POPO LINE
La populine a été découverte par M. Braconnot dans les feuilles et l’écorce du tremble (Populus tremula).
Pour l’extraire, on épuise l’écorce et les feuilles par l’eau bouillante, on ajoute du sous-acétate de plomb à la décoction encore chaude, tant qu’il se forme un précipité; on filtre ensuite et on évapore en consistance de sirop clair.
Par le refroidissement la populine se dépose sous forme d’un précipité cristallin. On la purifie en la dissolvant dans l’eau bouillante, avec addition de charbon animal.
La populine possède une saveur sucrée, semblable à celle de la réglisse. Elle exige pour sa solution environ 2000 parties d’eau froide et 70 parties d’eau bouillante; elle est beaucoup plus soluble dans l’alcool bouillant. Elle se dissout aisément à froid dans l’acide acétique concentré.
Sa composition peut être représentée par la formule C 40 H 2î O 16 .
Sous l’influence des acides étendus, elle se convertit en acide benzoïque, salirétine et glucose, en fixant 4 équivalents d’eau.
C40H22016 + 4 ÏIO = OHTCH + C 12 H 12012 + Ci*A 6 02.
Comme ces deux derniers produits, la salirétine etlaglucose résultentdu dédoublement delà silicine, on est autorisé à envisager la populine comme la combinaison benzoïque de la salicine. On pourrait la considérer comme de la salicine dans laquelle un atome d’hydrogène est remplacé par son équivalent de benzoïle; sa formule serait alors C 26 H 17 (C u H B 0 2 ) O u -p 4 aq.
Lorqu’on la fait bouillir avec de l’eau de baryte ou avec un lait de chaux, elle se dédouble en effet en salicine et en acide benzoïque.
C 40 H 22 0 ,e + H 2 0 2 = C H lI 6 0 4 -p C 26 H ,8 0 H '.
Lorsqu’on la traite par un mélange de bichromate et d’acide sulfnrique, elle donne de l’hydrure de salicyle en abondance. Par l’ébullition avec l’acide nitrique concentré, elle se transforme en acide nitrobenzoïque, acide picrique et acide oxalique.
La sinaptase n’agit pas sur la populine.
QTJERCITRIN.
Le quercitrin aélé découvert par M. Chevreul dans lequcrcitron, qui est l’écoree du chêne jaune (Quercus tinctoria, L.). On rencontre encore cette substance dans les baies jaunes et dans les bourgeons floraux du eapparisspinosa, dans les feuilles et les fleurs du marron d’Inde.
Suivant M. lllasiwet le quercitrin est identique avec la rutine que l’on retire de la rue (Ruta graveolens).
Pour extraire le quercitrin du quercitron, on épuise ce dernier
à deux reprises par l’eau bouillante. Le quercitrin se dépose par le refroidissement de la liqueur filtrée, sous forme d’une poudre cristalline jaune, peu soluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, sans odeur, légèrement amère, et d’une réaction très-faiblement acide ; au microscope, le quercitrin se présente sous la forme de petites tables rectangulaires ou rhombes.
La composition de cç corps doit être représentée par la formule C 58 H 30 O 34 .
Lorsqu’on fait bouillir du quercitrin avec de l’acide sulfurique étendu, il se dédouble en glucose phloroglucine qui est un alcool triatomique et acide quercétique.
' C S8 H 30 0 34 + 3 110 = C 12 H 12 Ût 2 + C 12 H 6 G 6 + C^Hi^O 16 .
Lorsque l’action est plus ménag-ée, le quercitrin se dédouble en quercétine et en g*lucose. La quercétine se dédouble à son tour en phlorog’lucine et glucose.
Lorsqu’on traite le quercitrin par l’acide sulfurique concentré froid, celui-ci la dissout, et la solution noircit peu à peu à l’air. A froid, l’acide chlorhydrique ne le dissout pas ; la solution s’effectue à chaud, mais elle est bientôt suivie d’une séparation de flocons de quercétine plus ou moins colorée. L’acide nitrique concentré attaque vivement le quercitrin en produisant de l’acide oxalique.
La solution aqueuse ou alcoolique du quercitrin prend, par le perchlorure de fer, une coloration verte foncée, encore sensible dans les liqueurs extrêmement étendues.
Distillée avec du peroxyde de manganèse et de l’acide sulfurique, le quercitrin donne de l’acide formique. On obtient aussi cet acide, sans autre produit, parla distillation du quercitrin avec un mélangée de bichromate de potasse et d’acide sulfurique.
PHLORIZINR.
La phlorizine se rencontre toute formée dans l’écorce du pommier, du poirier, du prunier ou du cerisier.
Pour l’extraire, on fait une décoction aqueuse et concentrée de ces écorces, on décante la liqueur bouillante et on l’abandonne dans un endroit frais. Par le refroidissement la phlorizine se précipite à l’état d’aig'uilles soyeuses et jaunâtres, qu’on purifie par le charbon animal.
