La B- Angèle de Follgno. Ses craintes sur Ihumilité
« Le Saint-Esprit me disait : « 0 ma bien-aimée, ô mon épouse, aime-moi! « Pourvu que tu m'aimes, toute ta vie me plaira, et tout ce que lu y fais : boire, a manger, dormir. » Il ajouta : » Je ferai en toi de grandes choses, qui seront M vues des nations; en toi je serai connu, glorifié, environné d'éclat. » Il me dit beaucoup d'autres paroles semblables », accompagnées d'effusions d'amour. Ce langage troublait la bienheureuse, car elle se rappelait ses péchés; elle s'écria : « Si vous étiez vraiment le Saint-Esprit, vous ne m'adresseriez pas des «< discours si peu faits pour moi, et si dangereux; car je suis fragile et cela « peut me porter à Vorgueil. — Eh bien, me répondit-il, essaie donc, si tu peux. « d'avoir un sentiment dorgueil; essaie donc aussi de penser à autre chose qu'à « mes paroles! » Alors je fis des efforts pour avoir de l'orgueil, afin de vérifier si la voix m'avait dit la vérité... mais tous mes péchés me revenaient à la mémoire; je ne voyais en moi que des fautes et des vices; et je sentais en mon âme une humilité comme je n'en eus jamais» {Vie, ch. xx).
§ S. — Il faut dire indulgent pour les contemplatif^.
1^. — S" Thérèse :
!• Racontant les critiques dont elle fut l'objet, lorsque les grâces qu'elle recevait devinrent publiques :
« A mes yeux, l'unique mérite du monde, c'est de ne pouvoir souffrir les moindres imperfections dans les gens de bien, et de les contraindre, à force de murmures, à devenir meilleurs... On ne devient parfait qu'en beaucoup de temps. Les gens du monde ne voient pas plus tôt une personne entrer dans ce chemin [de la perfection], qu'ils veulent qu'elle soit sans aucun défaut. A mille lieues de distance, ils découvrent la moindre faute qui lui échappe et gui est peut-être en elle une vertu; mais comme chez eux une pareille faute viendrait d'un vice, ils jugent des autres par eux-mêmes. Vraiment, à les entendre, l'aspirant à la perfection ne devrait plus manger, ni dormir, ni même respirer, comme on dit... il faut donc à ces âmes un grand courage; car elles n'ont pas encore commencé à marcher, et Von veut qu'elles volent » {Vie, ch. xxxi).
2* Danger de se décourager, en voyant que, malgré les faveurs surnaturelles, on ne fait pas de très grands progrès dans la vertu :
« Jusqu'au jour où mon adorable Maître a, par pure bonté, enrichi mon âme de ses biens, je n'ai fait que tomber et me relever. Combien je souhaiterais éclairer ces âmes [dont on exige trop] et les prémunir contre le découragement... Ce qui les trompe et les jette dans l'abattement, c'est qu'elles veulent voler avant que Dieu leur ait donné des ailes... Elles lisent dans les traités d'oraison divers moyens pour s'élever à la contemplation, et n'ayant pas encore la force de les mettre en pratique, elles s'affligent et perdent courage... Que ces âmes ne s'affligent point si elles ne peuvent tout à coup s'élever si haut; qyi'elles se confient sans réserve en la bonté de Dieu : un jour il changera leurs désirs en effets, pourvu qu'elles persévèrent dans l'oraison, et fassent de leur côté tout ce qui est en leur pouvoir. Étant si faibles, nous avons un extrême besoin d'ouvrir notre âme à une grande confiance » (ibid.).
3* Parlant de l'extase et du confesseur « trop prudent et si peu expérimenté qu'il n'est jamais sûr de rien » : « Il doute de tout, il appréhende tout, et principalement s'il remarque quelque imperfection dans les personnes à qui elles arrivent. Il s'imagine que celles à qui Dieu fait de semblables grâces, doivent être des anges, et il ng considère pas que cela est impossible tandis que nous vivons dans un corps mortel » {Château, 6, ch. i).
§ 4. — Ne pas demander les sonffranoes.
!•. — S«« Thérèse :
!• <■ Pour arriver à jouir, un jour, de notre divin Crucifié, il faut, vous le savez, porter la croix après lui. Il n'est pas néanmoins nécessaire, comme le prétend le P. Grégoire, de demander à Dieu des souffrances; car il ne manque
jamais d'en envoyer à ceux qu'il aime et de les conduire par le même chemin que son Fils » (Lettre à Marie de Saint-Joseph, juin 1578).
