n'était pas moins vrai que cet opéra est un opéra de génie, qui paraîtra d'autant plus admirable, que l'on en étudiera davantage les beautés et les détails; ce qui est bien justifié par son grand succès.

Les rôles de cet opéra sont parfaitement rendus par les premiers sujets.

M"« Arnould charme autant qu'elle étonne dans Iphigénie par son jeu noble et intelligent, par Tâme et la sûreté de son chant, par une expression tendre, vraie et sensible, par sa voix même, qui semble dans cet opéra, prendre plus de corps, de force et d'étendue.

Larrivée, artiste consommé, n'a jamais déployé tous ses moyens, avec autant davantage, d'énergie et de sutcès.

On a beaucoup applaudi Legros et M^^^ Duplant.

Parmi les artistes qui chantaient dans cet opéra, citons encore M"«' Rosalie, Châteauneuf, MM. Durand et Gelin.

Le divertissement du premier acte est de Gardel ; ceux des deux autres sont de Vestris.

Artistes de la danse : M"®* Heinel, Guimard, Peslin, Asselin, Leclerc, Compain, d'Elfèire, Julie, Cléophile, MM. Despréaux, Lefèvre, Simonin, Gardel le jeune.

M"* Heinel, qui eut un accident à la répétition de la veille (18 avril), fut remplacée par M"® Dorival, qui apprit en moins de 4 heures ses entrées de la passacaille. Cette jeune et très admirable danseuse y a recueilli tous les suffrages.

Vers à il/"® Dorival, danseuse.

C'est un enfant, c'est Hébé, c'est l'Amour; Mais sur la scène où le public l'adore, Lorsque des jeux elle conduit la cour, L'enfant n'est plus et l'on voit Terpsichore.

' M"® Dorival était une artiste très aimée du public. Un jour, ayant refusé obéissance au maître de ballets, Gaétan Vestris, elle fut internée auFort-l'Evêque.

Un soir Vestris fut sifflé, hué, et le public lui signifia l'ordre de

délivrer la prisonnière, ce qui eut lieu. Rentré sa partenaire à la main, le public lui fit une ovation formidable.

Il fallait prendre des mesures énergiques pour éviter le désordre. Dès H heures du matin, une foule compacte stationnait au bureau de l'Opéra. Les gardes étaient triplées.

Le soir, toute la cour se rendit au théâtre. M"^ Arnould chanta le rôle dlphigénie avec une expression remarquable. Larrivée, Legros, et M"« Duplant s'acquittèrent convenablement de leurs rôles. Onbissa Touverture, mais l'ensemble de l'œuvre fut reçu avec une certaine froideur. Marie-Antoinette et toute la cour donnèrent avec frénésie le signalement des applaudissements. (Revue du temps.)

On publia la lettre écrite par Marie-Antoinette à sa sœur Marie- Christine, à l'occasion de cette pièce, extraite de ses correspondances inédites, publiées en 1868, par le comte Paul Vogt d'Holstein.

Voici le titre de la partition publiée à Paris :

Iphigénie en Aulide, tragédie^ opéra m trois actes, dédiée au Roi

par M. le chevalier Gluck. Représentée pour la première fois à

. l'Académie de Musique, le mardi 19 avril 1774. A Paris, chez M. le

Marchand, m*^ de musique, rue Fromenteau, et à l'Opéra. 298 pages.

L'auteur la dédia au roi. Voici cette pièce curieuse :

** Lorsqu'à l'exemple des Grecs, Auguste, les Médicis, Louis XIV, accueillirent et recompensèrent les Arts, ils avoient un objet plus important que celui de multiplier les amusemens et les plaisirs; ils envisagèrent cette partie des connoissances humaines comme un des plus précieux anneaux delà chaîne politique; ils savoient que les Arts seuls ont l'avantage d'adoucir les hommes sans les corrompre, et de les disposer à la soumission sans les avilir.

» Dès votre avènement au trône, Sire, vous vous montrez animé des mêmes principes et des mêmes vues ; pendant que Votre Majesté travaille sans relâche au soulagement et à la félicité de ses sujets, elle ne dédaigne point l'hommage que j'ose lui faire, et en me donnant les premières preuves de sa protection pour les Arts, elle fait le bonheur et la gloire d'un Etranger qui ne le cède à aucun François en zèle, en reconnoissance et en dévoûment pour votre personne sacrée. »

La première représentation A'Iphigénie devait avoir lieu le 13 avril, mais une indisposition d'un chanteur la fit retarder.

Faisons suivre d*autres détails :

i'^ représentation de cet opéra. Vers H heures la foule était telle au guichet, qu*on dut tripler la police pour éviter de désordre. La Dauphine s'étant alarmée des rumeurs de cabales, avait donné ordre de prendre des précautions contre toute manifestation hostile. Toute la cour se rendit vers 5 V2 heures à l'Opéra.

Une foule nombreuse envahissait toutes les places du théâtre.

Aux premiers accords de Torchestre un silence s'établit dans tous les coins. L'ouverture fut bissée, mais le public ensuite resta assez indifférent aux formes dramatiques et au genre de musique de cet opéra.