La phorizine est une matière solide, d’un blanc satiné; elle se présente ordinairement en houppes soyeuses, si elle se dépose d’une solution concentrée; les solutions étendues la précipitent, par un refroidissement lent, en aiguilles plates et brillantes. Elle a une saveur amère peu prononcée, suivie d’un arrière-goût douceâtre. L’eau froide la dissoutà peine, l’eau bouillante ladissout en toute proportion. L’alcool et l’esprit de bois la dissolvent trèsbien; l’éther, meme bouillant, n’en dissout que des traces.
La solution alcoolique de la phlorizine dévie à gauche les rayons de la lumière polarisée.
La formule de la phlorizine peut se représenter par les rapports C 42 H 24 0 20 . A froid, les acides sulfurique, phosphorique et chlorhydrique ne l’altèrent pas; mais, par un contact prolongé, ces acides la dédoublent en glucose et en phlorétine. A 90" l’acide oxalique détermine la môme réaction.
C<2H2<020 + HO -= C 12 H‘20i2 -K C 30 Hi 4 0<°.
La phlorétine elle-même se dédouble sous l’influence des alcalis en un acide particulier et en phloroglucine, qui joue le rôle d’un alcool triatomique.
Lorsque l’on traite la phlorizine par l’acide nitrique dilué, il la dissout à froid; mais, par un contact prolongé, ou s’il est concentré, il détruit la phlorizine en développant de l’acide carbonique
if
et du bioxyde d’azote, et en produisant de l’acide oxalique et de la nilrophlcréline.
Les alcalis dissolvent la phlorizine sans l’altérer ; les solutions se conservent à l’abri de l’air. Une solution bouillante de potasse détermine la formation d’un corps noir.
La phlorizine absorbe de 11 à 12 p. lOOd’amiftoniaque gazeuse ; le produit, abandonné au contact de l’air et de l’humidité, se colore peu à peu en orangé, puis en rouge, et devient finalement d’un bleu foncé. Il se produit dans ces circonstances du phlorizeale d’ammoniaque.
SAPONINE.
La saponine trouvée depuis longtemps par M. Schræder dans la saponaire officinale ( Saponaria officinalis, L.), et plus tard par Bley et M. Bussy dans la saponaire d’Orient ( Gypsophilla strutliium , L.), paraît être très-répandue dans le règne vég’étal. MM. Ossian Henry et Boutron-Charlard l’ont découverte dans l’écorce de quillay ( Quillaja smegmaderinos , D. G.). M. Frémy en a observé la présence dans les marrons d’Inde (suivant M. Malapert, elle existe particulièrement dans les ovaires pendant la floraison, et dans le péricarpe du fruit, immédiatement après la chute des pétales). M. Malapert l’a également trouvé dans les racines des œillets, dans la nielle des blés, le mourron roug'e et le mourron bleu ( Anagallis arvensis, L.).
Pour préparer la saponine, on traite la racine de saponaire par l’alcool bouillant à 36° B. ; la saponine se dépose par refroidissement; lorsqu’elle est colorée, on la traite par l’éther, qui dissout la matière colorante.
La saponine se dépose sous la forme d’une masse incolore, cristalline, très-friable, sans odeur, mais d’abord douceâtre, puis styplique, âcre et persistante. Elle est soluble dans l’eau en toutes proportions. Sa dissolution, louche d’abord , finit par acquérir
quelque transparence. Après plusieurs filtrations, elle mousse fortement , même quand elle ne renferme qu’un millième de saponine. L’alcool faible dissout aisément la saponine, mais l’alcool absolu n’en prend qu’un cinquantième. L’éther est sans action sur elle.
La saponine étant à la fois soîuble dans l’eau et dans l’alcool; on peut s’en servir pour préparer des émulsions laiteuses avec des matières résineuses, du camphre, des huiles, etc., etc. Si l’on verse du mercure dans une solution alcoolique de saponine et qu'on ag-ite la liqueur, le mercure se divise en particules fort ténues qui y restent des mois entiers en suspension (Lebeuf).
Les chimistes ne sont pas d’accord sur la formule qu’il faut donner à la saponine; cependant M. Hlasiwet a constaté que, par son dédoublement, elle fournissait de la g-lucose, de la mannitane et de l’acide chinosique.
Lorsqu’on soumet la saponine h la distillation, elle noircit, se boursoufle et donne une huile empyreumatique acide.
L’acide azotique concentré et bouillant attaque la saponine : il se produit, suivant M. Bussy, un corps résineux jaune, de l’acide mucique et de l’acide oxalique.
La saponine se convertit, sous l’influence des acides affaiblis ou des dissolutions alcalines étendues, en un acide particulier qui a été nommé acide esculique.
L’eau de baryte versée dans une dissolution de saponine y forme un précipité blanc, faiblement soluble dans l’eau et dans les dissolutions de saponine.
L’acétate neutre de plomb ne trouble pas les dissolutions de saponine; mais le sous-acétate de plomb les précipite en blanc.
Dans certains pays, on emploie la saponine, ou du moins les parties végétales qui la contiennent pour dégraisser les laines qui pourraient être altérées par les dissolutions alcalines.