De même S» François de Sales dit
« La volonté n'aperçoit point cet aise et contentement qu'elle reçoit, jouissant insensiblement d'icelui, attendu qu'elle ne pense pas à soi, mais à celui dont la présence lui donne ce plaisir » {Traité de l'Amour de Dieu, l. VI, ch. vm).
35. — Textes de $*• Thérèse montrant que, par cette phrase : « la volonté seule est unie », elle veut dire que l'attention ne disparaît pas d'une manière durable, mais qu'elle est coupée par une foule de petites interruptions :
« Le concours de l'entendement et de la mémoire ne sert parfois qu'à troubler la volonté dans cette intime union avec Dieu. Mais alors la volonté, sans se mettre en peine de leur importunité, doit se maintenir dans les délices et le calme profond dont elle jouit. Vouloir fixer ce$ deux puissances serait s'égarer avec elles » {Vie, ch. xiv).
- N II y a des moments où ces deux puissances me fatiguent beaucoup... La volonté doit persévérer tagemnt dans son repos » {Vie, ch. xv).
Décrivant un état sur lequel j'aurai k revenir : «< L'âme voit que la volonté seule est liée à son Dieu, et elle goûte dans une paix profonde les délices de
celte étroite union, tandis que rentendement et la mémoire gardent assez de liberté pour s'occuper d'affaires » (Vie, ch. xvu).
« L'entendement va errant de toutes parts, pendant que la volonté demeure si unie à Dieu qu'elle ne peut voir sans peine cet égarement » (Château, 4, eh. m).
S«. — S« François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, 1. VI, ch. i. Textes où il adopte la signification du numéro précédent :
« Lût volonté étant une fois bien amorcée à la présence divine, ne laisse pas (i en savourer les douceurs, quoique l'entendement et la mémoire se soient échappés et débandés après des pensées étrangères et inutiles... Nous avons vu une âme... ayant la seule volonté engagée, et l'entendement, mémoire, ouïe et imagination libres. Elle ressemblait... au petit enfant qui, s'allailant, pourrait voir, ouïr, et même remuer les bras, sans pour cela quitter la mamelle ».
37. — Textes où le saint adopte un sens opposé, et suppose l'absence de distractions :
« Or ce repos passe quelquefois si avant en sa tranquillité, que toute l'&me et toutes les puisswtces d'icelle demeurent comme endormies, sans faire aucun mouvement ni action quelconque, sinon la seule volonté, laquelle même ne fait aucune autre chose sinon recevoir l'aise et la satisfaction que la présence du bien-aimé lui donne >» (1. M, ch. viii).
« L'àrae qui est en repos et quiétude devant Dieu suce presque ioBensiblement la douceur de cette présence, sans discourir, sans opérer, et sans faire autre chose quelconque par aircnne de ses facultés, sinon par la seule peinte de la volonté qu'elle remue doucement et presque imperceptiblement, comme la bouche par laquelle entre la délectation et l'assouvissement insensible qu'elle prend k jouir de la présence divine. Que si on incommode cette pauvre petite pouponne et qu'on lui veuille ôter la poupetle, attendu qu'elle semble endormie, elle montre bien alors qu'encore qu'elle dorme pour tout le reste des choses, elle ne dort pas néanmoins pour celle-là. Car elle aperçoit le mal de celte séparation et s'en fâche, montrant par là le plaisir qu'elle prenait, quoique sans y penser, au bien qu'elle possédait » (ch. ri).
SEPTIÈME ET HUITIÈME CARACTÈRES DB l'dNION MYSTIOUB.
t . — Septièsne caractère. Il consiste en ce que, dans ces états, il y a des fluctuations continuelles. L'union mystique ne reste pas cinq minutes avec le même degré d'intensité. Cet océan divin, dans lequel on a pénétré de quelques pas, a des vagues qui avancent et reculent, un flux et un reflux.
Z. — De là une soulTranee. Car pendant la période ascendante, on espère parvenir plus haut qu'auparavant. Mais non, voilà qu'on redescend.
Pendant la première phase. Dieu est comme une mère qui montre un bonbon à son enfant et lui permet de s'approcher; puis le bonbon est retiré.
Et l'on attend ainsi pendant des années, comme le paralytique de l'Évangile qui guettait la venue de l'ange près de la piscine.
A travers cette succession répétée de croissances et de décroissances, la moyenne peut rester à peu près la même durant un temps notable.
a. — Huitième caractère. Il consiste en ce que l'union mystique demande bien moins de travail que la méditation; et d'autant moins que l'état est plus élevé. Il n'y en a plus aucun dans l'extase.
Ces faits ressortent de la comparaison employée par S** Thérèse pour peindre les degrés successifs d'oraison dans le livre de sa lie (ch. xi). Pour elle, l'Ame est un jardinier qui se donne de moins en moins de peine pour arroser son jardin.
4. — Il y a encore du travail «lanN la quiétude. Il consiste, non à procurer le fond de l'oraison i^Dieu seul peut le donner), mais :
1* A chasser les distractions; ce qui ne réussit guère. Il faut le faire avec douceur, pour ne pas nuire à runion elle-même ;
2* A produire çà et là des actes additionnels pour lesquels on se sentirait de l'attrait et de la facilité;
3° Si la quiétude est faible, à réprimer l'ennui que cause cette demi-aridité et à résister à la tentation de quitter l'oraison.
ft. — Fatigue. Du moment qu'il y a travail, efforts renouvelés, il y a quelque fatigue. On n'y fait guère attention si la quiétude est intense (1), et l'on reste facilement trois ou quatre heures de suite en oraison. Mais si la quiétude est faible, on éprouve de la fatigue au bout d'une demi-heure ou dune heure. L'état de santé joue également ici son rôle.
La fatigue apparaît encore plus nettement si l'on fait, en silence, une retraite de plusieurs jours, et que pendant ce temps on n'ait presque toujours qu'une quiétude faible.
e. — Autres causes de fatigue. T Pour tout travail intellectuel, et même pour une simple lecture, ceux qui n'ont pas une forte santé éprouvent de la difficulté après les repas. Le travail de la digestion concentre l'activité vitale sur l'estomac, aux dépens du cerveau, et l'on se fatiguerait beaucoup la tête à vouloir lutter. L'expérience montre qu'il en est généralement de même pour la quiétude. Ce genre d'union n'est pas encore assez fort pour s'opposer à cette loi physiologique.
1. — 2° De même dans la vie naturelle, nous constatons que chez beaucoup de personnes rinimoblltté prolongée est une cause d'anémie et, par suite, de fatigue. Les muscles qui n'agissent pas s'atrophient; la respiration et la circulation du sang se ralentissent. Les médecins combattent ces effets par les causes contraires. Ils ordonnent l'exercice par le travail manuel ou la marche.
Or les états surnaturels ne nous placent pas dans un état miraculeux. Par conséquent, ils peuvent amener la fatigue, par le seul fait de l'immobilité du corps, si on se livre à peu près tous les jours à de très longues oraisons. Il faut corriger cet effet par des exercices physiques qui rendent à la circulation et à la respiration toute leur énergie.
S. — Problènte. Quelle que soit la cause de la fatigue, que doit-on faire dans le cas suivant? Une personne anémique , ayant
(1) S^ Thérèse suppose ce cas, quand elle dit : « Dans la quiétude, le travail est très léger. Elle peut durer longtemps, sans causer de fatigue ■ (Vie, ch. xivl.