Ce fut Marie*Antoinette qui donna le signal des applaudissements. Cette princesse écrivait peu de jours après une lettre à sa sœur Marie-Christine, et dans tout son enthousiasme pour Gluck elle s'exprime ainsi :

« J'en ai été transportée ; on ne peut plus parler d'autre chose ; il règne dans toutes les têtes une fermentation aussi extraordinaire sur cet événement que vous ne le puissiez imaginer, c'est incroyable; on se divise, on s'attaque comme s'il s'agissoit d'une affaire de religion ; à la cour, quoique je me sois prononcée publiquement en faveur de cette œuvre de génie, il y a des partis et des discussions d'une vivacité singulière. Il paraît que c'est bien pire encore à la ville.

n Gluck se montre très satisfait. «

Le vendredi, à la seconde représentation, il y eut encore une grande affluence, et même des spéculateurs gagnaient des sommes considérables en s'accaparant des billets de certaines places. Il y avait telle affluence, que l'administration fut forcée de placer a toutes les entrées des gardes. La musique provoqua ce jour un véritable enthousiasme, et le public demanda à grands cris Gluck. Celui-ci étant soidisant malade, le public en fut averti à la fin de la représentation.

On a trouvé que les ballets étaient négligés. On les a fort raccourcis à la a**" représentation ; si le genre de Gluck prend, il faudra nécessairement changer la forme de nos ballets. L'intention du musicien paraît avoir été de faire des ballets une partie essentielle et nécessaire de l'action, au lieu que dans nos opéras modernes, si Ton excepte Darianus, Castor et Pollux, auxquels la danse est essentiellement liée, ies ballets sont parasites, amenés par force et ne tiennent

à rien. En un mot, M. Gluck parait s*étre fait un principe de faire concourir à l'effet général, la danse et la musique.

M. Gluck est venu détruire le paradoxe, devenu préjugé parmi nous, que notre idiome était incompatible avec la musique. (Selon J.-J. Rousseau.)

Aux représentations suivantes toujours même affluence, même admiration, même enthousiasme.

La mort de Louis XV a suspendu du H mai jusqu'au 13 juin les représentations de cet opéra.

On prépare à l'Opéra : le Siège de Cythèi^e, de Gluck. C'est un opéra d'été qu'il a fait, dit-il, pour les doubles; mais je suis curieux d'entendre Alceste. (Chronique du temps.)

Pierre Berton, chef-d'orchestre à Bordeaux et à l'Opéra de Paris, est nommé administrateur de l'Opéra, et y resta jusqu'en 1780. Ce fut pendant sa direction que Gluck et Piccinni vinrent à Paris et que s'effectua en France la révolution de la musique théâtrale.

C'est lui qui essaya de réconcilier ces deux grands musiciens, et à un souper, où après s'être embrassé, ils causèrent très intimement.

C'est en partie à Berton que l'orchestre de l'Opéra doit sa gi'ande réputation. Il décéda à Paris, le 14 mai 1780, à la suite d'une fluxion de poitrine, que lui occasiona la reprise de Castor et Pollux.

Gluck avait tant de confiance en Berton, qu'il le chargea de composer les airs de danse de Cythère assiégée.

Il était père de Henri Berton, qui vécut avec W^ Maillard, (artiste de l'Opéra), auteur de plusieurs pièces.

10 mai. Décès du roi Louis XV, âgé de 64 ans.

Les spectacles, qui avaient été suspendus le samedi, 30 avril, comme un témoipage d'alarme des citoyens sur l'état du roi, ont enfin repris le 18 juin, sous le nouveau monarque.

Ce jour on reprit à l'Opéra le Carnaval du Pûrnasse, de Mondonville. Cet opéra, repris déjà en 1759 et 1767, fait encore plaisir aux amateurs d'une musique douce, agréable et bien modulée.

11 est bien remis avec M"^^ Larrivée, Beaumesnil, MM. Legros, Durand .

Les ballets de Vestris et Dauberval, sont dansés par M"®^ Heinel, Guimard, Peslin, MM. Vestris et Dauberval.

La danse a acquis une perfection qui la lait dominer dans lous les opéras.

On se dispose à donner à l'Académie : Orphée^ opéra célèbre de Gluck, joué dans d*autres pays.

16 juin. Aux Italiens : VAmi de la maison, de Grétry, pièce cbarmante et le chef-d'œuvre de Tart et du goût pour la musique.

mme Triai y remplace M"« Laruelte dans le rôle si ingénu d'Agate. Elle a été très applaudie, tant à cause de la beauté de son organe et de la précision de son chant, que pour l'agrément et la finesse de son jeu.

Clairval est excellent dans Célicour, et Nainville a fait le plus grand plaisir dans le rôle d'Oronte.

On ne pourrait entendre une basse-taille plus belle, plus franche, plus flatteuse, et qui fasse désirer davantage que cet acteur, qui a d'ailleurs beaucoup de talent.

Julien est applaudi comme acteur et comme chanteur dans le rôle de Cliton, qu'il rend avec autant de chaleur que d'intelligence.

M"»« Billioni a joué et chanté avec beaucoup d'âme et de talent le rôle d'Orphise.

18 juin. La Rosièt^e de Salency, de Grétry, réduite en 3 actes.

La musique de Grétry a fait un nouveau plaisir par la fraîcheur délicieuse de chants neufs, variés et très piquants. La pièce est très bien jouée.

19. Début de M"* Louise Lefèvre, (qui épousa J. Gourgaud dit Dugazon), dans Silvain, rôle de Pauline.Cette artiste est devenue une célébrité et créa plusieurs rôles importants aux Italiens. Elle prit sa. retraite en 1792, mais en 1795 elle continua à chanter à FOpéra- Comique, d'où elle se retira en 1806. Divorcée à cause de griefs réciproques, elle décéda à Paris, le 22 septembre 1821.

