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 la cour : Castor etPollux, de Rameau

L'ensemble de la' salle de Versailles formait le plus magnifique coup-d'œil.

M"«Guimard, la célèbre danseuse, établit, dans sa délicieuse maison de Pantin, un théâtre, où elle reçut une société particulière. C'est de la Borde, de la Chambre du roi, qui fut le directeur de ce spectacle.

3 juin. Concert spirituel, avec le concours de M"« Delcarabre, (qui chante avec beaucoup de goût et d'expression un beau Regina cœli, de Botson, de l'Opéra), Besozzi, Legros et son épouse, M"« Morisset, Traversa (premier violon de la musique du prince de Carignan), qui joua un concerto de sa composition, avec un talent hors ligne.

Le concert finit par un Lauda Jérusalem, motet de Philidor, avec ceç grands traits d'harmonie, la belle expression, le style nerveux qui caractérisent les œuvres de^el habile maître. M™® Philidor, dont ta voix si intéressante a parfaitement rendu les récits, et Richer, son fjrèi^e, qui met tant de goût et d'âme dans son chant, a fait le plus grand plaisir. (Chronique du temps,)

Au concert du 14 juin, mêmes éléments.

A AP^** Delcavnbre, du concert spirituel,

Qimnd votre voix tendre et légère, Consacrant son essor aux louanges de Dieu, Module avec tant d*art la dévote prière, Plus d*un cœur en secret brûle d*un autre feu ; Je ne sçais quelle est cette flamme, Mais je la chéris et je sens Que, si j'avois vos doux accens.

Je Tallumerois dans votre âme.

• De la Louptière.

13 juin. Aux Italiens: Alvar et Mincia, on le captif de retour, en 3 actes et en vers libres, de M. De Cailiy et Saint-Amans. Sans succès.

Les différents ouvrages de ce composileur n'ont pas eu en général grand succès. C'est le début de cet artiste au théâtre.

Il naquit à Marseille en 1749,

Au concert spirituel on exécuta de lui plusieurs œuvres qu'on accueilla favorablement, particulièrement son oratorio : David et Goliath, chanté en 1777. 11 fut chef-d'orchestre au grand théâtre de Bruxelles, pour lequel il composa quatre pièces.

En 1784, à la création de l'école royale de musique, il y fut nommé professeur, mais en 180!2, à la réforme de cet établissement, il se fixa à Brest. 11 décéda à Paris en 1820.

20. A la cour à Versailles : la Tour enchantée, grand ballet de M™® de Villeroi, Joliveau et Dauvergne, composé pour le mariage du Dauphin. Plusieurs chars à quatre chevaux figurèrent pour la première fois sur la scène de l'Opéra, et on calcule qu'il y avait plus de 800 personnes qui prirent part à cette pièce, montée avec un luxe de mise en scène peu commune. On faisait de grandes dépenses pour les décors et les costumes, et la danse formait un élément principal des représentations à la cour et à l'Opéra à cette époque.

Laval, Hyacinthe, Gardel, Noverre, sont des chorégraphes très distingués.

L'Opéra continue Zaïde. M"® Duplant a soutenu cet opéra par l'intérêt qu'elle met dans le rôle de Zaïde, par la noblesse et la belle expression de son chant. M"® Rosalie, dont l'organe semble tous les jours acquérir plus de force, et qui met beaucoup d'intelligence et d'expression dans son jeu, ajoute sans cesse aux espérances que Ton

eonçoit de ses talents. Durand a en le pins grand snccès dans le rôle de Zulema, où il développe nn organe brillant et flattear.

M""^ Heinel, Âsselin et Peslin, danseuses, ont été justement applaudies.

17 juin. Début de W^ Gourville dans les rôles de caractères. Elle manque de voix et a la prononciation difficile. Elle ne peut pas remplacer les artistes qui sont en possession de plaire au public.

23. Le roi et la famille royale assistent à une représentation d'Athalie, avec les chœurs exécutés en musique.

On lit dans une revue :

€ La rentrée de l'Opéra s'est faite avec Zaïde reine de Grenade, ballet héroïque en 3 actes, Delaroarre et Rover.