2* Lettre à son frère qui était élevé à la quiétude et aurait préféré être mené par la seule voie des souffrances :
K C'est de votre part une grande simplicité, et même un défaut d'humilité... Croyez-moi, laissez faire le Maître de la vigne; il connaît les besoins de chacun de nous. Jamais je ne lui ai demandé de peines intérieures, et il n'a pas laissé de m'en envoyer de bien sensibles depuis que je suis au monde. Ces sortes d'afflictions dépendent beaucaup du tempérament et de Thumcur » {Lettre de février 1577).
3* Lettre au P. Gratien : « J'ai souri quand vous me dites que vous désirez déjà de nouvelles tribulations. Pour l'amour de Dieu, laissez là ce désir, puisque vous ne pouvez pas les supporter tout seul... Comme j'ignore si ces tribulations ne doivent pas s'étendre sur d'autres personnes que sur celle qui les souhaite, je ne puis les désirer » (21 avril 1579).
Dix ans auparavant, quand la sainte écrivait le Chemin de la Perfection, elle tenait un langage différent. Elle s'écriait, dans un élan de générosité : «J'admire vraiment certaines personnes qui n'osent demander à Dieu des croix, de peur qu'il ne les exauce à l'heure môme ». Mais df'jà elle ajoutait prudemment : « Je ne parle pas de ceux qui s'abstiennent de faire une telle prière par humilité, et parce qu'ils craignent de n'avoir pas assez de vertu pour bien souffrir » (Chemin, ch. x^iiv).
lO. — S* François de Sales :
r « Si la divine Providence permet qu'il vous arrive des afflictions ou mortifications, ne les refusez pas; mais acceptez-les de bon cœur, amoureusiement et tranquillement. Que si elle ne vous en envoie point, ou qu'elle ne permette pas qu'il vous en arrive, ne les désirez point ni ne les demandez point » (Entretiens spirituels, vi).
2* « Je pense que nous ne devons pas appeler les amertumes en no« cœurs, comme fit Notre-Seigneur; car nous ne les pouvons pas gouverner comme lui; il suffit que nous les souffrions patiemment. C'est pourquoi il n'est pas requis que nous marchions toujours contre nos inclinations, quand elles ne sont pas mauvaises » (Lettre à la Mère Angélique Arnauld, qui trouvait sa direction trop douce, 23 mai 1619).
«II. — Vie de la B»* Marie de l'Incarnation, carmélite :
1» « Il arriva un jour à une jeune religieuse qui n'avait pas encore ses trois années de profession, de lui dire qu'elle désirait ne ressentir aucune consolation en ses exercices, mais plutôt marcher au milieu des épines et des désolations, parce que cette voie était royale, divine et grandement méritoire. Celle bienheureuse la reprit, lui fit connaître sa faiblesse, qui n'avait pas encore besoin d'un si fort hiver, et lui montra qu'il est bon d'avoir des consolations et des ferveurs sensibles pour nous faire chercher Dieu plus ardemment» (Vie, par André du Val, 1. II, ch. xu).
2* « Une religieuse lui ayant dit qu'il lui était venu en pensée de demander à Dieu de faire son purgatoire en ce monde, elle lui repartit : « Gardez-vous-en « bien; que savons-nous si nous aurons la patience de tant endurer? Il faut « laisser cela en la disposition de Dieu ». Elle ajouta qu'elle avait vu une âme
qui en sa vie avait demandé la même chose ; et se trouvant proche de mourir, elle endura des douleurs et des tourments si étranges qu'elle eut grande crainte de perdre patience. Cette personne lui dit alors : « Ohl qu'il faut bien « se garder de demander à Dieu ce que j'ai fait! Je vois bien maintenant que « je ne savais pas ce que je demandais ; Dieu connaît la mesure de nos forces, « et ce qu'il leur faut, afin de les élever à lui. » Elle dit que celte âme était fort vertueuse et mourut bien ; mais que Dieu voulait montrer par là combien nous devons nous humilier et dépendre de lui en tout; et que, s'il détrempe l'amertume de nos afflictions avec l'huile de quelques consolations sensibles, il ne le faut pas refuser, [mais] au contraire l'accepter, en le rapportant entièrement à lui » {ibid.).
§ 5. — Pourquoi Dieu ne donne pas plus souvent les gr&ces
mystiques.