Elle débuta déjà aux Italiens dans la danse en 1767, quand elle n'avait que 14 ans.

Cette artiste avait la voix délicate, un jeu expressif et un talent hors ligne de cantatrice.

Après une maladie grave, elle rentra aux Italiens le 3 juin 1784, et un enthousiaste de son talent lui adressa ces vers : Au gré de nos désirs, te voilà rétablie ; Momus va rentrer dans ses droits.

Et jeudi, trois du présent mois.

On donnera le retour de Thalie, (i)

(i) Pièce de Sedaine et Grétry, jouée aux Italiens le 28 avril 1783, sous le titre : ThalU au nouveau théâtre.

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3S juin. Aux Italiens : Peirin et Lucette, en i actes, de Davesnes et Cifolelli, célèbre inandoliniste.

L'un et l'autre ont été demandés avec beaucoup d'empressement.

Cet opéra n'a eu que sept ou buit représentations.

A l'égard de la musique, elle repond assez à la pièce ; il a néamoins du goût et un cbant assez facile; en général, elleparoit faire assez de plaisir.

Nous craignons que le succès qu'a semblé avoir l'ouvrage, ne soit pas de longue durée : ce n'est pas par des catéchismes de probité qu'on amuse longtemps le public.

La musique de Cifolelli est dans le bon style italien ; son harmonie tend à l'effet. Les motifs de ses chants sont bien choisis et modulés avec art. On y désire en général une expression plus originale et plus sensible. (Chronique du temps.)

M"* Trial, MM. Clairval, Laruette, Nainville et Colalto, ont joué avec beaucoup d'intelligence et de talent les principaux rôles de cette pièce. La veuve Duchesne en publia le poème.

M"® Malet a débuté à l'Opéra. Elle possède une voix agréable, flexible et étendue, quoique gênée par la timidité et le peu d'habitude du chant dramatique.

On a renvoyé de TOpéra la danseuse Allard.

Le 4 juillet, M"« Duval débuta dans le rôle de l'amour de Théonis.

Le concert spirituel exécuta des nouveaux motets de Rey, Durante, Saint-Amant, Richter, Langlé, Alexandre, Cambini, Moreau, Gossec.

18 juillet. Aux Italiens : La peur de rien^ intermède en i acte, de Marsollier et Darcis. On l'intitula après : La fausse peur.

Darcis (François-Joseph), né à Paris en 1759, un des meilleurs élèves de Grétry, composa la musique de cette pièce.

Le poème est composé d'après ledramedeCarmontèl, les Proverbes.

Nous lisons dans un ancien journal :

« La musique, qui est de M. Darcy, jeune élève de M. Grétry, soutient les espérances que fait concevoir un compositeur de 15 ans, et qu'un de nos plus célèbres musiciens a jugé digne de ses leçons. L'ouverture en est harmonieuse et piquante : une polonaise qui en fait partie a paru intéresser vivement le public. »

C'est grâce à la protection de Grétry que l'opéra de Darcis a été joué.

On indique sur le poème : Musique de Darcis, élève de M. Grétry, âgé de 14 ans et demi.

— ÎIO —

Cette pièce n'a en qu'un faible succès. La musique est d'un très jeune homme, qui a montré du talent.

Les auteurs ont mis dans la pièce beaucoup d'intelligence et de vérité .

Le style n'est pas encore fait comme il pourra l'être avec l'âge par l'expérience. Grétry et d'autres habiles musiciens ont accoutumé le public à entendre à ce^ théâtre une musique tour-à4our pittoresque, éloquente, expressive et passionnée, qui sait imiter avec précision et se montrer la fidèle interprète des sentiments et des passions.

On veut aujourd'hui sentir partout dans les compositions musicales cette vérité embellie qui est le secret du génie et le charme de l'art imitateur. (Mercure de Frcaice.J

Artistes : M"~ Trial, Moulinghem, MM. Suin, Meunier, Trial, Julien, Desbrosses.

Le jeune artiste dédia son opéra à sa mère.

Dans un avant-propos le père de l'auteur écrit :

« Je finis en remerciant le public de Taccueil qu'il a daigné faire à mon enfant; mais tout père que je suis, la nature ne m'aveugle point, et j'ai regardé ses applaudissemens plutôt comme des encouragemens que comme des éloges. »

Poème avec quelques airs, Paris, Valade, 1778.

La pièce étant un peu décousue, on en retrancha plusieurs morceaux.

En 1774, on publia à Paris la partition de la Rosière de Salency. Paris, chez l'auteur, rue Traversière.

On continue avec succès la Rosière de Salency, de Grétry.

Un chroniqueur s'exprime ainsi sur cet opéra :

« On se réunit à porter sur la musique douce, ingénieuse et fraîche de M, Grétry la plus grande partie du succès de cette pièce, jouée d'ailleurs en perfection par M"*« Trial, dont la voix et le talent semblent s'augmenter tous les jours ; par Clairval, si adroit à rendre avec justesse les différents caractères dont on le charge, et par Nainville, Trial etLaruette, toujours agréables au public. »

L'opéra : Le Catuaval du Parnasse, de Mondonville, repris probablement à l'occasion de son décès, attire toujours de monde à l'Académie royale de musique.

27 juillet. Service à l'abbaye de St. Denis, pour le repos de l'âme du roi. La musique du roi chante la messe des morts de Delfer (i) et

(i) Delfer nous est incbnnu .

le De Pi'ofundis de Mahieu, maftre de musique du roi en semestre, (i)

On se dispose à donner à l'Opéra : Azolan, de Floquet.