» Les comédiens français, qui ont abandonné leur théâtre du fauxbourg St. Germain, comme on va leur en construire un nouveau, ont ouvert leur spectacle aux Tuileries, sur le théâtre ci-devant occupé par TÂcadémie de musique. On se dispose à y jouer Athalie, avec tous ses chœurs ; ils seront exécutés sur les chants des magnifiques chœurs i'Emelinde, opéra de Philidor. M"« Clairon y représentera le rôle d'Athalie. »

6 juillet. A l'Opéra, les fragments composés du prologue des Indes galantes, de Rameau, et la pastorale Hylas etZélis, de M. De Bury. M"'' Guimard danse et chante dans 1 acte de la danse des Talents lytiques, de Rameau, avec un charme qui rend cet acte délicieux.

Aux Italiens : LeHuron, la Clochette, et le Cabriolet volant.

Athalie est jouée à la cour avec une pompe extraordinaire.

La nouveauté a déserté l'Opéra pour aller embellir les représentations de la cour.

On publie : Deux concertos de clavecin, par Simon, maître de clavecin des Enfants de France, et recueil de chansons et anettes, par Guichard.

Grand succès à TOpéra de Zaide, ballet héroïque de Royer.

Le public en parut très satisfait.

Artistes : M»«» Dupuis, Ghâteauneuf, Duplant, Rosalie, MM. Gélin, Durand, Muguet, Cavallier.

Dauberval composa les danses, qui obtinrent également dû succès.

Le Mercure publie des vers en rhonneur de M"« Grandi, danseuse à rOpéra. Ils sont de M. De la Louptière.

Hugard de St.-Guy publie :

Concertos de violon à grand orchestre, par Tabbé Alexandre Robineau. .

Jolivet publie les parties séparées de Sylvain, de Grétry.

Lacombe publie : Mémoire sur la musique des anciens, etc., avec les divers systèmes de musique chez les Chinois, les Grecs et les Egyptiens, par l'abbé Roussier. In-4" de 252 pages.

Il faut lire les développements et les preuves des conjectures de l'auteur dans l'ouvrage même qui est rempli de recherches profondes et de savantes observations. (Mercure de France.)

On en trouve l'analyse dans la livraison du mois de juin du Journal des Beaux- Arts, et dans \e Journal des savaiits (octobre).

Il connaît parfaitement la matière, et il la traite supérieurement.

Les idées les plus lumineuses, les recherches les plus profondes et en même temps les plus exactes, présentées" avec une netteté et une précision admirables, voilà ce qui caractérise son mémoire. (Revue du temps).

W^"" Davantois a débuté pour le chant dans un monologue de Tacte de la vue du Ballet des sens. On lui trouve du maintien et un bel organe.

On publie : Ariettes avec symphonie, par Rey. Paris, chez l'auteur.

J. Rey, né en 1734, fut chef-d'orchestre de I Opéra à Toulouse en 1770, puis à ceux de Marseille, Bordeaux et Nantes. En 1776, reconnu comme un des plus habiles chefs-d'orchestre de France, on l'appela à Paris, pour réformer l'orchestre de l'Opéra dans les pièces de Gluck et de Piccinni, en partage avec Francœur, qu'il remplaça en 1781.

Ses talents de chef-d'orchestre et son talent de compositeur le firent généralement estimer.

£n 1779, Louis XVI le nomma son maître de musique, lui accorda une pension de 2,000 francs et l'ordre de Saint-Michel.

Ce musicien de grand talent mourut à Paris, le 15 juillet 1810.

Legros et Thierot sont justement applaudis dans plusieurs pièces à l'Opéra.

M''® Niel a reçu les plus heureuses dispositions pour la danse, et M"« Heinel est toujours l'héroïne de ce théâtre.

Le Mercure de France publie une longue pièce de vers en son honneur.

On avait construit une nouvelle salle de spectacle au château de Versailles. La même revue en donne tous les détails.

Lauraire met en vente le portrait en médaillon de J. J Rousseau.

15 août. Concert spirituel avec le concours de M*"*" Julien, cantatrice, Traversa, Platel et Balbastre.

On y chanta un motet de M. Aza'is, maître de musique du collège de Soreze en Languedoc, et le concert finit par uuLaudate, motet arrangé sur plusieurs airs de Grétry, dont la musique savante et agréable ne petit manquer de plaire, sous telle forme qu'on la reproduise.

M"* Girardin, élève des écoles de l'Académie, a débuté dans Tacte de la danse des Talents lyriques. Elle a la voix agréable, mais la timidité a gêné son chant.