Urnes Xfiai^ Beaupré, Gaut. Moulinghem, Desglands, Lefèvre, MM. Trial, Julien, Nainville, sont très applaudis dans les Nymphes de Diane, Jamais l'Opéra-Comique n*a été si bien exécuté.

On va donner aux Italiens : Le Retour de tendresse, de Méreaux.

i août. A l*Opéra : Oi-phée et Eurydice, [t) en 3 actes, de HoHne et Gluck.

Le transport avec lequel il vient d'être reçu à l'Opéra, malgré la vieille cabale des Lulli et des Rameau, prouve le progrès que ce célèbre compositeur a déjà fait faire au goût de la nation.

Legros s'y distingue tout particulièrement à côté de M"« Arnould.

Les ballets sont très analogues au sujet et d'une harmonie plus noble et plus soutenue que ceux d'Iphigénie,

Ce drame avec sa musique colorée et pathétique, arracha des larmes à ce public transporté par la belle harmonie et Torchestration variée de cette partition.

J.J.Rousseau, qui s'était lié intimement avec Gluck, assista à toutes les représentations de ces opéras.

Interprêtes : M"«^ S. Arnould, Rosalie Levasseur, Mallet, M. Legros.

Cet opéra fut repris en 1783. Il y a de beaux ballets, dansés par M"«« Heinel, Vernier, MM. Veslris et Gardel.

Sur la proposition de Gluck on supprima à l'Opéra le clavecin d'accompagnement, qui fut remplacé par la harpe.

On lit dans une revue :

<K La grande réputation dont jouit la mnsiqae d'Oiyhée dans tous les pays où il a été joué, intéresse avec raison la curiosité des amateurs.

» Le second acte d'Orphée est un des plus beaux et des plus pathétiques qu'ait pu produire la musique du grand opéra. »

Après la première représentation d'Orphée, de Gluck, ses ennemis répandirent cette épigramme :

Lorsqu'on son amoureux délire Orphée affronta TAchéron, Les sons ravissans de sa lyre Fléchirent le sombre Pluton.

(i) Le 12 septembre on chanta pour l'âme du roi à Perpignan, la messe de Gilles. (2) En 1880-81 on a représenté & Leipsick tous les opéras de Gluck. La même année on joua à Hamburg : Iphigénieen Aulide et Iphigénie en Tauride.

Mais Oltuih, au chantre de la Thrace, Donne une arme plus efficace ; Car, pour tirer de chez les morts Plus sûrement son Euridice, Il lui prête ses froids accords, Afin d endormir leur malice.

L'ouverture est un beau morceau qui annonce très bien le genre de ce spectacle. Il a paru que le motif où le trait principal se représente trop souvent. Le chœur de la pompe funèbre est de la plus riche et de la plus touchante harmonie. Les cris d'Orphée qui appelle son Euridice, sont d'un grand pathétique. Tout ces morceaux et les airs attendrissants qui le suivent, répandent dans Tâme la tristesse. On est enchanté des chants doux et insinuans de Tamour consolateur. L'air, l'espoir venait dans mon âme, ne peut être plus brillant, mieux ordonné, mieux contrasté et plus propre à faire ressortir le talent d'un habile chanteur et d'une voix superbe, tel que M. Legros.

Le chœur terrible et le fameux non des démons, en opposition avec la prière et les accens si tendres et si touchants d'Orphée, dont l'accompagnement est imité de la lyre, produisent le plus grand effet. Il y a bien de l'art encore dans la manière dont le musicien a su rendre la pitié contrainte des démons qui ne pouvant résister au talent vainqueur d'Orphée, lui ouvrent le chemin des enfers. La pompe funèbre, les enfers, etc., rappellent les mêmes tableaux de Co^^or, de Rameau. Nous croyons que la musique du compositeur français est mieux sentie, plus appropriée, et, pour-ainsi-dire, plus locale que celle de Gluck. Elle est ici empruntée du genre pastoral; et il lui fallait peut-être une autre nuance.

La scène du 3"® acte, entre Euridice et Orphée, est languissante, malgré le duo sublime, de la plus étonnante et de la plus vive expression, qui seul suffirait pour caractériser un homme de génie.

Le récitatif de cet opéra se rapproche beaucoup de celui de Lulli, mais de son récitatif débité, déclamé et parlé comme vraisemblablement ce musicien le faisait exécuter, et non chanté, comme il Ta été abusivement après sa mort.

Les musiques de symphonie et d'accompagnement sont bien faits, quoiqu'ils paraissent quelquefois chargés de beaucoup de traits et d'accords recherchés et contrastés, qui embarassent souvent l'expression d'autant plus sûre qu'elle est moins compliquée.

M"<^ Beaumesnil, actrice aimable, sensible et musicienne excellente, remplace M"* Arnould, absente.

M'^* Rosalie (Levasseur) joue et chante avec beaucoup d'agrément son rôle favori de Tamour.

M"« Châteauneuf la remplace dans ce rôle, et y est applaudie.

Les ballets sont de Gardel et Vestris.

Les premiers sujets figurent dans ces ballets, qui forment toujours un spectacle attrayant.'(i)

Cet opéra, quoique fort applaudi, ne nous paraît pas avoir excité un enthousiasme aussi général que celui i'Iphigénie; mais ses admirateurs le mettent beaucoup au-dessus.