M"* Vincent, élève de M. TEcuyer, a débuté dans le même acte par le Rossignol, de Rameau, et par une ariette de Berton. On lui a trouvé un beau son de voix, beaucoup de légèreté, de précision et de justesse. On lui reproche un accent étranger, contracté en chantant ritalien.

Tramar, arrivé de la cour de Vienne, a débuté dans la danse; il a montré du talent dans Tart chorégraphique.

18 août. A la Comédie-Française : les Amazones Modernes^ avec divertissement chanté.

Baudron, l' violon de ce théâtre, a refait avec succès la plus grande partie de Fancienne musique, qui est de J. B. Quinault.

Deshayes y dansa avec H^^® Lusy, une allemande, qui a été fort applaudie.

28. Reprise des Fêtes Grecques et Romaines, de M. De Blamont.

5 septembre. Début aux Italiens de Julien, (né vers 1740), dans Ninette à la cour (prince) et dans Isabelle et Gertrude (Dorlis).

8. Concert spirituel avec Cantate Domino, motet d'Azaïs, Miserere mei, de l'abbé Giraut.

Solistes : M'^® Delcambre, Besozzi, Platel et Capron.

Pierre Azaïs, né en 1743, est élève de Gossec, et fut professeur de composition à Toulouse, où il décéda en 1796.

On publia de lui en 1780 une Méthode de musique sur un nouveau plany et plusieurs sonates, trios, duos, etc.

Julien, qui avait déjà paru il y a quelques années, a été bien accueilli aux Italiens; il joue avec intelligence et sentiment; il chante avec goût et il a de la voix surtout dans le haut. (Chronique du temps.)

20. Le nouveau marié, ou les Impostures, en 1 acte, de Cailbava et Baccelli. Succès. Cet opéra a été interrompu par un enrouement du charmant Caillot.

Artistes :M«»«» Trial, Berard, Frédéric, MM. Clairval, Caillot, Suin, Desbrosses, Toutvoix.

Cette pièce-parade a été reçue avec plaisir; elle a fait rire et Tauteur du poème a rempli son sujet. Elle est supérieurement jouée.

La musique en est agréable, et les représenlalions continuent avec le même succès.

Baccelli, qui a fait à Paris son coup d'essai, connaît les effets et l'art d'arranger une partition, mais il n'a point d'idées; sa composition est prise de droite et de gauche et ne donne point de résultat.

La musique plut généralement ; elle est bonne en général ; on y trouve surtout un couplet heureux et de bon goût dans la S*^ scène ; c'est l'air chanté par Isabelle la mariée et qui commence par ces vers :

Combien de fois, infidèle, A mes pieds en soupirant, M'as tu dis : chère Isabelle, C'est trop peu d'être constant.

La musique facile et mélodieuse de ce jeune musicien fut du goût du public.

Voici un opéra-comique où Ton ne pleure pas, qui est bien intrigué, facilement écrit, dialogué naturellement. (Chronique du temps.)

Le Journal encyclopédique en donne l'analyse, mais ne dit mot de la musique.

Poëme, Paris, veuve Duchesse.

Dominique Baccelli, né vers 1730, est venu à Paris pendant l'été de l'année 1766, et sa femme fut engagée par Colalto aux Italiens.

Le répertoire italien ayant été abandonné en 1779, il retourna en Italie.

1' octobre Décès de Gabriel Guillemain, né à Paris, le 15 novembre 1705, reçu à la musique de la chapelle du roi, mort à Chàville près de Versailles. Il s'est suicidé dans un accès de désespoir à cause de 'sa mauvaise situation financière.

27. A la cour (selon M. Clément le 21 octobre) : Les deux Avares, en 2 actes, de Fenouillot de Falbaire et Grétry.

Cet opéra fat joué aux Italiens, le 6 décembre 1770.

Une revue écrit :

« C'est un canavas, où, si Ton veut, une parade, dont quelques scènes sont amusantes; mais en général, cette pièce a été très mal accueillie, et le méritait. »

Artistes : ]»"•• l-aruelle, Berard, M^M. Laruette, Caillot, Clairval, Nainville, Touvoix.

La musique est une des plus réussies de Grélry, mais le dialogue en est détestable. (Chronique du temps.)

Poème, Paris, Ballard.

Le Journal encyclopédique en donne le sujet.