On a trouvé l'ouverture aussi détachée du sujet que celle ilphigénie y étoit liée ; celle-ci faisoit partie du tableau. Celle d'Orphée est un tableau séparé qui ne tient à rien. Il semble que H.Gluck ait pris une symphonie au hasard, pour servir d'introduction à cet opéra. On pardonne moins cette négligence à M. Gluck qu'à tout autre. Peut-être a-t-il craint d'affaiblir le caractère de ce beau chœur de la suite d'Orphée et des nymphes, par où l'opéra commence :

Ah ! dans ce bois tranquille et sombre.

La musique de ce chœur plonge l'âme dans la tristesse. On l'a comparé avec celui de Castor et Pollux, Que tout gémisse. C'est injustement qu'on a dit que celui d'OrpA^^ étoit inférieur à celui de Rameau, peut-être plus pathétique et d'un style plus nerveux, sans être Supérieur à celui de M. Gluck.

(i) Orphée fut donnée à Vienne le 5 octobre 1762.

Déjà en 1763 il fut question de donner Orphée à Paris. Par Tentremise du comte de Durazza, on expédia la partition à Blaudel à Paris, qui devait la remettre à Favart, chargé de la faire graver.

La gravure d'après Favart coûtait 800 livres.

Cette partition fourmille d'erreurs ; Duni avait refusé de la corriger, et c'est F. A. Philidor qui s'en chargea.

Favart reçut une somme de 1,500 livres par les mains de Piller pour la gravure di^Orphée*

Gluck devait arriver à Paris au mois de mai, et Favart offrit à l'illustre maître de loger chez lui.

La France musicale de 1859 donne de très curieux détails sur Orphée, dans quelques articles signés d'Aristide Farrenc.

On y trouve la lettre de Favart à Gluck quant à Thospitalit'é que celui-ci lui offrit.

Les symphonies, peraiant les cérémonies funéraires, sont d'un chromatique froid, sa longueur la rend fatiguante; elle déchire roreille sans affecter Tâme.

L'air : Objet démon amour, que chante Orphée seul, a trois couplets coupés par un récitatif. Il est charmant; quoique répété, on l'entend avec un nouveau plaisir.

L'ariette : V Espoir renaît dans mon âme, a été jugée très belle, tant pour le goAt du chant que pour la partie des accompagnements. H. Legros la rend d'une manière supérieure.

Le chant des vers Non, non, etc. est très touchant. On a coBjparé l'expression de ce refus à celle du refus des Démons dans la Psyché, de Mondonville, et plusieurs ont donné la préférence au musicien français. Le chœur des Démons, Par quels puissants accords, a paru de la plus grande beauté.

Aux ballets, il y a un air de flûte qui respire la volupté et qui est supérieurement exécuté par M. Rault.

L'air chanté alternativement avec le chœur : Cet asyle, aimable et tranquille, forme des tableaux les plus délicieux.

La prière : vous, ombres que j'implore, est d'une grande beauté; la partie du hautbois, les tenues du basson et raccompagnement pizzicato, font le plus grand effet ; la fin du chant vocal ne répond pas au commencement.

Le duo dialogué : Suis un époux qui (adore, a été regardé comme un chef-d'œuvre.

Avant de reprendre le commencement de l'air : Fortune ennemi^, il y a une tenue d*instruments à cordes à petits coups d'archets, qui produit le meilleur effet.

On a observé en général que la touche de Gluck, quoique délicate et forte; n'était pas aussi propre à rendre les sentiments agréables que les sentiments de tristesse et mélancoliques et les images terribles.

Malgré les défauts de cet opéra, Gluck paroîl avoir soutenu dan& Orphée la réputation qiïlphigénie lui a acquise en France, Quelques mauvais plaisants ont appelé Otyhée un demi-Castor. Les moyens dont Rameau et Gluck se sont servis pour réussir, sont si différents, qu'il seroit presqu'impossible d'en faire une comparaison tant soit peu exacte.

Dans les ballets, M»^» Guimard, Heinel, MM. Vestris et Gardel se sont distingués.

M. Gluck a très bien lié 4ans cet opéra les ballets à Faction, ils en font une partie essentielle comme dans Castor^ et beaucoup mieux que dans Iphigénie. On attend avec empressetnejit l'opéra à^Alceste^ musique supérieure, dit-on, à tout ce que nous connaissons de Gluck. (Journal politique.)

Il est étonnant que M. F. Clément ne touche mot du succès ou de l'insuccès de cette pièce à Paris, La direction du Journal politique reçut une lettre anonyme en réponse à la revue-critîque d'Orphée.

Nous renvoyons le lecteur à cette longue réponse qui se trouve dans la livraison du mois de décembre 1774.

Le Journal politique écrit encore d'Orphée :

« Il n'est pas ici question d'apprécier la musique de Gluck. Trente ans de succès et les applaudissemens de toute l'Europe la mettent ain-dessus de la oritiqii»e.

» Quant à la musique, quel plus beau eframp que les soupirs du père dé l'art dans »fte oceaston où son ccetir si vivement décbiré ajoutoit àsestalens acquis toiile l'expression de la nature. Quelle source plus féconde de scènes variées qu€ les différentes situations où J1 étoit si facile de (me jnrottre Orphée. Cofl»bien H. Gluck auroit ilala encore plus d'énergie, de profondeur, d'horreur effrayante dans la scène des furies s'il avait été animéffuidé^ar «ne poésie digne de lui.»

Orphée, de Glscfk, a proditil 334«M0 ft^es, recette imuie dans tes âfitisâes de t'Ofiér^.