31. Aux Italiens : L'Indienne, en 1 acte, de Framery et Jean Cifolelli, musicien italien.

Cette pièce a paru longue, et le style négligé. La musique en est bien faite : il y a du chant et des traits agréables; peut-être un peu de monotomie et quelques défauts de prosodie et de justesse d'expression.

Ce musicien, né vers 1740, est venu à Paris vers 1766. Ce fut un virtuose brillant sur la mandoline.

13 novembre. A la cour à Fontainebleau : L'Amitié à l'épreuve, en 2 actes et en vers, de Favart et (îrétry.

Les veuves Simon et Duchesne en publièrent le poème.

Le sujet est tiré d'un conte de Marmontel.

Cet opéra fut joué en 3 actes à la cour, le 24 octobre 1786, et avec des notables changements.

M"*' Renaud (plustard M™® d'Avrigny), et Trial, s\ distinguaient particulièrement.

Cet opéra fut joué aux Italiens, le 24 janvier 1771.

Artistes : M"«» Laruette, Favart, Desglands, MM. Clairval, Caillot, Vestris, Desbrosses.

Le 30 octobre 1786 cette pièce fut reprise aux Italiens.

L'œuvre est dédiée à M™® la Dauphine. En voici les derniers vers :

Princesse, vous daignez en accepter Thommage : Vous rendez plus ardens les vœux que nous formons. Les princes ont toujours nos respects en partage ; Mais on ne leur dit point à tous ; mais vous aimons.

Lire les détails concernant cet opéra, dans l'Essai sur la musique, de Grétry. Paris, 1789, in-8^

Le Journal encyclopédique donne le sujet, mais ne touche aucun mot de la musique.

« Cette pièce écrite avec délicatesse a fait plaisir Les détails en sont agréables et ingénieusement exprimés. La musique, toujours heureusement adaptée au sens et aux sentiments des paroles, leur donne une nouvelle énergie et plus d'éclat. Rien de si pathétique, de si touchant, de si sublime que l'invocation à l'amitié rendue dans un trio avec des accords et une mélodie qui pénètrent Tâme et rélèvent. Cette pièce a été supérieurement jouée et chantée par MM. Clairval, Caillot et M'"®' Larûette, Favart et Desglands. »

Repris, en deux actes, en 1786. « Tous les changements ont réussi, et le public a reçu avec une vive reconnaissance les nouveaux efforts d'un auteur qui a travaillé si longtemps et si heureusement pour ses plaisirs.

» L'auteur de la musique est au-desus des éloges ; toujours son dernier ouvrage semble être un chef-d'œuvre. On le croirait encore aujourd'hui. Les anciens morceaux ont été entendus avec un vrai plaisir, et les nouveaux avec transport : surtout un duo entre Corali et son frère, et une arietie laite pour W^^ Renaud par Grétry. Le public a demandé les auteurs, et leur a témoigné tout l'intérêt que leur vue devait inspirer. » (Chronique du temps,)

Dans cet ouvrage autant que dansla plupart de cet auteur, Grétry a mis un soin tout particulier à saisir le caractère et le sentiment qui convient à chaque rôle.

26 novembre. Aux Italiens : Thémire, pastorale en 1 acte, de Sedaine et Duni.

Il y a de la finesse, du sentiment et de Texpression ; mais le jeu est peu favorable à Faction du théâtre et à la musique ; cependant M. Duni a composé des chants agréables et variés autant que les sentiments qu'il avait à exprimer ont pu le permettre. Il n'y a que trois rôles, parfaitement rendus par M'"® Lamelle, Caillot et Clairval.

Lemarchand publie : Premier et deuxième recueils de menuets, allemands, etc, avec des variations, etc., arrangés pour le cithre ou la guitare allemande, ou pour la mandore et la guitare espagnale, par Carpentier, amateur.

Amusement de campagne et recréations des Dames, en 4 parties, par le même.

Quatuor et ariettes de Lucile et du Tableau parlant, pour le clavecin, parTapray. Paris, chez l'auteur.

Spectacles de la cour à Fontainebleau.

13 octobre. Le Bûcheron^ de Philidor.

18. La Vue, acte d'opéra, de Roi et Mouret. Thémire, de Berlon et Trial.

20. Thémis, de Duni, avec divertissement. Les Sabots, de Duni.

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