La reine aftit ^rvcMf àGUick Me pensiofi aMiielle de 6000 livres.

L'empereur i'ÂMidBte M accoude une peasion de 9000 écus, avec permission de se rendre à Paris tOQs les ans pour la représentation de ses opéras.

A Jlf "« Heinel, de VOpéra. — Bouquet.

Pour vous faire un bouquet digne de Terpsichore, fieîle Nanon, dont les pas enchanteurs Rappellent cette muse et ravissent les cœurs ; J'épuiserais envain tous les présens de Flore.

M. Flandy,

L'orchestre de l'Opéra.

L'orchestre si justement renommé de ce théâtre n'a jamais mieux répondu à la haute idée que Ton a de son exécution, de sa précision et de son intelligence.

Il fait unité et un ensemble parfait avec le chant, l'action et les danses.

Nous devons en particulier des éloges à M. Rault, célèbre flûtiste, qui semble se surpasser dans le long récit et dans l'accompagnement qu'il fait entendre dans Orphée, et qui est généralement applaudi par les amateurs sensibles.

H'^"^ Malet, élève de Legros, et attachée jadis à la musique du duc de Noailles, est excellente musicienne; elle a un bel organe, avec tous les avantages qu'il fut pour réussir.

H août. Aux Italiens : Les Nymphes de Diane, opéra-comique en 1 acte, de Favart et J. B. Moulinghem, artiste hollandais.

Beaucoup d'esprit et de gaieté, l'accompagnement de parodies des airs connus et bien choisis, tous ces avantages distinguent les pièces charmantes de Favart.

Cet opéra a eu du succès et fut fort bien joué.

M. Félix Clément dit qu'il fut représenté en 1762.

M"® de St. Marcel, qui a souvent consacré sa voix et ses talents sur le clavecin, la guitare et la harpe, au soulagement des captifs, des pauvres, des prisonniers, etc., qui a acquis beaucoup de réputation, s'est fixée à Paris pour se vouer à son art.

Elle s'est fait entendre avec Hausbrouck, virtuose très célèbre chez le prince de Condé. Cette artiste donnait un concert chez elle tous les mardis à 5 heures. Elle y chante des morceaux choisis et variés en s'accompagnant de différents instruments qu'elle joue.

On a soin de faire la lecture de quelques poésies fugitives, pour varier ces concerts intéressants.

M"« de St .Marcel donne des leçons chez elle et en ville.

L'Opéra continue en septembre avec succès les représentations, d'Orphée. La musique de cet opéra gagne à être entendue ; elle produit d'autant'plus d'effet, que l'on a eu plus souvent occasion de la détailler et de k méditer.

L'auditeur attentif y découvre le génie fécond du grand maître, qui maîtrise spn art, qui sait toujours employer le langage énergique du sentiment et des passions. ""

1 octobre. Aux Italiens : Le retour de la tendresse, en 1 acte, d'Anseaume et Héreaux.

Méreaux, excellent compositeur, a mis beaucoup d'expression et d'effet dans sa musique; ses motifs ou sujets de chant sont bien choisis et supérieurement traités. Il a été généralement applaudi. On pourrait peut-être désirer qu'il s'étudiât à appliquer plus particulièrement le caractère et l'expression propre à la musique, au sentiment et à l'état des personnages. Cette pièce est bien jouée par M"«* Bîllioni, Beaupré, Bérard, MM. Trial, Nainville, Julien.

Poème, Paris, veuve Duchesne.

Méreaux avait été demandé par le public, et par un geste de modestie, a paru envoyer à l'orchestre les applaudissements dont on le comblait.

Ce musicien est auteur de l'oratorio Esther, exécuté au concert spirituel en 1778.

On représenta de lui à l'Opéra : Alexandre atuxr Indes (1783), OEdipe et Jocaste, et aux Italiens : Le Duel comique (1776), Laurette (1782), Domenon etBeauval (1787), l'Inconnue.

Gerber cite encore de lui l'opéra Fabius, et Schilling dit qu'il composa aussi l'oratorio : Samson.

Comme nous trouvons très peu de renseignements sur ce maître dans les ouvrages français, nous extrayons du Lexicon de Schilling :

« Im ^isten Jahre seines Lebens war er bis an seinen Tod einer der beliebtesten und auch wûrdigsten franzôsichen Componisten fur Theater und Cammer. Abt Gerber, mit dem er auch in dnem sehr lebendigen Biiefwechsel stand achtete ihn vor allen franzôsichen Componisten seiner Zeit »

On le voit, Gerbert l'estimait avant tous les compositeurs français.

Des Lauriers, à Paris, publia en 1783 la partition A' Alexandre aux Indes.

Orphée attire toujours du monde.

M^^^ Dufayel, jeune danseuse, a débuté aux Italiens dans Sylvain^ le Déserteur y etc.

Elle a la figure jolie, beaucoup de vivacité, un petit air de malignité charmante, une voix jeune qui ne demande qu'à se développer.

Elle ooiitlMie aes étades sous la directiM de M*^« Beaupré 61 Mien.

Gfétry publie la partitio» de te Roiière is Salmcy. Prix : 18 Kvres. 1! habitait alors rue Traversière, quartier St.-Honoré.

On publie ieaairs détachés du Retour de lateHiresse, deN.-J. Méreaux.

M octobre. ContiMMUioii des débuts aux Italiens de M*^Soi>hie Dulhyel, (née en il^^ dans Lueile de Sylvain,

Sa beauté, sou dévouement et son aptitude, lui attirèrent la fàTêur du public. Elle se relira eu 1779.

On TaccMa d*avoir ?Ottln enpoisoBner sa jeune soeur Au^osline Dutayel, qui obtint beaucoup de succès a«x Italiens, à son d^bfut, le 3 février 1779.

Sophie Dufayel avait la voix fratcbe et une channantei ^re.

18 novembre. A ropdra : Azolm, ballet héroique m S actes de Le M onnier et Floquet^

Floquet, avantageusement connu par Topera VUnion de VAmour et deti AtU, a soutenu dans ce nonvel opéra l'idée quMI atait donné de son talent. On a applaudi principalement les effets de sa nrasiqu^, sttftout ses airs et ses morceaux de dao&e. La chacone, qui termine le S^ acte, peut-être comparée à celte si vantée de son premier opéra.

Artistes : M*^" Beaumesnil, Rosalie, MM. Larrivée, Legros, Beauvalet.

Ballet par Gardel. La direction n*a rien négligé pour donner de réolat et de la magnileeuce à ce nouveau spectacle.

U y a eu des patliea très applaudies. Cette pièce provoqua une vive Itttte entre les partisans de Gluck et Floquet. Les amis de Gluck iijtrifuaiwt tellement, que Torehestre fit son possible pour faire mnnqwr eet ouvrage.

A i» quattiè«ie. lepiésentatioA il y avait peu de mo9de à la suite de cette cabale, cependant il y avait une leprtse aux représentations s«iv«9iei. U y ^ dea aoclamaticms eit faveur d« la Gtttmard et Vestris.

yt ViMm é^k : f Cta ^ donné à l'Opéra: 4«^aH, qui n*a ea aucun succès.

» La musique est aussi riche qiie inauvr^ d*€^xj^^»ons On n'a

imm ms^wé tfM 4e mi^y^m pow pice^uixe sji ffm d'effet ce qui

est précisément le contraire du talent en tout genre. l4^ paio^ soait fM a^td^oiH ^e la PM^iiVlè, c'e|sHhd^*e: aMIe^soiift dQ ri^nth On

ce qu'il pensait de cet opéra. Ah! répondit-il tristement, f ai perdu mon Eurydice, Gluck n*a point d'admirateur plus passionné que Rousseau ; il n'a pas manqué une seule représentation^ La musique de Gluck l'avait réconcilié avec la vie. »

Azolan ou le Serment indiscret, de Floquet, qui se hasarde à jouer sur ce champ de gloire contre le redoutable M. Gluck. Cette espèce de duel entre deux musiciens est moins extraordinaire que de voir Henri IV occuper tout-à-la-fois les deux autres théâtres. (Chronique du temps.)

M"" Marie-Joséphine Laguerre, élève de Piccinni, était admise dans les chœurs de rOpéra.

Elle débuta dans Adèle de Ponthieu^ de La Borde, puis chanta dans Alceste et dans d'autres pièces importantes. Elle devint la rivale de M"*"* Levasseur et Arnould. Sa voix était touchante, d'une pureté extrême et d'une grande fraîcheur.

A cette époque beaucoup d'artistes de théâtres, pour des punitions, furent les habitués du Fort-l'Evêque, soit pour quelques jours, soit pour plusieurs semaines. M""" Laguerre, attachée à l'Opéra, y passa également quelques jours. On prétend qu'elle se hasarda d'entrer en scène dans un état d'ivresse, et qu'elle était en très bons termes avec le duc de Bouillon.

Un farceur lui adressa les vers suivants à ce sujet :

Bouillon est pieux et vaillant,

II aime Laguerre, A tout autre amusement

Son cœur la préfère.

Ma foi ! vive un chambellan .

Qui toujours s'en va disant :

Moi, j'aime Laguerre, 6 gué !

Moi, j'aime Laguerre*

Au sortir de l'Opéra

Voler à Laguerre, De Bouillon qui le croira.

C'est lé caractère; Elle a pour lui des appas Que pour d'autre» elle n^a pad.

Enfin, c'est Laguerre^ 6 gué !

Enfin, c'est Laguerre.

Un soir, lorsqu'elle chanta le rôle A'Iphigénie, dans la pièce de ce nom, le public la voyait chanceler, et une grande émotion accompagnée de rires et de huées, se manifesta dans la salle.

Cette artiste^ douée de précieuses qualités artistiques, décéda à Paris, (où elle naquit en 1755), le 14 février 1783.

Selon M. Fétis elle laissa une fortune considérable, quoi qu'elle ne chanta que quelques années.

M"* Laguerre offrit un jour des pierres précieuses à la duchesse de Villeroi, en ajoutant qu'elle savait chanter. La duchesse lui trouva une belle voix et la fit entendre devant la célèbre Arnould qui lui procura d'excellents maîtres. -

Il paraît qu'elle eut pour amants les plus grands seigneurs.

Voir sa notice dans la Biographie universelle, de M. Fétis.

On a sur elle la brochure : Une vente d'actrice sou^ Louis XVL Jlf"* Laguerre de r Opéra, son inventaire, meubles précieux, etc., par le baron Charles Davillier. Paris, Aubry, 1870. In-8".

14 novembre. Aux Italiens : Henri IV ou la bataille d'Ivf^, en 3 actes, de M. du Rosoy et Martini. Cette pièce a eu beaucoup de succès.

On n'en doit pas moins des éloges à Martini, qui connait les bons effets de musique, qui a des chants agréables, et qui se venge habilement de la contrainte de la scène, lorsqu'il peut y briller, et qu'il est maître de développer ses talents dans les entr'actes.

M"« Trial y chante Eugénie avec ce charme de la voix, du goût et du sens, qui la rend si intéressante.

Les autres rôles se chantent par M"»** Billioni, MM. Trial, Narbonne, Suin, Meunier, Julien, Clairval.

La musique en général a fait plaisir ; on a été flatté de retrouver dans un des entr'actes, l'air : Charmante Gabrielle, célèbre par le cas qu'en faisait Henri IV et par la part que son cœur y prenait.

L'opéra est très bien chanté par M™ Billioni, Trial et Nainville. (Chronique du temps,)

Le Journal politique en donne l'analyse.

Quant à la musique d'Henri IV, le premier jour on remarqua deux cabales dans le parterre. Tout le monde s'accorde à concevoir, que cet ouvrage ne vaut pas VUnion de V Amour et des Arts. La partie du

chant est réputée la plus médiocre. Il y a de meilleures choses dans les airs de symphonie, mais beaucoup de réminiscences. Partition, Paris, Sieber.

A Clairvalt représentant Henri IV,

De ton art tu combles la gloire, En nous montrant notre héros.

Aussi grand avant la yictoire Qu'intéressant par ses travaux.

Sa bonté touchante Se retrace au cœur attendri, Et quel François ne t'admire et ne chante :

Vive Henri, vive Henri.

GUERIN DE FrÉIHCOURT.

Le Mercure de France donne une pièce de vers sur le même artiste de la composition de M. Dusausoir.

M"« Léonore, sœur de Thomassin, a débuté à ce théâtre dans les rôles d'amoureuses. Elle a une jolie figure, une voix sonore et l'habitude de la scène. Elle a du feu dans son jeu.

17 novembre. Reprise pour les jeudis du Carnaval de Parnasse^ avec M™« Larrivée (Thalie), Durand (Momus) et Muguet (Apollon).

Ces trois artistes y sont très acclamés.

On propose une souscription pour le portrait de Gluck. M. Pries est chargé des souscriptions. Chaque souscription est de 60 livres.

Exécution au Concert des Amateurs de l'oratorio : Le Sacrifice d'Abraham, paroles et musique de Joseph Cambini.

Gluck est de retour à Paris. On arrange son Alceste, sur des paroles françaises, et en attendant on reprend son Iphigénie ; elle consolera J. J. Rousseau de la perte de son Ëuridice.

La Harpe (correspondances littéraires).

8 décembre. Vêpres à la chapelle du château du roi (en présence de la cour) qui furent chantées par la musique du roi.

Dans une lettre adressée à la Gazette littéraire (1774) nous lisons :

** Les musiciens, en général, paroissent s'accorder à ne reconnoître que trois grandes écoles de musique : celle de Pergolôse en Italie, celle de Lully en France et celle de Hàndel en Angleterre ; quelques-

— aw —

uns «Q admstteni une qatttriôm», qui diffère esUMnikHementi des trois antres, celle de RanMan, erëateor èê beautés noavelles qui B*appartiennent qn*à Ini.

» La musiqae de Pergolèse obtient sans contredit .le premier rang ; elle ne se distingae m par la rariété de ses modulations, ni par les accords nombreux de ses symphonies, ni par des éclats rapides et inattendus ; elle a cependant mérité à son auteur d'être regardé dans sa patrie comme le Raphaël de son art.

» Le talent de ce grand maître consiste surtout à remuer le cœur par des sons contraires en apparence aux passipns qu*il veut exciter; quelquefois son harmonie majestueuse et lente allume en nous la foreur des combats; ou bien, vive et légère» elle plonge l'âme dans la mélancolie la plus profonde. C*est un secret qui doit être né avec Tartiste ; c'est une merveille dont il est impossible de se rendre raison. A ce talent unique, Pergolèse enjoint un autre, dans lequel il surpasse tout ce qu'il j a jamais en de musiciens ; je veux parler des nuances, des gradations heureuses, par lesquelles il nous conduit insensiblement d'une affection à l'autre. Jamais auteur dramatique n'a sa mieux que lui préparer ses incidens, sa mélodie. »

On publie cette année dans use revue : Lettre de M.... à M"^^ ta comtesse de ..... sur l'opéra nouveau : Iphigénie en Aulide. Cette lettre prend ^us de dix pages. Nous en ^trayons :

« L'intérêt que je prends au succès de Touvrage de M. Gluck, n'a d^autre principe que mon goût, ou plutôt ma passion pour les arts. La musique de nos opéras me sembloit en général plus inquiète qu'active, celle des opérias italiens plus riche que belle ; je trouvois & la vérité, dans ces derniers, des récitatifs et des airs de la plus grande force et du plus grand effet ; mais ces beautés s'y présentent souvent rarement, et toujours & côté de morceaux de facture et de routine, dénués d'intention, de caractère et de vraisemblance. Je désirois un grand ensemble de musique qui m'offrit le même plan, les même gradations, les mêmes développemens, le même accroissement d'intérêt, qu'une tragédie bien conduite et bien faite, et tout cela j'ai cru Tapercevoir dans Iphygénie de M. Gluck.

» Prêtez l'oreille à l'ouverture : voyez comment, après en avoir Hé le début au sv^et, non par des rapports vagues, mais par les formes iBétt^, lQnKUttt»4Bi pvécipite toat-À«coup tous les inatruments sur une

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